Un trésor de la collection Lowy : le splendide manuscrit de la Haggadah d’Altona

Par Leah Cohen

La Haggadah d’Altona fait partie des trésors de la collection Jacob M. Lowy. Ce manuscrit sur papier, magnifiquement enluminé et coloré, a été créé en 1763 à Altona, en Allemagne, pour la Pâque juive.

Le mot Haggadah signifie « récit » en hébreu. Il s’agit d’un texte lu durant le séder de la Pâque, un repas cérémoniel se déroulant selon une succession d’étapes rituelles chargées de symbolisme. Le séder est organisé tant dans les résidences privées que dans les lieux publics pour commémorer la libération des Israélites d’Égypte. En Israël, il se tient la première nuit du congé de la Pâque; ailleurs, les deux premières nuits du congé.

Les rabbins ont institué la Haggadah en s’appuyant sur le verset 13:8 du livre de l’Exode : « Ce jour-là, tu parleras (higadeta) ainsi à ton fils : c’est en mémoire de ce que l’Éternel a fait pour moi lorsque je suis sorti d’Égypte. »

Le séder et la Haggadah ne se résument pas à une simple narration d’événements : ils transmettent l’expérience vécue par un esclave en Égypte, soudainement libéré par la main de Dieu, et qui, en tant qu’homme libre, voit Dieu confier la Torah à Moïse sur le mont Sinaï.

Rituels du séder

Les membres d’une famille ou d’un groupe rassemblés pour un séder accomplissent certains rituels. Par exemple, ils consomment des aliments évoquant l’expérience de l’esclavage et de la libération, tels que l’haroset, un mélange de fruits ou de noix hachés, propre à soutenir les esclaves dans leur dur labeur (notamment le transport des briques). Ils peuvent aussi consommer des plantes amères, comme le raifort, qui rappellent l’âpreté de l’esclavage. Ils boivent quatre verres de vin, accoudés sur le côté gauche, dans une position de détente, comme des hommes libres. Ces quatre verres symbolisent les quatre expressions de la rédemption des Israélites par Dieu, que l’on trouve dans les versets 6:6 à 6:8 du livre de l’Exode : « […] je vous affranchirai des travaux dont vous chargent les Égyptiens […] je vous délivrerai de leur servitude, et je vous sauverai à bras étendu et par de grands jugements. »

Les participants ne lisent pas la Haggadah passivement : ils sont invités à poser des questions et à discuter. Et comme le séder vise aussi à piquer la curiosité des enfants, selon la tradition, ceux-ci entonnent un chant dans lequel ils demandent pourquoi cette nuit est différente des autres. La Haggadah comprend également les prières de Hallel louant Dieu. Au fil du temps, de joyeux chants de table se sont ajoutés à la cérémonie; on les entonne encore aujourd’hui, même s’ils ne sont pas obligatoires.

Comme la tradition du séder concerne plusieurs peuples, lieux et époques, c’est tout un défi de bien transmettre le message et de donner un sens à la soirée. Ainsi, un producteur d’olives vivant dans l’ancienne Galilée n’aurait sûrement pas raconté l’exode d’Égypte de la même manière qu’un mordu d’informatique de la Silicon Valley au 21e siècle.

Une Haggadah est donc un témoignage parmi d’autres de la culture populaire, qui permet d’en apprendre davantage sur une communauté donnée; un artefact qui représente non seulement un contenu textuel, mais aussi « l’esprit dans la matière », pour citer l’auteur Jules Prown.

Pourquoi la Haggadah d’Altona est-elle différente des autres?

La Haggadah d’Altona s’inscrit dans une tendance initiée en Europe centrale par les Juifs de cour. Appelés ainsi parce qu’ils occupaient de hautes fonctions financières auprès des nobles, ils collectionnaient également des œuvres d’art judaïque pour leur résidence, dont des manuscrits enluminés. De tels ouvrages étaient très recherchés, même s’ils n’étaient plus très nouveaux, l’impression hébraïque remontant au 15e siècle. L’existence de la Haggadah d’Altona montre que la classe moyenne s’était aussi mise à collectionner des manuscrits. Cet art faisant appel à un style plus naïf, un scribe ayant moins de formation pouvait donc être engagé à moindre coût.

La communauté d’Altona, très dynamique malgré sa petite taille, avait obtenu du roi Christian IV le privilège de se lancer dans la construction navale, une activité qui lui apporta une stabilité économique et favorisa la création d’une classe moyenne. Sur cette page illustrant les rites du séder, les scènes représentant des citadins de l’époque témoignent d’un certain degré de confort. Par exemple, les personnes sont assises sur des chaises qui semblent rembourrées, autour d’une solide table recouverte d’une nappe rouge. Dans une salle éclairée par un chandelier, chaque personne a le luxe d’avoir sa propre Haggadah.

Image colorée en rouge, brun et gris d’une page d’une Haggadha de la Pâque. Les 12 étapes rituelles du séder y sont illustrées. Dans les marges intérieures et extérieures, un texte en hébreu identifie le rituel et donne des instructions en yiddish pour l’accomplir.

Illustrations montrant les rituels du séder accomplis par des participants de l’époque. Elles offrent un instantané du mode de vie des Juifs à Altona dans les années 1760 (AMICUS 33226322).

La Haggadah d’Altona nous apprend également que les Juifs de cette communauté avaient beaucoup en commun avec les Juifs vivant ailleurs au début de l’ère moderne. Par exemple, le scribe a minutieusement écrit le commentaire de Don Isaac Abravanel (1437-1508) en petites lettres cursives autour du texte central. Ce commentaire centré sur la rédemption, écrit par un Juif forcé de fuir la péninsule ibérique, a été imprimé pour la première fois en 1505 et se retrouve fréquemment dans les Haggadhas de la Pâque.

L’artiste et son œuvre

L’étude de la Haggadah d’Altona, comme celle de toute source d’information visuelle, permet de découvrir à la fois l’artiste et l’œuvre.

Le nom du scribe est indiqué dans le colophon, une note placée à la fin. Il s’agit d’Elkanah « Pituhe Hotem ». Ces derniers mots signifient « graveur du sceau », en référence aux pierres gravées que portait le grand prêtre dans la Jérusalem ancienne. Elkanah était le fils de Meir Malir, Meir signifiant un peintre en yiddish.

Seuls deux autres manuscrits d’Elkanah sont parvenus jusqu’à nous. Le premier, conservé au Jewish Theological Seminary à New York, est une Haggadha en vélin, contrairement à celle de la collection Jacob M. Lowy, imprimée sur du papier. Le second, Tikune Shabat (prières spéciales pour le Shabbath), se trouve à la bibliothèque Klau du Hebrew Union College à Cincinnati.

La Haggadha de Lowy contient un élément unique : un calendrier omer. On utilisait ce calendrier pour compter les 49 jours séparant la deuxième nuit de la Pâque et le congé de Chavouot (Pentecôte), qui commémore le don de la Torah aux Israélites.

L’omer est une unité biblique servant à mesurer le grain. Un omer d’orge a été présenté en offrande au Temple lors de la deuxième nuit de la Pâque; c’est pourquoi le compte des 49 jours commence à partir de cette date. Comme aucun calendrier juif n’a été imprimé à Altona durant les années 1750 et 1760, ce calendrier omer a sans doute constitué un bon moyen de compter les jours.

Image en couleur montrant deux pages d’un livre. L’écriture en hébreu (en rouge et noir) comprend des références mystiques. Certaines images carrées sont faites de morceaux de papier colorés contenant un simple motif floral.

Calendrier omer, dans lequel chaque carré représente le nombre de jours écoulés depuis le deuxième jour de la Pâque jusqu’au Chavouot (AMICUS 33226322).

L’artiste ou le mécène qui a commandé la Haggadah d’Altona a été influencé par la Haggadah d’Amsterdam, ou par l’une de ses nombreuses imitations. Imprimée en 1695, celle-ci comporte des gravures sur cuivre.

Collage présentant côte à côte la même page tirée de deux éditions différentes d’un livre. Les deux pages comportent un dessin représentant deux hommes debout, de part et d’autre d’un texte en hébreu. Celle de gauche est en couleur, alors que celle de droite est dans les tons de gris.

À gauche, page titre très colorée de la Haggadah d’Altona, parue en 1763 (AMICUS 33226322); à droite, page titre gravée de la Haggadah d’Amsterdam, datant de 1695 (AMICUS 29060785). Les deux pages montrent Moïse et Aaron, ainsi que des vignettes de récits tirés de la Bible. Les images ont été simplifiées dans la Haggadah d’Altona, et celle-ci compte moins de vignettes (seulement trois dans des médaillons au haut de la page).

L’influence de la Haggadah d’Amsterdam est aussi perceptible dans la façon de représenter les quatre fils, ceux-ci symbolisant l’attitude de quatre types de participants au séder : le sage, l’impie, le simple d’esprit et celui qui ne sait pas poser des questions.

Collage présentant côte à côte une image tirée de deux éditions d’un même livre. Sur chaque image, on voit quatre hommes tous vêtus de manière différente et adoptant des poses variées. Dans les deux éditions, les hommes portent les mêmes vêtements et prennent une pose similaire. La page de gauche est en couleur, alors que celle de droite est dans les tons de gris.

À gauche, illustration en couleur des quatre fils dans la Haggadah d’Altona (AMICUS 33226322); à droite, version gravée des quatre fils dans la Haggadah d’Amsterdam (AMICUS 29060785).

Elkanah, le scribe artiste, a écrit son texte à l’encre ferrogallique, dont on sait aujourd’hui qu’elle a des effets corrosifs. Il l’a illustré à l’aide de couleurs dont les pigments contiennent du cuivre et d’autres métaux. L’encre et les pigments ont tous deux entraîné la corrosion du papier, que même une désacidification effectuée en 1987 n’a pu enrayer. La Haggadah d’Altona a été confiée aux restaurateurs de Bibliothèque et Archives Canada en 2007. Comment s’y prendront-ils pour sauver cet artefact culturel? Découvrez leurs secrets dans un prochain billet de blogue, à paraître la semaine prochaine.

Sites connexes :


Leah Cohen est conservatrice de la collection Jacob M. Lowy à Bibliothèque et Archives Canada.

Lancement de la base de données liée aux dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale

Nous sommes ravis d’annoncer l’implantation d’une nouvelle version de notre base de données « Soldats de la Première Guerre mondiale, 1914-1918 – CEC ». Cette nouvelle base de données, qui s’appellera dorénavant « Dossiers de service de la Première Guerre mondiale », permet d’accéder aux dossiers de service de militaires ayant servi au sein du Corps expéditionnaire canadien (CEC) ainsi qu’aux dossiers d’autres membres du personnel à l’époque de la Première Guerre mondiale.

La nouvelle base de données renferme des dossiers concernant les groupes suivants :

  • Corps expéditionnaire canadien (CEF)
  • Titulaires de l’Imperial War Service Gratuity
  • Milice active non permanente
  • Volontaires refusés par le CEC
  • Royal Newfoundland Regiment et Corps forestier

Découvrez dès aujourd’hui la collection sur les Dossiers de service de la Première Guerre mondiale!

N’oubliez surtout pas de consulter la page Première Guerre mondiale sous la rubrique Patrimoine militaire afin d’avoir un aperçu de tous nos documents portant sur la Première Guerre mondiale.

Nous tenons à souligner la participation de The Rooms, Archives provinciales de Terre-Neuve-et-Labrador, pour les liens vers leurs dossiers du personnel numérisés (en anglais seulement).

Jeux de données ouvertes – mise à jour

Bibliothèque et Archives Canada extrait actuellement depuis des dispositifs de stockage désuets les jeux de données générés par des études de ministères fédéraux à des fins de préservation. Les études, portant sur une vaste gamme de sujets, comme l’environnement, la santé et l’immigration, sont accessibles sur le Portail des données ouvertes. Pour en savoir plus sur la structure des données, consultez Données ouvertes : rendre accessibles les anciennes études du gouvernement du Canada.

Dans les prochains mois, Bibliothèque et Archives Canada publiera les jeux de données suivants :

Données synoptiques recueillies par Alouette I

Ces données sont le résultat du radiosondage de l’ionosphère par le satellite Alouette I. Les jeux de données publiés sont des données recueillies entre le 1er mai 1963 et le 31 décembre 1966.

Relevés hydrologiques du Canada

Les Relevés hydrologiques du Canada recueillent et publient des données hydrométriques depuis 1908. Cinq catégories de données ont été recueillies entre 1908 et 1979 :

  • Fichiers FLOW : contiennent des données historiques quotidiennes, mensuelles et annuelles sur le débit en provenance de stations de l’ensemble du Canada
  • Fichiers LEVELS : contiennent des données historiques quotidiennes, mensuelles et annuelles sur les niveaux d’eau en provenance de stations de l’ensemble du Canada
  • Fichier HYDEX : contient des renseignements descriptifs sur les stations hydrométriques (débit et niveau d’eau)
  • Fichier PEAKS : contient les débits instantanés ou les niveaux d’eau maximaux annuels en provenance d’environ 1 400 stations de jaugeage de l’ensemble du Canada
  • Fichier SEDEX : contient des données historiques sur les concentrations quotidiennes moyennes en sédiments en suspension en milligrammes par litre en provenance de stations de jaugeage de l’ensemble du Canada

Commission de surveillance du prix des produits alimentaires

Les résultats de plusieurs enquêtes sur le prix des aliments effectuées entre 1973 et 1976 seront publiés :

  • Prix moyens au détail des produits alimentaires dans de grandes villes du Canada
  • Disponibilité d’information comparative sur les prix et influence sur les décisions des consommateurs en matière d’achat
  • Données sur le prix mensuel des produits laitiers dans de grandes villes du Canada
  • Coûts et avantages de la pratique de commercialisation qui consiste à offrir des soldes de viande
  • Prix du bœuf et du porc dans de grandes villes du Canada

Images de la Journée internationale de la fille maintenant sur Flickr

Au vu de la discrimination et des mauvais traitements dont les jeunes filles sont victimes partout dans le monde, l’Organisation des Nations Unies a proclamé le 11 octobre Journée internationale de la fille.

Le Canada poursuit la lutte pour défendre l’égalité, la liberté et le droit à l’éducation pour les filles.

Un projet sur les premiers ministres pour étudier notre histoire

Mariam Lafrenie et Rachel Klassen

En collaboration avec l’Université Queen’s, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a lancé un projet visant à faire connaître les discours des premiers ministres du Canada. Pour commencer le projet, la Section des archives politiques et de gouvernance a eu le plaisir de travailler avec Mariam Lafrenie, étudiante de premier cycle et chercheuse à l’Université Queen’s. Mariam a fait les recherches sur les premiers ministres pendant l’été 2016. Ses découvertes ont aidé notre section à planifier la façon d’atteindre les principaux objectifs du projet : faciliter l’accès aux fonds des premiers ministres du Canada conservés à BAC, et aider les Canadiens à se familiariser avec l’histoire politique de leur pays. Pour conclure cette première étape du projet, nous avons demandé à Mariam de nous faire part de ses commentaires sur le projet et de nous parler des discours qu’elle a trouvés particulièrement intéressants.

Réflexions de Mariam Lafrenie

L’étude des fonds de plusieurs premiers ministres, y compris sir Charles Tupper, m’a donné un point de vue privilégié sur l’histoire et le patrimoine du Canada. J’ai pris connaissance des décisions qui ont déterminé l’avenir du pays et cerné les objectifs des Pères de la Confédération. J’ai aussi observé l’évolution de ces objectifs puisque chaque premier ministre a tenté de redéfinir l’identité et l’unité canadiennes.

Le Canada du premier ministre Louis St-Laurent donne une importance particulière à la diversité et à la liberté, et juge intolérable toute forme de discrimination et de terrorisme. Celui que les Canadiens appellent « l’oncle Louis » a géré la création de l’Organisation des Nations Unies et l’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération.

Un homme âgé, debout sur une estrade, tend la main vers un groupe d’enfants.

Le premier ministre Louis St-Laurent avec un groupe d’enfants, en 1949 (MIKAN 3220798)

Le premier ministre John Diefenbaker s’est battu pour défendre le droit inaliénable à la liberté (site en anglais seulement). Dans son Canada, les Canadiens ont le droit d’exprimer leurs croyances et leurs opinions, mais ont aussi le devoir de défendre ce droit dans le monde entier.

« Je suis Canadien, un Canadien libre, libre de m’exprimer sans crainte, libre de servir Dieu comme je l’entends, libre d’appuyer les idées qui me semblent justes, libre de m’opposer à ce qui me semble injuste, libre de choisir les dirigeants de mon pays. Ce patrimoine de liberté, je m’engage à le sauvegarder pour moi-même et pour toute l’humanité. »

  • John Diefenbaker, Chambre des communes, le 1erjuillet 1960
Un homme âgé, debout, parle à un groupe de personnes assises à des bureaux.

Le premier ministre John Diefenbaker s’adresse à la Chambre des communes, le 14 octobre 1957. (MIKAN 3214921)

On se souvient de Lester Pearson pour sa persévérance et sa diplomatie. Son Canada favorise le progrès social. Pendant son passage comme premier ministre, il supervise la création du régime universel d’assurance-maladie, du Régime de pensions du Canada et de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Il est cependant surtout reconnu pour sa détermination à choisir un drapeau national digne d’un Canada indépendant et uni.

Page couverture d’un discours publié. Comprend du texte et le portrait d’un homme blanc.

Je me tiens debout pour le Canada! Discours de Lester Pearson (MIKAN 4924761)

Le premier ministre Pierre Trudeau a consacré 15 années de sa vie aux Canadiens, dirigeant le pays pendant la crise d’octobre et le referendum au Québec, en 1980. Il s’est aussi employé à unifier les Canadiens d’un océan à l’autre et à garantir leurs droits et libertés. Son Canada est devenu un pays entièrement indépendant doté de sa propre constitution.

Il y a encore beaucoup à apprendre au sujet des premiers ministres du Canada. BAC et l’Université Queen’s poursuivent leur projet pour que les fonds des premiers ministres soient plus facilement accessibles et facilitent les découvertes!

Liens connexes


Mariam Lafrenie est étudiante de premier cycle et chercheuse à l’Université Queen’s. Elle a travaillé à la Direction générale des archives privées de BAC durant l’été 2016.

Rachel Klassen est archiviste – politique à la Direction générale des archives privées de BAC.

Le cornemuseur James Cleland Richardson, VC

Par Emily Monks-Leeson

Le blogue d’aujourd’hui dans le cadre de la série Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria relate l’histoire du cornemuseur James Cleland Richardson, à qui l’on a décerné la Croix de Victoria (VC) pour des actes de bravoure accomplis durant la bataille des hauteurs de l’Ancre, le 8 octobre 1916, à proximité de la tranchée Regina, à la Somme, en France.

Photographie en noir et blanc d’un jeune homme portant un kilt et un sporran, tenant un bâton dans la main gauche et appuyé sur une colonne sculptée.

Le cornemuseur James Cleland Richardson, VC, 16e Bataillon, Corps expéditionnaire canadien (CEC). (MIKAN 3192331)

Né à Bellshill, en Écosse, le 25 novembre 1895, M. Richardson immigre en Colombie-Britannique où il assumera la fonction de cornemuseur au sein du 72nd Seaforth Highlanders of Canada. En septembre 1914, il s’enrôle dans le Corps expéditionnaire canadien (CEC) et traverse l’océan en tant que membre d’un imposant contingent des Seaforth qui s’intégrera au 16e Bataillon (Canadian Scottish).

Le 8 octobre 1916, la compagnie de M. Richardson est ralentie par des fils barbelés et un tir nourri pendant une attaque contre des positions allemandes à la tranchée Regina. Le commandant de M. Richardson, le lieutenant-colonel Cyrus Peck, décrira par la suite le courage extraordinaire du musicien. Alors que l’unité s’est retrouvée piégée dans les cratères d’obus creusés dans le « no man’s land », M. Richardson, un adolescent qui accompagnait ses camarades en jouant de la cornemuse, a demandé au commandant la permission de se remettre à jouer de son instrument. Au vu et au su des troupes allemandes, il a, tout en jouant de sa cornemuse, parcouru de long en large le réseau de barbelés où attendaient, tapis, ses camarades. La citation lui décernant la Croix de Victoria publiée dans la Gazette de Londres (London Gazette) se lit comme suit : « L’effet a été instantané. Inspirés par son exemple glorieux, les membres de la compagnie se sont élancés vers les barbelés avec tellement de fureur et de détermination qu’ils ont surmonté l’obstacle et se sont emparés de l’objectif » [traduction libre] (London Gazette, no 30967, le 22 octobre 1918, en anglais seulement).
Fait surprenant, M. Richardson survit à l’attaque et l’on raconte qu’il a transporté un camarade blessé et plusieurs prisonniers jusqu’à l’arrière-garde. Quand il constate qu’il a laissé sa cornemuse derrière, il retourne la récupérer. On ne reverra plus jamais M. Richardson vivant.

Page manuscrite, noir sur blanc, décrivant les événements quotidiens ayant mené à la journée pendant laquelle le cornemuseur James Cleland Richardson a accompli l’acte qui lui a valu la Croix de Victoria.

Journal de guerre du 16e Bataillon couvrant la période du 1er au 8 octobre, décrivant les journées qui ont précédé l’attaque de la crête de Regina. (MIKAN 2034171)

Le corps de James Cleland Richardson a été retrouvé en 1920 et sa dépouille repose maintenant dans le cimetière militaire Adanac (en anglais seulement), situé près d’Albert, en France. Sa cornemuse, que l’on croyait depuis longtemps ensevelie dans la boue de la Somme, a été identifiée en 2002 comme étant en possession de l’école Ardvreck Preparatory School, en Écosse, qui l’aurait reçue en 1917 parmi divers dons offerts par le major Edward Yeld Bate, aumônier de l’Armée britannique. La cornemuse est maintenant exposée à l’Assemblée de la Colombie-Britannique.

Photographie en noir et blanc d’un jeune homme vêtu d’un uniforme militaire et tenant sa cornemuse.

Le cornemuseur James Cleland Richardson, VC, et sa cornemuse, 16e Bataillon d’infanterie canadien, CEC. (MIKAN 4922009)

Bibliothèque et Archives Canada garde le dossier des états de service au CEC du cornemuseur James Cleland Richardson. Le fonds James Richardson renferme le certificat lié à la Croix de Victoria ainsi qu’un cahier d’exercice datant de ses premières années de scolarité.


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Avez-vous des ancêtres autochtones? Les recensements pourraient vous le dire!

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Beaucoup font des recherches généalogiques pour savoir s’ils ont des ancêtres autochtones. Certains veulent simplement confirmer ou infirmer une histoire familiale. Pour d’autres, c’est une question de connaissance de soi ou d’autonomie. D’autres encore envisagent de s’inscrire dans des associations autochtones ou de demander des fonds liés à l’auto-identification.

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) n’est pas en mesure de déterminer si vous êtes Autochtone ou non, mais ses documents peuvent vous aider dans vos recherches.

Malheureusement, certaines histoires familiales n’ont aucun fondement dans la réalité. De la même façon, des photos de famille entraînent occasionnellement des conclusions erronées. Imaginons-nous des choses qui ne sont pas vraiment là?

Vous pourriez trouver la réponse à vos questions dans les recensements.

Identifier les membres des Premières Nations, les Métis et les Inuits dans les recensements

Il est parfois difficile, au Canada, de comprendre son identité autochtone à l’aide de recherches généalogiques. En effet, deux ensembles de définitions coexistent : un premier, fondé sur le droit et les lois, et un second, sur les traditions familiales et les coutumes communautaires.

Par exemple, les anciens documents sont parsemés de termes péjoratifs comme Indien, Demi-caste ou Esquimau, remplacés depuis par des mots plus appropriés. Il faut donc garder à l’esprit que les langues et le vocabulaire s’inscrivent dans un contexte historique. En raison de l’évolution des cultures, le sens des mots change selon l’époque et le lieu géographique. Le paragraphe 35(2) de la Loi constitutionnelle de 1982 nomme trois groupes de peuples autochtones : les Indiens, les Inuits et les Métis. Chacun se distingue par son patrimoine, sa langue, ses traditions culturelles et ses croyances.

Les questions posées aux Canadiens varient au fil des années. Par conséquent, certains recensements sont plus utiles que d’autres pour chercher un ancêtre autochtone. L’exemple classique est celui du recensement manitobain de 1870, dans lequel le gouvernement fédéral demande aux répondants de la nouvelle province s’ils sont Métis, Indiens (membres d’une Première Nation) ou Blancs. Semblablement, le recensement de 1901 divise les Canadiens en Blancs, Rouges, Jaunes et Noirs.

Soulignons qu’il faut attendre après 1941 pour que les Inuits du Nord soient inclus dans les recensements fédéraux.

Interroger les bases de données

Vous pouvez parcourir les recensements sur la page Recherche d’ancêtres. Chaque base de données possède son propre écran de recherche et une page d’aide.

Lorsque vous trouvez une entrée dans la base de données, cliquez sur le numéro d’item pour voir la référence complète. Vous pouvez ensuite cliquer sur l’image numérisée pour consulter la page du recensement. Que révèle-t-elle sur vos ancêtres? Vous aurez peut-être la surprise de découvrir qu’ils étaient Prussiens, Africains ou Gallois.

Vous trouverez bien des renseignements sur la vie de vos ancêtres et leur lieu de résidence. Étaient-ils agriculteurs ou chasseurs, catholiques ou méthodistes? N’oubliez pas de noter, dans le haut de la page, le sous-district du recensement. Il peut s’agir d’une ville, d’un village, d’un canton ou d’une autre sorte de zone rurale. Le lieu de résidence d’un de vos ancêtres facilite les recherches dans les documents historiques sur la page Généalogie et histoire familiale.

La page des recensements comporte une section Conseils de recherche pour vous aider à établir une stratégie.

Exemples de pages de recensement

Sur cette page du recensement de 1861 pour la paroisse d’Addington, au Nouveau-Brunswick, William Crocket est inscrit comme Écossais, mais son épouse et ses enfants sont nés dans la province et considérés comme des « Native ». Dans le recensement de 1861 du Nouveau-Brunswick, « Native » désigne une personne née dans la province, et non un membre d’une Première Nation.

Cette page du recensement de 1881 montre que la famille Pullett est micmaque (la graphie Mi’kmaq est également utilisée de nos jours) et vit à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard. Benjamin est tonnelier et vannier.

Dans certains cas, le sous-district est « Agence indienne » (Indian agency) ou « Réserve indienne » (Indian reserve). Voici une page du recensement de 1911 où sont mentionnées des familles Cries de l’Agence Fisher River, au Manitoba.

Pour en savoir plus

D’autres documents vous permettront d’approfondir vos recherches si vous voulez de l’information sur des familles des Premières Nations qui habitaient dans des réserves. La section Patrimoine autochtone du site Web de BAC et le guide sur la généalogie autochtone fournissent plus de renseignements à ce sujet.

Refuge animal : l’héritage de l’œuvre de Margaret Marshall Saunders, Beautiful Joe

Par Alyssa Currie

L’histoire

Beautiful Joe est un conte pour enfants à succès écrit par Margaret Marshall Saunders. Le roman décrit la vie d’un chien maltraité qui découvre le bonheur après avoir été adopté par une gentille famille. Dans son ouvrage, la romancière met en avant-plan les animaux domestiques en racontant l’histoire telle que vécue par Joe et elle met en évidence la cruauté envers les animaux. Sous le nom de Marshall Saunders, l’écrivaine soumet d’abord son œuvre à un concours commandité par l’American Humane Society en 1893 et elle remporte le premier prix. Le texte est publié un an plus tard et connaîtra un succès immédiat; il s’agirait du premier livre canadien à s’être vendu à plus d’un million d’exemplaires.

Dans nos collections, nous retrouvons deux photographies et deux cartes postales dédicacées et associées à Beautiful Joe. Ces documents sont remarquables parce qu’ils confirment que l’histoire s’inspire de la vraie vie et documentent le lien avec les efforts déployés par Mme Saunders pour défendre les animaux. On peut lire dans la préface de Beautiful Joe :

BEAUTIFUL JOE est un vrai chien, et « Beautiful Joe » est son vrai nom. Durant la première partie de sa vie, il a appartenu à un maître cruel, qui a mutilé l’animal tel qu’il est décrit dans l’histoire. Rescapé par une famille, le chien mène maintenant une belle vie dans un quartier agréable, en plus de jouir d’une grande célébrité dans son milieu.

Le personnage de Laura s’inspire de la réalité et il est représenté avec grande authenticité, et ce, dans les moindres détails. La famille Morris a un pendant dans la vraie vie, et presque tous les incidents relatés dans le livre sont fondés sur des faits.

(Margaret Marshall Saunders, traduction libre de la préface de Beautiful Joe)

Les photographies

Margaret Marshall Saunders a vu Beautiful Joe pour la première fois lors d’une visite qu’elle a rendue à son frère et à sa fiancée, Louise Moore, à Meaford (Ontario). À son retour à Halifax (Nouvelle-Écosse), Mme Saunders s’est mise à écrire, bien déterminée à faire connaître l’histoire de Joe. Bien que l’écrivaine ait basé son roman sur la réalité, elle a adapté des éléments de l’histoire pour en faire un ouvrage de fiction. Par exemple, le lieu a été changé pour une ville américaine afin de se plier aux règles du concours et de plaire aux lecteurs des États-Unis. Mme Saunders a aussi renommé la famille. Dans la réalité, Beautiful Joe est adopté par les Moore, tandis que dans le récit, c’est la famille Morris qui l’accueille. De plus, elle ajoute des traits de sa propre famille dans la narration.

Photographie en noir et blanc d’Edward M. Saunders, debout au pied de l’escalier devant une maison de style victorien à trois étages. M. Saunders porte un complet et un chapeau noirs. La photographie a été prise de l’autre côté d’une rue résidentielle.

Résidence de la famille Saunders à Halifax (Nouvelle-Écosse), l’écrivaine y rédigera Beautiful Joe (a051627-v8)

Tout le long de la narration, il semble que Mme Saunders modèle les Morris à l’image de sa propre famille. Cette ressemblance s’appuie notamment sur une photographie d’Edward M. Saunders donnée par l’auteure. On peut lire au verso de la photographie, dans une note manuscrite possiblement rédigée par l’écrivaine elle-même :

« M. Saunders à l’origine de M. Morris dans Beautiful Joe » [traduction libre] (« Dr. Saunders original of Mr. Morris in “Beautiful Joe »)

Photographie en noir et blanc d’un homme d’âge moyen assis sur une chaise ornementée avec un petit chien, possiblement un Jack Russell terrier, couché à ses pieds. L’homme porte un complet noir. Du côté droit du portrait, on peut voir des draperies sombres et une plante en pot. Au verso de la photographie se trouve une estampe du studio Gauvin & Gentzel.

Edward M. Saunders, père de Margaret Marshall Saunders et source d’inspiration pour le personnage de M. Morris dans Beautiful Joe. Des notes manuscrites au verso de la photographie documentent son lien avec Beautiful Joe (e011184730-v8)

Les cartes postales

Deux cartes postales récemment décrites tirées de nos archives littéraires mettent encore plus l’accent sur les liens entre l’histoire et la réalité et témoignent de l’héritage durable; les deux cartes postales ont été imprimées des années après la première publication du livre et elles arborent la signature de l’écrivaine. La première carte reproduit une photographie du vrai Beautiful Joe et elle permet de visualiser le protagoniste de l’histoire.

Carte postale en noir et blanc reproduisant la photographie d’un chien au pelage foncé, assis et sans oreilles. La carte postale porte la mention « BEAUTIFUL JOE » et une dédicace à l’encre noire, « Marshall Saunders, 1930 ». Au verso de la carte postale, on peut voir une petite photo de Margaret Marshall Saunders et la légende : « Marshall Saunders, auteure du livre de renommée mondiale, Beautiful Joe » [traduction libre] (« Marshall Saunders, author of the world famous book, ‘Beautiful Joe’ »). La carte n’a pas été mise à la poste.

Carte postale dédicacée illustrant le vrai Beautiful Joe qui a inspiré le récit (e011184731-v8)

Au fur et à mesure que s’étend la renommée, nationale puis internationale, de Beautiful Joe, Mme Saunders met à profit sa popularité pour promouvoir le bien-être des animaux. Elle collabore avec des groupes de revendication pour animaux dans le cadre de campagnes qui, en retour, encouragent l’achat de ses œuvres littéraires. Cette relation réciproque est illustrée sur une carte postale imprimée par la Canadian Antivivisection Society (association canadienne contre la vivisection); on y voit Mme Saunders et la légende : « Auteure du livre de renommée mondiale BEAUTIFUL JOE » [traduction libre] (« Author of the world-famous book ‘BEAUTIFUL JOE’ »). L’écrivaine a dédicacé le recto de la carte postale et écrit au verso :

« Je vous en prie, ne vivisectez pas ces chiens que nous adorons, Marshall Saunders. » [Traduction libre] (« Please do not vivisect our dear dogs, Marshall Saunders. »)

Carte postale en noir et blanc reproduisant la photographie d’une femme d’âge moyen portant un sarrau de laboratoire et tenant un petit chien sur ses cuisses. Légende de la carte postale, « Auteure du livre de renommée mondiale BEAUTIFUL JOE » [traduction libre] (« Author of the world-famous book, ‘BEAUTIFUL JOE’ »), et une dédicace à l’encre noire, « Bien à vous, Marshall Saunders » [traduction libre] (« Yours truly, Marshall Saunders »). Au verso de la carte postale, il est écrit « IMPRIMÉE PAR LA CANADIAN ANTIVIVISECTION SOCIETY, 445A, RUE YONGE, TORONTO » [traduction libre] (« ISSUED BY THE CANADIAN ANTIVIVISECTION SOCIETY, 445A YONGE ST., TORONTO ») et l’auteure y a apposé sa signature. La carte postale n’a pas été mise à la poste.

Carte postale dédicacée illustrant Margaret Marshall Saunders, « Auteure du livre de renommée mondiale BEAUTIFUL JOE » [traduction libre] (« Author of the world-famous book, ‘BEAUTIFUL JOE’ ») [e011184732-v8]

L’héritage

Au moment de son décès, le 15 février 1947, Mme Saunders était devenue une auteure à succès. Plus tard la même année, le gouvernement du Canada a reconnu les réalisations de l’écrivaine et lui a décerné le titre de « personne d’importance historique nationale ». Margaret Marshall Saunders écrivait Beautiful Joe il y a de cela plus d’un siècle, mais son héritage demeure bien présent.


Alyssa Currie est étudiante de deuxième cycle à l’Université de Victoria et travaille au sein de la Section des archives littéraires, de la musique et des arts de la scène à Bibliothèque et Archives Canada.

Images par Paul-Émile Miot maintenant sur Flickr

En 1843, Paul-Émile Miot, un officier de marine français et photographe, amorce ses études à l’École navale de Paris, puis il passera les 49 années suivantes à naviguer en haute mer dans le monde entier. De 1857 à 1862, il travaillera à Terre-Neuve et explorera la côte est de l’Amérique du Nord au cours de cinq différentes campagnes hydrographiques. Lors de sa première expédition, il prend 40 photographies évoquant l’industrie de la morue. De plus, il immortalise les Micmacs, sous la forme de portraits, et des paysages de rivières et de forêts. Cette série constitue le premier reportage photographique sur Terre-Neuve d’un point de vue ethnographique.

Après sa campagne à Terre-Neuve, il monte en grade et participe à plusieurs campagnes navales menées dans différentes régions du monde, tout en réalisant des photographies. Il prend sa retraite du service actif en 1892 et est nommé conservateur du Musée de la marine et de l’ethnographie au Louvre en 1894. Il s’éteint en 1900 à Paris.

L’autre facette de Glenn Gould : réflexions sur l’éternelle renommée du pianiste canadien et l’héritage qu’il laisse à Bibliothèque et Archives Canada

Par Rachelle Chiasson-Taylor

Alors que le 85e anniversaire approche…

En 2017, ce sera le 150e anniversaire de la Confédération du Canada, celui-ci coïncidant avec le 85e anniversaire de naissance de Glenn Gould. Des artistes, des compositeurs, des historiens de la musique, des radiodiffuseurs, des philosophes et des mélomanes de toutes les couches de la société et de partout dans le monde célèbrent cette personnalité incomparable du monde de la musique tous les cinq ans, et 2017 ne fera pas exception. En fait, certaines activités de grande envergure sont prévues pour souligner à la fois l’anniversaire du Canada et celui de M. Gould :

Le Comité permanent du patrimoine canadien de la Chambre des communes a déclaré que la Fondation Glenn Gould se proposait d’organiser une spectaculaire tournée mondiale d’un an intitulée « Canada 150 » qui atteindra son point culminant le jour de la fête du Canada avec un concert en hommage à M. Gould qui traduira en musique les « aspirations de tous les Canadiens ».

Le piano à queue symbolique de M. Gould, le Steinway CD-318, qui n’est plus exposé au Centre national des Arts (CNA) à Ottawa depuis février dernier, le temps que le CNA fasse l’objet de rénovations, sera de nouveau exposé, à sa place, le jour de la fête du Canada de 2017. En 2012, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a fait don du piano et de la chaise de concert, tout aussi symbolique, au CNA, là où le piano a pu commencer une nouvelle vie, notamment sous le doigté de pianistes lors de prestations publiques.

Le lancement d’une nouvelle biographie est prévu en juin 2017, Glenn Gould: Remix (Dundurn Press).

La liste est longue…

Fonds d’archives Glenn Gould

Bibliothèque et Archives Canada est l’institution suprême pour assurer la garde et le contrôle de l’héritage documentaire de M. Gould. En 1984, BAC a acquis le contenu du Fonds d’archives Glenn Gould, qui renferme plus de 16 000 objets ayant trait à la vie personnelle et professionnelle du pianiste : des documents officiels, personnels et autobiographiques; de la correspondance personnelle et professionnelle; des prix et des certificats honorifiques; des compositions; des écrits de M. Gould publiés et non publiés; des écrits portant sur M. Gould parus dans des journaux et des revues; une collection de livres, des enregistrements et des trames sonores annotées par M. Gould; des photographies de Glenn Gould, de membres de sa famille et de personnalités de l’univers musical international; du matériel audiovisuel comprenant des prises refusées de séances d’enregistrement aujourd’hui légendaires. Le Fonds d’archives Glenn Gould à Bibliothèque et Archives Canada est une source précieuse pour les chercheurs et continue d’inspirer une foule de projets littéraires, de spectacles musicaux, d’émissions, de nouvelles compositions et de manifestations diverses.

À Bibliothèque et Archives Canada, les experts en collections de musique et en communications s’affairent actuellement à préparer un balado étoffé dans le but de faire connaître « l’autre facette de Glenn Gould », reconnaissant son image de pianiste solo, tout en explorant d’autres aspects du personnage. Prolifique, M. Gould a écrit abondamment sur la musique et sur des sujets extramusicaux : il a donné des spectacles avec d’autres instrumentistes et interprètes; composé de la musique; produit des documentaires, animé des émissions de télévision, accordé des entrevues et créé de nouvelles formes artistiques.

L’autre facette

Apparemment excentrique et reclus, il en étonnait plus d’un avec son mode de vie, mais cette attitude aura un effet amplificateur sur sa célébrité. L’annonce de son retrait de la scène en 1963 aura aussi un effet paradoxal : au lieu de tomber dans l’oubli du public, chaque enregistrement et chaque émission de M. Gould deviendront un happening culte. Sa vision de la technologie s’est avérée prophétique, et son opinion sur le pouvoir de l’artiste d’interpréter une œuvre musicale de Bach, de Beethoven, de Mozart, de Brahms ou d’autres compositeurs selon les règles de la musique occidentale, bien que controversée, a toujours éveillé de l’intérêt. Comme l’a écrit son ami, le compositeur et chef d’orchestre américain, Leonard Bernstein :

Glenn était […] quelque peu fantasque, ce qui lui conférait son style rafraîchissant. Esprit inquisiteur, il parvenait, en un éclair, à envisager que Schoenberg et Liszt fussent dans la même catégorie, ou Purcell et Brahms, ou encore Orlando Gibbons et Petula Clark. Sans crier gare, il jumelait, contre toute attente, une paire de musiciens dans un certain essai comparatif fort surprenant. […] Voilà un homme qui savait se faire aimer. Il avait environ quinze ans de moins que moi, je crois, mais je n’ai jamais pensé à lui comme mon cadet, à aucun égard. Il était un véritable pair, à tous les égards. Quand il est décédé, je n’ai pas pu le supporter.

Leonard Bernstein, traduction libre de The Truth About a Legend

En vue du 85e anniversaire de Glenn Gould en 2017, Bibliothèque et Archives Canada célèbre le génie éclectique de ce grand musicien, sa vision prophétique et sa quête impérieuse de la vérité par l’entremise de la musique et de l’art. Ce sont là les aspects qui composent l’autre facette de Glenn Gould.

Ressources connexes


Rachelle Chiasson-Taylor est archiviste de la musique au sein de la Direction générale des archives privées à Bibliothèque et Archives Canada.