Images concernant la conservation des livres et des documents visuels maintenant sur Flickr

Les cahiers de dessins de William Redver Stark : quelques détails

Au cours des prochains mois, le blogue présentera une série d’articles visant à faire découvrir le travail de conservation qui se fait en coulisse. Grâce à cette activité, la collection de Bibliothèque et Archives Canada est conservée, préservée et mise à la disposition des générations futures qui pourront continuer d’en jouir. Ce faisant, nous accompagnerons l’équipe de conservation alors qu’elle s’affairera à préserver les cahiers de dessins de William Redver Stark. Cette année, nous avons eu un premier aperçu de la restauration des cahiers de dessins ainsi qu’un balado sur William Redver Stark. Au cours des prochains mois, l’équipe s’emploiera à la conservation des cahiers et à la documentation du processus de conservation sur le blogue, Facebook et Twitter.

Examen des cahiers de dessins : le travail préparatoire

Le papier utilisé dans les 14 cahiers de dessins est soit du papier vélin pour aquarelle soit du papier vélin à dessin. Le papier vélin est fabriqué au moyen d’un laminoir à fil tissé serré ou d’un moule arborant un modèle de tissage délicat. Comme on pouvait s’y attendre, les huit cahiers de dessins composés de papier à dessin ne comportent pas de filigrane. Les filigranes sont un motif ou un symbole, comme le nom du fabricant, imprimé sur un morceau de papier et que l’on peut voir quand on tient le papier devant une source lumineuse. Trois des six cahiers de dessins faits de papier pour aquarelle ont des filigranes de différents fabricants de papier britanniques.

Une photographie en couleur illustrant le dessin à l’aquarelle d’un cheval. Au bas de la feuille, on peut voir l’impression délicate du filigrane « 1915 England » (1915 Angleterre).

Filigrane indiquant « 1915 England » (1915 Angleterre) dans l’un des cahiers de dessins.

Les dimensions des cahiers de dessins varient de 84 x 126 mm à 145 x 240 mm, ce qui correspond approximativement à la taille d’un téléphone intelligent ou d’un jeu de cartes. Aucun des cahiers n’est paginé, mais en les regardant de plus près, on peut voir l’ordre dans lequel l’artiste a utilisé les cahiers; certains ont été utilisés du début à la fin, d’autres à partir de la fin jusqu’aux premières pages ou encore dans une séquence totalement aléatoire.

Une photographie en couleur de trois cahiers de dessins tachés déposés sur une table blanche à côté d’un téléphone intelligent afin de comparer la taille des objets.

Trois cahiers de dessins déposés à côté d’un téléphone intelligent afin de comparer la taille.

Un examen plus approfondi révèle d’autres éléments d’information importants. Certains des livres arborent encore l’étiquette du libraire, des étiquettes des coloristes ou des estampes à l’encre. On peut en retirer d’autre information sur la composition du papier, le format et la provenance du livre. Certaines étiquettes indiquent le nombre de pages, ce qui est particulièrement utile pour déterminer si des pages sont manquantes. L’examen a permis de conclure qu’il manquait de nombreuses pages dans ces cahiers de dessins. Les renseignements sur la provenance montrent aussi que les livres ont été acquis de divers relieurs, de libraires à Londres et en France et que certains étaient vendus à des consommateurs britanniques, français et allemands.

Photographie en couleur d’une étiquette jaune renfermant de l’information sur le relieur du cahier de dessins.

Exemple d’une étiquette d’un coloriste indiquant le fabricant, la provenance du cahier de dessins, le nombre de pages et la qualité du papier.

Les blocs de feuillets (le corps principal du livre) forment un cahier composé de quatre à huit in-folio. Un cahier est un groupe d’in-folio. Un in-folio est une seule page, pliée une fois. Tous les cahiers de dessins, sauf deux, ont été reliés de manière traditionnelle, l’un étant doté au dos de deux anneaux de métal et l’autre d’une reliure agrafée. Ces deux structures à reliure simple ont été fabriquées à la main et n’ont pas été conçues au moyen des méthodes de fabrication commerciale et industrielle communément utilisées dans la conception des livres à l’époque. Tous les cahiers de dessins sont dotés de couvertures de carton rigide. Les reliures sont unies et ont un aspect utilitaire, les couvertures et le dos n’arborant aucune décoration, à l’exception des notes manuscrites à l’encre ou au graphite, possiblement rédigées par l’artiste. Le dos de deux cahiers de dessins est fait de cuir, du tissu recouvrant le carton. Les autres livres ont des reliures de canevas beige dotées d’un fermoir à élastique. La plupart des cahiers de dessins sont munis d’un porte-crayon.

Les cahiers de dessins n’ont jamais fait l’objet de réparation ni de travaux de conservation, et ils présentent de multiples problèmes mineurs ou graves menaçant la stabilité, notamment :

  • des pages qui se détachent du dos
  • du papier déchiré et des morceaux de papier détachés
  • des pages manquantes
  • des pages placées dans un ordre autre que celui à l’origine
  • des fils de reliure brisés
  • un joint faible ou brisé reliant les blocs de feuillets aux couvertures
  • du ruban adhésif sur les couvertures
  • des zones fragilisées sur la couverture de tissu et du carton

Le prochain article de la série, intitulé « The William Redver Stark sketchbooks: page mapping », portera sur les méthodes employées par l’équipe de conservation pour déterminer l’ordre des pages dans les cahiers de dessins.

Visitez Flickr pour consulter d’autres images illustrant l’examen aux fins de la conservation.

Les feuillets autoadhésifs : attention, danger!

C’est indéniable, les feuillets autoadhésifs sont extrêmement pratiques… grâce à leurs formes et leurs couleurs variées, il est facile d’organiser nos notes et réflexions et de les placer exactement où nous le voulons. On les utilise partout, au bureau, à la maison, à l’école — ah, si seulement je détenais le brevet d’invention!

Pourtant, ces feuillets autoadhésifs ne sont pas les bienvenus dans les bibliothèques et les archives, et ce, pour d’excellentes raisons. En 1988-1989, des spécialistes en conservation de la National Archives and Records Administration aux États-Unis (en anglais seulement) ont effectué les premiers tests sur des feuillets autoadhésifs. Ils ont découvert que des résidus de colle demeuraient sur la surface de papier en contact avec le feuillet autoadhésif (même s’il était posé et retiré immédiatement); que l’adhésif pouvait arracher une partie des images électrostatiques (c.-à-d. l’encre d’imprimerie); et que la teinture contenue dans le feuillet autoadhésif pouvait couler si elle entrait en contact avec de l’eau. De nouveaux tests effectués récemment ont confirmé ces résultats; ils démontrent qu’avec le temps la plupart des feuillets autoadhésifs laissent des taches.

Les images suivantes illustrent les résultats d’un test — pas du tout scientifique — effectué par Bibliothèque et Archives Canada. Bien que les résultats soient saisissants, ils ne sont pas très surprenants.

1. « C’est un bon livre; je vais revenir un peu plus tard à ce chapitre pour noter la référence… »

Feuillet autoadhésif utilisé comme signet

Feuillet autoadhésif utilisé comme signet

2. « Eh bien, j’avais déjà entendu parler de ce que la lumière pouvait faire aux couleurs, mais ce feuillet rose a vraiment pâli en un temps record. »

Feuillet autoadhésif montrant des signes de décoloration à la lumière

Feuillet autoadhésif montrant des signes de décoloration à la lumière

3. « Oh… je ne m’attendais pas à ÇA… et il n’a même pas été mouillé. »

Trace de résidu de colle sur la page après que le feuillet autoadhésif ait été retiré

Trace de résidu de colle sur la page après que le feuillet autoadhésif ait été retiré

C’est exactement pour cela qu’il n’est pas permis d’utiliser les feuillets autoadhésifs sur les livres et les documents d’archives, même temporairement!

Rappelez-vous : en bannissant les feuillets autoadhésifs de nos collections, vous contribuerez à la préservation à long terme du patrimoine documentaire canadien.

William Redver Stark : La restauration des cahiers

Différentes approches ont été privilégiées au cours des années pour la conservation des cahiers de dessins ou des œuvres reliées. Pendant longtemps, on détachait simplement les œuvres pour se débarrasser de la reliure. Maintenant, la valeur historique et archivistique de la reliure est largement reconnue. Bibliothèque et Archives Canada (BAC) ne fait pas exception, et les traitements de conservation visent désormais à préserver l’intégrité des œuvres, incluant leur reliure.

Dans un article précédent, nous vous avons présenté l’œuvre du soldat William Redver Stark. Les cahiers faisant partie du fonds William Redver Stark n’avaient jamais été réparés ou préservés, et commençaient à montrer des signes d’usure :

  • Déchirures et trous
  • Pages détachées, manquantes ou dans le mauvais ordre
  • Fils de reliure brisés
  • Couvertures pas solidement reliées aux pages ou carrément détachées

Les cahiers font donc l’objet de différents traitements de conservation, entrepris par une équipe de conservateurs hautement spécialisés œuvrant dans le domaine de la conservation et de la restauration de livres, au sein de BAC. Ces conservateurs ont travaillé de concert avec les gestionnaires de collections et les archivistes pour respecter l’intégrité de l’œuvre de Stark, et lui rendre pleinement ses heures de gloire.

Quant aux dessins et aux aquarelles de ce fonds, ils sont en très bon état. Dans certains cas, on croirait mêmes qu’ils ont été réalisés il y a quelques jours à peine. Il faut dire que les cahiers sont restés fermés pendant pratiquement cent ans, et que les pages ont rarement été exposées à l’air ou à la lumière. Ainsi, contempler une œuvre de Stark, c’est faire un voyage dans le temps qui permet de voir le travail d’un artiste tel qu’il a été fait il y a cent ans, au cours d’une des guerres les plus meurtrières et cruciales de notre temps.

En somme, le travail de restauration de l’équipe de Conservation et de restauration de BAC permettra de stabiliser l’état des cahiers afin de s’assurer qu’ils traverseront avec succès l’épreuve du temps, et permettront aux générations futures d’avoir accès à une importante partie de notre histoire.

Exemple d’un traitement de restauration requis : le ruban adhésif doit être retiré.

Autre exemple de traitement de restauration requis : la couverture doit être recousue.

Voir aussi :

La numérisation de la bannière de lord Grey

Nous avons expliqué dans un billet précédent les origines de la grande bannière donnée au Canada par lord Grey. Dans le présent billet, nous expliquons le travail nécessaire pour la numérisation de ce document unique de l’histoire canadienne.

Le personnel de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) chargé de la numérisation a l’habitude de manipuler tout un éventail d’objets, comme des documents, des photographies, des négatifs, des microfilms, des peintures, des cartes et des livres. Il arrive parfois que pour des objets non conventionnels, il faille avoir recours à des méthodes non conventionnelles, comme la numérisation dans le cas de la bannière de lord Grey, une grande bannière brodée très fragile.

En raison des limites de l’équipement de numérisation actuel et de la taille et de l’état de la bannière, les techniciens ont dû faire preuve de créativité. Pour réduire le plus possible les déplacements, la bannière a été livrée de son emplacement d’entreposage au laboratoire de conservations des photos au Centre de préservation de BAC à Gatineau (Québec). Comme il était impossible de la suspendre verticalement, elle a été placée au sol dans un endroit bien éclairé.

L'appareil-photo est positionné au-dessus de la bannière, qui est posée à même le sol.

L’appareil-photo est positionné au-dessus de la bannière, qui est posée à même le sol.

Les images de la bannière ont été prises à l’aide d’un appareil-photo numérique moyen format Phase One 645 DF+ monté sur le plus grand support d’appareil photo disponible. L’appareil-photo surplombant la bannière de sept pieds, les photos ont été prises en huit sections séparées et les images ont été rassemblées à l’aide de Photoshop pour obtenir une vue complète. Ensuite, une macro lentille de 150 mm a été ajustée à l’appareil-photo, qui a été abaissé pour prendre une série de prises détaillées montrant les diverses parties de la bannière, comme la signature au dos, le bouclier orné de saint George et du dragon et le type de points de broderie utilisés. Après avoir pris nombre de prises du devant de la bannière, celle-ci a été retournée afin de prendre des photos du dos de la bannière.

Un segment du tissu illustrant saint George, le saint patron de l’Angleterre, et le dragon.

Un segment du tissu illustrant saint George, le saint patron de l’Angleterre, et le dragon.

Le travail de numérisation a été entrepris afin de créer une représentation visuelle de la bannière et de saisir le détail de sa conception et de sa très belle facture. BAC a maintenant créé un dossier numérique permanent qui permet d’avoir accès à la bannière en ligne, ce qui réduit le besoin de déplacer physiquement l’ouvrage assurant ainsi sa conservation à long terme.

Visitez notre album Facebook pour avoir plus de détails sur la numérisation de la bannière.

Explication du mystère de la bannière lord Grey

Une grande bannière où sont illustrées deux figures féminines dans un décor rural constitue l’un des documents parmi les plus intéressants et unique de la collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Mesurant 2,4 sur 1,8 mètres, cet ouvrage à l’aiguille est fabriqué en lin, coton et laine, en plus de la merveilleuse broderie en fil de soie et autres types de fils. À l’arrière de la bannière, des éléments brodés indiquent qu’il s’agit d’un « ouvrage d’Agnes Sephton, 1907 ». Selon les anciens archivistes, le gouverneur général Albert Henry George Grey, 4e comte Grey, a fait don de cette bannière aux Archives du Dominion entre les années 1907 et 1911. La bannière était accrochée dans le bureau de l’ancien archiviste fédéral adjoint jusqu’en 1953, année où elle a été entreposée. En 1967, elle a été déménagée aux Archives nationales, au 395, rue Wellington à Ottawa; elle est entreposée depuis 2000 au Centre de préservation de BAC, à Gatineau (Québec).

La bannière donnée par lord Grey.

La bannière donnée par lord Grey Source

Pendant les préparatifs pour le dernier déménagement, le personnel en a appris davantage sur les circonstances entourant la création de la bannière. On croit qu’il s’agit d’une œuvre appartenant à une série de commandes demandées par lord Grey dans l’espoir de laisser une trace indélébile dans le cœur et l’esprit des jeunes Canadiens. Il avait l’intention de faire accrocher les bannières dans les écoles du pays afin de renforcer les liens entre la Grande-Bretagne et le Canada. Selon la légende, saint George, le saint patron de l’Angleterre, avait fait la preuve de son immense courage en terrassant un dragon. Lord Grey souhaitait que les jeunes hommes et les jeunes femmes s’inspirent de ces qualités héroïques. On retrouve une image de saint George sur le bouclier tenu par Britannia, la figure féminine habillée en rouge. Elle entoure d’un bras protecteur la jeune Canada, qui porte une robe blanche ornée de colombes et de pins.

Dernièrement, le personnel de BAC qui préparait la bannière pour la prendre en photo, a réussi à retracer l’identité de la femme qui en est la créatrice. Les sources canadiennes n’ayant pas donné de résultats, les archivistes ont trouvé une candidate possible dans les registres du mariage et les états du recensement britanniques. Agnes Bingley est née en 1868 à Londres en Angleterre; elle est la fille de James Bingley, paysagiste. En 1901, elle a épousé George Sephton, un peintre. Le couple a vécu à Londres et était associé à un groupe d’artistes et de concepteurs liés au mouvement Arts and Crafts. On espère que les recherches futures vont permettre de nous donner plus de renseignements sur la bannière d’Agnes Sephton et sa venue à BAC.

Résumé des commentaires reçus en anglais entre le 1er octobre 2013 et le 31 décembre 2013

  • Un usager nous remercie de rendre accessible ces histoires de notre passé qui sont fascinantes et souvent mal connues.