Le baseball majeur conquiert le nord

Par Kelly Anne Griffin

Il y a belle lurette que des Canadiens évoluent dans les ligues majeures de baseball : depuis les années 1870, en fait. Bill Phillips, originaire du Nouveau-Brunswick, ouvre la voie en devenant joueur de premier but à Cleveland. Puis, en 1883, l’Ontarien Tip O’Neill – le plus grand joueur canadien avant 1900 – fait son entrée dans la Ligue majeure de baseball (MLB). Plusieurs Canadiens lui emboîteront le pas, notamment Ferguson Jenkins, né à Chatham, en Ontario. Jenkins est le seul Canadien inscrit au Temple de la renommée du baseball américain, un musée situé à Cooperstown, dans l’État de New York. Sa carrière de lanceur est remarquable : il a remporté 284 victoires.

Photo noir et blanc d’un lanceur en train de lancer une balle à partir du monticule. On voit derrière lui un grand tableau de pointage indiquant les résultats, ainsi que des joueurs de champ extérieur se préparant à suivre la balle.

Ferguson Jenkins, inscrit au Temple de la renommée, lance pour les Cubs de Chicago lors d’une partie contre les Expos de Montréal le 19 septembre 1970. Jenkins est aujourd’hui un philanthrope actif, notamment par l’intermédiaire de sa fondation Fergie Jenkins, établie à St. Catharines (Ontario). Crédit: Montreal Star (MIKAN 3628671)

Le Canada compte lui aussi son Temple de la renommée du baseball. Situé à Saint Marys (Ontario), il rend hommage aux Canadiens qui ont contribué à ce sport, tant sur le terrain qu’à l’extérieur. Enfin, depuis l’expansion de la Ligue nationale en 1968, deux équipes canadiennes ont joué au sein de la MLB.

Les Expos de Montréal : « nos amours »

La toute première semaine des Expos est exaltante. Le 8 avril 1969, alors qu’ils affrontent les Mets au stade Shea de New York, l’Ô Canada retentit pour la première fois lors d’une partie de la MLB. Le propriétaire de l’équipe, Charles Bronfman, ne peut retenir ses larmes. Au terme d’une partie enlevante, les Expos l’emportent par la marque de 11 à 10. Leurs partisans les surnomment « nos amours », un surnom qui leur restera.

Le 14 avril, les Expos présentent à Montréal la première partie de la MLB jouée à l’extérieur des États-Unis. Ils triomphent au parc Jarry devant des milliers de partisans. Trois jours plus tard, le lanceur Bill Stoneman réussit un match sans point ni coup sûr contre les Phillies de Philadelphie. Les Montréalais sont captivés; c’est le début d’une longue aventure.

Affiche couleur conçue pour les Jeux olympiques de 1976. Elle illustre trois vues différentes du stade olympique, bâti pour les Jeux olympiques d’été tenus cette année-là à Montréal.

Le stade olympique de Montréal est construit pour les Jeux olympiques d’été de 1976; les Expos y jouent pour la première fois l’année suivante. Toutefois, l’endroit n’est pas conçu pour le baseball : la structure du toit, notamment, est problématique, et la mince pelouse artificielle occasionne des problèmes de genoux aux joueurs. Depuis 2014, les Blue Jays y tiennent des rencontres hors-concours Crédit: Paul Taillefer/Bibliothèque et Archives Canada (MIKAN 3929420)

Malgré leur excellent réseau d’équipes-écoles et leur talent exceptionnel, les Expos ne prennent part qu’une seule fois aux séries éliminatoires, en 1981. Cette saison-là, sous la gouverne de leur gérant Jim Fanning (un membre du Temple de la renommée du baseball canadien), Warren Cromartie, Andre Dawson et Gary Carter obtiennent tous une moyenne au bâton de plus de .300 ; quant à Tim Raines, aussi intronisé au Temple de la renommée, il vole 71 buts, un record dans la ligue. Les Expos sont alors champions de la division Est de la Ligue nationale, mais la saison est interrompue par une grève. À une victoire seulement de la Série mondiale, ils perdent contre les Dodgers lorsque Rick Monday frappe un coup de circuit pendant la 9e manche. Les partisans n’oublieront jamais ce jour, connu sous le nom de « Lundi bleu ».

Caricature noir et blanc montrant de grosses voitures défilant devant un stade de baseball. Des personnages brandissent des affiches par les fenêtres des véhicules; on peut y lire différents slogans, dont « Unfair » [Injustice] , « We want rights » [Nous voulons des droits] et « Major League on Strike » [Grève de la Ligue majeure].

Caricature montrant les joueurs des Expos faisant la grève devant le stade olympique de Montréal, en 1981. À l’échelle de la Ligue majeure, la grève avait entraîné l’annulation de 713 parties en plein milieu de la saison. Crédit: Rusins Kaufmanis (MIKAN 2841681)

L’histoire se répète en 1994, alors qu’une deuxième grève réduit à néant les espoirs des partisans. Pendant cette saison magique, les Expos, dirigés par Felipe Alou, étaient demeurés au sommet de la ligue grâce à un record de 74 victoires et 40 défaites. Mais les 232 jours de grève forcent le commissaire Bud Selig à annuler la Série mondiale, empêchant ainsi l’équipe d’accéder aux séries éliminatoires.

La franchise ne se remettra jamais de cette grève, tant sur le terrain que dans les gradins. En 2004, après 36 ans d’existence, les Expos disputent leur dernière partie au stade olympique. Le premier joueur canadien-français de l’équipe, Claude Raymond, qui avait participé à la saison inaugurale en 1969, prononce devant les partisans un émouvant discours d’adieu.

Les Blue Jays de Toronto

Les Blue Jays sont fondés en 1977, alors que la Ligue américaine prend de l’expansion. L’équipe remportera six titres de la division Est de la Ligue nationale, deux championnats de la Ligue américaine et deux titres de la Série mondiale.

La première partie des Blue Jays se tient au stade de l’Exposition nationale le 7 avril 1977. Les partisans bravent des températures anormalement froides pour vivre ce moment historique, qui culmine par une victoire de 9 à 5 contre les White Sox de Chicago. Un joueur de premier but jusque là inconnu, Doug Ault, frappe deux coups de circuit et devient le premier héros des Jays.

Photo noir et blanc d’une partie de baseball. Un homme vient de frapper la balle. Derrière lui, on aperçoit un receveur accroupi, dos à un arbitre, lui aussi accroupi. Des joueurs de baseball en uniforme et un policier observent la scène en retrait. Derrière eux, les gradins sont remplis de spectateurs.

Le 12 août 1977, lors de leur saison inaugurale, les Blue Jays de Toronto affrontent les Royals de Kansas City au stade de l’Exposition nationale, à Toronto. Ils y joueront jusqu’en 1989, année de l’ouverture du Skydome (aujourd’hui le Centre Rogers). Crédit: Toronto Star/Frank Lennon (MIKAN 3796691)

Après un long parcours tumultueux, les Blue Jays décrochent le gros lot en 1992 : ils remportent leur premier championnat de la Ligue américaine et sont les premiers champions hors États-Unis de la Série mondiale. Par respect pour l’équipe canadienne leur ayant ouvert la voie, les Blue Jays demandent au premier propriétaire des Expos, Charles Bronfman, d’effectuer le lancer protocolaire lors de la troisième partie de la Série mondiale. Le sixième match se conclut par le circuit intérieur victorieux de Dave Winfield lors de la 11e manche. Le receveur Pat Borders reçoit quant à lui le titre de joueur le plus utile des séries.

Le succès des Blue Jays se poursuit pendant la saison 1993, alors que l’équipe défend son titre de champion de la Ligue américaine. John Olerud devient alors le premier champion frappeur au sein des Jays, qui remportent une deuxième fois la Série mondiale en battant les Phillies de Philadelphie en six matchs. Joe Carter, dans un moment qui restera gravé dans les mémoires, frappe un spectaculaire court de circuit à la fin de la 9e manche, scellant le sort de la partie. C’est la deuxième fois seulement qu’une Série mondiale se conclut par un coup de circuit.

L’élan victorieux des Blue Jays se termine deux ans plus tard, alors qu’ils finissent bons derniers de la division Est de la Ligue américaine. En 2015, après 22 saisons sans participation aux séries éliminatoires, les Jays remportent leur sixième titre de la division Est sous la direction de leur gérant John Gibbons, réussissant à combler un retard de deux victoires pour vaincre les Rangers du Texas. C’est là que Jose Bautista frappe son célèbre coup de circuit avant de lancer son bâton dans les airs. Mais l’équipe perd ensuite le championnat de la Ligue américaine contre les Royals de Kansas City, qui remporteront la Série mondiale.

En 2016, après une saison régulière en dents de scie, les Blue Jays se retrouvent en deuxième place de la division Est. Ils participent au match de meilleur deuxième de la Ligue américaine contre les Orioles de Baltimore, qu’ils remporteront en prolongation. Dans un match serré disputé au Centre Rogers, devant une foule de Canadiens en délire, Edwin Encarnacion frappe un coup de circuit spectaculaire qui fait passer le résultat à 5-2. Une nouvelle génération d’adeptes du baseball canadien vient de naître.

Même si la relation des Canadiens avec le baseball a connu des hauts et des bas, ce sport leur a néanmoins fait vivre des moments exaltants. C’est sans compter qu’au fil de l’histoire, il a tour à tour diverti les soldats en temps de guerre, enseigné l’esprit d’équipe aux enfants et cimenté nos liens dans la défaite et la victoire.

Photo noir et blanc de cinq hommes debout devant un comptoir. Deux d’entre eux sont vêtus d’un uniforme de baseball orné d’un grand « C » sur la poitrine; les autres portent un complet et un chapeau. Un des hommes en uniforme tient une boisson dans sa main et regarde l’objectif.

Des joueurs prennent un rafraîchissement après une partie, Cobden (Ontario), 1909 (MIKAN 3379777)

Levons donc nos verres à nos prochains souvenirs et aux grands moments qui attendent le baseball canadien!

Autres ressources


Kelly Anne Griffin est technicienne en archivistique à la Section des sciences, de l’environnement et de l’économie (Division des archives) de Bibliothèque et Archives Canada.

Après de modestes débuts, le baseball marque l’histoire à Montréal

Par Kelly Anne Griffin

Le baseball était déjà solidement implanté au Canada bien avant de faire vivre à ses amateurs des moments inoubliables, comme le coup de circuit gagnant de Joe Carter dans la Série mondiale, l’émotion et la fierté des Canadiens quand leur hymne national a été entonné pour la première fois lors d’une partie de la Ligue majeure de baseball, ou le célèbre lancer du bâton de José Bautista. Même s’il est considéré par plusieurs comme un sport nord-américain, le baseball tire en fait son origine d’un sport de balle et bâton appelé « rounders », pratiqué par les écoliers britanniques. Des variantes du baseball étaient déjà jouées au Canada une trentaine d’années avant la Confédération. Le premier compte rendu documenté d’une partie de baseball provient de Beachville, en Ontario, le 4 juin 1838; c’est dans le sud-ouest de l’Ontario que le sport était le plus populaire à cette époque.

Une photographie noir et blanc d’un terrain de baseball extérieur où une partie est en cours. Une foule compacte y assiste dans les gradins. Des édifices de la ville se dessinent à l’arrière-plan.

Une partie de baseball de la Ligue internationale au parc Tecumseh en 1878, entre les Tecumsehs de London et les Stars de Syracuse. Ce parc, inauguré le 3 mai 1877, porte maintenant le nom de Labatt; c’est le plus ancien terrain de baseball au monde à avoir connu une activité ininterrompue. Il a été désigné site historique en 1994 (MIKAN 3261769)

Une photographie noir et blanc d’une partie de baseball prise de l’arrière du marbre. Un joueur est au marbre, prêt à recevoir un lancer. L’arbitre est debout derrière le receveur pour rendre sa décision.

Le stade de Hanlan’s Point sur l’île de Toronto en 1917, premier foyer du club de baseball les Maple Leafs de Toronto de la Ligue internationale. C’est là que Babe Ruth a frappé son premier coup de circuit professionnel alors qu’il jouait pour les Grays de Providence (MIKAN 3384487)

Une photographie noir et blanc d’un stade de baseball, prise de la tribune du champ droit. On aperçoit les gradins et le terrain, incluant le losange et le champ extérieur.

Vue de la tribune du champ extérieur au stade Maple Leaf à Toronto, construit en 1927 pour les Maple Leafs de Toronto de la Ligue internationale afin de remplacer le stade de Hanlan’s Point (MIKAN 3327476)

La première équipe officielle de baseball au Canada est mise sur pied grâce aux efforts de William Shuttleworth, connu comme le père du baseball canadien. Cette équipe pionnière, formée d’ouvriers des environs de Hamilton, s’appelle les Young Canadians. Pendant les vingt années qui suivent, on voit apparaître partout au Canada des équipes obéissant à toutes sortes de règles. Voyant la popularité du sport monter en flèche, des hommes d’affaires commencent à commanditer leurs équipes favorites pour mousser leurs produits. On assiste aussi à la création de la Canadian Association of Baseball Players. À l’époque, plutôt que de compétitionner entre eux, bon nombre de clubs de baseball canadiens préfèrent jouer contre leurs voisins américains, de l’autre côté de la frontière. En 1913, il y avait 24 équipes de ligues mineures au Canada.

Une photographie noir et blanc de 10 enfants vêtus d’un uniforme de baseball. Les chandails portent l’inscription « Pages » sur le devant. Certains des garçons sont assis et d’autres debout avec des bâtons, des gants et d’autres équipements de baseball. Un homme adulte, portant un costume et un chapeau, se tient debout derrière les garçons. L’arrière-plan est une toile de fond montrant des arbres.

Équipe de baseball des « pages » de la Chambre des communes, vers 1900. Au Canada, le baseball attirait des gens de tout âge. Ce sport était considéré comme un excellent moyen de développer l’esprit d’équipe, et il était fréquent que des entreprises et leur personnel forment des équipes, comme ces jeunes garçons qui travaillaient sur la colline du Parlement (MIKAN 3549043)

Première Guerre mondiale

Les sports occupent une place importante dans la vie quotidienne des soldats canadiens basés en Europe durant la Première Guerre mondiale. Ils leur permettent de rompre la monotonie des tâches et de diminuer le stress. Les chefs militaires voyaient dans le sport un bon moyen d’aider les hommes à s’éviter les ennuis et à garder le moral tout en demeurant en forme. Le baseball acquiert une telle popularité auprès des soldats qu’il est même subventionné par le gouvernement. En avril 1916, le gouvernement organise une collecte de fonds dont les profits servent à acquérir des équipements de baseball.

Une photographie noir et blanc d’un joueur glissant vers le marbre. Le receveur se tient derrière le marbre alors que l’arbitre rend sa décision. Une foule composée de soldats les encourage.

Un membre de l’équipe canadienne glisse vers le marbre sous les acclamations des soldats en 1917. Le baseball était immensément populaire au sein des troupes, et on organisait régulièrement des parties durant les temps morts (MIKAN 3384451)

Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le baseball demeure un des passe-temps favoris des soldats. Lorsque les Américains arrivent en 1942, il y a soudainement une multitude d’équipes à affronter. Comme c’était le cas dans les premières années du sport au pays, les parties Canada–États-Unis sont fréquentes. Une des plus mémorables a lieu au stade de Wembley le 3 août 1942, devant 6 000 amateurs enthousiastes massés dans les gradins. Les soldats canadiens remportent la victoire sur l’équipe de l’armée américaine au compte de 5 à 3.

Une photographie noir et blanc d’une partie de baseball. Le frappeur est debout levant un bâton et, derrière lui, le receveur et un arbitre. À l’arrière-plan, on aperçoit des joueurs guettant le jeu et des spectateurs dans les gradins.

Un match entre des soldats canadiens et américains en août 1942 au stade de Wembley à Londres (Angleterre), où se disputent de nombreuses parties de baseball durant la Seconde Guerre mondiale (MIKAN 3211157)

Une photographie noir et blanc d’une femme portant des vêtements de travail et un foulard noué sur la tête s’apprête à frapper une balle avec son bâton. Elle est debout dans la cour arrière d’un bâtiment industriel, et l’on voit d’autres structures à l’arrière-plan.

Ce n’était pas seulement les soldats participant aux opérations militaires outre-mer qui aimaient le baseball durant les années de guerre. Ici, une travailleuse d’une usine de munitions à Toronto profite de sa pause pour jouer au baseball (MIKAN 3626863)

De retour au Canada, plusieurs soldats évoquent leurs parties de baseball avec émotion; ils continuent à jouer au baseball et à assister à des parties, chez eux. Bien que les Canadiens aient pratiqué plusieurs sports durant les périodes de guerre, aucun ne l’a été aussi souvent et devant un public aussi enthousiaste que le baseball.

Jackie Robinson

En 1945, le jeune joueur des Negro Leagues Jackie Robinson est approché par Branch Rickey, le directeur général des Dodgers de Brooklyn. Peu de temps après cette première rencontre secrète, on annonce que Robinson a signé un contrat avec l’organisation. Le plan était de faciliter son entrée dans les ligues majeures en empruntant une voie où il rencontrerait le moins d’intolérance raciale. Robinson est d’abord envoyé dans un camp d’entraînement de printemps en Floride, avant de passer comme joueur professionnel à Montréal avec un club de la ligue Triple-A affilié aux Dodgers. Montréal n’a pas été choisie au hasard; c’est une ville où, croit Rickey, Robinson pourra s’acclimater au baseball tout en vivant une expérience moins négative que dans bien des villes américaines. Au cours de ce premier printemps, en 1946, Robinson est exposé à un racisme impitoyable. À Sanford, en Floride, le shérif fait irruption sur le terrain et annule une partie hors concours en déclarant que les Afro-Américains n’ont pas le droit de compétitionner avec des joueurs blancs.

Montréal est beaucoup plus accueillante pour Jackie et sa femme Rachel. Malgré quelques incidents, la ville et les amateurs des Royaux l’adoptent d’emblée. Durant sa première et unique saison à Montréal, Jackie mène l’équipe vers un record exceptionnel de 100 victoires contre seulement 54 défaites.

Découvrez d’autres facettes de la carrière exceptionnelle de Jackie Robinson.

Une photographie noir et blanc d’un joueur de baseball courant entre les buts alors qu’un joueur de l’équipe adverse essaie de le rattraper.

Jackie Robinson en Floride lors du camp d’entraînement du printemps 1946. Les amateurs adoraient sa façon de courir autour du losange devant des foules médusées; il a volé un nombre remarquable de 40 buts durant son unique saison dans les ligues mineures, dont bon nombre au marbre (MIKAN 3574533)

Après de modestes débuts dans le sud-ouest de l’Ontario, le baseball devient une activité populaire en temps de guerre et marque l’histoire de Montréal en accueillant Jackie Robinson. Au milieu du 20e siècle, le baseball avait conquis le coeur de la nation. Mais l’amour du baseball allait atteindre de nouveaux sommets : avec l’arrivée d’équipes canadiennes au sein de la Ligue majeure de baseball, les Canadiens seront de plus en plus nombreux à s’éprendre de ce sport.

Autres ressources :


 

Kelly Anne Griffin est technicienne en archivistique dans la section Science, environnement et économie de la Division des archives à Bibliothèque et Archives Canada.

 

Des images sur le fromage maintenant sur Flickr

La fabrication du fromage au Canada remonte au début des années 1600, lorsque des vaches laitières ont été amenées d’Europe dans des colonies, dont celle de Québec. Au fil du temps, de nouveaux colons sont arrivés, et avec eux, plus de bétail et de recettes familiales de fromage. De nos jours, la production canadienne s’inspire de deux procédés de fabrication apparus au 17e siècle : les fromages à pâte molle de la France et les fromages à pâte dure, comme le cheddar, du Royaume-Uni.

Une photographie en noir et blanc d’un homme utilisant un treuil pour soulever du fromage d’un bassin. Deux autres hommes, une fille et un garçon, tous placés derrière le bassin, l’observent.

On extrait le fromage des bassins à la fromagerie de gruyère, La Malbaie (Québec) (MIKAN 3518025)

Au début du 19e siècle, le fromage produit quitte rarement la ferme familiale, et il n’y a que très peu d’exportations. C’est un Américain, Harvey Farrington, qui réussira à convaincre les agriculteurs locaux de lui vendre leur lait, ce qui lui permettra d’ouvrir la première fromagerie canadienne à Norwich, en Ontario, en 1864. Depuis la Confédération, un certain nombre de petits et grands producteurs de fromage ainsi que des écoles de fromagerie ont marqué le secteur alimentaire du Canada.

Une photographie en noir et blanc de deux hommes vérifiant la température du lait dans une fromagerie.

On contrôle la température du lait dans une fromagerie, comté de Prince Edward (Ontario) (MIKAN 3371580)

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Les vues à vol d’oiseau, maintenant sur Flickr

L’expression « vue à vol d’oiseau » représente la perspective d’un secteur ou d’un objet par rapport à d’autres éléments, par exemple une carte, un plan ou un paysage urbain. Souvent utilisée dans les dessins ou les photos, une vue à vol d’oiseau offre une observation en surplomb à partir d’un point très élevé.

Une photographie en noir et blanc des chutes Niagara, à partir d’une vue à vol d’oiseau. On aperçoit divers bâtiments des deux côtés de la frontière ainsi que des routes menant aux rives.

Vue à vol d’oiseau des chutes Niagara et de diverses centrales électriques du côté canadien (Ontario) (MIKAN 3318089)

Une photographie en noir et blanc de Calgary (Alberta), à partir d’une vue à vol d’oiseau. On aperçoit au premier plan la rivière Bow et un pont ainsi qu’un certain nombre de résidences et de gros bâtiments en arrière-plan.

Vue à vol d’oiseau de Calgary (Alberta) (MIKAN 3302621)

Plusieurs synonymes existent : vue en plan, vue de dessus, vue plongeante, vue en plongée, vue d’avion, etc. Ces termes sont tous légèrement différents, mais ils représentent tous une vue d’en haut.

Une photographie en noir et blanc de Cabri (Saskatchewan), à partir d’une vue à vol d’oiseau. On aperçoit un chemin de terre principal ainsi que des résidences et des bâtiments voisins. Quelques personnes, chevaux et chariots se rassemblent dans le village.

Vue à vol d’oiseau de Cabri (Saskatchewan) (MIKAN 3259496)

Une photographie en noir et blanc de Winnipeg (Manitoba), à partir d’une vue à vol d’oiseau. On aperçoit la rivière Rouge au centre et des bateaux à vapeur ainsi que des colonies et des routes principales le long des rives.

Vue à vol d’oiseau de Winnipeg (Manitoba) (MIKAN 4146329)

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Images de l’équipe de hockey canadienne aux Jeux olympiques de 1948 maintenant sur Flickr

Ce passeport collectif comprend les photos de 19 membres des Flyers de l’Aviation royale canadienne ayant fait partie de l’équipe canadienne de hockey aux Jeux olympiques de 1948. Les photos sont accompagnées de renseignements sur les joueurs. Ceux-ci ont quitté le pays le 8 janvier 1948 à destination des États‑Unis, d’où ils sont allés en Belgique, puis en Tchécoslovaquie, en France, aux Pays-Bas, en Suède, en Suisse et au Royaume-Uni. Ils sont revenus au Canada le 8 avril 1948 avec la médaille d’or olympique.

Deuxième page du passeport collectif de l’équipe canadienne de hockey aux Jeux olympiques de 1948. Le passeport a été délivré par le ministère des Affaires extérieures. On voit les photos de Frank George Boucher, d’Hubert Brooks, de Bernard Francis Dunster et de Roy Austin Lowe Forbes, ainsi que des renseignements à leur sujet : nom, date et lieu de naissance et citoyenneté.

Certificat collectif pour les 19 membres de l’équipe olympique de hockey, de Boucher à Watson. Page 6, 1948 (MIKAN 4842035)

Page 6 du passeport collectif de l’équipe canadienne de hockey aux Jeux olympiques de 1948. Le passeport a été délivré par le ministère des Affaires extérieures. On voit les visas ainsi que les timbres d’entrée et de sortie de la France, de la Suède, des Pays Bas et des États Unis.

Certificat collectif pour les 19 membres de l’équipe olympique de hockey, de Boucher à Watson. Page 6, 1948 (MIKAN 4842035)

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Les livres racontent leur histoire

Par Meaghan Scanlon 

Vous tournez le dos aux livres usagés dont les pages sont couvertes de notes laissées par les lecteurs précédents? Pourtant, celles-ci sont d’une aide précieuse pour les chercheurs qui veulent en savoir plus sur les origines d’un ouvrage et la façon dont il était utilisé. Annotations, inscriptions, ex-libris ou marques de tampons encreurs : tous ces indices révèlent l’historique d’un livre, sa provenance et ses propriétaires.

La plupart des trésors faisant partie de la collection de livres rares de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) ont eu plus d’un propriétaire, et les traces en sont bien visibles. Prenons par exemple le deuxième exemplaire de The Polar Regions, or, A Search after Sir John Franklin’s Expedition [Les régions polaires, ou la recherche de l’expédition de sir John Franklin], écrit par Sherard Osborn. BAC a acquis cet ouvrage en 2015, dans le cadre d’un transfert de documents avec ce qui s’appelait alors le ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada. Or, les notes laissées sur ses pages montrent qu’il appartient au gouvernement fédéral depuis environ un siècle.

Photo couleur montrant deux pages d’un livre ouvert; sur la page de droite, on voit la marque d’un tampon encreur ainsi qu’une signature.

Pages du deuxième exemplaire de The Polar Regions, or, A Search after Sir John Franklin’s Expedition de Sherard Osborn. Sur la page de droite, dans le coin supérieur droit, la marque d’un tampon encreur indique : « Commission on Conservation » [Commission de la conservation]. En dessous, on aperçoit une signature à l’encre : « W. A. Malcolm [?] / Jan’y [January] 1864 / Yokohama ».  [W. A. Malcolm (?) / Janvier 1864 / Yokohama] (AMICUS 6359969)

The Polar Regions a été imprimé en 1854, et la signature qui orne l’une des pages constitue la plus ancienne preuve de ses origines : elle nous indique que le livre se trouvait à Yokohama, au Japon, en 1864. Au-dessus de la signature, on voit une empreinte à l’encre, de forme ovale : celle de la Commission de la conservation. On peut en déduire que ce livre faisait probablement partie de la bibliothèque de la Commission canadienne de la conservation, un organisme consultatif mis sur pied par le gouvernement de l’époque afin de formuler des recommandations sur l’intendance des ressources du pays. Comme elle a existé de 1909 à 1921, nous pouvons supposer que le livre a été acquis au cours de cette période. En 1921, alors que le Sénat débattait de la dissolution de la Commission, un sénateur a demandé si la précieuse bibliothèque de l’organisme serait intégrée à la collection du Parlement. Les livres semblent plutôt avoir été distribués parmi les divers ministères ayant repris les fonctions de la Commission.

Photo couleur d’un livre ouvert aux pages de garde avant. On voit un ex-libris sur la page de gauche et quatre marques de tampon encreur sur la page de droite.

Les pages de garde avant du deuxième exemplaire de The Polar Regions, or, A Search after Sir John Franklin’s Expedition, de Sherard Osborn, portant les traces de ses anciens propriétaires. Sur la page de gauche : l’ex-libris d’Affaires indiennes et du Nord Canada. Sur la page de droite : la marque du tampon encreur d’Affaires indiennes et du Nord Canada (en haut); celle de la Direction des parcs et des forêts du ministère des Mines et des Ressources (en bleu, au milieu et en bas à gauche); et celle de la Direction des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon du ministère de l’Intérieur (en bas à droite). (AMICUS 6359969)

Quant au livre qui nous intéresse ici, et dont la thématique est l’Arctique, il fut une ressource pour les fonctionnaires canadiens chargés de l’administration des territoires du Nord. Au fil des ans, cette responsabilité a été confiée à divers organismes fédéraux, et le livre semble avoir passé de main en main, selon les besoins, traversant les nombreux changements de structure bureaucratique. À la manière d’un passeport, les traces de tampons ministériels apparaissant pêle-mêle sur les pages de garde avant illustrent bien son parcours. Après la fermeture de la Commission, en 1921, le livre a été envoyé à la Direction des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon du ministère de l’Intérieur (empreinte verte en bas à droite); il y est demeuré de 1922 à 1936. De 1937 à 1953, c’est le ministère des Mines et des Ressources, alors chargé de l’administration du Nord, qui s’est vu confier l’ouvrage, comme en témoignent les empreintes bleues au milieu et en bas à gauche. Les marques d’Affaires indiennes et du Nord Canada (empreinte noire en haut à droite et ex-libris sur la page opposée) et du ministère du Nord canadien et des Ressources nationales (empreinte derrière l’ex-libris, non visible sur la photo) témoignent elles aussi de l’odyssée ministérielle de l’ouvrage.

Ce ne sont pas tous les livres qui recèlent autant de vestiges du passé. Néanmoins, la prochaine fois que vous tomberez sur un vieil ouvrage un peu décrépit, prenez le temps de le feuilleter pour voir si d’anciens lecteurs y ont laissé leur marque. Qui sait? Vous pourriez être surpris!

Ressources supplémentaires


Meaghan Scanlon est bibliothécaire des collections spéciales à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Le journal arctique de Rosemary Gilliat

English version

Par Katie Kendall

En juin 1960, la photographe Rosemary Gilliat (connu plus tard sous le nom de Rosemary Gilliat Eaton), accompagnée de la journaliste Barbara Hinds, parcourt l’Arctique canadien avec le soutien financier du ministère du Nord canadien et des Ressources nationales et de l’Office national du film du Canada. Elle séjourne à Iqaluit (anciennement Frobisher Bay, Nunavut), Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo, Québec), Kangiqsualujjuaq (anciennement George River, Québec), Killiniq (anciennement Port Burwell, Nunavut) et Cape Dorset (Nunavut) avec pour mission d’y documenter en photo la vie quotidienne dans le Grand Nord. Durant ce voyage, Gilliat tient un journal détaillé dans lequel elle décrit les habitants, les lieux, les modes de vie et les événements, de même que la flore et la faune qu’elle observe.

Photographie couleur de deux femmes en train de pêcher sur les rives d’un plan d’eau. Elles sont debout sur des roches, et des plaques de glace flottent sur l’eau.

Rosemary Gilliat (à gauche) et Barbara Hinds s’adonnant à la pêche. (MIKAN 4731485)

Lors de mon stage étudiant à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) durant la présente session, j’ai lu ce journal d’un couvert à l’autre, en notant les dates, les personnes, les lieux et les événements les plus importants. Ce travail permettra d’améliorer les descriptions archivistiques des photographies de Gilliat dans la collection de BAC. De nombreuses photos prises par Gilliat au cours de son voyage ont été intégrées dans Un visage, un nom, un projet de BAC qui permet aux Autochtones de participer à l’identification de personnes, de lieux et d’activités représentés sur des photos anciennes. Les 455 pages du journal de Gilliat et bon nombre des photos qu’elle a prises dans l’Arctique seront accessibles dans le nouvel outil Co-Lab, qui sera lancé prochainement, afin que le public puisse contribuer à transcrire, à étiqueter et à décrire ces documents!

Photographie couleur de deux enfants inuits portant un manteau traditionnel devant une tente blanche dans un paysage rocailleux.

Deux enfants vêtus d’un parka blanc dans l’Arctique. (MIKAN 4324675)

Durant l’été de 1960, Gilliat décrit dans son journal, à l’occasion d’entrées quasi quotidiennes, plusieurs caractéristiques fascinantes de l’Arctique. Elle y brosse un tableau minutieux des spectaculaires paysages du Nord; au début de son voyage, alors qu’elle n’a pas encore fait beaucoup de rencontres, elle s’intéresse surtout aux fleurs arctiques. Elle relate aussi dans son journal certaines contrariétés occasionnelles éprouvées avec son amie et compagne de voyage Barbara Hinds et ses fréquentes mésaventures photographiques (par exemple, oublier de mettre une pellicule dans son appareil), lesquelles sont assez amusantes. Les bribes de nouvelles du monde extérieur qu’elle consigne dans son journal offrent au lecteur un aperçu des actualités de l’époque. Par exemple, à propos de la course à l’espace que se livrent alors la Russie et les États-Unis, Gilliat apprend que les chiennes russes Belka et Strelka ont orbité autour de la Terre et sont revenues de l’espace saines et sauves en août 1960, ce qui l’amène à se demander quand le monde verra le premier homme dans l’espace. L’exploit se produira moins d’un an plus tard, en avril 1961. Gilliat prend également note du rôle joué par les femmes dans le Nord, en faisant référence à la deuxième vague du mouvement féministe dans les années 1960.

Photographie couleur d’un groupe de maisons de bois sur les rives d’un plan d’eau. Il y a des fleurs sauvages au premier plan.

Paysage avec des maisons de bois près d’un plan d’eau. (MIKAN 4731543)

Mais plus important encore, Gilliat partage le quotidien des Inuit dans les collectivités qu’elle visite, les accompagnant dans leurs activités de pêche à l’omble chevalier et de chasse aux phoques, et dans leurs déplacements d’un village à l’autre par bateau ou par avion. Gilliat a failli perdre la vie à quelques reprises lorsque son bateau a affronté des tempêtes et les banquises, et elle est restée coincée quelques fois, y compris sur une île pendant plusieurs jours. À la fin du mois d’août, alors qu’elle observait un magnifique ours polaire en train de nager, elle réalise que ses compagnons inuits, Eetuk, Isa, Sarpinak et Moshah, s’apprêtent à tuer l’animal pour nourrir les gens de leur village. Dans un style très expressif, elle témoigne avec vivacité des sentiments contradictoires qui l’animent à ce moment-là.

Photographie couleur d’un homme de profil tenant un fusil et ajustant son tir. Il porte un parka traditionnel au capuchon bordé de fourrure et aux manches ornées de galons verts et rouges.

Oshaneetuk, sculpteur et chasseur, lors d’une chasse au phoque à Cape Dorset, Nunavut. (MIKAN 4731420)

Certes, les expéditions de chasse et les sorties mouvementées en bateau sont excitantes, mais les moments paisibles qu’a vécus Gilliat avec ses amis inuits sont encore plus mémorables. Par exemple, à Cape Dorset, elle rencontre Kingwatsiak, un des aînés les plus respectés de la communauté. Kingwatsiak invite Gilliat chez lui et lui demande de le photographier. Il souhaite aussi qu’elle écrive en son nom à la reine Elizabeth II pour lui demander un portrait de son plus jeune fils, le prince Andrew, parce qu’il porte le même prénom (en anglais) que lui. La lettre est insérée dans le journal; elle y raconte que Kingwatsiak a reçu une médaille au couronnement de la reine et que, jeune homme, il avait voyagé en Écosse et assisté au jubilé de la reine Victoria. Il demande à la reine de lui envoyer sans tarder la photo, car « il est maintenant un très vieil homme » et il ne lui reste sans doute pas beaucoup de temps à vivre.

Photographie couleur d’un aîné vêtu du manteau traditionnel aux manches ornées de galons verts et rouges. Sur son parka est épinglée une médaille gravée à l’effigie de la reine Victoria.

Kingwatsiak dans une tente, Cape Dorset, Nunavut. (MIKAN 4324569)

Même si une bonne partie des termes qu’emploie Gilliat et sa façon de penser n’ont plus cours, ses anecdotes descriptives et observations directes font de son journal un document fort agréable à lire. L’auteure demeure objective, mais résolument optimiste, décrivant ce qu’elle voit sans jamais laisser quoi que soit altérer son regard sur les beautés de l’Arctique et la gentillesse et la détermination de son peuple.


Katie Kendall était une étudiante stagiaire (maîtrise en histoire de l’art, Université Carleton) à la Division des expositions et du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Bibliothèque et Archives Canada diffuse sa plus récente émission de baladodiffusion, « Mackenzie King : contre sa volonté »

Bibliothèque et Archives Canada diffuse sa plus récente émission de baladodiffusion, « Mackenzie King : contre sa volonté ».

Photo noir et blanc de William Lyon Mackenzie King assis sur son perron.

William Lyon Mackenzie King est le premier ministre du Canada qui est demeuré le plus longtemps en poste. De plus en plus, on s’entend aussi pour dire qu’il fut l’un des plus grands premiers ministres de notre histoire. Les réalisations de King ne se sont pas limitées au domaine de la politique. Correspondant prolifique, il a aussi tenu un journal presque quotidien, de 1893 jusqu’aux jours ayant précédé sa mort en 1950. King y fait un compte rendu minutieux de sa vie en politique, en plus d’y consigner des détails fascinants sur sa vie personnelle.

Dans l’épisode d’aujourd’hui, nous discutons avec Christopher Dummitt, professeur et auteur dont le plus récent livre raconte l’histoire de ce journal et de sa publication.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS, iTunes ou Google Play, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Les journaux locaux au cœur de la vie canadienne

Par Annie Wolfe

La collection de journaux de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) regorge de petites et grandes histoires! Ces histoires vraies forment la trame du Canada, de la politique à l’économie en passant par les arts et les sports, sans oublier les fameuses notices nécrologiques qui constituent une mine d’or pour les généalogistes.

Les journaux locaux en particulier sont la voix des régions, des villes, des villages, des quartiers. L’information qu’ils livrent est d’autant plus importante qu’elle provient directement de ceux et celles qui bâtissent les collectivités du Canada. Les journaux locaux offrent une fenêtre sur les débats et les événements qui affectent directement la vie des citoyens. Grâce aux journaux locaux, les collectivités acquièrent une autorité sur les nouvelles qui les touchent de près. C’est ainsi qu’ils deviennent une source incroyable de faits historiques.

Voici deux exemples de journaux locaux qui renferment de précieuses informations pour tout chercheur ou curieux.

Fort McMurray Today

Le journal Fort McMurray Today, fondé en 1974, couvre l’information pour les collectivités de Fort McMurray et de Wood Buffalo, en Alberta. Au printemps 2016, des feux de forêt font rage et forcent l’évacuation de la région. Les ravages sont considérables, et les conséquences sur l’économie canadienne, telles que la réduction de la production de pétrole, sont désastreuses.

En 2016, le Fort McMurray Today a gagné le prix Nouvelle de dernière heure, partagé avec l’Edmonton Journal et l’Edmonton Sun, pour leur couverture des feux de forêt. (Source : – http://nna-ccj.ca/fr/archives-prix/liste-des-gagnants-depuis-1949/#2)

Les microfilms de journaux couvrant les années 2015 à 2017 ont été acquis pour la collection nationale afin de documenter l’histoire de la collectivité avant, pendant et après la tragédie des feux de forêt.

L’Écho de Frontenac

L’hebdomadaire L’Écho de Frontenac, fondé en 1929, couvre la région de Lac-Mégantic, au Québec. À l’été 2013, un accident ferroviaire provoque une explosion et un incendie qui détruit une partie de la ville. Les conséquences économiques, environnementales et surtout humaines de cette tragédie sont nombreuses pour la collectivité, qui prendra plusieurs années à s’en relever. Encore aujourd’hui, en 2018, les instances judiciaires cherchent toujours à comprendre ce qui s’est réellement passé.

Mentionnons que la bibliothèque publique de la ville a été reconstruite à la suite de l’incendie et rebaptisée Nelly Arcan, du nom de l’auteure célèbre originaire de Lac-Mégantic.

Les microfilms de journaux couvrant les années 2012 à 2016 ont été acquis pour la collection nationale afin de documenter les événements liés à la tragédie, mais surtout pour témoigner de la forte résilience de cette collectivité.

Les journaux locaux, en étant au cœur de la vie canadienne, sont une source extraordinaire d’information sur ce qui se passe vraiment dans les collectivités d’un bout à l’autre du Canada. Ils témoignent et attestent d’événements tant tragiques qu’heureux. L’histoire du Canada s’écrit dans les journaux.

Les deux titres mentionnés dans cet article, Fort McMurray Today et L’Écho de Frontenac, ne sont que quelques exemples parmi d’autres d’acquisitions de microfilms de journaux pour la collection nationale. Ces microfilms sont sujets au prêt entre bibliothèques. Pour plus d’information, veuillez consulter la page Prêts à d’autres institutions de BAC ou consultez votre bibliothèque publique.

Photo noir et blanc d’une grande église dans un petit village. On peut voir des voies de chemin de fer dans l’avant plan.

L’église à Lac-Mégantic avant l’accident ferroviaire qui a causé une explosion majeure au centre du village en 2013. Photo datée 1925 (MIKAN 3323453)


Annie Wolfe est bibliothécaire aux acquisitions au sein de la Direction générale du patrimoine publié à Bibliothèque et Archives Canada.

Le début des Conclusions : documenter l’exercice du pouvoir

Par Michael Dufresne

Saviez-vous que des documents ont récemment été ajoutés à la base de données « Conclusions du Cabinet »? Vous pouvez maintenant y consulter les registres des présences, les ordres du jour et les procès-verbaux du Cabinet pour la période allant de 1977 à 1979. (Les procès-verbaux, bien qu’ils ne soient pas un compte rendu textuel des réunions du Cabinet, donnent d’excellents résumés des discussions et des diverses positions prises par ses membres.)

Tous ces documents chevauchent le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau et celui, de courte durée, de Joe Clark. Ils couronnent le long préambule au rapatriement de la Constitution et à l’avènement de la Charte des droits et libertés. Volet important de la mémoire institutionnelle du gouvernement fédéral, ils abordent un éventail de sujets, de préoccupations, d’inquiétudes et de possibilités auxquels sont confrontées les institutions les plus puissantes de notre système parlementaire.

Dessin à la plume et au pinceau montrant un homme debout sur une piste de cirque, tenant un fouet et lisant un livre, pendant qu’un lion assis sur une plateforme surélevée regarde par-dessus son épaule.

Cette caricature politique de John Collins montre Joe Clark en dompteur de lions, lisant le livre How to Control Gov’t Spending [Comment contrôler les dépenses du gouvernement]. Au bas de la caricature, on peut lire ce titre : « Does it bother you if I read over your shoulder? » [Puis-je lire par-dessus votre épaule?] Source : The Gazette, Montréal, 1979. Droit d’auteur détenu par Bibliothèque et Archives Canada (MIKAN 2863264)

Cela semble aller de soi qu’un État démocratique fera preuve d’une certaine transparence envers ceux qui veulent savoir pourquoi et comment se prennent les décisions. Or, s’il est vrai que nous pouvons remonter bien avant les années 1940 pour retracer notre patrimoine démocratique, vous serez peut-être surpris d’apprendre qu’avant cette époque, le Cabinet ne préparait jamais d’ordres du jour et de procès-verbaux de ses délibérations. Il peut s’en dégager une impression exagérée du pouvoir du premier ministre. Dans son livre Right Honourable Men: The Descent of Canadian Politics from Macdonald to Mulroney, l’historien Michael Bliss écrit : « On racontait que lorsqu’il marmonnait tout seul, Bennett tenait une réunion du Cabinet. » [Traduction] Et faute de documents officiels pour consigner les discussions du Cabinet, qui contredira la mémoire d’un premier ministre?

De 1867 à 1940, six hommes ont tour à tour été greffier du Conseil privé; leurs fonctions étaient à l’image du rôle relativement modeste que jouait l’État dans la société canadienne avant la Deuxième Guerre mondiale. Mais la nomination d’Arnold Danforth Patrick Heeney, en 1940, marqua un tournant : septième greffier du Conseil privé, il devint également le tout premier secrétaire du Cabinet.

Dès son arrivée à Ottawa, il fut surpris du manque de rigueur avec laquelle se faisait le travail. « J’ai trouvé bouleversant d’apprendre, écrit Heeney dans son autobiographie The Things that are Caesar’s, que le plus haut comité au pays travaillait de façon à ce point désordonnée qu’il n’utilisait pas d’ordres du jour ni de procès-verbaux. Plus j’en apprenais sur les pratiques du Cabinet, plus j’avais peine à comprendre comment un tel régime pouvait même fonctionner. » [Traduction]

Les changements qu’on apporta alors au Bureau du Conseil privé s’inspiraient des réformes menées en 1916 par sir Maurice Hankey au sein du Conseil privé du Royaume-Uni. L’on prenait ainsi acte, du moins en partie, de la pression accrue de gouverner à l’ère moderne. La possibilité d’une réforme faisait l’objet de discussions depuis plusieurs années, mais rien n’avait été fait. Pourquoi en 1940, alors? Compte tenu de la difficulté de gouverner tout en participant à la Deuxième Guerre mondiale, il fallait modifier la façon dont le gouvernement organisait et documentait ses délibérations et ses actions. Le décret C.-P. 1940-1121 du Conseil privé du 25 mars 1940 annonçait les débuts du Bureau du Conseil privé moderne. Il se lit en partie comme suit :

« La forte augmentation de la charge de travail du Cabinet (…) oblige à prendre des dispositions pour l’exécution de tâches de secrétariat supplémentaires visant principalement à produire l’ordre du jour des réunions du Cabinet, à fournir les renseignements et les documents nécessaires aux délibérations du Cabinet et à préparer les comptes rendus des résultats à communiquer aux ministères concernés. » [Traduction]

Ce décret a marqué un changement important dans l’univers de l’information gouvernementale, mais ce n’est qu’en 1944 que les Conclusions du Cabinet ont officiellement vu le jour et commencé à être préservées. En l’absence de ces documents officiels, les chercheurs doivent consulter les documents personnels des premiers ministres pour espérer y découvrir une forme quelconque de documentation des réunions du Cabinet.

Les Conclusions du Cabinet ont une valeur pratique pour l’administration de l’État; elles sont aussi importantes du point de vue démocratique, puisqu’elles nous permettent de mieux comprendre les affaires de l’État. Plus que de simples instruments de bureaucratie moderne, elles offrent un regard de l’intérieur sur les délibérations, les discussions, les débats et les décisions des élus les plus puissants du gouvernement fédéral et, dans une certaine mesure, des hauts fonctionnaires à leur service. En acquérant et en conservant ces documents et en y facilitant l’accès, Bibliothèque et Archives Canada lève un voile sur le fonctionnement de notre pays.

Les ajouts les plus récents à la base de données concluent les années 1970 et jetteront un nouvel éclairage sur l’histoire du Canada et le gouvernement fédéral, et en particulier sur les personnes chargées de le diriger. Vous pouvez faire des recherches dans les Conclusions du Cabinet par mot-clé (un mot de votre choix, ou un mot tiré d’une liste témoignant de quelques-uns des grands enjeux retenant chaque année l’attention du gouvernement), ainsi que par date, par ordre du jour et par registre de participation.

Les Conclusions offrent plus que des preuves documentaires des délibérations et des décisions du gouvernement : elles permettent aussi de découvrir d’autres documents du Cabinet. En d’autres mots, elles peuvent vous donner les réponses que vous cherchiez, mais aussi vous lancer à la recherche de meilleures réponses, plus nombreuses encore. Les Conclusions mènent aussi vers des documents connexes du Cabinet, dont les documents d’information et les mémoires ayant alimenté les discussions au sein du Cabinet. Ces documents ne sont pas numérisés et ne figurent pas dans la base de données. Toutefois, vous trouverez des références à leur sujet dans les Conclusions; après en avoir obtenu le numéro, vous pourrez les repérer à l’aide de l’instrument de recherche 2-15, en indiquant l’année de leur création.

Consultez la base de données Conclusions du Cabinet pour de plus amples instructions sur les options de recherche.

Ressources connexes


Michael Dufresne est archiviste à la Division des archives gouvernementales de la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.