Soixante-quinzième anniversaire du Service féminin de l’Armée canadienne

Par Laura Brown

Le 13 août 1941, après de nombreux mois de campagnes en tous terrains dans les premiers temps de la Deuxième Guerre mondiale, les femmes ont pu s’enrôler dans l’Armée canadienne. À l’instar de l’Aviation royale canadienne, qui avait accueilli une Division féminine un mois auparavant, l’armée a compris que les femmes pouvaient jouer des rôles de non-combattantes et libérer plus d’hommes pour qu’ils puissent se battre outre-mer. Au départ, le Service féminin de l’Armée canadienne (CWAC) ne faisait pas officiellement partie de l’armée et ses activités étaient plutôt menées en tant qu’organisation auxiliaire. Toutefois, le 13 mars 1942, le CWAC était officiellement intégré dans l’Armée canadienne. Les femmes militaires ou les « CWAC », comme on les appelait couramment, ont reçu des uniformes et des armoiries, dont un insigne illustrant le personnage d’Athéna.

Affiche en couleur illustrant une femme et un homme membres de l’Armée canadienne marchant tous deux à l’unisson. Les personnages portent des casques et des uniformes, ils transportent, accrochés au cou, un sac renfermant un masque à gaz. Sur l’épaule gauche de l’homme est déposé un fusil. Au bas de l’affiche sont apposées quatre petites photographies en noir et blanc de femmes accomplissant différentes tâches dans l’armée.

Affiche de recrutement de la Deuxième Guerre mondiale, « Shoulder to Shoulder – Canadian Women’s Army Corps – An Integral Part of the Canadian Army » (« Côte à côte – Service féminin de l’Armée canadienne – Partie intégrante de l’Armée canadienne »), vers 1944 (MIKAN 2917721)

Même si de nombreux Canadiens étaient favorables aux femmes en uniforme kaki, d’autres étaient inquiets, voire craintifs, car ils percevaient l’acceptation de soldates dans l’armée comme un écart dérangeant par rapport aux rôles traditionnels liés au sexe dans la société. En 1943, le gouvernement a lancé une campagne publicitaire de grande envergure afin de s’attaquer à de telles préoccupations et d’encourager l’enrôlement. Le matériel servant au recrutement, comme l’affiche ci-dessus, et le film Proudest Girl in the World (La fille la plus fière au monde) présentaient les femmes recrues comme des personnes professionnelles, respectables et féminines, en plus d’être aptes à assumer divers types d’emploi.

Avant d’entreprendre leur entraînement de base dans l’un des centres d’entraînement régionaux du Canada, les recrues devaient passer un test pour déterminer l’emploi qui leur conviendrait le mieux. En 1941, elles avaient accès à 30 différents emplois ou « métiers » et, à la fin de la guerre, ce nombre avait presque doublé. Certains des postes offerts aux CWAC étaient rarement occupés par des femmes dans le secteur civil à l’époque (notamment la mécanique), quoique les métiers les plus courants fussent rattachés aux tâches traditionnellement féminines, dont la cuisine, la buanderie et la dactylographie.

Photographie en noir et blanc d’un rassemblement de recrues souriantes du CWAC. Elles portent leur tenue de cérémonie estivale et des casquettes arborant un insigne de coiffure en forme de diamant.

Le personnel du Service féminin de l’Armée canadienne au Centre d’entraînement (de base) des CWAC no 3, le 6 avril 1944 (MIKAN 3207287)

Durant leur service actif, bon nombre de CWAC espéraient être affectées à l’extérieur du Canada, bien que seulement quelques milliers d’entre elles soient parvenues à obtenir de tels postes. Parmi celles-ci, mentionnons Molly Lamb Bobak, la première artiste de guerre du Canada. Outre ses peintures et ses esquisses dessinées pour documenter les contributions du CWAC, Mme Bobak a tenu un journal personnel illustré, dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) assume aujourd’hui la garde et qui est disponible en format numérisé. Empreinte d’autodérision et d’humour, l’œuvre présente une vision honnête et amusante de la vie militaire. Vous pouvez en apprendre davantage sur Mme Bobak en consultant ce blogue.

Photographie en noir et blanc de Molly Lamb Bobak qui prend la pose devant un chevalet, des brosses et une palette en main. Mme Bobak porte une veste-blouson de l’armée et elle sourit à la caméra. La peinture inachevée derrière elle représente des membres féminins et masculins de l’Armée canadienne, debout dans une pièce.

Sous-lieutenant Molly Lamb Bobak, Service féminin de l’Armée canadienne, à Londres, en Angleterre, le 12 juillet 1945 (MIKAN 3191978)

Des trois armées — élément Terre, élément Air et élément Mer —, l’armée de terre a enrôlé le plus grand nombre de Canadiennes durant la Deuxième Guerre mondiale, soit un total de 21 624 recrues. Les multiples documents liés au CWAC et gardés dans la collection de BAC, dont certains sont répertoriés ci‑après, mettent en valeur les services importants rendus par les premières Canadiennes militaires.

Ressources connexes


Laura Brown est une archiviste militaire au sein de la Division des archives gouvernementales à Bibliothèque et Archives Canada.

Manque-t-il de l’information dans les documents historiques portant sur Oronhyatekha?

Par Richie Allen

Quand on effectue des recherches dans des documents archivistiques, on fait parfois des découvertes inattendues.

Dans le cadre de mes fonctions d’archiviste de référence à Bibliothèque et Archives Canada, j’effectue souvent des recherches à la demande de chercheurs. Alors que je vérifiais si une personne donnée avait effectivement suivi une formation militaire officielle en 1865 à la School of Military Instruction de Toronto, j’ai consulté la base de données en ligne de Bibliothèque et Archives Canada, Recherche de fonds d’archives. À partir de mots-clés, j’ai trouvé le premier Register of Candidates énumérant les candidats admis à la School of Military Instruction, dans le Haut-Canada (Toronto), de 1865 à 1867, dans le groupe de documents liés au ministère de la Milice et de la Défense (RG9), no de volume : 7. Quand j’ai consulté le registre de l’école, le nom que je cherchais n’y figurait pas, mais un autre nom a immédiatement attiré mon attention. En lettres cursives d’une autre époque et parmi une énumération de noms présentés dans le format alors en vigueur en Europe (prénom, second prénom et nom de famille), le nom mohawk « Oronhyatekha » tranchait avec le reste.

Photographie en couleur d’un livre ouvert, à gauche, et d’un gros plan du nom apparaissant sur la page du livre, à droite.

Register of Candidates énumérant les candidats admis à la School of Military Instruction, Haut-Canada, de 1865 à 1867. On a encerclé en bleu le nom « Oronhyatekha » pour le mettre en relief. (R180-124-1-E, MIKAN 195106)

Le registre renferme de nombreuses colonnes de renseignements. Tout particulièrement, à la page 9, on peut lire qu’Oronhyatekha avait 23 ans et venait de Shannonvillle, mais qu’il vivait à Toronto. Plus loin, dans d’autres listes, il est écrit qu’il a été admis à l’école de Toronto le 6 mai 1865. Le 29 juillet 1865, on a noté que le candidat a été autorisé à rester à l’école dans le but de se qualifier pour l’obtention d’un certificat de première classe (« candidate permitted to remain in school for purpose of qualifying for 1st class certificate »), un honneur rarement accordé.

Image en couleur du gros plan d’une page tirée d’un livre.

Passage dans le registre indiquant qu’Oronhyatekha a été autorisé à rester à l’école dans le but de se qualifier pour l’obtention d’un certificat de première classe (MIKAN 195106)

On trouve d’autres informations concernant Oronhyatekha, aussi connu sous le nom de Peter Martin, né en 1841, dans le Dictionnaire biographique du Canada, un ouvrage qui répertorie les biographies de certains Canadiens notoires. En lisant l’entrée à son sujet, on remarque qu’il n’y a aucune mention selon laquelle Oronhyatekha aurait fréquenté la School of Military Instruction. En conséquence, il semble que le document historique soit lacunaire et nous nous demandons si ce renseignement devrait être ajouté à sa biographie. N’hésitez pas à communiquer avec nous si vous disposez d’information supplémentaire au sujet de cet homme important.


Richie Allen est un archiviste de référence au sein de la Division des services de référence à Bibliothèque et Archives Canada.

Consultez notre nouvelle page Web dédiée au régiment de Carignan Salières

Oyez! Oyez! L’histoire de la Nouvelle-France vous intéresse? Consultez notre toute nouvelle page Web dédiée au régiment de Carignan-Salières, à partir de laquelle vous pourrez accéder à toutes nos ressources relatives à cet important régiment dans l’histoire de la Nouvelle-France.

Comme nous avons eu le privilège de parler du régiment avec Jean-François Lozier, conservateur responsable de l’histoire de l’Amérique du Nord française au Musée canadien de l’histoire, vous trouverez également dans cette nouvelle page Web les questions que nous lui avons posées et les enregistrements sonores de ses réponses.

Lieutenant Thomas Orde Lawder Wilkinson, VC

Aujourd’hui, notre série Centenaire de la Première Guerre mondiale : Hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria se souvient du lieutenant Thomas Lawder Wilkinson du 7e Bataillon du Loyal North Lancashire Regiment, Corps expéditionnaire britannique, à qui l’on a décerné la Croix de Victoria pour les actes de bravoure qu’il a accomplis dans les champs de bataille de la Somme il y a cent ans aujourd’hui, le 5 juillet 1916.

Le lieutenant Wilkinson est né dans le comté de Shropshire, en Angleterre, et il immigre au Canada avec sa famille avant la Première Guerre mondiale. Le 23 septembre 1914, il s’enrôle dans le 16e Bataillon, The Canadian Scottish, Corps expéditionnaire canadien (CEC), il sera ensuite muté au sein du Loyal North Lancashire Regiment en tant qu’officier d’artillerie. C’est avec cette unité que M. Wilkinson participera à la bataille de la Somme.

Photographie en noir et blanc d’un jeune homme portant une casquette et un uniforme, le regard projeté derrière le photographe.

Lieutenant Thomas Orde Lawder Wilkinson, VC, sans date (AMICUS 2715209)

Quatre jours après la journée de combat la plus dévastatrice dans toute l’histoire de l’armée britannique, M. Wilkinson et deux autres hommes se fraient un chemin jusqu’à une mitrailleuse avancée, que vient d’abandonner un groupe de soldats britanniques en battant en retraite. De leur propre initiative, ils réussissent à retenir des soldats allemands en attendant l’arrivée d’une autre unité en renfort. Plus tard dans la même journée, le lieutenant Wilkinson se portera à la défense de plusieurs hommes de différentes unités coincés par un amoncellement de terre que les troupes allemandes bombardent. La citation publiée dans la London Gazette décrit les événements comme suit :

[Wilkinson] installa promptement une mitrailleuse sur le parapet et dispersa les ennemis qui lançaient des grenades. Plus tard encore, il tenta à deux reprises de ramener un homme blessé. À la seconde tentative, il reçut une balle au cœur juste avant d’atteindre le soldat. Pendant toute cette journée, il fit preuve d’un courage et d’un dévouement exemplaires (traduction d’un extrait de la London Gazette, le 26 septembre 1916 [en anglais seulement]).

Photographie en noir et blanc de quatre soldats transportant une civière sur laquelle repose un corps recouvert d’une bâche, dans un paysage de désolation.

Transport d’un corps dans un champ de bataille de la Somme, juillet 1916, Bureau canadien des archives de guerre (MIKAN 3520928)

Le corps du lieutenant Thomas Orde Lawder Wilkinson n’a jamais été récupéré. Son nom figure sur le Mémorial de Thiepval, en France, un monument britannique érigé à la mémoire des disparus.

Bibliothèque et Archives Canada garde le dossier des états de service du lieutenant Thomas Orde Lawder Wilkinson alors qu’il est rattaché au CEC.

Soixante-quinzième anniversaire de la Division féminine de l’Aviation royale du Canada

Par Laura Brown

Le 10 septembre 1939, lorsque le Canada s’est joint aux Alliés durant la Seconde Guerre mondiale, on ne permettait pas aux Canadiennes de s’enrôler dans l’armée. Tout comme durant la Première Guerre mondiale, les femmes qui souhaitaient contribuer à l’effort de guerre n’avaient d’autre choix que de devenir infirmières. Bon nombre de femmes cherchant d’autres moyens de faire leur part se sont tournées vers le bénévolat ou le travail rémunéré ou, encore, elles ont joint des organisations militaires non officielles qui les autorisaient à porter l’uniforme et à participer aux exercices militaires. En 1941, alors que le gouvernement canadien subissait de plus en plus de pression de la part de femmes désirant s’engager et qu’il craignait une imminente pénurie de recrues mâles, il a dû examiner la possibilité que les femmes jouent d’autres rôles dans l’armée. Entre-temps, l’expansion du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth brittanique au Canada nécessitait que l’on pourvoie à des postes au sol dans les nouveaux centres partout au pays. Les hautes autorités, en conséquence, ont décidé que l’Aviation royale du Canada (ARC) serait le premier service à accepter des femmes. Le Corps auxiliaire féminin de l’Aviation canadienne voit le jour le 2 juillet 1941. Son nom changera pour « Division féminine de l’Aviation royale du Canada » (ARC-DF) sept mois plus tard. À l’été de 1942, on retrouvait des Canadiennes dans les trois commandements d’armée – l’aviation, l’armée de terre et la marine.

Affiche en couleur illustrant le visage d’un homme et d’une femme membres de l’Aviation royale du Canada. L’homme porte une casquette et des lunettes d’aviateur et la femme porte une casquette bleue avec une visière. Entre l’homme et la femme, il y a un médaillon composé d’un cercle bleu et d’une feuille d’érable rouge au centre.

Affiche de recrutement de l’Aviation royale du Canada datant de la Seconde Guerre mondiale, « Men, Women The RCAF Needs You Now! » (Hommes, femmes, l’ARC a besoin de vous!) [1943] (MIKAN 2999983)

Malgré le titre « d’aviatrices », les membres féminins de l’ARC sont demeurés au sol durant leur service. Même si les femmes n’étaient pas autorisées à piloter des avions, les messages apparaissant sur les affiches de recrutement, dans les journaux et les films comme l’œuvre de l’Office national du film du Canada de Jane Marsh, Nos femmes ailées (1943), renforçaient l’idée selon laquelle les rôles que les femmes pouvaient jouer étaient, à tous égards, aussi importants pour l’effort de guerre. En fait, les tâches que les femmes ont assumées au sein de l’ARC-DF, comme la dactylographie, la cuisine et le pliage des parachutes, étaient essentielles, et on rappelait aux femmes recrues que chaque fois qu’elles appuyaient l’armée, le Canada pouvait envoyer un autre homme au combat. L’ARC-DF en faisait d’ailleurs la promotion comme suit : « We Serve that Men May Fly » (Nous servons pour que les hommes puissent voler). En tout, 17 038 femmes ont porté la casquette et l’uniforme bleus pendant leur service au sein de l’ARC-DF durant la Seconde Guerre mondiale.

Photographie en noir et blanc de deux femmes vêtues d’une combinaison de travail, se tenant debout de chaque côté d’une longue table, sur laquelle est déposé un parachute plié.

Des aviatrices non identifiées expliquant la technique de pliage des parachutes, station de l’ARC, Rockcliffe (Ontario), 1943 (MIKAN 3583064)

Certaines femmes ont joué un rôle particulier au sein de la Division féminine, c’est le cas de Willa Walker et de Jean Davey. Mme Walker s’est engagée en 1941, elle a excellé pendant son entraînement et a, par la suite, obtenu le grade d’officier d’escadre, commandante de l’ARC-DF. Jean Flatt Davey a aussi joint l’ARC en 1941 et est devenue la première femme à faire partie du service médical. Plus tard, elle assumera la fonction de médecin-chef de l’ARC-DF.

Photographie en noir et blanc de sept membres de la Division féminine de l’Aviation royale du Canada. Les femmes sont debout, dehors, les mains jointes derrière le dos et elles sourient à la caméra. Elles portent des uniformes réglementaires, dont une veste, une jupe, une casquette et des souliers.

Personnel de la Division féminine de l’ARC, sans date. Jean Flatt Davey et Willa Walker sont troisième et quatrième à partir de la gauche, respectivement (MIKAN 4674254)

Vous pouvez consulter le fonds Willa Walker et le fonds Jean Flatt Davey de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) si vous désirez en apprendre davantage sur ces femmes. Dans ces collections, comme dans d’autres collections privées et gouvernementales gardées à BAC, vous trouverez une foule de documents rattachés à l’ARC-DF. Ce patrimoine documentaire se veut un rappel de l’imposante contribution des premières aviatrices canadiennes durant la Seconde Guerre mondiale.

Ressources connexes


Laura Brown est une archiviste militaire au sein de la Division des archives gouvernementales.

 

Terre-Neuve et le 100e anniversaire de la bataille de la Somme

Déclenchée le 1er juillet 1916, la bataille de la Somme figure parmi les batailles les plus tristement célèbres à être livrées durant la Première Guerre mondiale et l’une des plus symboliques de cet horrible carnage.

Photographie en noir et blanc d'un paysage bucolique.

Vue d’ensemble du champ de bataille, en regardant vers Contalmaison (bataille de la Somme). Juillet 1916 (MIKAN 3520937)

L’attaque est lancée sur un front de 30 kilomètres dans le nord de la France. Assaut planifié, au départ, par les alliés et regroupant des Français et des Britanniques, il avait pour but de détourner les forces allemandes du siège qu’elles occupaient à Verdun. Le plan consiste à effectuer pendant huit jours des bombardements d’artillerie préliminaires afin de détruire les barbelés allemands et les lignes avant allemandes, de sorte que les forces attaquantes pourront, tout simplement, avancer et prendre possession du territoire. Toutefois, l’artillerie est incapable de détruire l’une ou l’autre des cibles et, à 7 h 30 le 1er juillet 1916, lorsque le bombardement prend fin, l’infanterie allemande émerge des bunkers, dirigeant ses mitrailleuses vers les brèches dans les barbelés qui, ailleurs, ont tenu le coup. On estime que 60 000 soldats britanniques et alliés, dont près de 800 Terre-Neuviens, trouveront la mort ou seront blessés cette journée-là seulement. La bataille de la Somme s’étend jusqu’au 18 novembre 1916. Après n’avoir gagné que 12 kilomètres de terrain, on enregistre 420 000 pertes du côté des Britanniques, 200 000 pour ce qui est des Français et 500 000 chez les Allemands.

Photographie en noir et blanc d'une forêt dévastée, seulement quelques troncs se dressent encore.

Vue du Maple Copse (bataille de la Somme). Juillet 1916 (MIKAN 3520908)

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Les Canadiens à la bataille navale du Jutland, les 31 mai et 1er juin 1916

Par Alex Comber

Il y a un siècle, avait lieu la plus grande bataille navale de la Première Guerre mondiale; celle-ci s’est déroulée au large de la péninsule danoise du Jutland. Plus de 250 navires de guerre de la Marine royale britannique et de la Marine impériale allemande y ont fait des manœuvres afin de se préparer à l’action. Les premières salves des canons à longue portée ont été tirées à 14 h 30 le 31 mai 1916, et le combat qui s’en est suivi s’est prolongé jusqu’au matin du 1er juin. Avec un bilan de trois croiseurs de bataille et onze autres navires britanniques détruits, en plus de deux fois plus de blessés et de morts que chez les Allemands, la puissance navale britannique semblait avoir essuyé un dur revers. Toutefois, sur le plan stratégique, la flotte allemande, plus petite, ne pouvait pas subir de telles pertes, aussi modestes soient‑elles, et les commandants de l’armée de l’empereur Wilhelm II ont évité, pendant cette guerre, de livrer des batailles navales de ce genre et se concentraient plutôt sur les attaques sous-marines.

Photographie en noir et blanc de trois grands navires de guerre.

Le navire australien de Sa Majesté HMAS Australia, le navire de Sa Majesté HMS New Zealand, le HMS Indomitable, la deuxième escadre de croiseurs de bataille, vers 1917 1919. Cette unité se trouvait au Jutland, où un de ses navires, le HMS Indefatigable, a été détruit. (MIKAN 3400004)

Dans bien des régions du Canada, on affichait avec aplomb une attitude pro-impérialiste et conservait des liens culturels étroits avec la Grande-Bretagne. Bon nombre venaient d’immigrer, et ils avaient encore de la famille dans les « vieux pays ». Même si le pays ne disposait que d’un petit service naval (créé en 1910), beaucoup de résidants du Canada et du dominion de Terre-Neuve se sont portés volontaires pour servir au sein de la Marine royale britannique, et ce, à diverses fonctions. Puisqu’on retrouvait des ports un peu partout dans l’Empire britannique et que les soldats entrevoyaient d’autres avenues que la vie dans les tranchées sur le front occidental, le recrutement a remporté un grand succès.

Affiche de recrutement en noir et blanc arborant la silhouette d’un marin, debout à côté de canons de navire, et sur laquelle on peut lire les mots suivants : « Royal Naval Canadian Volunteer Reserve – Overseas Division wants men ages 18 to 38, seamen & stokers. Join today. No previous experience necessary. Apply at nearest recruiting office ». (La Réserve de volontaires de la Marine royale canadienne – Division d’outre-mer est en quête d’hommes âgés de 18 à 38 ans, des matelots et des chauffeurs. Engagez-vous dès aujourd’hui. Aucune expérience requise. Inscrivez-vous au bureau de recrutement le plus près de chez vous)

Affiche de recrutement pour le compte de la Réserve de volontaires de la Marine royale canadienne – Division d’outre-mer invitant les Canadiens à servir outre-mer à bord de navires britanniques. (MIKAN 3635562)

Des recherches minutieuses effectuées dans la base de données sur les pertes de la Commonwealth War Graves Commission (en anglais seulement), accessible en ligne, ont révélé qu’au moins une douzaine des quelque six mille marins au service de la flotte britannique morts au Jutland venaient du Canada ou de Terre-Neuve. Stanley De Quetteville, un membre de la Marine royale canadienne, était rattaché à la Marine royale britannique et à l’imposant croiseur de bataille, le HMS Indefatigable. Originaire de Jersey, une île de la Manche, il avait immigré au Canada quelques années avant la Première Guerre mondiale à la recherche de débouchés. Ingénieur qualifié, il s’est enrôlé en 1910 et a fait son service à bord du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Niobe, un croiseur qui figurera parmi les premiers navires du Canada. Il a épousé Phyllis Fisher d’Halifax (Nouvelle-Écosse) à Édimbourg, en Écosse, en 1915.

Photographie en noir et blanc d’un groupe d’hommes assis ou debout sur le pont d’un navire. La photo est fixée sur un fond noir et arbore, dans le haut, les mots « Gun Room » et une liste de noms, dans le bas.

Des marins affectés à la soute à poudre, NCSM Niobe, Halifax (Nouvelle-Écosse). Photo prise en 1910–1911. Plusieurs de ces jeunes hommes sont devenus des personnages importants dans la Marine royale canadienne. Stanley Nelson De Quetteville est debout, le troisième officier à partir de la droite. (MIKAN 3398852)

De Quetteville est mort à 16 h 3 le 31 mai, lorsque le HMS Indefatigable a explosé après avoir été la cible d’un tir d’obus précis provenant du dreadnought allemand, le SMS Von Der Tann. Seulement 2 des 1 019 hommes composant l’équipage survivront. Le ministre du Service naval, J. D. Hazen, a envoyé à la veuve de M. De Quetteville une lettre de condoléances, qui se lit comme suit : « Je désire vous présenter nos condoléances, non seulement en mon nom personnel, mais aussi au nom du Service naval canadien, qui, par suite du décès de votre époux, a perdu un officier d’une indéniable habileté et dont l’avenir s’annonçait extrêmement prometteur. Si cela peut apporter une certaine consolation à votre grande peine, sachez qu’il est mort en vrai marin, en pleine action contre les ennemis du Roi et en défendant l’Empire. » [traduction] De nos jours, le mont Indefatigable dans les montagnes Rocheuses rend hommage à M. De Quetteville et aux autres membres de l’équipage.


Alex Comber est un archiviste militaire au sein de la Division des archives gouvernementales.

John Boyd

Les Canadiens aiment découvrir les œuvres historiques ou contemporaines des peintres et des photographes pour mieux connaître leur histoire. Les archives nationales conservent les collections de nombreux artistes, chacune pouvant comprendre des milliers d’images. Le photographe John Boyd est un bon exemple : Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède 28 959 de ses photos noir et blanc.

John Boyd (1865‑1941) est né à Emyvale, en Irlande. Sa famille immigre à Toronto à la fin des années 1860. Il travaille pour une société de chemins de fer, ce qui lui donne bien des occasions de prendre des photos partout en Ontario.

Les photos amateurs ont été prises par Boyd entre 1898 et 1926. Cette volumineuse collection n’est cependant rien à côté des collections des archives de Toronto, ou encore de celle du Globe and Mail, qui contient 140 000 négatifs pris par Boyd à partir de 1922, jusqu’à sa mort en 1941.

Par la date de leur création et les sujets traités, les collections de BAC et des archives de Toronto se complètent.

Les photos du fonds John Boyd documentent bien des aspects de la vie canadienne qui sont dignes d’intérêt : des villages, des villes, des visites royales, la vie militaire, les moyens de transport, l’industrie, l’agriculture, les conditions socioéconomiques, les loisirs et la nature.

Pendant la Première Guerre mondiale, Boyd porte son attention sur le front intérieur; il photographie des campagnes de recrutement, des entraînements et les procédés de fabrication de munitions, d’avions et de navires. Il photographie également des Canadiens ordinaires qui contribuent à l’effort de guerre au pays pendant que les soldats se battent outre-mer. Les images ci‑dessous donnent un aperçu des activités de l’époque.

Photo noir et blanc montrant des hommes, des femmes et des enfants dans de beaux habits qui explorent et observent une tranchée canadienne reconstituée dans le cadre d’une exposition en plein air.

Visiteurs dans une tranchée reconstituée du 35e Bataillon pendant l’Exposition nationale canadienne présentée à Toronto, en Ontario, en 1915 (MIKAN 3395547)

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Jeremiah « Jerry » Jones

En ce mois de l’histoire des noirs, Bibliothèque et Archives Canada désire souligner le service des Canadiens noirs durant la Première Guerre mondiale. Alors que tous les Canadiens étaient emportés par le patriotisme du début de la guerre et les occasions offertes par le service militaire, les Canadiens noirs ont eu de la difficulté à s’enrôler en raison du racisme qui régnait à l’époque. Malgré l’inexistence d’une politique officielle ou énonçant explicitement l’exclusion, le service militaire canadien a laissé les décisions de recrutement à la discrétion de chaque commandant. Les Canadiens noirs volontaires et ceux appartenant à d’autres groupes minoritaires s’enrôlaient au régiment qui voulait bien les accepter. Une unité spéciale, le 2e Bataillon de construction, a été formée et regroupait des membres de la communauté noire de la Nouvelle-Écosse. Les membres de ce bataillon n’étaient pas envoyés au front, mais ils ont creusé des tranchées, réparé des routes et ont attiré des centaines de recrues provenant de partout au Canada et même des États-Unis.

Une photo sépia d’un homme en uniforme portant une ceinture et une casquette d’officier et tenant un bâton dans ses deux mains devant le haut de ses cuisses.

Jeremiah « Jerry » Jones, soldat de la Première Guerre mondiale dont la photo a été prise par un photographe inconnu. Celle-ci appartient à la collection personnelle de la famille Jones (Wikipedia).

Parmi les Canadiens noirs qui se sont portés volontaires et qui ont servi, on retrouve Jeremiah « Jerry » Jones, un soldat de la Nouvelle-Écosse qui a été recruté par le 106e Bataillon (Nova Scotia Rifles) en juin 1916. Né à East Mountain, en Nouvelle-Écosse, le 30 mars 1858, Jones était âgé de plus de 50 ans lorsqu’il s’est enrôlé et a menti au sujet de son âge afin de pouvoir joindre l’armée. Jones a été envoyé à l’étranger puis transféré au sein du Royal Canadian Regiment où il a combattu sur les lignes de front en France, notamment pendant la bataille de la crête de Vimy en avril 1917. Durant la bataille, alors que son unité a été prise sous le feu d’une mitrailleuse, Jones s’est avancé seul pour attaquer la position de l’ennemi allemand. Il réussit à s’approcher suffisamment pour pouvoir lancer une grenade tuant plusieurs soldats allemands. Les survivants se sont rendus à Jones qui leur a fait transporter la mitrailleuse à l’intérieur des limites canadiennes pour la déposer aux pieds de son commandant. Il semblerait que Jones ait été recommandé pour la Médaille de conduite distinguée, mais aucun registre n’indique qu’il ait reçu une telle distinction. Pendant les décennies qui ont suivi la guerre, le Truro Daily News et le sénateur Calvin Ruck ont souligné la bravoure de Jones et ont exercé des pressions pour que le gouvernement canadien reconnaisse officiellement sa contribution. Ruck a insisté sur le fait que le sentiment raciste qui existait à l’époque a empêché Jones et d’autres soldats noirs de recevoir une reconnaissance appropriée pour leur héroïsme.

Une liste nominative indiquant le numéro de régiment, le rang, le nom, le corps d’armée précédent, le nom du plus proche parent, le pays d’origine et le lieu et la date du recrutement.

Inscription de Jeremiah Jones sur la liste nominale des officiers, des sous-officiers et des militaires du rang du 106e bataillon (e011092698).

Jones a été blessé durant la bataille de la crête de Vimy. Il a été officiellement libéré à Halifax au début de l’année 1918 après avoir été jugé médicalement inapte. Il est décédé en novembre 1950. Jeremiah Jones s’est vu décerner à titre posthume le Médaillon des Forces canadiennes pour service distingué, le 22 février 2010.

 

Le régiment de Carignan-Salières

La colonie de la Nouvelle-France était dans une situation précaire lorsque Louis XIV, roi de France, accéda au trône en 1661. Le peuplement et la sécurité de la colonie devinrent pour ce dernier une priorité. Ainsi, afin d’accroître la population, le premier contingent des Filles du roi y fut envoyé en 1663. Deux années plus tard, en 1665, le régiment de Carignan-Salières débarqua en Nouvelle-France afin d’assurer la sécurité de la colonie, plus particulièrement pour contrer la menace iroquoise.

Une esquisse réalisée à la plume et aquarelle montrant un officier du régiment de Carignan-Salières de profil. Il tient une lance dans sa main droite et porte une épée dans son fourreau à la hanche gauche.

Officier du régiment de Carignan-Salières, 1666 (c010368k)

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