Les premières photographies canadiennes de voyage maintenant sur Flickr

Le concept du tourisme canadien apparaît au début du XIXe siècle. Les moyens de transport améliorés, comme les nouveaux chemins de fer traversant le pays, facilitent les voyages d’agrément et permettent aux gens la possibilité d’admirer les nombreuses merveilles et réalisations modernes du pays.

La photographie constituait alors le moyen d’expression idéal pour attirer des visiteurs potentiels. Les entreprises de transport embauchaient des photographes pour représenter les paysages majestueux dans le but de promouvoir les destinations. Ces images représentaient un élément essentiel de l’industrie florissante du tourisme avant d’avoir à rivaliser avec les photographes amateurs, avides de créer leurs propres souvenirs de voyage. Les images réalisées au cours de cette période ont aidé à définir le pays et ont établi une certaine identité nationale en présentant des images de paysages canadiens, aujourd’hui emblématique, à la population.

Les premières photographies canadiennes de voyage maintenant sur Flickr

Les premières photographies canadiennes de voyage – une exposition au Musée des beaux-arts du Canada

Au début du 19e siècle, le tourisme au Canada n’était rien de plus qu’un concept en émergence. Mais grâce à l’amélioration des moyens de transport, tels que le chemin de fer et les navires à passagers, les Canadiens et les visiteurs étrangers ont finalement eu la chance de voir certains des plus beaux paysages de ce pays.

Les sites touristiques les plus populaires reflètent les goûts souvent diamétralement opposés du public, les deux types d’attractions préférées étant la nature pure et sauvage comme les chutes et les montagnes… et les réalisations industrielles modernes telles que les ponts et les chemins de fer.

Vous pourrez découvrir certaines de ces images fascinantes dans une nouvelle exposition présentée au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa. Ces photographies, tirées des collections de Bibliothèque et Archives Canada, nous montrent comment les visiteurs voyaient le pays, souvent pour la première fois. Elles nous font partager l’émerveillement des voyageurs devant la nature et les nouvelles infrastructures impressionnantes qui se construisaient autour d’eux.

Photographie noir et blanc d’une femme debout au pied d’un immense arbre creux à la base.

Cèdre géant, Parc Stanley, Vancouver, Colombie-Britannique, 1897 (MIKAN 3192504)

Presque immédiatement, on a voulu capter et documenter ces expériences, ce qui a donné naissance à une activité populaire et très lucrative. La photographie était le média idéal pour attirer des touristes; elle fut donc rapidement utilisée par les photographes professionnels pour produire du matériel promotionnel et des souvenirs destinés aux voyageurs. Plus tard, à mesure que la photographie amateur est devenue plus facile et plus abordable, l’instantané a sérieusement concurrencé ces images commerciales.

Photographie noir et blanc du pont Victoria de Montréal, avec une jeune femme assise sur un rocher au premier plan.

Pont Victoria, Chemin de fer du Grand Tronc, Montréal, Québec, 1878 (MIKAN 3323336)

Les chutes du Niagara ont été la première grande destination touristique en Amérique du Nord et l’objet d’une commercialisation effrénée, même au 19e siècle. Se faire prendre en photo devant les chutes était considéré comme un événement prestigieux, mais si vous ne pouviez pas y être en personne, vous aviez toujours la possibilité de vous faire photographier en studio, avec en toile de fond une peinture représentant les chutes du Niagara.

Ferrotype noir et blanc d’une femme posant debout devant une clôture de bois avec derrière elle une toile de fond représentant les chutes du Niagara.

Portrait en studio avec les chutes du Niagara en toile de fond, vers 1870 (MIKAN 3210905)

Composantes essentielles de l’industrie touristique naissante et de l’intérêt grandissant pour la photographie amateur, les photographies de voyage et de tourisme réalisées à cette époque ont contribué à définir le pays. En familiarisant le grand public avec des paysages populaires, ces images lui ont fait découvrir ce qui est maintenant reconnu comme des icônes du paysage canadien.

Stéréogramme noir et blanc de deux hommes (un muni de jumelles) debout sur un promontoire surplombant la rivière Bow en Alberta.

Vallée de la rivière Bow, Banff, Alberta, 1900 (MIKAN 3509496)

Stéréogramme noir et blanc montrant trois petits enfants debout dans un sentier des Jardins publics d’Halifax.

Jardins publics, Halifax, Nouvelle-Écosse, s.d. (MIKAN 3509481)

Visitez l’exposition au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, du 6 mars au 30 août 2015. Consultez notre site Flickr pour voir d’autres photographies de voyage du 19e siècle ou écoutez le balado – La mémoire photographique du Canada!

Les cahiers de dessins de William Redver Stark : taches et parties manquantes

Ce nouvel article sur les cahiers de dessins de William Stark s’intéresse plus particulièrement aux taches et aux parties manquantes. Dans le contexte, une tache est une décoloration des fibres du papier, alors qu’une partie manquante désigne un morceau de papier détaché ou manquant.

Imaginez William Stark glissant un cahier de dessins dans son sac militaire ou dans la poche de son manteau, par tous les temps et dans toutes sortes de situations. Comme il n’était pas un peintre de guerre officiel, Stark a probablement exécuté ses dessins durant ses temps libres ou lorsqu’il était en permission. Grâce à ses cahiers, nous pouvons l’accompagner dans une visite au jardin zoologique de Londres, lors d’une promenade à la campagne ou au bord de la mer. Ses dessins représentent généralement des personnes, des paysages ou des scènes de la vie quotidienne.

Ces cahiers montrent de nombreux signes de détérioration physique due aux manipulations et déplacements effectués par Stark durant son service de guerre, mais aussi à la longue période de 75 ans qui s’est écoulée entre la fin de la guerre et leur acquisition par BAC. Comme vous pouvez l’imaginer, en raison des terribles conditions de vie au front, les dommages causés par l’eau sont très importants. L’eau fait non seulement gondoler le papier, mais elle peut aussi y laisser une ligne brune. Le phénomène se produit lorsqu’un liquide dépose des matières dissoutes, telles que poussières, colorants ou autres produits en bordure de la partie humide, laissant apparaître une ligne plus foncée que le reste de la tache lorsque le papier sèche.

Les lignes brunes trouvées sur deux ou plusieurs pages consécutives sont l’un des nombreux indices visuels utilisés pour établir l’ordre original des pages d’un cahier.

Photographie couleur de la face interne du dos d’un livre montrant une tache d’humidité bordée d’une ligne plus foncée

Détail d’une tache d’humidité bordée d’une ligne brune plus foncée le long du dos.

On remarque également quelques taches graisseuses ou huileuses et des gouttes d’encre sur le bord des pages. Ces taches prennent souvent la forme de motifs qui se répètent d’une page à l’autre de manière croissante ou décroissante. Elles sont aussi de très bons indices pour nous aider à remettre en ordre les pages d’un cahier.

Photographie couleur d’un des côtés d’un livre ouvert montrant des pages ventilées et un outil pointant une tache graisseuse qui se répète sur le bord de chaque page.

Taches graisseuses trouvées sur le bord de plusieurs pages.

Photographie couleur d’un cahier de dessins, prise en plongée, montrant des taches d’encre sur le bord des pages

Tache d’encre dont le motif se répète sur le bord de chaque page.

Un morceau de papier manquant selon un motif qui se répète sur plusieurs pages est un autre indice visuel très utile dans ce travail de détective. Ce peut être, par exemple, plusieurs pages qui ont été déchirées ou indentées au même endroit.

Photographie couleur d’un cahier de dessins montrant un morceau de papier de forme triangulaire qui manque au même endroit sur plusieurs pages

Exemple d’un morceau de papier manquant dont le motif se répète sur le bord des pages d’un cahier de dessins.

Visitez notre album Flickr sur la conservation des cahiers de dessins pour consulter d’autres photos de ce travail de détective. Vous pouvez aussi voir les articles précédents dans la série les mercredis de la conservation sur le blogue, Facebook et Twitter.

Images de carnavals d’hiver maintenant sur Flickr

Les colons qui arrivent au Canada ont droit à toute une surprise lorsqu’ils doivent affronter un de nos longs, sombres et rigoureux hivers pour la première fois.

Ils peuvent soit se laisser vaincre par l’hiver et s’enfermer jusqu’au printemps, soit s’adapter et trouver des moyens de combattre la rudesse du climat. Comme le montrent les carnavals d’hiver qui sont célébrés encore de nos jours, ils choisissent la deuxième option. Ainsi, les citoyens de villes comme Québec, Ottawa, Montréal, Niagara Falls, Toronto et Vancouver peuvent faire du sport, assister à des spectacles de musique et de lumière, vivre des expériences gastronomiques et admirer des sculptures de glace, le tout en plein air

Carnaval d’hiver d’Ottawa, édition 1922

« Une semaine sans soucis! »…« La gaieté sera la reine de la semaine du Carnaval ». Voilà certains des slogans utilisés pour décrire le premier Carnaval d’hiver national canadien, le Carnaval d’hiver d’Ottawa, en 1922. Il ne s’agissait pas d’une occasion tranquille. Pendant une semaine à la fin du mois de janvier et au début février 1922, les Ottaviens ont fait la fête – et se sont amusés comme de vrais fous.

Les Canadiens étaient des habitués des fêtes d’hiver. Depuis la fin du 19e siècle, d’autres carnavals plus calmes avaient eu lieu mettant en vedette des fortitudes de glace, des fêtes de patinage amicales et des parties de hockey. Pendant ces carnavals, il y avait seulement de rares occasions où la fête dégénérait. Par exemple, la mascarade de patinage, en 1894, à Rideau Hall, où les employés de Lord Aberdeen se sont déguisés en écolières :

Photographie en noir et blanc illustrant huit individus qui se tiennent sur un escalier enneigé avec des éventails décoratifs à la main. Tous sont vêtus de costumes semblables composés d’une robe, d’un tablier et d’un bonnet. Si on regarde attentivement, on peut remarquer que certains de ces individus ont des moustaches et ont des traits quelque peu masculins.

Les employés de Lord Aberdeen déguisés en écolières pour participer à la mascarade de patinage « Dame Marjorie School » à Rideau Hall (MIKAN 3422882)

Le parrain du Carnaval d’Ottawa de 1922 était le courtier en bourse et maire, Frank Plant. Il a tout organisé en quelques semaines. Lord Byng, le gouverneur général, a été mis en charge de l’ouverture des festivités, ce qu’il a fait à l’extérieur du Château Laurier le 28 janvier 1922. 10 000 personnes étaient présentes.

Photographie en noir et blanc illustrant un château de glace, d’une prise de vue très élevée. On peut y voir le fourmillement de la foule et la ville à perte de vue.

Palais des glaces au Carnaval d’hiver d’Ottawa (MIKAN 3517932)

Dans le cadre du Carnaval se sont déroulées les activités suivantes :

  • Des parades à la raquette avec des flambeaux à travers les rues du centre-ville
  • Un grand bal au Château Laurier
  • Des parties de hockey entre les Sénateurs d’Ottawa et les Canadiens de Montréal
  • Du curling et de la boxe
  • Des soupers de fèves au lard quotidiens en Basse-Ville
  • D’énormes feux de joie au parc Major, à la place Connaught et à la place Cartier
  • Escalade du château de glace
  • Danses de minuit
  • Embarcations tirées par des chevaux qui tiraient des passagers à travers la ville
  • Saut en ski des falaises au parc Rockliffe

Bien que ce fût l’époque de la prohibition en Ontario, l’alcool était permis dans la province avoisinante du Québec. Avec l’atmosphère de fête qui régnait, les policiers choisissaient d’ignorer les hordes de personnes intoxiquées qui traversaient d’un côté à l’autre de la rivière de Hull, maintenant Gatineau, la bouteille à la main.

Il y avait trois principales attractions. La première était le palais de glace d’une hauteur de 22 mètres à la place Cartier sur la rue Elgin.

Photographie en noir et blanc illustrant des gens se tenant debout, possiblement à faire la file, autour du château de glace.

Le palais des glaces du Carnaval d’hiver d’Ottawa de jour (MIKAN 3517934)

Photographie en noir et blanc illustrant un château de glace illuminé de l’intérieur.

Le palais des glaces du Carnaval d’hiver d’Ottawa le soir (MIKAN 3517933)

La deuxième attraction était la colonne de glace géante trônant sur la place Connaught (maintenant la place de la Confédération, environ au même endroit où se trouve aujourd’hui le monument commémoratif de Guerre du Canada) entre l’Union Station, l’ancien bureau de poste et le château Laurier.

Photographie en noir et blanc illustrant une colonne de glace surmontée d’une couronne. Un homme se tient à son côté.

La colonne de glace devant l’ancien bureau de poste (endroit où se trouve aujourd’hui le monument commémoratif de Guerre du Canada), Carnaval d’hiver d’Ottawa, janvier et février 1922 (MIKAN 3384979)

Et finalement, la pièce de résistance — la glissade pour ski et toboggan.

« Un mile pour dix sous » était le slogan de cette descente époustouflante. Construite avec des blocs de glace avec des traces profondes, la glissade partait du Château Laurier et descendait jusqu’à la rivière des Outaouais le long des écluses Rideau. Au départ, la porte d’embarquement avait l’air assez innocente, construite de bois et entourée de conifères. Mais lorsqu’on entrait, voici ce qu’on voyait :

Photographie en noir et blanc illustrant le haut de la descente en toboggan en regardant vers le bas vers la rivière, à côté des écluses Rideau. Les traces sont très longues et creuses, et rejoignent presque le pont Alexandra au loin.

Descente en toboggan du Carnaval d’hiver d’Ottawa (MIKAN 3517935)

Si vous étiez assez courageux pour braver cette descente, la promenade était d’un angle de 45 degrés et se redressait quelque peu avant d’être parsemée de côtes, un peu comme des montagnes russes. Si vous voulez voir d’autres photos, vous pouvez visiter l’album Flickr. Inaugurée par Lord Byng, la première descente a été faite par le maire, Frank Plant, l’homme d’affaires bien connu A.J. Major et deux autres individus. Au courant de la semaine, des experts du saut en ski très courageux faisaient tous les jours des démonstrations sur la descente. Le reste du temps, des téméraires prenaient la course en descendant à bord de toboggans jusqu’à la rivière des Outaouais à plus de 100 km/h!

À la fin de la semaine, on a déclaré que le premier Carnaval d’hiver d’Ottawa avait été un énorme succès. Des dizaines de milliers de personnes y avaient participé – la population d’Ottawa venait tout juste d’atteindre 100 000 habitants. Aujourd’hui, l’équivalent du Carnaval d’hiver d’Ottawa, Bal de neige, reçoit jusqu’à un demi-million de visiteurs chaque année.

 

 

Images de la 1re Division canadienne maintenant sur Flickr

Quand la guerre opposant l’Allemagne et ses alliés à l’Angleterre et à la France éclate en 1914, le premier ministre canadien, sir Robert Borden, offre immédiatement son aide en levant un contingent pour défendre l’Europe. Le recrutement des volontaires commence en août 1914.

Bien que sa petite armée se limite à environ 3 000 soldats, une modeste marine de guerre et quelques unités de milice, le Canada réussit en quelques mois à recruter à peu près 35 000 hommes. Ces derniers sont postés à Valcartier, au nord-ouest de Québec, où ils sont entraînés et regroupés en bataillons au sein du Corps expéditionnaire canadien, formant ainsi la 1re Division canadienne.

Forte de 31 000 hommes, la Division est transportée outre-mer par convoi pour y poursuivre son entraînement dans la plaine de Salisbury, en Angleterre, durant l’hiver 1914; elle est finalement envoyée en France en février 1915. La 1re Division canadienne participe à de nombreuses batailles jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, notamment au saillant d’Ypres (la 2e bataille d’Ypres), à Festubert, à Givenchy-en-Gohelle, sur la Somme et à la crête de Vimy; elle est toujours active de nos jours. L’histoire de la 1re Division canadienne est longue, riche et glorieuse, inspirée par sa devise : « Agile, polyvalent, prêt ».

Des ensembles de données ouvertes liées sur la Première Guerre mondiale

Nous sommes ravis de signaler que Bibliothèque et Archives Canada (BAC), dans le cadre d’une initiative de collaboration avec le projet Muninn concernant la Première Guerre mondiale, a récemment publié un nouvel ensemble de données sur le portail des données ouvertes du gouvernement canadien. L’objectif était de transcrire une partie des dossiers de service des soldats qui ont fait partie du Corps expéditionnaire canadien pendant la Première Guerre mondiale. BAC a fourni les dossiers de service numérisés de 1 000 soldats, et le projet Munnin a géré l’externalisation ouverte des tâches visant à transcrire ces documents historiques et à lier les données. Dans le cadre de ce projet expérimental, seules les fiches médicales (medical case sheet) ont été traitées. De telles fiches se trouvent dans la plupart des dossiers; elles comprennent de l’information sur les antécédents médicaux des soldats inscrite par le personnel hospitalier.

Reproduction en couleur d’un formulaire détaillant les antécédents médicaux d’un soldat. Dans le cas présent, le soldat a subi une blessure par balle à l’œil.

Exemple de fiche médicale provenant de la collection de BAC : celle du soldat Addison Baker.

L’information transcrite décrit la gamme des problèmes de santé auxquels on peut s’attendre dans un groupe aussi nombreux. Certains problèmes sont des conséquences directes des combats, comme les blessures causées par des balles ou des éclats d’obus, ou les traumatismes dus au bombardement. D’autres découlent des conditions de vie dans les tranchées, qui augmentent les probabilités de troubles respiratoires et l’éclosion de maladies comme la grippe. Bon nombre des troubles mentionnés ne diffèrent en rien des ennuis de santé courants à l’époque : maux de dents, rougeole, etc.

Pour en savoir plus sur l’information recueillie dans les dossiers de service, consultez le site du projet de données ouvertes liées sur la Première Guerre mondiale (en anglais seulement). Les données brutes se trouvent également sur le Portail des données ouvertes du Canada, sous forme de données ouvertes liées et en texte brut.

De l’eau dans les collections!

Mais ce n’est pas ce que vous croyez…

Nous avons récemment dû déménager deux exemplaires de l’œuvre intitulée Venise undersee, qui se trouvent dans la Réserve (livres rares).

Nous avons retiré les objets de leur sac de soie d’origine et découvert des traces de rouille sur le métal. Alerte!

Les œuvres font partie de la collection de livres d’artistes de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). La surface de ces globes de bronze de la taille approximative d’une boule de bowling à cinq quilles est parsemée d’extraits de poème en braille. Daniel Hogue a produit dix exemplaires de son œuvre en 1998. Il était inquiétant de voir les premières traces de rouille sur un des globes et une tache assez grande sur une autre de ces magnifiques pièces.

Photographie couleur d’un globe en métal sur un brocart. Une patine de rouille est très visible à la surface du globe.

De la rouille… Que se passe t il?

Notre première idée était de fabriquer de nouveaux contenants et de déménager les pièces au Centre de préservation de BAC, dans une chambre forte avec un faible taux d’humidité, et de vérifier si la corrosion se poursuivait.

Toutefois, la fiche AMICUS a révélé que le taux d’humidité n’y était pour rien puisque les globes de bronze contiennent de l’eau prélevée des canaux de Venise! En effet, en secouant les globes, on entend l’eau s’agiter.

Nous avons là un parfait exemple de « vice propre », c’est‑à‑dire une caractéristique inhérente du document original ayant un effet nuisible à long terme. Il est parfois possible d’en ralentir les effets. À titre d’exemple, la fraîcheur ralentit la détérioration du papier causée par l’acide. Dans le cas présent toutefois, le seul moyen d’arrêter la détérioration serait de modifier la structure de l’objet en y perçant un trou afin de retirer l’eau.

Pour compliquer encore un peu les choses, il est important de tenir compte de l’intention de l’artiste avant de prendre ce type de décisions. La corrosion est‑elle un effet recherché par l’auteur? L’artiste sera‑t‑il mécontent du sort réservé à ses œuvres? Nous avons communiqué avec lui pour en avoir le cœur net. Son verdict est qu’il vaut mieux laisser aller les choses : l’eau érode les structures à Venise et fait la même chose avec cette œuvre.

Photographie couleur d’un globe de bronze et du brocart dans lequel il est emballé (à sa droite) dans un contenant matelassé. Une couche de polyester placée sous la pièce métallique recueillera les éventuelles fuites d’eau.

La pièce est prête à reprendre sa place. Le temps fera son œuvre.

Pour répondre à votre question, nous ne craignons pas qu’une fuite endommage les autres pièces de la collection, car la petite quantité d’eau serait vraisemblablement absorbée par les contenants de carton dans lesquels les globes sont entreposés.

Nous continuerons d’évaluer la vitesse du processus de corrosion pour décider comment gérer ce qu’il restera de l’œuvre.

Frederick Bourchier Taylor

Artiste canadien aux talents et aux intérêts multiples, Frederick Bourchier Taylor (1906–1987) est né à Ottawa, où il a grandi pendant quelques années avant d’habiter brièvement à Londres, en Angleterre, de 1916 à 1918, après que son père y ait été envoyé pendant la Première Guerre mondiale. Il est ensuite retourné à Ottawa, où il a obtenu son diplôme du Lisgar Collegiate Institute en 1918, et il a étudié à l’Université McGill en 1925 après que ses parents aient soutenu qu’il devait terminer ses études universitaires avant d’entreprendre une carrière artistique. Pendant ses études à McGill, M. Taylor s’est intéressé à l’architecture et a développé un intérêt marqué pour le ski et la boxe. Il a d’ailleurs remporté le prix Anglin Norcross de l’Université McGill en 1927 pour ses dessins d’architecture, en plus de devenir le champion de boxe de l’université dans la catégorie poids lourds, démontrant ainsi ses nombreux talents.

Après avoir obtenu son diplôme en 1930, M. Taylor a étudié et a travaillé en Grande-Bretagne ainsi qu’au Canada, s’installant finalement à Montréal en 1937. Au cours de cette période, il a gagné son pain en enseignant le dessin à l’École d’architecture de McGill et en peignant des portraits.

Lorsque la guerre a éclaté en 1939, M. Taylor a exercé des pressions sur le gouvernement canadien afin qu’il mette sur pied un programme d’art militaire officiel, mais celles-ci se sont avérées infructueuses. Il ne s’est toutefois pas découragé par le refus du gouvernement et a alors utilisé son talent artistique ainsi que ses liens familiaux (son frère était E.P. Taylor, un homme d’affaires canadien millionnaire) afin d’avoir accès aux usines Angus du chemin de fer Canadien Pacifique de Montréal, à plusieurs chantiers navals canadiens ainsi que d’autres usines militaires, et de les documenter.

Illustration en couleurs montrant des ouvriers qui déchargent de la marchandise et utilisent des filets et des plates-formes sur un quai très encombré, avec un navire en arrière-plan.

Empire Builders de Frederick Taylor pour l’Empire Marketing Board (MIKAN 2897675)

Au cours de cette période, M. Taylor a peint plus de 200 œuvres documentant le travail effectué par les travailleurs d’usines canadiennes, qui était varié et ardu, et souvent non reconnu et sous-apprécié. Bibliothèque et Archives Canada détient certains de ces tableaux parmi sa collection d’œuvres d’art. Ces peintures comptent dix-neuf œuvres de petit format ainsi que huit œuvres finies de plus grand format documentant les travailleurs d’usine de l’industrie de la fourrure et du vêtement de Montréal dans les années 1940. Dans ces œuvres, M. Taylor a utilisé une palette subtile de bruns, de gris et de verts industriels. Il avait le talent extraordinaire de reproduire non seulement l’atmosphère industrielle et l’éclairage vif et fluorescent des usines, mais aussi le regard intense des ouvriers concentrés sur leur travail.

  1. Taylor a poursuivi sa carrière artistique après la Deuxième Guerre mondiale, en exposant ses œuvres et en participant à des expositions, surtout au Québec et en Ontario. En 1960, il a déménagé au Mexique, où il a pratiqué la sculpture et la sérigraphie. Frederick Taylor s’est enlevé la vie au Mexique, en 1987.

Ressources