Quel est le poids de votre collection?

Par Lisa Hennessey

Ce n’est pas une question que les archives et les bibliothèques se posent souvent, mais Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a dû le faire en 2009, lorsque l’institution se préparait à déménager sa collection de pellicule de nitrate.

À première vue, la solution la plus simple était de placer chacune des boîtes sur une balance. Toutefois, BAC devait calculer le poids des pellicules de nitrate, mais pas celui des contenants, des enveloppes, des boîtes de film ou des albums. Comment déterminer le poids d’une collection sans la peser? Tout un défi!

La collection de pellicule de nitrate de BAC comprend 5 575 bobines de film, dont les plus anciennes datent de 1912, et près de 600 000 négatifs. Depuis le début des années 1970, elle était conservée à la base aérienne Rockcliffe d’Ottawa, en Ontario, dans un édifice construit durant les années 1940 pour entreposer les photos aériennes du ministère de la Défense nationale. À la fin des années 1990 germa l’idée de construire un nouvel édifice afin de remplacer l’ancien entrepôt vieillissant. La construction du Centre de préservation de pellicule de nitrate s’est terminée en 2011.

Photographie couleur de l’entrée d’un édifice gris, avec une rangée de fleurs jaunes à l’avant-plan.

Le Centre de préservation de pellicule de nitrate

Lire la suite

Le blogue de Bibliothèque et Archives Canada : 5 ans déjà!

Photo noir et blanc d’un énorme gâteau avec une jeune femme debout à sa gauche. De l’autre côté, une affiche montre la liste des ingrédients.

Femme debout près d’un gâteau de 4 000 livres confectionné pour une publicité du grand magasin Freimans (MIKAN 3615467)

Il y a cinq ans jour pour jour, nous avons diffusé notre premier blogue intitulé « Les histoires publiées des unités : découvrez les activités de personnes ou d’unités militaires durant la guerre ». Plus de 650 blogues se sont ajoutés depuis.

On oublie facilement, même les principaux jalons qui ont marqué l’évolution d’un projet. Il faut parfois s’arrêter et prendre du recul pour se rendre compte des progrès accomplis.

À l’occasion de notre cinquième anniversaire, nous tenons à remercier sincèrement tous ceux et celles qui ont contribué à notre succès.

Quelles sont les étapes de la publication d’un article?

La publication d’un article résulte d’une étroite collaboration entre plusieurs équipes de l’organisation. Le blogue est d’abord rédigé par un spécialiste de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), sur une base entièrement volontaire. Ensuite, il est relu et mis en forme avant d’être transmis à la Direction générale des communications pour la révision et la traduction. Enfin, les deux versions définitives, en français et en anglais, sont téléversées simultanément dans WordPress.

Le blogue vise à mettre en valeur notre collection et nos services. Nous possédons un très grand nombre d’images et de documents exceptionnels, mais le droit d’auteur limite parfois leur diffusion. Même si les articles sont vérifiés et revérifiés avant leur publication, il arrive qu’une erreur se glisse ou qu’un lien se brise; nous sommes reconnaissants aux lecteurs de nous en aviser.

Affiche en couleur montrant un pilote qui parle à un mécanicien dans un hangar d’avion. Des avions en vol et un drapeau britannique apparaissent à travers la fenêtre. Le mot « Collaboration » est écrit dans le haut de l’affiche, et l’expression « Merci Mon Vieux! », dans le bas.

Affiche intitulée « Collaboration : Merci Mon Vieux! » publiée dans le cadre d’une campagne de sensibilisation à l’effort de guerre du Canada. (MIKAN 2846765)

À propos de quoi écrivons-nous?

En cinq ans, nous avons traité de nombreux sujets, notamment la recherche dans nos collections, la généalogie et l’histoire familiale, les livres rares, l’immigration et le patrimoine militaire. Les catégories les plus populaires sont la généalogie dans la version française du blogue, et le patrimoine militaire dans la version anglaise. L’article le plus populaire en français est Recherche d’actes de naissance, de mariage et de décès, et en anglais, The 1940 National Registration File (version française). Nous continuerons à promouvoir notre collection à l’aide de projets spéciaux au cours de la prochaine année. Nous publierons une série de blogues découlant d’un partenariat avec les Archives nationales du Royaume-Uni, une série concernant les 150 ans du Canada, et bien d’autres encore. Suivez-nous pour ne rien manquer!

Bien entendu, le blogue n’existerait pas sans vous. Un grand merci à tous nos fidèles lecteurs! Nous sommes très heureux de transmettre nos connaissances pour vous faire découvrir le patrimoine canadien.

Que diriez-vous d’un morceau de ce gâteau?

La Haggadah d’Altona : conservation et réparation de la reliure d’un manuscrit enluminé du 18e siècle

Par Doris St-Jacques, Lynn Curry et Maria Trojan-Bedynski

Le manuscrit de la Haggadah datant de 1763 fait partie de la collection de documents hébraïques et judaïques Jacob M. Lowy conservée à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). L’ouvrage a été réalisé à Altona, en Allemagne. À l’époque, cette ville portuaire était l’une des plus importantes de la monarchie danoise et était reconnue comme un centre important de la vie et des études de tradition juive. On pourrait décrire le manuscrit comme une forme raffinée d’art populaire et un important document social témoignant des célébrations de la Pâque dans les familles de Juifs ashkénazes de classe moyenne. La Haggadah renferme 97 miniatures enluminées; on en faisait la lecture durant le repas du séder, à la Pâque juive.

L’Institut canadien de conservation (ICC) a analysé les 48 pages du bloc de feuilles fabriquées à la main et découvert que le texte manuscrit a été écrit à l’aide d’encre ferro-gallique. De plus, les pigments utilisés dans les peintures miniatures sont principalement le vermillon (rouge), le bleu de Prusse et l’atacamite, ou vert-de-gris (un pigment vert à base de cuivre). Une peinture jaune à effet de glaçage a aussi été détectée, et on a découvert que les couleurs de ton or contenaient des paillettes de laiton.

Le papier, les encres et de nombreuses surfaces peintes étaient dans un état fragile à cause de la corrosion des encres ferro-galliques et des pigments à base de cuivre. Il y a aussi de grosses taches brunes sur plusieurs pages attribuables à des éclaboussures de vin rouge, probablement durant le repas du séder.

En plan rapproché, deux images en couleurs de pages du manuscrit. À gauche, un texte hébreu, dont les lettres rédigées à l’encre sont parsemées de fissures et, à droite, des peintures miniatures colorées de rouge et de vert.

Deux exemples de fissures et de lacunes apparaissant sur le manuscrit, elles ont été causées par la nature corrosive des encres ferro-galliques et des pigments à base de cuivre.

Il y a plus de 20 ans, on a enlevé les couvertures de la Haggadah afin de désacidifier le bloc-texte et de réparer les fissures et les déchirures. Un récent examen du manuscrit a révélé de nouvelles fissures et lacunes dans le papier, les encres et les pigments (les médias). Manifestement, la désacidification précédente n’avait pas arrêté la détérioration du papier. Les dégâts causés par la corrosion des médias à base de cuivre sont un problème dans les collections archivistiques du monde entier. BAC et l’ICC ont donc entrepris un projet de recherche mixte visant à faire l’essai d’antioxydants connus pour trouver un traitement qui permettrait d’éviter que les médias de la Haggadah continuent de se corroder. En raison de la sensibilité à l’eau des médias constituant la Haggadah, seuls des antioxydants à base de solvants ont été retenus aux fins du projet de recherche.

Des encres et des pigments préparés en laboratoire et similaires à ceux utilisés dans la Haggadah — de l’encre ferro-gallique, de l’encre contenant du fer et du cuivre, de l’atacamite et des pigments vert-de-gris — ont été appliqués sur des bandes de papier. Artificiellement, on a fait vieillir les échantillons afin d’imiter le papier et les médias anciens de la Haggadah. Les échantillons vieillis ont ensuite été traités avec l’une des six combinaisons utilisées dans le cadre de l’étude, puis on leur a fait subir un autre vieillissement thermique dans le but de vérifier l’efficacité des divers traitements après de nombreuses années. Parmi les tests effectués sur les échantillons, mentionnons l’analyse de couleurs, la détermination du pH et l’essai de résistance du papier qui ont été menés avant et après les traitements et le vieillissement.

Photographie en couleur du matériel de laboratoire : quatre contenants de verre transparent placés côte à côte et renfermant chacun une feuille de papier et, en arrière-plan, des bouteilles de produits chimiques.

Des échantillons d’encre et de pigments déposés dans des bacs en verre sont traités avec des antioxydants à base de solvants.

Nous validerons les résultats du projet en les comparant à d’autres études avant de retenir un traitement aux antioxydants pour la Haggadah. Entre-temps, les fissures et les lacunes dans le papier ont été stabilisées mécaniquement au moyen d’un papier transparent ultra-mince que l’on détrempe dans du solvant, appelé « tissu Berlin », lequel avait préalablement été enduit de gélatine. La gélatine est reconnue pour empêcher la progression des ions de fer corrosifs dans le papier accolé.

Des images juxtaposées en plan rapproché d’une vieille réparation opaque et d’une nouvelle réparation transparente, la dernière permettant de lire facilement le texte sous-jacent.

À gauche, en plan rapproché, une ancienne réparation qui a obscurci le texte sous-jacent. À droite, une nouvelle réparation avec du tissu Berlin ultra-mince, qui permet de lire facilement le texte.

Afin d’éviter le transfert des encres, des pigments ou des produits corrosifs sur la page adjacente, il a fallu utiliser des intercalaires. Bien que nous n’ayons pas appliqué directement un antioxydant sur la Haggadah, nous avons décidé d’améliorer indirectement les propriétés du manuscrit contre le vieillissement en imprégnant les feuillets intercalaires d’un tamponnage alcalin et d’un antioxydant.

Pour diverses raisons, il n’a pas été possible de réutiliser la couverture originale endommagée de la reliure. Nous avons plutôt fait des recherches sur la composition des reliures et avons fabriqué et mis à l’essai de nombreux échantillons. Nous avons conclu qu’une reliure de carton avec couture répondait aux besoins de la Haggadah. La reliure s’ouvre à plat, sans résistance, et elle fournit un soutien optimal durant la manipulation. L’utilisation de cartons souples et de très peu d’adhésif permet à la reliure de bien s’adapter au tissu intercalé et de demeurer stable du point de vue dimensionnel. De plus, grâce à cette technique réversible, il sera possible de soumettre la Haggadah, à l’avenir, à d’autres traitements. La reliure de carton avec couture est aussi mentionnée dans la documentation et figure parmi les techniques de reliure favorisant la conservation des volumes fabriqués entre le 17e et le 19e siècle, il s’agissait donc d’une technique appropriée pour la Haggadah.

À gauche, en plan rapproché, une main tenant la page d’un livre et une aiguille qui transperce la page. À droite, en plan rapproché, la tranche inférieure du livre qui est déposé, ouvert sur une table.

À gauche, une restauratrice coud l’intercalaire au bloc de feuillets composés. À droite, la reliure de carton avec couture est ouverte afin de montrer que le manuscrit peut être consulté sans résistance.

Dans le but d’assurer l’uniformité des éléments ayant servi à fabriquer les couvertures de la précédente reliure, on a décoré les nouvelles couvertures de cuir avec de la dorure à froid, une méthode consistant à imprimer un texte ou un dessin sur la couverture d’un livre sans employer de couleurs ni de feuilles d’or. On a gaufré à froid cinq petits fleurons sur le dos afin d’illustrer, visuellement, la nature du livre, qui s’ouvre de gauche à droite.

Doté de sa nouvelle reliure, le manuscrit de la Haggadah, ainsi que les couvertures originales, est actuellement entreposé dans une coquille fabriquée sur mesure qui offre un milieu contrôlé à une température de 18 °C et à un taux d’humidité relative de 40 %. L’état du manuscrit est nettement mieux, et on peut dorénavant le manipuler en toute sécurité en attendant un prochain traitement aux antioxydants.

Pour plus de renseignements historiques, lisez le blogue précédent, « Un trésor de la collection Lowy : le splendide manuscrit de la Haggadah d’Altona ».

Liens vers des articles liés à la conservation de la Haggadah d’Altona datant de 1763

TSE, Season, Maria Trojan-Bedynski et Doris St-Jacques. « Treatment Considerations for the Haggadah Prayer Book: Evaluation of Two Antioxidants for Treatment of Copper-Containing Inks and Colorants ». The Book and Paper Group Annual (en ligne), American Institute for Conservation, vol. 31, 2012, p. 87 à 97.

ST-JACQUES, Doris, Maria Bedynski, Lynn Curry, Season Tse. « A 1763 Illuminated Haggadah Manuscript: How Ineffective Past Treatments Resulted in an Antioxidant Research Project, Impacting Current Treatment Decisions ». Paper Conservation: Decisions and Compromises (en ligne), Vienne, du 17 au 19 avril 2013, p. 17 à 20.

BEDYNSKI, Maria, Doris St-Jacques, Lynn Curry, Season Tse. « The Altonah Haggadah: The History, Conservation and Rebinding of an Eighteenth-Century Illuminated Manuscript ». Care and Conservation of Manuscripts 14: Proceedings of the thirteenth international seminar held at the University of Copenhagen, du 17 au 19 octobre 2012, Museum Tusculanum Press, éd. par M.J. Driscoll, p. 157 à 176.

« Recherche conjointe sur les antioxydants et incidence sur les décisions de traitement de la Haggadah d’Altona datant de 1763 ». Revue annuelle 2012–2013 (en ligne), Institut canadien de conservation, p. 6 et 7.


Doris St-Jacques est restauratrice de papier à la Direction générale de la préservation à Bibliothèque et Archives Canada.

Lynn Curry est restauratrice de livres à la Direction générale de la préservation à Bibliothèque et Archives Canada.

Maria Trojan-Bedynski est restauratrice de papier à la Direction générale de la préservation à Bibliothèque et Archives Canada

Nouveaux livres dans la collection des Services de généalogie au 395, rue Wellington – octobre 2016

Nous sommes ravis d’annoncer que nous avons récemment acquis des publications de généalogie. Vous pouvez les consulter dans la Salle de généalogie et histoire familiale, au troisième étage de l’édifice de Bibliothèque et Archives Canada, au 395, rue Wellington.

Nous vous encourageons à vérifier la liste ci-dessous. Le lien au catalogue AMICUS comprend la cote vous permettant de trouver le livre dans les rayons.

Si vous en êtes à vos premiers pas en généalogie, nous vous invitons à consulter la rubrique Généalogie et histoire familiale de notre site Web.

Bonne exploration!

Index sur les églises, les cimetières et les journaux

Obituaries from the Christian guardian, 1891 to 1895, par Donald A. McKenzie (AMICUS 42197735)

Répertoire des naissances, des mariages et des décès de la paroisse de Saint-Ludger-de-Milot, 1934-1941, et de la paroisse de Saint-Augustin, 1924-1941, par la Société d’histoire du Lac-Saint-Jean, Service d’archives et de généalogie, Comité de généalogie (AMICUS 43692197)

Baptêmes, mariages, annotations marginales et sépultures de Notre-Dame-du-Rosaire de Sherbrooke, 1942-1995, par la Société de généalogie des Cantons de l’Est inc. (AMICUS 42040268)

Baptêmes, mariages, sépultures et annotations marginales de Sainte-Jeanne-d’Arc de Sherbrooke, 1913-2012, par la Société de généalogie des Cantons de l’Est inc. (AMICUS 41994325)

Baptêmes, mariages, annotations marginales et sépultures de Christ-Roi de Sherbrooke, 1936-2012, par la Société de généalogie des Cantons de l’Est inc (AMICUS 41849903)

Baptêmes, mariages, annotations marginales et sépultures de Saint-Antoine-de-Padoue de Lennoxville, 1878-2010, par la Société de généalogie des Cantons de l’Est inc. (AMICUS 41849905)

Baptêmes, mariages, annotations marginales et sépultures de Saint-Joseph de Sherbrooke, 1946-2010, par la Société de généalogie des Cantons de l’Est inc. (AMICUS 42040250)

Baptêmes des paroisses Notre-Dame-de-Lourdes, 1928-1941 et Notre-Dame-Auxiliatrice, 1939-1941, par Michel Chrétien (AMICUS 41279336)

Cataraqui Cemetery burial registers: Kingston Township, Frontenac County, par la division de Kingston de l’Ontario Genealogical Society (AMICUS 41669821)

Outremont, naissances : archives civiles (greffe) 1921-1941, St-Germain 1929-1942, Ste-Madeleine 1908-1941, St-Raphaël 1930-1941, St-Viateur 1902-1941, par Cécile de Lamirande (AMICUS 43564793)

Militaire

American loyalists to New Brunswick: the ship passenger lists, par David Bell (AMICUS 43913838)

Dictionnaire prosopographique des militaires beaucerons incluant le Régiment de la Chaudière depuis 1914, par Sylvain Croteau (AMICUS 43027689)

Histoires de familles

Généalogie ascendante de Irénée Bergeron, 1838 (Sainte-Croix-de-Lotbinière) – 1923 (Saint-Paul-de-Chester), par Linda Bergeron Szefer (AMICUS 42856232)

Généalogie des familles-souches de Saint-Casimir, par G.-Robert Tessier (AMICUS 43150466)

Saint-Just-de-Bretenières : cent ans d’histoire, 1916-2016 : de la mémoire à la plume, par Louise Lefebvre (AMICUS 44279124)

Images de la Haggadah d’Altona maintenant sur Flickr

Datant de 1763, la Haggadah d’Altona, un manuscrit coloré, enluminé et écrit à la main sur papier, est l’un des trésors de la collection Jacob M. Lowy gardée à Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

La Haggadah, mot hébreu qui signifie « récit », est un important texte utilisé dans la tradition juive lors du Seder de la Pâque, un repas cérémonial se déroulant dans les maisons juives afin de commémorer l’exode des Israélites hors d’Égypte. Il s’agit d’une compilation de versets bibliques, de prières, d’hymnes et de littérature rabbinique.

La collection de BAC renferme également des incunables (des livres imprimés avant 1500), des bibles, d’anciens manuscrits hébraïques et environ 80 autres Haggadah.

Un trésor de la collection Lowy : le splendide manuscrit de la Haggadah d’Altona

Par Leah Cohen

La Haggadah d’Altona fait partie des trésors de la collection Jacob M. Lowy. Ce manuscrit sur papier, magnifiquement enluminé et coloré, a été créé en 1763 à Altona, en Allemagne, pour la Pâque juive.

Le mot Haggadah signifie « récit » en hébreu. Il s’agit d’un texte lu durant le séder de la Pâque, un repas cérémoniel se déroulant selon une succession d’étapes rituelles chargées de symbolisme. Le séder est organisé tant dans les résidences privées que dans les lieux publics pour commémorer la libération des Israélites d’Égypte. En Israël, il se tient la première nuit du congé de la Pâque; ailleurs, les deux premières nuits du congé.

Les rabbins ont institué la Haggadah en s’appuyant sur le verset 13:8 du livre de l’Exode : « Ce jour-là, tu parleras (higadeta) ainsi à ton fils : c’est en mémoire de ce que l’Éternel a fait pour moi lorsque je suis sorti d’Égypte. »

Le séder et la Haggadah ne se résument pas à une simple narration d’événements : ils transmettent l’expérience vécue par un esclave en Égypte, soudainement libéré par la main de Dieu, et qui, en tant qu’homme libre, voit Dieu confier la Torah à Moïse sur le mont Sinaï.

Rituels du séder

Les membres d’une famille ou d’un groupe rassemblés pour un séder accomplissent certains rituels. Par exemple, ils consomment des aliments évoquant l’expérience de l’esclavage et de la libération, tels que l’haroset, un mélange de fruits ou de noix hachés, propre à soutenir les esclaves dans leur dur labeur (notamment le transport des briques). Ils peuvent aussi consommer des plantes amères, comme le raifort, qui rappellent l’âpreté de l’esclavage. Ils boivent quatre verres de vin, accoudés sur le côté gauche, dans une position de détente, comme des hommes libres. Ces quatre verres symbolisent les quatre expressions de la rédemption des Israélites par Dieu, que l’on trouve dans les versets 6:6 à 6:8 du livre de l’Exode : « […] je vous affranchirai des travaux dont vous chargent les Égyptiens […] je vous délivrerai de leur servitude, et je vous sauverai à bras étendu et par de grands jugements. »

Les participants ne lisent pas la Haggadah passivement : ils sont invités à poser des questions et à discuter. Et comme le séder vise aussi à piquer la curiosité des enfants, selon la tradition, ceux-ci entonnent un chant dans lequel ils demandent pourquoi cette nuit est différente des autres. La Haggadah comprend également les prières de Hallel louant Dieu. Au fil du temps, de joyeux chants de table se sont ajoutés à la cérémonie; on les entonne encore aujourd’hui, même s’ils ne sont pas obligatoires.

Comme la tradition du séder concerne plusieurs peuples, lieux et époques, c’est tout un défi de bien transmettre le message et de donner un sens à la soirée. Ainsi, un producteur d’olives vivant dans l’ancienne Galilée n’aurait sûrement pas raconté l’exode d’Égypte de la même manière qu’un mordu d’informatique de la Silicon Valley au 21e siècle.

Une Haggadah est donc un témoignage parmi d’autres de la culture populaire, qui permet d’en apprendre davantage sur une communauté donnée; un artefact qui représente non seulement un contenu textuel, mais aussi « l’esprit dans la matière », pour citer l’auteur Jules Prown.

Pourquoi la Haggadah d’Altona est-elle différente des autres?

La Haggadah d’Altona s’inscrit dans une tendance initiée en Europe centrale par les Juifs de cour. Appelés ainsi parce qu’ils occupaient de hautes fonctions financières auprès des nobles, ils collectionnaient également des œuvres d’art judaïque pour leur résidence, dont des manuscrits enluminés. De tels ouvrages étaient très recherchés, même s’ils n’étaient plus très nouveaux, l’impression hébraïque remontant au 15e siècle. L’existence de la Haggadah d’Altona montre que la classe moyenne s’était aussi mise à collectionner des manuscrits. Cet art faisant appel à un style plus naïf, un scribe ayant moins de formation pouvait donc être engagé à moindre coût.

La communauté d’Altona, très dynamique malgré sa petite taille, avait obtenu du roi Christian IV le privilège de se lancer dans la construction navale, une activité qui lui apporta une stabilité économique et favorisa la création d’une classe moyenne. Sur cette page illustrant les rites du séder, les scènes représentant des citadins de l’époque témoignent d’un certain degré de confort. Par exemple, les personnes sont assises sur des chaises qui semblent rembourrées, autour d’une solide table recouverte d’une nappe rouge. Dans une salle éclairée par un chandelier, chaque personne a le luxe d’avoir sa propre Haggadah.

Image colorée en rouge, brun et gris d’une page d’une Haggadha de la Pâque. Les 12 étapes rituelles du séder y sont illustrées. Dans les marges intérieures et extérieures, un texte en hébreu identifie le rituel et donne des instructions en yiddish pour l’accomplir.

Illustrations montrant les rituels du séder accomplis par des participants de l’époque. Elles offrent un instantané du mode de vie des Juifs à Altona dans les années 1760 (AMICUS 33226322).

La Haggadah d’Altona nous apprend également que les Juifs de cette communauté avaient beaucoup en commun avec les Juifs vivant ailleurs au début de l’ère moderne. Par exemple, le scribe a minutieusement écrit le commentaire de Don Isaac Abravanel (1437-1508) en petites lettres cursives autour du texte central. Ce commentaire centré sur la rédemption, écrit par un Juif forcé de fuir la péninsule ibérique, a été imprimé pour la première fois en 1505 et se retrouve fréquemment dans les Haggadhas de la Pâque.

L’artiste et son œuvre

L’étude de la Haggadah d’Altona, comme celle de toute source d’information visuelle, permet de découvrir à la fois l’artiste et l’œuvre.

Le nom du scribe est indiqué dans le colophon, une note placée à la fin. Il s’agit d’Elkanah « Pituhe Hotem ». Ces derniers mots signifient « graveur du sceau », en référence aux pierres gravées que portait le grand prêtre dans la Jérusalem ancienne. Elkanah était le fils de Meir Malir, Meir signifiant un peintre en yiddish.

Seuls deux autres manuscrits d’Elkanah sont parvenus jusqu’à nous. Le premier, conservé au Jewish Theological Seminary à New York, est une Haggadha en vélin, contrairement à celle de la collection Jacob M. Lowy, imprimée sur du papier. Le second, Tikune Shabat (prières spéciales pour le Shabbath), se trouve à la bibliothèque Klau du Hebrew Union College à Cincinnati.

La Haggadha de Lowy contient un élément unique : un calendrier omer. On utilisait ce calendrier pour compter les 49 jours séparant la deuxième nuit de la Pâque et le congé de Chavouot (Pentecôte), qui commémore le don de la Torah aux Israélites.

L’omer est une unité biblique servant à mesurer le grain. Un omer d’orge a été présenté en offrande au Temple lors de la deuxième nuit de la Pâque; c’est pourquoi le compte des 49 jours commence à partir de cette date. Comme aucun calendrier juif n’a été imprimé à Altona durant les années 1750 et 1760, ce calendrier omer a sans doute constitué un bon moyen de compter les jours.

Image en couleur montrant deux pages d’un livre. L’écriture en hébreu (en rouge et noir) comprend des références mystiques. Certaines images carrées sont faites de morceaux de papier colorés contenant un simple motif floral.

Calendrier omer, dans lequel chaque carré représente le nombre de jours écoulés depuis le deuxième jour de la Pâque jusqu’au Chavouot (AMICUS 33226322).

L’artiste ou le mécène qui a commandé la Haggadah d’Altona a été influencé par la Haggadah d’Amsterdam, ou par l’une de ses nombreuses imitations. Imprimée en 1695, celle-ci comporte des gravures sur cuivre.

Collage présentant côte à côte la même page tirée de deux éditions différentes d’un livre. Les deux pages comportent un dessin représentant deux hommes debout, de part et d’autre d’un texte en hébreu. Celle de gauche est en couleur, alors que celle de droite est dans les tons de gris.

À gauche, page titre très colorée de la Haggadah d’Altona, parue en 1763 (AMICUS 33226322); à droite, page titre gravée de la Haggadah d’Amsterdam, datant de 1695 (AMICUS 29060785). Les deux pages montrent Moïse et Aaron, ainsi que des vignettes de récits tirés de la Bible. Les images ont été simplifiées dans la Haggadah d’Altona, et celle-ci compte moins de vignettes (seulement trois dans des médaillons au haut de la page).

L’influence de la Haggadah d’Amsterdam est aussi perceptible dans la façon de représenter les quatre fils, ceux-ci symbolisant l’attitude de quatre types de participants au séder : le sage, l’impie, le simple d’esprit et celui qui ne sait pas poser des questions.

Collage présentant côte à côte une image tirée de deux éditions d’un même livre. Sur chaque image, on voit quatre hommes tous vêtus de manière différente et adoptant des poses variées. Dans les deux éditions, les hommes portent les mêmes vêtements et prennent une pose similaire. La page de gauche est en couleur, alors que celle de droite est dans les tons de gris.

À gauche, illustration en couleur des quatre fils dans la Haggadah d’Altona (AMICUS 33226322); à droite, version gravée des quatre fils dans la Haggadah d’Amsterdam (AMICUS 29060785).

Elkanah, le scribe artiste, a écrit son texte à l’encre ferrogallique, dont on sait aujourd’hui qu’elle a des effets corrosifs. Il l’a illustré à l’aide de couleurs dont les pigments contiennent du cuivre et d’autres métaux. L’encre et les pigments ont tous deux entraîné la corrosion du papier, que même une désacidification effectuée en 1987 n’a pu enrayer. La Haggadah d’Altona a été confiée aux restaurateurs de Bibliothèque et Archives Canada en 2007. Comment s’y prendront-ils pour sauver cet artefact culturel? Découvrez leurs secrets dans un prochain billet de blogue, à paraître la semaine prochaine.

Sites connexes :


Leah Cohen est conservatrice de la collection Jacob M. Lowy à Bibliothèque et Archives Canada.

L’autre facette de Glenn Gould : réflexions sur l’éternelle renommée du pianiste canadien et l’héritage qu’il laisse à Bibliothèque et Archives Canada

Par Rachelle Chiasson-Taylor

Alors que le 85e anniversaire approche…

En 2017, ce sera le 150e anniversaire de la Confédération du Canada, celui-ci coïncidant avec le 85e anniversaire de naissance de Glenn Gould. Des artistes, des compositeurs, des historiens de la musique, des radiodiffuseurs, des philosophes et des mélomanes de toutes les couches de la société et de partout dans le monde célèbrent cette personnalité incomparable du monde de la musique tous les cinq ans, et 2017 ne fera pas exception. En fait, certaines activités de grande envergure sont prévues pour souligner à la fois l’anniversaire du Canada et celui de M. Gould :

Le Comité permanent du patrimoine canadien de la Chambre des communes a déclaré que la Fondation Glenn Gould se proposait d’organiser une spectaculaire tournée mondiale d’un an intitulée « Canada 150 » qui atteindra son point culminant le jour de la fête du Canada avec un concert en hommage à M. Gould qui traduira en musique les « aspirations de tous les Canadiens ».

Le piano à queue symbolique de M. Gould, le Steinway CD-318, qui n’est plus exposé au Centre national des Arts (CNA) à Ottawa depuis février dernier, le temps que le CNA fasse l’objet de rénovations, sera de nouveau exposé, à sa place, le jour de la fête du Canada de 2017. En 2012, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a fait don du piano et de la chaise de concert, tout aussi symbolique, au CNA, là où le piano a pu commencer une nouvelle vie, notamment sous le doigté de pianistes lors de prestations publiques.

Le lancement d’une nouvelle biographie est prévu en juin 2017, Glenn Gould: Remix (Dundurn Press).

La liste est longue…

Fonds d’archives Glenn Gould

Bibliothèque et Archives Canada est l’institution suprême pour assurer la garde et le contrôle de l’héritage documentaire de M. Gould. En 1984, BAC a acquis le contenu du Fonds d’archives Glenn Gould, qui renferme plus de 16 000 objets ayant trait à la vie personnelle et professionnelle du pianiste : des documents officiels, personnels et autobiographiques; de la correspondance personnelle et professionnelle; des prix et des certificats honorifiques; des compositions; des écrits de M. Gould publiés et non publiés; des écrits portant sur M. Gould parus dans des journaux et des revues; une collection de livres, des enregistrements et des trames sonores annotées par M. Gould; des photographies de Glenn Gould, de membres de sa famille et de personnalités de l’univers musical international; du matériel audiovisuel comprenant des prises refusées de séances d’enregistrement aujourd’hui légendaires. Le Fonds d’archives Glenn Gould à Bibliothèque et Archives Canada est une source précieuse pour les chercheurs et continue d’inspirer une foule de projets littéraires, de spectacles musicaux, d’émissions, de nouvelles compositions et de manifestations diverses.

À Bibliothèque et Archives Canada, les experts en collections de musique et en communications s’affairent actuellement à préparer un balado étoffé dans le but de faire connaître « l’autre facette de Glenn Gould », reconnaissant son image de pianiste solo, tout en explorant d’autres aspects du personnage. Prolifique, M. Gould a écrit abondamment sur la musique et sur des sujets extramusicaux : il a donné des spectacles avec d’autres instrumentistes et interprètes; composé de la musique; produit des documentaires, animé des émissions de télévision, accordé des entrevues et créé de nouvelles formes artistiques.

L’autre facette

Apparemment excentrique et reclus, il en étonnait plus d’un avec son mode de vie, mais cette attitude aura un effet amplificateur sur sa célébrité. L’annonce de son retrait de la scène en 1963 aura aussi un effet paradoxal : au lieu de tomber dans l’oubli du public, chaque enregistrement et chaque émission de M. Gould deviendront un happening culte. Sa vision de la technologie s’est avérée prophétique, et son opinion sur le pouvoir de l’artiste d’interpréter une œuvre musicale de Bach, de Beethoven, de Mozart, de Brahms ou d’autres compositeurs selon les règles de la musique occidentale, bien que controversée, a toujours éveillé de l’intérêt. Comme l’a écrit son ami, le compositeur et chef d’orchestre américain, Leonard Bernstein :

Glenn était […] quelque peu fantasque, ce qui lui conférait son style rafraîchissant. Esprit inquisiteur, il parvenait, en un éclair, à envisager que Schoenberg et Liszt fussent dans la même catégorie, ou Purcell et Brahms, ou encore Orlando Gibbons et Petula Clark. Sans crier gare, il jumelait, contre toute attente, une paire de musiciens dans un certain essai comparatif fort surprenant. […] Voilà un homme qui savait se faire aimer. Il avait environ quinze ans de moins que moi, je crois, mais je n’ai jamais pensé à lui comme mon cadet, à aucun égard. Il était un véritable pair, à tous les égards. Quand il est décédé, je n’ai pas pu le supporter.

Leonard Bernstein, traduction libre de The Truth About a Legend

En vue du 85e anniversaire de Glenn Gould en 2017, Bibliothèque et Archives Canada célèbre le génie éclectique de ce grand musicien, sa vision prophétique et sa quête impérieuse de la vérité par l’entremise de la musique et de l’art. Ce sont là les aspects qui composent l’autre facette de Glenn Gould.

Ressources connexes


Rachelle Chiasson-Taylor est archiviste de la musique au sein de la Direction générale des archives privées à Bibliothèque et Archives Canada.

Sources publiées concernant les rapports d’accidents d’avion

Par Megan Butcher

Dans notre précédent blogue traitant de la recherche sur les accidents d’avion, vous avez appris qu’il vous fallait posséder certaines informations de base avant de commencer votre recherche :

  • le modèle de l’avion
  • la date et l’endroit de l’accident
  • le numéro d’enregistrement de l’appareil
  • le type d’avion (civil ou militaire)

Ces informations constituent un excellent point de départ. Mais qu’en est-il, si vous ne les avez pas? Il existe quelques autres façons de trouver ce que vous cherchez.

Commencez par les deux bases de données suivantes. Ce sont les sources les plus largement accessibles; sans être exhaustives, elles contiennent des renseignements sur un grand nombre d’accidents d’avions canadiens, incluant le premier accident mortel en 1913.

Les journaux locaux peuvent aussi constituer une précieuse ressource pour dénicher quelques renseignements précis. Vous pourriez commencer votre recherche ici à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) en consultant nos fonds de journaux sur microforme. Si vous ne pouvez vous rendre à Ottawa, communiquez avec votre bibliothèque municipale afin de savoir si elle peut emprunter les bobines dont vous avez besoin, de nous ou d’une autre bibliothèque.

S’il vous manque encore quelques renseignements importants, vous aurez peut-être de la chance en consultant les rapports annuels du Bureau canadien de la sécurité aérienne et les synopsis d’accidents d’aviation civile au Canada. La plupart des descriptions sont très brèves, mais on y trouve à l’occasion une quantité étonnante d’informations, parfois bouleversantes :

Un document tapé à la machine sur du papier blanc, contenant des informations sur un accident d’avion qui s’est produit le 8 septembre 1978.

Synopsis d’un accident d’avion tiré d’une publication du Bureau canadien de la sécurité aérienne sur les accidents d’avion au Canada, 1980, numéro 5, p. 56 (AMICUS 2828768)

Notre collection contient plusieurs numéros des années suivantes :

  • 1967 : Accidents to Canadian registered aircraft. Administration canadienne des transports aériens. Division des enquêtes sur la sécurité aérienne. AMICUS 3236225
  • 1968-1974 : Accidents d’avion. Administration canadienne des transports aériens. Division des enquêtes sur la sécurité aérienne. AMICUS 11371
  • 1975-1984 : Synopsis des accidents d’avion; aviation civile au Canada. AMICUS 2828768
  • 1984-1989 : Rapport annuel. Bureau canadien de la sécurité aérienne.  AMICUS 5348822

Il existe deux autres publications que nous ne possédons pas, mais que votre bibliothécaire pourrait vous aider à trouver. En voici les références :

  • 1947-1958: Canada. Civil Aviation Division. Annual report on aircraft accidents: 1947-1958. — [Ottawa], Dept. of Transport, Air Services Branch, Civil Aviation Division
  • 1960-1963: Canada. Civil Aviation Branch. A survey of accidents to aircraft of Canadian registry, 1959-1962. — Ottawa, [1960-1963]

Si vous repérez dans notre collection un document que vous aimeriez consulter, vous pouvez le faire sur place, demander une reproduction ou vous informer auprès de votre bibliothèque locale s’il y a possibilité de l’emprunter par l’intermédiaire de notre programme de prêts à d’autres institutions.

Et comme toujours, si vous avez besoin d’aide, n’hésitez pas, posez-nous une question!


Megan Butcher est bibliothécaire de référence à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Un endroit vraiment désolant (« A Very Desolate Place ») : lettres de lord Dufferin

Par Kelly Ferguson

« J’ai toujours voulu me plonger dans l’ambiance du Nouveau Monde » [traduction], écrit lord Dufferin, le troisième gouverneur général du Canada, à ses amis proches, M. et Mme Sturgis. C’était en 1872 et lord Dufferin se préparait à déménager au Canada, où il allait passer presque la totalité des six années suivantes.

En général, quand nous pensons aux premiers gouverneurs généraux, nous imaginons qu’ils étaient des nobles austères venant au Canada pour s’acquitter de leur devoir envers la monarchie. Il est même parfois difficile de leur donner un visage humain. Grâce à ces douze lettres, acquises par Bibliothèque et Archives Canada lors d’un encan tenu au cours de l’été de 2016, les Canadiens auront une idée plus claire des motifs à l’origine des expériences vécues par un de ces aristocrates.

Photographie multiple jaune et brune. Cinq personnes — lord et lady Dufferin et trois de leurs enfants — apparaissent ici, chacune figurant sur une photographie distincte. Sur ces portraits, elles sont soit assises soit debout, vêtues de costumes correspondant à l’époque du roi James V d’Écosse.

À Ottawa, lord et lady Dufferin, ainsi que leurs enfants, vêtus suivant le code vestimentaire de la cour du roi James V d’Écosse, en 1876 (MIKAN 3819711)

D’abord enthousiaste à l’idée de vivre l’aventure du « Nouveau Monde », lord Dufferin déchantera vite devant la dure réalité associée à la vie au Canada dans les années 1870. Loin d’être impressionné par les conditions de vie à Ottawa, il se plaindra que la résidence du gouverneur général manque d’espace pour les divertissements, que les routes sont des pistes boueuses et que la ville est inachevée. Il sera affligé par le froid et le manque d’activités. Rapidement, il comprendra que son passage au Canada ne sera pas l’aventure palpitante qu’il avait envisagé de vivre.

Photographie jaune et brune sur papier albuminé d’une scène hivernale à Ottawa, dont plusieurs bâtiments, une route et des arbres.

Vue du sommet de la glissade Dufferin à Rideau Hall. Ottawa, 1878. (MIKAN 3819407)

Même si les conditions de vie n’étaient pas toujours à la hauteur de ses attentes, lord Dufferin a assumé ses fonctions avec beaucoup de sérieux. Dans ses lettres, il explique les efforts qu’il déploie pour redonner au poste de gouverneur général tout son prestige. Il décrit également ses opinions et ses actions en tant qu’observateur neutre d’un scandale politique parmi les plus retentissants à cette époque. Le scandale du Pacifique a entraîné la démission de John A. Macdonald et l’ascension au pouvoir d’Alexander Mackenzie et du parti libéral. Dans ses lettres, lord Dufferin relate le scandale, exprimant de la sympathie pour M. Macdonald, mais aussi l’espoir que l’élection de l’ancien parti de l’opposition soit un atout pour le Canada. En lisant ses lettres, il est évident qu’il aimait et respectait les deux chefs.

Photographie en noir et blanc d’un homme d’âge moyen portant un complet et prenant la pose debout, le temps d’un portrait, sa main droite repose sur une table et il y a une chaise près de lui, de l’autre côté.

Portrait de lord Dufferin, 1878. (MIKAN 3215134)

Les lettres de lord Dufferin permettent de lever quelque peu le voile, d’avoir un regard plus intimiste sur un de nos premiers gouverneurs généraux. Lord Dufferin est venu au Canada pour s’éloigner de la scène londonienne ennuyante et partir à la quête de nouveaux défis. Bien qu’il n’ait pas été parfaitement heureux ici, il travaillera avec acharnement pour conforter l’importance du poste. Il avait aussi le sens de la diplomatie, ayant ses propres opinions relativement au scandale du Pacifique, tout en maintenant néanmoins de bonnes relations de travail avec les deux chefs. Lord Dufferin a assumé la fonction de gouverneur général à un moment déterminant. Le Canada venait tout juste d’être formé en tant que pays, l’expansion vers l’Ouest en était à ses débuts et Ottawa ressemblait à une ville en devenir. En plus d’humaniser l’homme, les lettres de lord Dufferin permettent de mieux saisir le monde dans lequel il vivait; elles campent bien la conjoncture d’alors et lui confèrent, aux yeux des Canadiens d’aujourd’hui, un aspect plus concret.

Photographie jaune et brune sur papier albuminé. Un grand et large encadré de la foule. Lord et lady Dufferin sont assis à gauche, face à la salle.

Un bal costumé donné par lord Dufferin à Rideau Hall, 1876. (MIKAN 3260601)


Kelly Ferguson est étudiante de deuxième cycle à l’Université Carleton et travaille au sein de la Section des archives politiques et de gouvernance à Bibliothèque et Archives Canada.

Nouvelles images numérisées de la construction du 395, rue Wellington

Par Andrew Elliott

Surplombant la rivière des Outaouais, l’édifice de Bibliothèque et Archives Canada qu’on surnomme « le 395, rue Wellington » est reconnaissable entre tous. Bien visible des deux côtés de la rivière, il abritait autrefois les Archives et la Bibliothèque nationales, d’où son ancienne appellation de PANL (de l’anglais Public Archives National Library). Il incarne la mémoire collective de notre pays, constituée de toutes les ressources documentaires que nous recueillons, préservons et diffusons.

Mais connaissez-vous la fascinante histoire entourant la conception et la construction de ce lieu patrimonial? En novembre 1952, un site est d’abord choisi près de l’intersection des rues Bank et Wellington. Cependant, à la Commission du district fédéral (l’ancêtre de la Commission de la capitale nationale), le comité chargé de la planification donne plutôt le feu vert pour le 395, rue Wellington. Les dés sont jetés : c’est à cet endroit que s’élèvera le nouvel édifice de la Bibliothèque et des Archives nationales.

Suivant une suggestion de Louis Saint-Laurent, premier ministre de l’époque, le Cabinet retient les services de la prestigieuse firme d’architectes Mathers & Haldenby, du nom de ses deux fondateurs : Alvan Sherlock Mathers (1895-1965), originaire d’Aberfoyle, en Ontario, et Eric Wilson Haldenby (1893-1971, originaire de Toronto. [Liens en anglais seulement] La firme aura pignon sur rue de 1921 à 1991.

Toutefois, la construction de l’édifice est reportée pendant presque une décennie : il faut d’abord démolir un bâtiment temporaire érigé sur le terrain. En 1958, nouveau délai : une gigantesque explosion due à une fuite de gaz détruit un édifice gouvernemental rue Slater, entraînant le déménagement de centaines de fonctionnaires dans les locaux restants du bâtiment temporaire.

En 1960, le contrat pour la construction de l’édifice est alloué à l’entreprise Ellis-Don. À l’automne 1963, les travaux commencent enfin; ils se prolongeront jusqu’en 1967. Le studio de photographie Van, basé à Ottawa, en immortalisera toutes les étapes.

BAC vient tout juste de numériser une remarquable série de photos illustrant ce chantier. Vous pouvez les voir dans les acquisitions du ministère des Travaux publics. En voici quelques-unes :

Photographie en noir et blanc d’un vaste chantier de construction avec de la machinerie lourde. On aperçoit au loin des arbres et des bâtiments.

Travaux d’excavation sur le chantier, 4 septembre 1963 (MIKAN 3600820)

Photographie en noir et blanc de la façade d’un édifice de dix étages en construction. On voit des panneaux de construction à la hauteur du rez-de-chaussée, des automobiles (y compris une Coccinelle de Volkswagen!) et des piétons.

Vue du côté nord de l’édifice en construction, 15 juillet 1965 (MIKAN 3600860)

Photographie en noir et blanc d’un édifice complètement entouré d’échafaudages.

Vue du côté sud-est de l’édifice en construction, 16 août 1965 (MIKAN 3600863)

Photographie en noir et blanc d’un édifice en construction.

Légende : Vue du côté nord-est de l’édifice, 26 novembre 1965 (MIKAN 3600869)

Photographie en noir et blanc d’une salle au plafond bas, avec des rangées de rayonnages superposés en cours d’aménagement.

Vue intérieure de l’édifice avec des rayonnages partiellement aménagés, 21 novembre 1966 (MIKAN 3600895)

Photographie en noir et blanc d’une grande salle avec un échafaudage et des matériaux de construction.

Salle de lecture partiellement aménagée et dotée de plafonds vitrés, 24 février 1967 (MIKAN 3600901)

Photographie noir et blanc d’une vaste salle partiellement aménagée, aux murs recouverts de marbre de Carrare (un marbre blanc aux nervures prononcées).

Magnifiques colonnes et murs de marbre dans l’entrée de l’édifice, 27 juin 1966
(MIKAN 3600882)

Le 10 mai 1965, le gouverneur général Georges Vanier pose la première pierre officielle du 395, rue Wellington. À l’intérieur de celle-ci, il a fait insérer un élégant coffret de cuivre renfermant des images et des descriptions de l’édifice, ainsi qu’un exemplaire des plus récentes publications de la Bibliothèque et des Archives nationales. L’inauguration a lieu le 20 juin 1967, juste à temps pour les célébrations du centenaire du Canada. Vous pouvez écouter ici les cérémonies d’ouverture :

Le 395, rue Wellington allie de façon unique fonctionnalité et esthétisme, comme en témoigne le rapport no 04-027 du Bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine : « C’est une réalisation de très grande qualité […] Sur le plan esthétique, le bâtiment amalgame avec élégance et raffinement le modernisme classique canadien et le nouveau modernisme, ce qui lui confère une apparence moderne, fonctionnelle et bien pensée […] Sur le plan pratique, il répond à une gamme variée d’usages, comme en témoigne la disposition des espaces publics, des services et des rayonnages». [traduction] Pour en savoir plus, consultez cette fiche sur les lieux patrimoniaux du Canada consacrée à l’édifice.

Bref, ni les efforts ni les investissements n’ont été ménagés dans la conception du 395, rue Wellington, un édifice qui demeure encore aujourd’hui un symbole au cœur d’Ottawa.


Andrew Elliott est archiviste à la Division Science, gouvernance et politique de Bibliothèque et Archives Canada.