Les Amis de BAC et les trésors trouvés à la librairie Le Recoin/Cubby

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Par Evan Dalrymple

Nombreux sont ceux qui connaissent l’Association des amis de la Bibliothèque publique d’Ottawa et ses librairies à Ottawa, mais les Amis de Bibliothèque et Archives Canada et leur librairie Le Recoin sont l’un des secrets les mieux gardés du 395, rue Wellington. Pour ceux qui connaissent, c’est un vrai trésor!

Deux fois l’image d’un livre représentant une personne. Le livre ouvert constitue la tête, et deux mains tiennent les coins inférieurs de la couverture. Au-dessus de l’image de gauche, on peut lire « The Cubby Friends of LAC BOOKSTORE gently used books ». Sous l’image de droite, on peut lire « Le Recoin LIBRAIRIE Les Amis de BAC livres légèrement usagés ».

Le logo de la librairie des Amis de Bibliothèque et Archives Canada, dérivé de la murale d’Alfred Pellan intitulée La Connaissance/Knowledge. La fresque originale se trouve dans la salle Pellan de l’édifice des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale, au 395, rue Wellington, à Ottawa (MIKAN 4932244).

La librairie Le Recoin est ouverte tous les mardis de 10 h à 15 h dans la salle 185 au rez-de-chaussée de l’édifice des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale. Je vous invite à visiter Le Recoin en personne ou en ligne pour trouver la prochaine perle à ajouter à votre bibliothèque personnelle.

Histoire des « Amis » à Ottawa

Du début des années 1980 jusqu’au milieu des années 1990, les associations d’amis prolifèrent dans les bibliothèques, les archives et les musées du Canada. À Ottawa en particulier, des associations d’amis voient le jour au Musée des beaux-arts du Canada (1958), au Musée canadien de la guerre (1988) et à la succursale principale de la Bibliothèque publique d’Ottawa (1982), laquelle est sans doute la plus connue de ces associations.

L’association des Amis de la Bibliothèque nationale du Canada est fondée en 1991 par Marianne Scott, ancienne bibliothécaire nationale du Canada (de 1984 à 1999) et actuelle présidente des Amis de Bibliothèque et Archives Canada.

En 2003, les Amis de la Bibliothèque nationale du Canada et les Amis des Archives nationales du Canada fusionnent pour former une seule organisation – les Amis de Bibliothèque et Archives Canada ou Amis de BAC – en prévision de la fusion des Archives nationales avec la Bibliothèque nationale, qui s’est produite en mai 2004 avec la proclamation officielle de la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada.

Le bulletin des Amis de la Bibliothèque nationale du Canada, Entre Amis, publié de 1992 à 2008, montre clairement que les ventes de livres, les boutiques et les ventes aux enchères de livres anciens ont été des moyens extrêmement efficaces de communiquer avec le grand public et d’enrichir la collection de la Bibliothèque nationale.

Couvertures d’un bulletin et d’un dépliant comportant de l’écriture et un logo.

Le bulletin Entre Amis et le dépliant The Friends of the National Library of Canada (OCLC 1082162430 et OCLC 61127762).

La promotion des dons et des cadeaux de trésors et la collecte de fonds pour des acquisitions spéciales sont au cœur de la mission des Amis.

De son côté, l’association des Amis des Archives nationales est constituée en 1995, alors sous la direction de Jean-Pierre Wallot (de 1985 à 1997), et publie son propre bulletin aussi intitulé Entre Amis. Les Archives nationales disposent elles aussi d’une boutique, mais on en sait moins sur ses activités.

Les grandes ventes de livres et les ventes aux enchères de livres anciens des Amis de BAC

La vente gigantesque annuelle de livres de la Bibliothèque publique d’Ottawa est bien connue, mais saviez-vous que les Amis de Bibliothèque et Archives Canada organisaient jadis leur propre « grande vente de livres », qui connaissait un énorme succès? Ces ventes de livres, en plus de celles des associations d’amis de la Bibliothèque publique de Nepean, de la Bibliothèque publique de Kanata, de la Bibliothèque publique de Cumberland et de libraires locales, attirent les foules à Ottawa depuis plus d’une décennie. Même avant leur regroupement en 2003 pour créer l’Association des amis de la Bibliothèque publique d’Ottawa, les associations d’amis étaient florissantes dans plusieurs bibliothèques publiques du Grand Ottawa.

Photographie de personnes feuilletant des livres placés sur des tables dans un centre commercial.

La première vente de livres au centre commercial St. Laurent, photo tirée de la publication Entre Amis, volume 4, no 1, hiver 1995 (OCLC 1082162430).

La première grande vente de livres se déroule du 23 au 25 septembre 1995 au centre commercial St. Laurent. Selon le comité de vente de livres, l’événement connaît un succès retentissant à tous points de vue. Il permet de récolter 17 164,49 $, et 423 livres sont donnés à la Bibliothèque nationale. Les années suivantes, les Amis parviennent souvent à doubler, voire à tripler cette somme.

Les Amis de Bibliothèque et Archives Canada lancent leur première vente aux enchères de livres anciens à l’hiver 2000 et poursuivent cette activité jusqu’aux environs de 2008. Comme c’est le cas aujourd’hui, tous les dons de livres canadiens sont mis de côté et examinés par un membre du personnel de la Bibliothèque nationale avant d’être intégrés à la collection. Les Amis réservent leurs livres les plus rares pour les ventes aux enchères de livres anciens. Aujourd’hui, les Amis de BAC présentent une sélection de livres dans leur boutique en ligne. Les offres sont irrésistibles, alors, laissez-vous tenter!

L’histoire de la librairie Le Recoin

Initialement connue sous le nom de « Boutique des Amis », la librairie Le Recoin démarre en 1993 sous la forme d’une boutique éphémère dans le hall d’entrée de l’édifice des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale. Elle était ouverte de 11 h à 15 h tous les jours du 1er juin à la fin du mois d’août.

Page d’un catalogue portant le titre « Boutique des Amis », une photo qui montre de la marchandise en haut à droite, des descriptions de la marchandise et un formulaire de commande dans le bas.

Merci d’être un Ami! Le catalogue de l’automne 1996 présente la nouvelle Boutique des Amis qui vend des articles intéressants (OCLC 1082162430).

La boutique est tenue par deux bénévoles qui font également des visites guidées de la Bibliothèque nationale en anglais et en français. La boutique propose un choix remarquable d’articles, notamment des cartes postales, des affiches, des CD de musiciens canadiens célèbres, ainsi que des bandes magnétiques de la Division de la musique de la Bibliothèque nationale. Les t-shirts et les sweatshirts portant l’inscription « WOW », pour Wellington Street West, sont particulièrement recherchés. Un grand nombre de ces articles populaires sont encore vendus à la librairie Le Recoin. De plus, des cartes de membre des Amis de Bibliothèque et Archives Canada sont disponibles – n’hésitez pas à devenir membre dès aujourd’hui!

En 2014, la division des ventes de livres des Amis déménage dans la salle 185 du 395, rue Wellington, attenante à la salle de réunion Morley-Callaghan. Le sous-sol abrite désormais un vaste espace d’entreposage dédié au tri d’une vaste collection de livres, ainsi qu’un bureau où le personnel de Bibliothèque et Archives Canada peut évaluer méticuleusement chaque don.

En 2017, la librairie des Amis de Bibliothèque et Archives Canada, affectueusement appelée Le Recoin, fait ses débuts. Le Recoin propose des livres d’occasion, et les recettes servent à financer l’acquisition de documents sur le Canada pour BAC. Le magasin, ouvert trois jours par semaine, renforce sa renommée en organisant une grande vente annuelle de livres et en ouvrant ses portes au public lors d’occasions spéciales, notamment la fête du Canada.

En 2019, la librairie Le Recoin dispose de plus de dix bénévoles et d’un fonds de 3 000 $, qui lui permet d’acheter des ouvrages importants comme l’édition rare du livre Adventures of a Field Mouse, de Catharine Parr Traill, et l’ouvrage le plus connu de Stephen Leacock, Sunshine Sketches of a Little Town, dans son édition américaine avec la jaquette d’origine.

En 2020, la pandémie de COVID-19 entraîne la fermeture de la librairie Le Recoin, mais qu’à cela ne tienne, les Amis de BAC se tournent vers la vente en ligne de livres anciens. Alors, soumettez vos offres!

Trésors trouvés à la librairie Le Recoin

Dans la salle principale de la librairie Le Recoin se trouve une section dédiée au Canada français, y compris un espace consacré à l’histoire du Canada français, dont une grande partie des ouvrages provient de Jean-Pierre Wallot, ancien archiviste national du Canada, de 1985 à 1997. Jean-Pierre Wallot était un bibliophile passionné qui avait lui-même constitué une impressionnante collection de livres.

À ma deuxième journée de travail à Bibliothèque et Archives Canada, j’ai découvert par hasard le livre Les imprimés dans le Bas-Canada, 1801-1810, par John Ellis Hare et Jean-Pierre Wallot (OCLC 231788329) à la librairie Le Recoin. L’exemplaire est même signé par Jean-Pierre Wallot! Cette trouvaille revêt pour moi une importance particulière, car elle s’ajoute à une autre édition que j’ai chez moi, annotée par John Ellis Hare.

Vous pouvez acheter un exemplaire du livre Les imprimés dans le Bas-Canada dès aujourd’hui à la boutique en ligne de la librairie Le Recoin.

Découverte incroyable, sur un chariot à l’extérieur de la librairie Le Recoin, j’ai trouvé Dollard est-il un mythe? autographié par le chanoine Lionel Groulx et dédicacé à Jean-Pierre Wallot (OCLC 299866171)! Cela a ajouté une nouvelle couche à ma compréhension de l’histoire du Canada français.

Couverture de livre portant le nom de l’auteur, « Chanoine Lionel Groulx », le titre Dollard est-il un mythe? et l’image du buste d’un homme aux cheveux longs.

Dollard est-il un mythe? autographié par le chanoine Lionel Groulx et dédicacé à Jean-Pierre Wallot (OCLC 299866171).

Les travaux de Jean-Pierre Wallot ont été fortement influencés par l’École historique de Montréal, et l’idéologie de Lionel Groulx témoigne de la richesse du discours historique de l’époque.

Enfin, dans la section de Jean-Pierre Wallot, j’ai depuis recueilli des livres de l’École historique de Montréal, des ouvrages de Michel Brunet, Maurice Séguin et Guy Frégault, qui tous portent la signature de Jean-Pierre Wallot et contiennent ses remarques et corrections personnelles.

Les imprimés dans le Bas-Canada a valu au duo Hare et Wallow la Médaille Marie-Tremaine de la Société bibliographique du Canada en 1973. Les deux historiens sont ainsi les premiers à avoir reçu ce prix prestigieux après celle qui lui a donné son nom, Marie Tremaine elle-même.

Photographie d’étagères remplies de livres.

La section Jean-Pierre Wallot, ancien archiviste national du Canada, dans la librairie Le Recoin. Photo gracieuseté de l’auteur, Evan Dalrymple.

Il existe des fonds d’archives à BAC portant sur John Ellis Hare et Jean-Pierre Wallot, ainsi que sur la conceptrice de la médaille Marie-Tremaine, Dora de Pédery-Hunt (MIKAN 4699607 / MIKAN 192150).

John Ellis Hare et Jean-Pierre Wallot n’étaient pas seulement de grands lecteurs et d’éminents collectionneurs de livres, mais aussi des historiens qui ont défendu l’idée que les imprimés, les journaux et les livres devaient être considérés comme des sources historiques primaires (se reporter aux articles « Reflexions on Making a Bibliography » et « Society and Imprints » [en anglais]).

Certains ouvrages de littérature canadienne-française de ma collection personnelle ne font pas partie des collections de BAC et ne sont pas disponibles dans d’autres librairies ou bibliothèques. Beaucoup de livres de ma collection sont des exemplaires idéaux; ils sont souvent signés ou marqués par l’auteur et sont en excellent état, souvent avec la jaquette d’origine ou une reliure de qualité.

Au Recoin, je trouve souvent des livres parfaits pour enrichir ma collection personnelle. La majeure partie des documents de ma collection d’histoire canadienne-française comprend des ex-libris de John Ellis Hare ou de Jean-Pierre Wallot.

Dons aux Amis de Bibliothèque et Archives Canada

Au fil des ans, j’ai fait don de livres à des bibliothèques de collections spéciales comme Archives et collections spéciales à l’Université d’Ottawa, et j’ai préservé ma collection avec l’aide de certains membres de Bibliothèque et archives Jean-Léon-Allie et de catalogueurs de l’Université d’Ottawa. De fait, de nombreux trésors de la salle des livres rares de Bibliothèque et Archives Jean-Léon-Allie contiennent également des ex-libris de John Ellis Hare.

J’achève le catalogage de ma collection et j’envisage de faire un don important à la Bibliothèque nationale et à la librairie Le Recoin des Amis de Bibliothèque et Archives Canada.

Le prochain chapitre de la librairie Le Recoin/Cubby

À Ādisōke, une installation partagée par la Bibliothèque publique d’Ottawa et Bibliothèque et Archives Canada, la construction avance à grands pas. Ādisōke est un mot anishinaabemowin qui signifie « raconter des histoires », et l’endroit promet d’être une plaque tournante pour notre communauté. La question est de savoir ce qu’il adviendra de notre librairie Le Recoin.

S’agira-t-il d’une charmante boutique éphémère comme elle l’a été autrefois, avec ses « grandes ventes de livre » et ses ventes aux enchères, ou tracera-t-on une nouvelle voie? Le regroupement de la Bibliothèque publique d’Ottawa et de Bibliothèque et Archives Canada pourrait voir renaître l’esprit de collaboration dont nous nous souvenons bien.

Alors qu’un nouveau chapitre s’ouvre pour les Amis de BAC et que nous découvrons le nouvel espace de rassemblement qui verra le jour à Ādisōke, nous avons hâte de découvrir les nouveaux trésors qui nous attendent.

Pour conclure, trouvez vos propres trésors lors de la grande vente de livres de la librairie Le Recoin qui aura lieu à BAC pendant l’événement Portes ouvertes Ottawa, les 1er et 2 juin 2024. Cela marquera également 31 ans de vente de livres – alors, rendez-vous au Recoin!

Pour communiquer avec la librairie Le Recoin, envoyez un courriel à amis-friends@bac-lac.gc.ca ou composez le 613-992-8304.

Pour en savoir plus


Evan Dalrymple est bibliothécaire de référence à la Direction générale de l’accès et des services de Bibliothèque et Archives Canada, au 395, rue Wellington, à Ottawa.

La grande Gabrielle et la petite Annik

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Par Ariane Brun del Re et Stéphane Lang

Saviez-vous que la célèbre romancière Gabrielle Roy, connue pour Bonheur d’occasion (1945), La petite poule d’eau (1950) et Rue Deschambault (1955), a aussi publié des livres pour enfants?

Photographie sépia montrant une femme blanche aux cheveux foncés. Elle est assise devant une étagère remplie de livres, ses bras sont croisés et un sourire traverse son visage.

L’écrivaine Gabrielle Roy en 1946 (e010957756).

En 1976, Gabrielle Roy fait paraître Ma vache Bossie, un album illustré par Louise Pomminville. Celui-ci raconte l’histoire d’une fillette qui reçoit un drôle de cadeau pour son anniversaire : son père lui offre une vache surnommée Bossie afin qu’elle puisse se nourrir d’un lait plus gras que celui du laitier. Mais le cadeau, très dispendieux et encombrant, ne plaît pas à sa mère. En plus de déranger les voisins, Bossie produit tellement de lait que la famille ne sait plus quoi en faire!

Dans la biographie intitulée Gabrielle Roy, une vie (1996), François Ricard explique que Gabrielle Roy a écrit Ma vache Bossie vers 1954, à la même époque que Rue Deschambault. Le texte paraît une première fois sous le titre « Ma vache » dans la revue Terre et Foyer à l’été 1963. Gabrielle Roy le retravaille ensuite vers 1974 pour l’inclure dans Fragiles Lumières de la terre, un ouvrage qui regroupe des textes déjà publiés ailleurs, mais devenus difficiles d’accès. En fin de compte, Ma vache Bossie est retranchée du manuscrit; l’histoire paraît plutôt sous forme d’album illustré aux Éditions Leméac. Elle est aussi reprise dans Contes pour enfants (1998), qui rassemble quatre histoires d’animaux écrites par Gabrielle Roy. Entretemps, l’album est traduit en anglais par Alan Brown et paraît sous le titre My Cow Bossie (1988), avec les mêmes illustrations que dans l’édition française.

Couverture de l’album illustré intitulé Ma vache Bossie, sur laquelle figure une vache brune et blanche devant un pâturage.

Couverture de l’album Ma vache Bossie (1976) de Gabrielle Roy, illustré par Louise Pomminville (OCLC 299347564).

Pendant longtemps, nous avons cru que la première version de Ma vache Bossie, écrite dans les années 1950, avait été perdue. Jusqu’au jour où nous avons reçu un courriel d’Annik Charbonneau, professeure de mathématiques à la retraite, qui avait 9 ans lorsque Gabrielle Roy a écrit Ma vache Bossie. À cette époque, elle passait ses étés dans la région de Charlevoix, où Gabrielle Roy séjournait également. La grande écrivaine et la jeune fille se sont côtoyées à l’hôtel Belle Plage, où dînaient parfois Gabrielle Roy et son mari. Les propriétaires étaient des amis de Fernand Charbonneau et de Francine Grignon-Charbonneau, les parents d’Annik.

C’est à la suite de ces rencontres que Gabrielle Roy offre le tapuscrit de Ma vache Bossie à la jeune Annik. Dans la lettre écrite à la main qui l’accompagne, datée du 10 décembre 1954, l’écrivaine explique qu’elle lui remet cette histoire « tel que promis », « à la place des contes [qu’elle aurait] aimé [lui] raconter l’été dernier ». La lettre se conclut par une précieuse recommandation : « Reste surtout affectueuse, d’un cœur prêt à aimer si tu me permets un conseil; c’est là le plus beau chemin pour apprendre à vivre bien et richement. » Soixante-huit ans plus tard, Annik Charbonneau nous contactait pour que ces documents soient préservés à Bibliothèque et Archives Canada, où se trouve le fonds Gabrielle Roy.

Lettre manuscrite d’une page adressée à Annik Charbonneau et signée par Gabrielle Roy. Elle a été rédigée à l’encre bleue avec une écriture cursive.

Lettre manuscrite de Gabrielle Roy adressée à Annie (en réalité Annik) Charbonneau. Elle accompagnait le tapuscrit de Ma vache Bossie (e011414002).

Après avoir reçu les documents d’Annik Charbonneau, nous les avons comparés aux deux tapuscrits de Ma vache Bossie qui se trouvent dans le fonds Gabrielle Roy, acquis par Bibliothèque et Archives Canada en 1982. L’archiviste responsable du fonds à l’époque avait établi que les deux documents avaient vraisemblablement été écrits vers 1970. Nous avons cependant découvert que le premier des deux tapuscrits était identique à celui d’Annik Charbonneau : il s’agissait d’une copie carbone de celui qu’elle nous offrait (ou vice-versa)!

La première page de deux tapuscrits de Ma vache Bossie, qui sont des copies carbone l’une de l’autre. Celui de droite, que Gabrielle Roy a conservé, contient une correction faite à la main.

Deux tapuscrits de Ma vache Bossie. Celui de gauche a été offert à Annik Charbonneau tandis que l’écrivaine a conservé celui de droite. Le premier fait partie de la collection d’Annik Charbonneau sur Gabrielle Roy, et le second, du fonds Gabrielle Roy (e011414003 and e011414004).

Grâce à la lettre de Gabrielle Roy qui l’accompagnait, nous pouvions enfin dater correctement le tapuscrit en notre possession. Le don d’Annik Charbonneau nous a aussi permis d’apprendre que Gabrielle Roy dactylographiait parfois deux exemplaires d’un même texte en insérant une feuille de carbone entre deux feuilles de papier. Ce qui distingue les deux tapuscrits, ce sont les annotations écrites à la main par Gabrielle Roy, plus nombreuses dans la copie qu’elle a conservée que dans celle offerte à Annik Charbonneau, où elle se contente de corriger des coquilles ou d’ajouter un mot manquant. La dernière page du tapuscrit d’Annik Charbonneau porte la signature de Gabrielle Roy, ce qui montre son souci de l’authentifier avant de s’en départir. Ainsi, les nouvelles acquisitions nous offrent parfois des éléments contextuels pour mieux comprendre les documents qui se trouvent déjà dans notre collection!

Aujourd’hui, les deux tapuscrits sont enfin réunis à Bibliothèque et Archives Canada, mais pas dans le même fonds. Celui que nous avons acquis récemment fait partie de la collection d’Annik Charbonneau sur Gabrielle Roy. En plus du tapuscrit et de la lettre, cette collection comprend deux livres de Gabrielle Roy dédicacés à Francine G. Charbonneau, ainsi qu’une note manuscrite et des coupures de presse provenant de journaux et de revues comme Châtelaine et Madame, qui étaient autrefois rassemblées dans un album réalisé par Annik Charbonneau et sa mère. L’ensemble témoigne de l’impression que Gabrielle Roy a laissée sur les gens qu’elle côtoyait dans Charlevoix, comme la petite Annik à qui elle souhaitait raconter des histoires.

Autres ressources

  • Gabrielle Roy, une vie : biographie, François Ricard (OCLC 35940894)
  • Fonds Gabrielle Roy, Bibliothèque et Archives Canada (MIKAN 3672665)

Ariane Brun del Re et Stéphane Lang sont tous les deux archivistes de littérature de langue française au sein de la Division des archives culturelles à Bibliothèque et Archives Canada.

La liberté d’expression

Par Mary-Francis Turk

À Bibliothèque et Archives Canada (BAC), nous ne jugeons jamais un livre d’après sa couverture… ni son contenu! Nous tenons à ce que les lecteurs et les chercheurs aient accès à toutes les publications canadiennes. D’ailleurs, notre mandat établi dans le préambule de la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada met l’accent sur la préservation et la mise en accessibilité du patrimoine documentaire.

Les bibliothèques canadiennes sont chargées d’élaborer des politiques pour défendre la liberté de lire et de penser. En tant que bibliothèque nationale, BAC maintient une collection permanente de livres publiés, d’éditions anciennes et rares, et d’autres documents imprimés fort variés. Toute publication canadienne a sa place dans la collection nationale.

Grâce à son programme de dépôt légal, BAC se fait discrètement le champion de la lutte contre la censure. Ce programme vise à recueillir « tous les documents créés au Canada qui sont destinés à la vente ou à la distribution publique ». C’est un outil essentiel à notre disposition pour constituer une collection nationale inclusive, exhaustive et accessible. En collaborant avec les éditeurs, nous pouvons préserver les documents et les rendre accessibles aux générations futures.

Documents acceptés dans le cadre du dépôt légal

Les éditeurs et producteurs canadiens soumettent les documents suivants :

  • Livres (monographies)
  • Publications en série (revues, journaux, bulletins d’information, etc.)
  • Enregistrements de musique et vidéos
  • Livres audio
  • Partitions
  • Cartes
Affiche pour la Semaine de la liberté d’expression du 19 au 26 octobre 1986. Trois livres sont fermés par des étaux.

Affiche faisant la promotion de la lecture, produite par le Book and Periodical Development Council pour la Semaine de la liberté d’expression, en 1986. Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Robert Stacey/e010758305. Crédit : Michael Hale / Susan Reynolds.

On pourrait penser que la censure est chose du passé. Pourtant, de nombreuses publications (site en anglais), dont certaines se trouvent dans la collection de BAC, ont été contestées au cours des dernières années :

  • En 2018, le livre Betty : The Helen Betty Osborne Story de David Alexander Robertson n’était pas recommandé pour les salles de classe en Alberta.
  • En 2016, le livre Pride : Celebrating Diversity and Community de Robin Stevenson a soulevé l’opposition lorsque l’auteure a visité des écoles au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique.
  • En 2011, une commission scolaire de l’Ontario a inclus le livre de Timothy Findley intitulé The Wars dans les cours d’anglais de 12e année. Cette décision a été remise en cause par des parents, mais la commission scolaire a finalement décidé de maintenir le livre dans le programme d’études secondaires.

Comme le démontre la liste d’ouvrages contestés (site en anglais) compilée par le Book and Periodical Council du Canada, la censure existe depuis toujours au pays. La Semaine de la liberté d’expression rappelle que l’accès aux publications ne doit pas être tenu pour acquis.

Il est essentiel de rendre les publications canadiennes accessibles au public et aux générations futures pour protéger leur liberté de pensée. C’est exactement ce que l’équipe du dépôt légal de BAC tâche de faire.

En cette période de réflexion sur la liberté d’expression et de pensée, il apparaît de plus en plus important de donner accès à toutes les publications canadiennes, partout au pays.

Pour en savoir plus sur la liberté d’expression et la censure au Canada, consultez les listes d’ouvrages en français et en anglais colligées par le Book and Periodical Council.

Autres ressources


Mary-Francis Turk est superviseure du dépôt légal à la Direction générale des archives privées et du patrimoine publié à Bibliothèque et Archives Canada.

Diversité et liberté d’expression : Qui manque à l’appel?

Par Liane Belway

Du 18 au 24 février, les lecteurs et les écrivains du Canada célébreront la Semaine de la liberté d’expression. Cet événement annuel est l’occasion de sensibiliser la population à l’accessibilité des livres pour tous les Canadiens et à la manière dont les ouvrages publiés peuvent être contestés, tout en soutenant le droit fondamental des Canadiens à la liberté d’expression. L’une des façons de prendre du recul par rapport au droit à la lecture est de se poser la question suivante : Qui manque à l’appel?

Les lecteurs ont la possibilité de lire des ouvrages qui sont le reflet de la diversité des auteurs, des lecteurs et des communautés du Canada, leur ouvrant du même coup la possibilité d’en découvrir plus encore. Aujourd’hui plus que jamais, nous célébrons et favorisons cette découverte. Saviez-vous, par exemple, que le Canada a son propre festival de la diversité littéraire (le Festival of Literary Diversity) qui célèbre les auteurs canadiens et internationaux? Ce festival propose même un défi mensuel qui incite les lecteurs à découvrir des auteurs et des livres de divers horizons. Attention : le défi de février consiste à lire un livre qui a été contesté dans les écoles canadiennes!

Les médias sociaux sont un autre endroit intéressant où constater la diversité des livres et de la lecture au Canada. Sur certaines plateformes, une recherche rapide à l’aide de mots-clés et de mots-clics qui se rapportent aux discussions sur tout ce qui touche aux livres permet d’obtenir une multitude de recommandations de lecture. Certaines vidéos et publications mettent en valeur des livres originaux et passionnants et soulèvent des discussions à leur égard, les faisant parfois connaître à un public plus large qui n’aurait peut-être pas eu l’occasion d’en entendre parler autrement. D’autres publications sur les médias sociaux présentent des discussions critiques et souvent animées sur les raisons pour lesquelles les gens aiment, ou n’aiment pas, certains livres. Tout cela dans le but de faire entendre les idées et les voix diverses et, bien sûr, d’encourager les gens à lire! La lecture d’ouvrages diversifiés est l’un des meilleurs moyens de se défendre contre la censure de certains livres, contre la désinformation, contre les malentendus. De façon plus générale, cela permet de profiter de nombreux livres intéressants, émouvants et souvent primés.

Des fauteuils disposés autour d’une table au centre d’une pièce bordée d’étagères garnies de livres.

Veiller à ce qu’il y ait suffisamment de places pour discuter de la diversité dans les livres canadiens (a064449).

Depuis toujours, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) joue un rôle particulier dans la protection de la liberté d’expression et dans la préservation des voix canadiennes. Cette diversité demande du travail, et BAC s’efforce de faire une place à toutes les voix et de les protéger, en veillant à conserver les réalités passées au profit du présent et de l’avenir. Un exemple de ce travail consiste à trouver ce qui aurait pu nous échapper ou ce qui n’est peut-être pas pleinement représenté historiquement, et à y remédier en améliorant au passage la collection et l’expérience des lecteurs et des chercheurs. En tant que bibliothèque nationale du Canada, BAC est appelé à jouer un rôle différent et élargi cette année puisqu’il devient un partenaire de la campagne de la Semaine de la liberté d’expression.

Depuis quarante ans, le Book and Periodical Council (BPC) se fait le porte-parole de la Semaine de la liberté d’expression. BAC, de concert avec le Conseil des bibliothèques urbaines du Canada et l’Ontario Library Association, se joint maintenant fièrement au BPC dans son important travail de soutien à la liberté de lire au Canada. De plus, BAC vise à faciliter la participation des communautés qui œuvrent à l’acquisition, la préservation et la diffusion du savoir au Canada.

BAC travaille également sans relâche à la préservation du patrimoine documentaire diversifié de tous les Canadiens. Nous recueillons et rendons accessibles les ouvrages publiés qui reflètent cette richesse et cette variété. Le mandat de BAC comprend la tâche monumentale d’acquérir des exemplaires des diverses publications canadiennes. Bien entendu, il y a une ou deux règles à respecter! La Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada oblige BAC à recueillir les œuvres publiées au Canada. En vertu de cette loi, un éditeur qui met une publication à la disposition du public au Canada doit soumettre des exemplaires à BAC afin de rendre sa publication accessible à tous. Ce processus comprend des étapes comme la transmission à BAC de seconds exemplaires imprimés, au besoin, et de publications numériques dans des formats non exclusifs afin de veiller à leur préservation à long terme pour les générations futures. BAC tâche également de rassembler et de préserver les publications dans des formats qui sont accessibles à tous les lecteurs.

Saviez-vous que BAC recueille et conserve les livres qui ont été contestés au Canada? Il vous suffit de consulter la liste des Livres et auteurs contestés de notre collection pour le constater. Encore une fois, attention : certains des titres que vous y trouverez risquent de vous surprendre!

Il est plus important que jamais de lire des ouvrages diversifiés, à une époque où la contestation de publications peut venir entraver la liberté des lecteurs. Au Canada, fait souvent méconnu, on a tenté maintes fois au cours de l’histoire de contester des livres et de faire taire des voix. Partout au pays, des publications peuvent être contestées pour différentes raisons et par différents publics, y compris par les bibliothèques scolaires et les bibliothèques publiques, dont les mandats et les politiques diffèrent. La liberté d’expression demeure souvent difficile à protéger, en dépit d’être inscrite dans la Charte des droits et libertés. Les bibliothèques et les lecteurs se partagent la responsabilité de protéger et de soutenir la liberté d’expression et doivent toujours viser le même objectif : quand il est question d’auteurs que les Canadiens lisent, personne ne doit manquer à l’appel.

La Semaine de la liberté d’expression se déroulera du 18 au 24 février 2024. Pour en savoir plus au sujet de la campagne de cette année, consultez le site Web de la Semaine de la liberté d’expression.


Liane Belway est bibliothécaire chargée des acquisitions au sein de l’équipe de sensibilisation de l’industrie à la Direction des archives privées et du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Les publications rétrospectives : mieux vaut tard que jamais

Par Euphrasie Mujawamungu

Le mandat de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) consiste entre autres à acquérir tous les documents publiés au Canada, sans restriction de format, de sujet ou de langue. S’y ajoutent les œuvres étrangères dont les auteurs, les éditeurs, les traducteurs, les illustrateurs ou les interprètes sont Canadiens, ou dont le sujet a un lien avec le Canada. Nous appelons ces publications « Canadiana ».

La collection rétrospective Canadiana englobe divers types de documents publiés entre 1867 et cinq ans avant l’année courante, soit :

  • les documents publiés avant l’établissement du dépôt légal, en 1953;
  • les documents publiés depuis l’adoption du dépôt légal, mais n’ayant pas été acquis au moment de leur publication;
  • les documents non assujettis au dépôt légal, comme les œuvres publiées à l’étranger par des auteurs canadiens ou portant sur des sujets canadiens.

Puisque BAC se veut une source de savoir permanent accessible à tous, il doit, pour accomplir cette mission, se doter d’une collection aussi exhaustive que possible.

Un passé qui nous façonne

Le présent est tributaire du passé : à chaque époque, son histoire… une histoire aussi vaste que riche en événements. Pensons par exemple à la première Coupe Stanley, au premier premier ministre canadien-français, à la ruée vers l’or du Klondike, à la première députée, à l’obtention du droit de vote pour les femmes, aux deux guerres mondiales ou au roman à succès Anne… La maison aux pignons verts, de l’auteure prince-édouardienne Lucy Maud Montgomery.

Le quotidien d’autrefois a laissé des empreintes sur de nombreux domaines : l’art, la littérature, la mode, le transport, la cuisine, et plus encore. Les publications rétrospectives de la collection de BAC en témoignent, ouvrant des fenêtres tantôt sur la belle époque, tantôt sur les périodes de vaches maigres, et abordant des sujets aussi variés que les voyages, les recettes de nos arrière-arrière-grand-mères, les épidémies, les famines, les coupes gagnées ou les matchs perdus.

Gardien de ce passé aussi bien que de l’histoire récente, BAC est une ressource incontournable pour tous les Canadiens. Il facilite leur recherche au sein de sa riche collection, les aide à y découvrir les documents les plus pertinents et leur permet d’y accéder. C’est là le cœur de son mandat.

Cela dit, les lacunes au sein de la collection nationale doivent être comblées afin de s’assurer qu’aucun aspect de notre histoire n’est négligé ou sous-estimé. Et ce n’est pas un travail d’un jour ni une activité ponctuelle. Au contraire : une attention et une vigilance perpétuelles sont requises pour repérer les occasions d’enrichir la collection.

Photo couleur d’une variété de livres à couvertures souples.

Quelques titres acquis rétrospectivement par BAC pendant l’automne 2019. Photo: David Knox

Les outils

De près ou de loin, l’histoire nous interpelle sans cesse, ce qui rend la recherche de publications vraiment excitante. À titre de bibliothécaire, je dispose de plusieurs ressources pour repérer les publications rétrospectives à acquérir :

  • les catalogues des vendeurs de livres d’occasion
  • les catalogues des antiquaires
  • les sites Web spécialisés dans la vente de livres d’occasion
  • les publications données à BAC (je cherche alors parmi les dons pour y trouver les documents qui manquent à la collection)

L’acquisition de publications d’époque est soumise à de rigoureuses conditions : chaque ouvrage doit être en son édition originale et en bon état. Cette exigence n’est pas un caprice, car des publications contaminées ou moisies vont non seulement se détériorer, mais aussi endommager les autres publications.

En outre, pour qu’un ouvrage garde toute sa valeur, il importe d’en conserver toutes les composantes originales, comme la couverture, les illustrations et les mentions d’édition.

Si BAC ne l’acquiert pas, qui le fera ?

BAC recueille le patrimoine documentaire canadien et assure sa pérennité, avec l’objectif ultime de répondre aux besoins de ses usagers.

Qu’il s’agisse de publications d’époque ou contemporaines, ce patrimoine constitue un héritage pour les générations actuelles et futures. Et il y a encore de la place dans le trousseau!

Véritable carrefour de connaissances, BAC dispose de professionnels compétents, au service de la population et dévoués à la collection. Chaque trésor acquis par l’institution est traité avec toute la délicatesse requise, et nos installations ultramodernes garantissent leur conservation dans des conditions optimales.

De plus, BAC se tient à la fine pointe de la technologie, ce qui facilite la collaboration avec d’autres organisations et les interactions avec la clientèle.

Le métier de bibliothécaire des collections en est un dynamique et gratifiant, qui demande un travail soutenu. En harmonie avec les services offerts à la collectivité, il évolue en suivant la cadence de cette société du savoir qui est la nôtre. Je peux affirmer que BAC, loin d’être un entrepôt de bouquins pêle-mêle, enrichit véritablement la mémoire collective. Chercheurs aguerris, étudiants, mélomanes ou tout simplement citoyens curieux et avides d’information : tous y trouvent leur compte.

Photo couleur d’une variété de livres à couvertures souples.

Quelques titres acquis rétrospectivement par BAC pendant l’automne 2019. Photo: David Knox


Euphrasie  Mujawamungu est bibliothécaire d’acquisitions rétrospectives au sein de l’équipe des acquisitions à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Premiers ministres et grands lecteurs

Par Meaghan Scanlon

L’exposition Les premiers ministres et l’art : créateurs, collectionneurs et muses présentée par Bibliothèque et Archives Canada explore les liens que nos premiers ministres ont entretenus avec les arts, notamment à titre de collectionneurs et d’amateurs. On peut entre autres y découvrir la correspondance échangée entre sir Wilfrid Laurier et le peintre Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, admirer un tableau tiré de la collection personnelle de William Lyon Mackenzie King et lire une missive élogieuse adressée à l’artiste Alma Duncan par nul autre que John Diefenbaker.

L’exposition fait aussi une grande place aux bibliothèques personnelles des premiers ministres canadiens. Si vous avez lu quelques-unes de leurs biographies, vous aurez remarqué que ceux-ci ont un point en commun : leur passion pour la lecture. Une biographie d’Alexander Mackenzie (no OCLC 20920624) nous apprend que l’homme était un insatiable lecteur, et que les membres de sa famille passaient les soirées d’hiver :

« (…) assis autour du feu qui crépitait dans l’âtre, lisant et discutant joyeusement de sujets littéraires et d’auteurs, surtout de Shakespeare et Byron. La stimulation et la vie intellectuelle qu’on y retrouvait furent une excellente préparation à ses fonctions d’homme d’État. Tous ceux qui ont pu entendre M. Mackenzie ont remarqué qu’il pouvait facilement citer des poètes et des auteurs contemporains. Ses discours étaient de la haute voltige; ils supposaient toujours que ses auditeurs étaient bien instruits. » [Traduction]

Selon ses biographes, sir John A. Macdonald était lui aussi connu pour citer de grands auteurs dans ses discours. Joseph Pope (no OCLC 2886256) affirme qu’il était un lecteur « omnivore », lisant de tout, mais ayant une préférence pour les mémoires d’hommes politiques.

Sir Robert Borden, quant à lui, avait étudié les langues classiques. La Bibliothèque de livres rares Thomas-Fisher de l’Université de Toronto conserve quelques anciens ouvrages grecs et latins lui ayant appartenu et comportant son ex-libris. On y retrouve notamment une édition des écrits de Cicéron publiée en 1725 et prêtée à Bibliothèque et Archives Canada pour l’exposition.

Mackenzie King, pour sa part, commentait régulièrement ses nombreuses lectures dans son journal intime. Nous conservons une bonne partie de sa bibliothèque personnelle dans notre collection; on peut également en admirer une partie dans son bureau de la maison Laurier.

Bien entendu, chaque premier ministre avait des livres et des auteurs préférés. Macdonald était un fervent amateur des romans d’Anthony Trollope, et Mackenzie King admirait Matthew Arnold au point de se procurer les mêmes livres que ce poète.

Livre ouvert montrant l’intérieur de la page couverture. Collé sur le côté gauche, on aperçoit l’ex-libris de Matthew Arnold. La page de droite est vierge et retenue par un poids.

Ex-libris de Matthew Arnold à l’intérieur de la page couverture de la Sainte Bible (Oxford, Clarendon Press, 1828) conservée dans la collection de livres de la bibliothèque de William Lyon Mackenzie King (no OCLC 1007776528). Source : Bibliothèque et Archives Canada

Arthur Meighen était particulièrement attaché à l’œuvre de William Shakespeare, pouvant en réciter de longs passages de mémoire. En 1934, alors qu’il naviguait vers l’Australie, il composa un discours sur le célèbre écrivain, intitulé « The Greatest Englishman of History » (Le plus grand Anglais de tous les temps). Il l’apprit par cœur et le prononça à quelques reprises, notamment au Canadian Club de Toronto, en février 1936, où sa prestation fut enregistrée. L’allocution fut ensuite offerte sur disque vinyle (no OCLC 981934627), faisant de Meighen le premier premier ministre canadien à lancer un album.

Disque vinyle noir de 12 pouces (30 cm) avec étiquette jaune.

Photo du disque vinyle d’Arthur Meighen, « The Greatest Englishman of History » (Le plus grand Anglais de tous les temps). (OCLC 270719760) Source : Bibliothèque et Archives Canada

Vous pouvez entendre un extrait de ce discours dans le balado de Bibliothèque et Archives Canada intitulé « Les premiers ministres et l’art ».

L’exposition Les premiers ministres et l’art : créateurs, collectionneurs et muses est à l’affiche au 395, rue Wellington, à Ottawa, jusqu’au 3 décembre 2019.


Meaghan Scanlon est bibliothécaire principale des collections spéciales à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

C’est une question de point de vue

Par Kristen Ann Coulas

Pour paraphraser l’héroïne d’Aminata, roman primé de Lawrence Hill, on sollicite rarement notre imagination pour essayer de comprendre les autres. La plupart d’entre nous seront sans doute d’accord : même quand on tente de se mettre dans la peau d’autrui, il est difficile de saisir des concepts que l’on ne connaît pas ou ne comprend pas. C’est pourquoi il est si important d’avoir une littérature riche alimentée par des auteurs de tous horizons.

La magie qui opère quand on se plonge dans leurs univers change notre point de vue sur le monde. Tout à coup, on voit les choses en profondeur et les nuances se multiplient. Élargir sa vision du monde, c’est s’enrichir soi-même, devenir de meilleurs amis et de meilleurs voisins.

Voici quelques œuvres récentes d’auteurs qui ont ajouté leur voix au catalogue collectif national.

Essai

I’ve Been Meaning to Tell You: A Letter to My Daughter, David John Chariandy

ISBN : 978-0-771018-07-7

https://bac-lac.on.worldcat.org/oclc/1027055103

https://bac-lac.on.worldcat.org/oclc/1027055103?lang=fr

Fils d’immigrants noire et sud-asiatique de Trinité, David Chariandy laisse de côté les récits qui lui ont valu plusieurs prix pour se pencher sur son histoire personnelle et ancestrale. Dans cet essai touchant qu’il dédie à sa fille, l’auteur parle de ce qu’il fait pour rester fidèle à son identité culturelle et la cultiver tout en vivant au Canada.

A Mind Spread Out on the Ground, Alicia Elliott

ISBN : 978-0-385692-38-0

Audacieuse, l’auteure tuscarora Alicia Elliott ouvre son cœur et met au jour des détails intimes de sa propre vie et de son expérience des traumatismes intergénérationnels pour livrer un point de vue qui lui est propre dans le livre A Mind Spread Out on the Ground. Elle examine la vie sous toutes ses facettes, prenant de front les questions difficiles et des sujets comme l’héritage du colonialisme.

Forgiveness, Mark Sakamoto

ISBN : 978-1-443417-97-6

L’auteur invite les lecteurs à découvrir le passé de sa famille, de l’expérience de son grand-père, qui fut un prisonnier de guerre canadien par l’armée japonaise, à celle de sa grand-mère, qui vécut l’internement des Canadiens d’origine japonaise par le gouvernement du Canada durant la Deuxième Guerre mondiale. Il y découvre un fil conducteur, le pardon, dont il retrace le parcours jusqu’à sa propre vie. Gagnant d’un Combat des livres en 2018, Forgiveness est une histoire familiale décryptée.

Étienne Boulay : le parcours d’un battant, Marc-André Chabot

ISBN : 978-2-764812-82-2

Cette œuvre récente de Marc-André Chabot décrit le tortueux combat de son ami Étienne Boulay contre la dépendance. Mais loin de se focaliser sur la toxicomanie, le livre jette un regard franc sur la manière dont la vie de cet ami a façonné l’homme qu’il est devenu, montrant au passage l’importance de pouvoir compter sur une équipe solide.

Poésie

heft, Doyali Islam

ISBN : 978-0-771005-59-6

À la fois lyrique et novateur, heft, deuxième recueil de la poète primée Doyali Islam, comprend des œuvres conçues dans le style de « poésie parallèle » qui lui est propre. Les poèmes ont notamment été publiés dans la Kenyon Review Online et The Fiddlehead, et certains d’entre eux ont remporté des concours et des prix d’envergure nationale.

This Wound is a World, Billy-Ray Belcourt

ISBN : 978-1-927823-64-4

Lauréat de plusieurs prix, le poète Billy-Ray Belcourt figurait en 2016 sur la liste des auteurs autochtones à surveiller de CBC Books. Ce recueil éblouissant aborde avec brio les thèmes de l’identité queer, du désir et de la survivance. En 2018, This Wound is a World a remporté le prix Griffin pour la poésie et le prix littéraire Robert-Kroetsch de la ville d’Edmonton.

Fiction

Things Are Good Now, Djamila Ibrahim

ISBN : 978-1-487001-88-9

Things are Good Now est le premier recueil de nouvelles de Djamila Ibrahim, auteure d’origine éthiopienne arrivée au Canada en 1990. Elle y explore des thèmes comme le remords, la race, l’espoir, l’amitié, les relations humaines et le pouvoir de la mémoire, tout cela à travers la lunette de l’immigration. Chacune des histoires du recueil, aussi enlevantes que poignantes, dégage une authenticité qui fait douter de sa nature fictionnelle.

Saints and Misfits, S. K. Ali

ISBN : 978-1-481499-24-8

Saints and Misfits est l’émouvant récit d’une jeune musulmane et de son passage à l’âge adulte. Ce roman pour jeunes adultes s’attaque à des problèmes bien concrets et difficiles : agression sexuelle et abus de pouvoir s’y mêlent à l’exploration des thèmes de l’anxiété et de l’identité à l’adolescence. Respirant l’espoir et le dévouement, le premier roman de S. K. Ali mérite amplement la place qu’il a occupée sur la liste préliminaire du Combat des livres en 2018.

Thelma, Louise et moi, Martine Delvaux

ISBN : 978-2-924666-55-5

Dans ce saisissant portrait du féminisme, Martine Delvaux se penche sur l’influence du film Thelma et Louise. Elle explore l’évolution de sa propre perspective sur l’œuvre en racontant des anecdotes du film et en dévoilant ses réflexions personnelles. Thelma, Louise et moi nous rappelle l’importance de s’affirmer face à une société qui est toujours là pour nous faire douter de nous-mêmes.

Jeunesse

Takannaaluk, Herve Paniaq, illustrations de Germaine Arnaktauyok

ISBN : 978-1-772271-81-2

Ce magnifique album raconte les origines de Takannaaluk, mère des mammifères marins et plus importante figure de la mythologie inuite. La verve saisissante d’Herve Paniaq, aîné respecté, s’anime à travers les illustrations de la célèbre artiste inuite Germaine Arnaktauyok.

Visitez une bibliothèque près de chez vous pour emprunter ces livres, ou consultez le nouveau catalogue de Bibliothèque et Archives Canada, Aurora.


Kristen Ann Coulas est bibliothécaire responsable des acquisitions à Bibliothèque et Archives Canada

Comment lire les notices du catalogue AMICUS — Partie 2

Dans notre précédent article sur le sujet, nous avons expliqué comment décoder une notice AMICUS décrivant un livre, un document ou un rapport (monographie). Le présent article vous offre des conseils pour mieux comprendre une notice AMICUS décrivant une publication en série (périodique) : revue, magazine, journal ou autre. Pour vous faciliter la tâche, les numéros sur l’image correspondent aux numéros des paragraphes de l’article.

Saisie d'écran d'une notice complète du catalogue AMICUS  avec les champs correspondants (source : AN1538072)

1. No AMICUS : Conservez ce numéro! Vous en aurez besoin pour obtenir des numéros de ce périodique, que vous souhaitiez les commander avant votre visite à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) ou le faire une fois sur place.

2. Exemplaires BNC (Bibliothèque nationale du Canada) : Ce champ fournit des renseignements importants sur les numéros du périodique qui sont disponibles dans notre collection. Il est essentiel de faire la distinction entre les collections de périodiques de BAC présentées dans le champ Exemplaires BNC (no 2) et l’histoire de la parution du périodique dans le champ Description (no 3). Il se peut que BAC ne possède pas tous les numéros d’un périodique, ou alors qu’ils soient seulement sur microfiche. S’il existe une version sur microfiche, elle sera mentionnée sous forme de lien dans le champ Relations (no 6).

Les signes de ponctuation ci-dessous servent à décrire les collections de périodiques.
Signe de ponctuation Signification Exemple
Trait d’union   Suite ininterrompue de numéros d’une publication en série v. 1-30 signifie que la bibliothèque possède tous les numéros du périodique, du volume 1 au volume 30
Crochets  [ ] Collection incomplète [1950] signifie que la collection comprend quelques numéros publiés dans les années 1950
Point d’interrogation  ? Information incertaine concernant la collection v. 18-42? signifie que la collection peut comprendre les volumes 18 à 42
Barre oblique  / Une seule entité publiée contenant deux volumes associés v. 12/13 indique que les volumes 12 et 13 sont contenus dans une seule et même entité physique
Virgule  , Une lacune dans la collection v. 1-3, 5 signifie que la bibliothèque possède les volumes 1 à 3 et 5, mais pas le volume 4
Point virgule  ; Une interruption (pas une lacune) dans la parution du périodique v. 1-3; 5- indique qu’après le volume 3, l’éditeur a publié le volume 5, sans avoir publié le volume 4

3. Description : Ce champ indique en quelle année le périodique a paru pour la première fois.

4. Périodicité : Ce champ précise à quelle fréquence le périodique a paru au fil des ans.

5. Notes : Ce champ apporte des renseignements additionnels sur le périodique, par exemple où il a été indexé, et ses titres alternatifs, le cas échéant.

6. Relations : Ce champ fournit des liens vers d’autres versions de la publication (par exemple, en d’autres langues ou d’autres formats, comme une revue en ligne ou sur microfilm). Dans ce cas, vous trouverez un lien vers la version en ligne de la publication conservée dans notre collection électronique.

Vous avez des questions ou des commentaires? N’hésitez pas à communiquer avec nous!

Comment lire les notices du catalogue AMICUS — Partie 1

Avez-vous déjà utilisé notre catalogue AMICUS pour repérer un livre, et éprouvé certaines difficultés à décoder l’information?

Voici quelques conseils pour vous aider à comprendre une notice AMICUS décrivant un livre, un rapport ou un document (monographie). Pour vous faciliter la tâche, les numéros sur l’image correspondent aux numéros des paragraphes de l’article.

Saisie d'écran d'une notice complète du catalogue AMICUS  avec les champs correspondants (source : AN 44462)

1 . No AMICUS : Conservez ce numéro! Vous en aurez besoin, ainsi que du nom de l’auteur (ou des auteurs) et du titre, pour commander l’ouvrage avant votre visite à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) ou une fois sur place. Le type de notice est indiqué immédiatement sous le no AMICUS; il précise si la notice décrit un livre, un rapport ou un document (monographie), une revue, un magazine, un journal ou tout autre type de publication en série (périodique).

2. Exemplaires BNC (Bibliothèque nationale du Canada) : Ce champ indique le nombre d’exemplaires disponibles à BAC. Si le champ Exemplaires BNC n’apparaît pas dans la notice, recommencez votre recherche et assurez-vous de bien sélectionner Recherche dans le catalogue de BAC seulement, et non Tout AMICUS. Comme nous sommes une bibliothèque à rayons fermés, l’information sur la localisation sert uniquement à des fins internes et ne vous sera d’aucune utilité. Veuillez noter que les exemplaires de conservation ne sont pas disponibles actuellement.

3. Description : Ce champ indique le nombre de pages et précise si l’ouvrage contient des illustrations ou des cartes.

4. Notes : On trouve dans ce champ d’autres renseignements sur l’ouvrage, par exemple, le complément du titre, des informations additionnelles sur le contenu ou les références bibliographiques qu’on y trouve, s’il y a lieu.

5. Relations : Ce champ fournit des liens vers d’autres versions de l’ouvrage, par exemple, en d’autres langues ou formats (en ligne ou sur microfiche).

6. Numéros et Classification : En général, ces renseignements intéressent uniquement les bibliothèques. Les cotes sont des suggestions à l’intention des bibliothèques; ce ne sont pas les cotes de BAC.

7. Sujets : Ce champ indique les vedettes-matières normalisées attribuées à l’ouvrage. Cliquez sur n’importe quelle vedette-matière pour trouver d’autres ouvrages sur le sujet.

Ne manquez pas notre prochain article sur les notices AMICUS décrivant les revues, magazines, journaux et autres types de publications en série (périodiques).

Vous avez des questions ou des commentaires? N’hésitez pas à communiquer avec nous!