Charlie Chaplin s’en va-t-en guerre, partie 1 : Lancer vos recherches généalogiques avec un dossier de la Première Guerre mondiale

Par Emily Potter

Le Charlie Chaplin dont nous allons parler n’est pas celui que vous croyez : il s’agit plutôt du soldat William Charles Chaplin. Hé oui, le titre porte à confusion… tout comme certains renseignements que vous trouverez en faisant des recherches dans les dossiers de la Première Guerre mondiale.

Aux Services de généalogie, les gens nous posent souvent des questions sur le service militaire de leurs ancêtres qui ont combattu pendant la Grande Guerre. C’est une page importante de leur histoire familiale, et ils sont curieux d’en savoir plus.

Mais saviez-vous que les dossiers du personnel militaire regorgent aussi de renseignements biographiques? Cela en fait un excellent point de départ pour vos recherches généalogiques.

Voyons quels renseignements nous pouvons tirer de ces dossiers. Ici, j’ai choisi l’exemple du soldat William Charles Chaplin.

Dans toute recherche généalogique, on veut trouver le nom des ancêtres, ainsi que les dates ou les lieux des grands événements de la vie : naissances, mariages, décès, etc. Que pourrons-nous trouver sur le soldat Chaplin, et qu’apprendrons-nous sur ses parents et son épouse?

Recherche dans le dossier du soldat

Les références aux dossiers des soldats canadiens, des infirmières militaires et des aumôniers se trouvent dans la base de données de Bibliothèque et Archives Canada intitulée Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale. Les dossiers sont accessibles gratuitement en ligne.

Écran Écran montrant la recherche du nom « Charles Chaplin » dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale. montrant la recherche du nom « Charles Chaplin » dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Écran de recherche de la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Interrogeons d’abord cette base de données. Sur l’écran de recherche, entrez le nom et le prénom de votre ancêtre, puis cliquez sur Recherche. Pour notre exemple, j’ai entré le nom « Charles Chaplin ».

Écran montrant les résultats de la recherche pour le nom « Charles Chaplin » dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Résultats de la recherche pour « Charles Chaplin ».

Parcourez les résultats pour trouver celui qui correspond à votre ancêtre. Si le nom de ce dernier est très courant, la recherche sera plus difficile : il pourrait y avoir des centaines de résultats. En cas de problème, consultez notre section Conseils pour la recherche.

Sur l’écran des résultats, j’ai sélectionné « Chaplin, William Charles ».

Écran montrant la page de référence pour « Chaplin, William Charles » dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Page de référence pour « Chaplin, William Charles ».

Vous verrez alors les renseignements de référence du dossier. Souvent, le document d’attestation s’affiche également en vignette. Pour voir tout le dossier, cliquez sur le lien « Dossier de service numérisé — format PDF ».

Photo de l’enveloppe contenant le dossier de service de William Charles Chaplin, provenant de la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Enveloppe du dossier de William Charles Chaplin, fonds RG150, acquisition 1992-93/166, boîte 1621-27, image 1.

Dans notre exemple, les premières images du PDF nous montrent l’enveloppe qui contenait le dossier de William Charles Chaplin. Les inscriptions sur l’enveloppe nous fournissent déjà un premier renseignement : Chaplin est décédé le 5 octobre 1957.

On y trouve aussi l’inscription « over age », c’est-à-dire « dépasse l’âge limite ». Cela signifie que Chaplin a été libéré de l’armée parce qu’il était trop vieux pour servir. (Pour s’enrôler, les recrues devaient avoir entre 18 et 45 ans; mais souvent, des hommes mentaient sur leur âge.) Les dossiers n’ont pas tous une enveloppe, mais quand c’est le cas, on peut y trouver des informations utiles.

Document d’attestation du dossier de service de William Charles Chaplin, dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale. On peut lire les mots « ATTESTATION PAPER. 95th Battalion. [DOCUMENT D’ATTESTATION. 95e Bataillon.] » imprimés en haut au centre. Le mot « Original » est écrit à la main dans le coin supérieur droit.

Document d’attestation pour William Charles Chaplin, fonds RG150, acquisition 1992-93/166, boîte 1621-27, image 3.

À la troisième page du PDF, on trouve le document d’attestation de Chaplin. C’est le formulaire qui est rempli lorsqu’un soldat s’enrôle. On peut y lire que Chaplin est né le 23 juin 1874. Mais c’est peut-être inexact, puisque Chaplin pourrait avoir menti sur son âge pour s’enrôler : comme on l’a vu plus haut, l’enveloppe du dossier porte l’inscription « over age ».

Le document d’attestation indique aussi que Chaplin est né dans le Kent, en Angleterre, et vivait à Toronto lorsqu’il s’est enrôlé.

Habituellement, un parent ou un conjoint est inscrit en tant que proche. Ici, Chaplin a inscrit sa fille, Miriam Chaplin, puisque son épouse est décédée (ce que confirme sa réponse à la question 7).

À la deuxième page du formulaire d’attestation, on apprend que Chaplin est de confession anglicane.

Fiche d’allocation aux épouses de mobilisés tirée du dossier de service de William Charles Chaplin, dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale. Les mots « SEPARATION ALLOWANCE » [allocation aux épouses de mobilisés] sont imprimés au haut de la fiche.

Fiche d’allocation aux épouses de mobilisés pour William Charles Chaplin, fonds RG150, acquisition 1992-93/166, boîte 1621-27, image 17.

Cela dit, le document d’attestation n’est pas le seul à contenir des renseignements généalogiques : souvent, on trouve d’autres détails ailleurs dans le dossier.

Par exemple, pour les soldats qui se sont mariés pendant leur service, on trouve parfois un document montrant que la solde est dorénavant envoyée à l’adresse de l’épouse, et non à celle de la mère.

Dans le dossier de Chaplin, plusieurs fiches de paye montrent que sa solde a été envoyée à Agnes Eliza Chaplin, qui avait la garde de ses enfants.

Fiche d’examen médical du Standing Medical Board [comité médical permanent] de Shorncliffe, tirée du dossier de service de William Charles Chaplin dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Fiche d’examen médical de William Charles Chaplin, fonds RG150, acquisition 1992-93/166, boîte 1621-27, image 35.

L’image 35 nous donne un autre indice de l’âge de Chaplin (et nous montre bien qu’il avait dépassé l’âge limite lors de son enrôlement). Nous voyons qu’il avait 46 ans en octobre 1916. Si sa date de naissance est bien le 23 juin, son année de naissance serait donc 1870, et non 1874 comme le mentionne son document d’attestation.

Document dactylographié et manuscrit intitulé Particulars of Family of an Officer or Man Enlisted in C.E.F. (Canadian Expeditionary Force) [Renseignements sur la famille d’un officier ou d’un soldat enrôlé dans le Corps expéditionnaire canadien (CEC)]. Tiré du dossier de service de William Charles Chaplin dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Document présentant des renseignements détaillés sur la famille de William Charles Chaplin, fonds RG150, acquisition 1992-93/166, boîte 1621-27, images 45 et 46.

Les images 45 et 46 nous apportent une foule de renseignements supplémentaires. Elles sont tirées du document Particulars of Family of an Officer or Man Enlisted in C.E.F. (qui présente des renseignements détaillés sur la famille des officiers et des soldats du Corps expéditionnaire canadien).

Nous apprenons ainsi que Chaplin avait six enfants : Marian (aussi appelée Miriam ailleurs dans le dossier), James, Richard, George, Agnes et William. On voit aussi leur âge. À partir de la date du document et de l’âge des enfants, nous pouvons donc connaître l’année de naissance approximative de chacun.

À la deuxième page du document, nous apprenons que le père de Chaplin est décédé et que sa mère s’appelle Agnes Chaplin. Cela suggère qu’elle avait la garde des enfants de Chaplin, puisque son adresse ici est la même que celle indiquée à l’image 17. Le nom d’Agnes est aussi mentionné dans d’autres documents.

Document dactylographié et manuscrit ayant pour titre Canadian Expeditionary Force (Information for Separation Allowance Board) [Corps expéditionnaire canadien (CEC) : Renseignements pour le Separation Allowance Board, l’organisme responsable des allocations aux épouses de mobilisés]. Tiré du dossier de service de William Charles Chaplin dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Canadian Expeditionary Force (Information for Separation Allowance Board) [Corps expéditionnaire canadien (CEC) : Renseignements pour le Separation Allowance Board, l’organisme responsable des allocations aux épouses de mobilisés]. Tiré du dossier de William Charles Chaplin, fonds RG150, acquisition 1992-93/166, boîte 1621-27, image 87.

Passons maintenant aux images 87 et 88. Elles nous montrent un document intitulé Canadian Expeditionary Force (Information for Separation Allowance Board). C’est un formulaire du Corps expéditionnaire canadien (CEC) qui contient des renseignements destinés à l’organisme responsable des allocations aux épouses de mobilisés. Ce document a été rempli en 1919 par Gertrude Ada Prentice; elle y demande qu’on lui transfère l’allocation aux épouses de mobilisés et la délégation de solde de Chaplin, puisqu’elle a maintenant la garde de ses enfants.

Détail déroutant : la première page indique que la femme de Chaplin s’appelait Eliza Agnes Chaplin et qu’elle est décédée le 1er mars 1914. Pourtant, comme on l’a vu plus haut, Agnes Chaplin était le nom de sa mère. Il n’est pas impossible que les deux femmes aient eu le même nom; mais il n’est pas impossible non plus qu’il s’agisse d’erreurs faites lors de l’entrée des données.

Document dactylographié et manuscrit du dossier de service de William Charles Chaplin, tiré de la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale. Les entrées manuscrites sont à l’encre rouge, noire et bleue.

Page du dossier de service de William Charles Chaplin (Corps expéditionnaire canadien), fonds RG150, acquisition 1992-93/166, boîte 1621-27, image 88.

L’image 88, pour sa part, nous révèle qu’un fils de Chaplin s’était lui aussi enrôlé. Il s’appelait J. W. Chaplin et son numéro de régiment était le 868139. On peut supposer qu’il s’agit de son fils aîné James, dont il est question sur l’image 45.

Par ailleurs, il semble qu’Agnes et Celia, deux des filles de Chaplin, aient été adoptées par Gertrude Prentice quand leur mère est morte. Les garçons étaient aussi sous la garde de Gertrude Prentice, même si elle ne les avait pas officiellement adoptés.

On voit également que la grand-mère des enfants est décédée en février 1919.

Au bas de l’image, on peut lire cette note :

Allocation aux épouses de mobilisés et délégation de solde attribuées à la belle-mère ayant la garde des enfants pendant le service du soldat. À son retour de l’étranger, le soldat a pris la garde des enfants et a habité avec la présente tutrice (auteure de la demande), la grand-mère n’étant pas assez forte pour en prendre soin. La grand-mère est morte en février 1919… [Traduction]

Cette note nous indique que c’est la belle-mère de Chaplin qui prenait soin des enfants, et non sa mère. En un sens, ce n’est pas surprenant : à l’époque, les mêmes prénoms se transmettaient souvent au sein d’une famille, comme on le voit ici avec l’épouse et la belle-mère de Chaplin. C’était aussi le cas avec les pères et les fils.

Cela dit, pourquoi la belle-mère de Chaplin aurait-elle porté le même nom de famille que lui? Gertrude Prentice s’est peut-être trompée en écrivant que les enfants ont été pris en charge par la belle-mère de Chaplin, et non par sa mère.

Chose certaine, il y a une erreur dans ce dossier. Mais laquelle? C’est malheureusement inévitable dans les recherches généalogiques : on trouve parfois des renseignements qui ne concordent pas.

Extraits agrandis de documents dactylographiés et manuscrits du dossier de service de William Charles Chaplin; certains passages sont surlignés en jaune. Les entrées manuscrites sont à l’encre rouge et noire. Tiré de la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Dans le sens des aiguilles d’une montre, à partir de la gauche) Détails des images 21, 46, 88 et 87 du dossier de service de William Charles Chaplin, fonds RG150, acquisition 1992-93/166, boîte 1621-27.

Sur les images ci-dessus, Agnes Eliza Chaplin, qui vivait au 16, avenue Kipping, est parfois indiquée comme étant la mère de Chaplin, et parfois comme étant sa belle-mère.

Jetons un coup d’œil au dossier du fils aîné, James W. Chaplin, pour voir s’il peut nous éclairer sur cette question.

Écran montrant la page de référence pour James William Chaplin dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Page de référence pour James William Chaplin dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Une recherche rapide dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale permet de trouver la référence montrée sur l’image ci-dessus.

Extrait du document d’attestation de James William Chaplin, avec questions numérotées à gauche, et réponses dactylographiées, corrections et ratures manuscrites à droite.

Détail du document d’attestation tiré du dossier de service de James William Chaplin, fonds RG150, acquisition 1992-93/166, boîte 1621-14, image 3.

Nous y trouvons aussitôt des clarifications : comme proche parent, James a nommé sa grand-mère, Agnes Eliza Turton, domiciliée au 16, avenue Kipping, à Toronto (Ontario).

J’en déduis que dans le dossier, Agnes Eliza Chaplin a toujours été Agnes Eliza Turton, la belle-mère de William Charles Chaplin.

Mais alors, pourquoi lui donner le nom de famille « Chaplin » partout dans le dossier? Est-ce une simple erreur de transcription qui s’est répétée? Ou James a-t-il délibérément choisi de dire qu’Agnes était sa grand-mère, de crainte qu’on refuse d’envoyer sa solde à une personne non liée par le sang? Malheureusement, nous n’avons aucun moyen de le savoir.

Document dactylographié avec marques en rouge.

Détail d’une page du dossier de service de William Charles Chaplin (fonds RG150, acquisition 1992-93/166, boîte 1621-27, image 97).

De retour au dossier de William Charles Chaplin, nous tombons sur un dernier élément d’information utile. Sur l’image 97, on voit une autre date de naissance pour Chaplin : le 23 juin 1870. Cette date concorde avec le fait qu’il a été libéré en raison de son âge; elle est probablement plus fiable que la date qui figure sur son document d’attestation. Nous apprenons aussi que Chaplin est né dans la ville de Chatham.

Passons en revue ce que nous avons appris sur William Charles Chaplin dans son dossier :

  • Date et lieu de naissance : 23 juin 1870, Chatham, Kent, Angleterre
  • Date et lieu du mariage : Inconnus
  • Date et lieu du décès : 5 octobre 1957, lieu inconnu
  • Nom de la mère : Inconnu
  • Nom du père : Inconnu
  • Nom de l’épouse : Eliza Agnes Turton, fille d’Agnes Eliza; décédée avant le 2 mars 1916
  • Noms des enfants : Miriam, James, Richard, George, Agnes, William et Celia

C’est une bonne récolte, sans compter les renseignements que nous avons pu trouver sur les enfants de Chaplin. Nous connaissons leurs noms ainsi que leur âge, à partir duquel nous pouvons établir l’année approximative de leur naissance. Nous savons aussi que deux des filles ont été adoptées par une certaine Gertrude Ada Prentice, qui a aussi pris soin des autres enfants de Chaplin après le décès de sa belle-mère.

Les dossiers de service ne contiennent pas tous autant d’information, mais l’exemple de Chaplin nous montre qu’ils peuvent servir d’excellent point de départ pour vos recherches généalogiques… même si on y trouve parfois des renseignements contradictoires!

À partir de là, nous pouvons maintenant faire des recherches dans d’autres sources afin d’établir la généalogie de William Charles Chaplin.« Pour en savoir davantage sur cette question, lisez la deuxième partie de ce billet de blogue. »


Emily Potter est consultante en généalogie à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Peace River : L’aéroport de l’Aviation royale du Canada à Fort St. John

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Les premiers aéroports publics font leur apparition au Canada dans les années 1920. À cette époque, ils remplacent les terrains d’aviation et les pistes d’atterrissage rudimentaires aménagés pendant les balbutiements de l’aviation. Puis, la Seconde Guerre mondiale entraîne une forte augmentation de la construction d’aéroports civils et militaires.

À la fin des années 1930, le ministère des Transports construit un petit aérodrome à Fort St. John, en Colombie-Britannique. Situé sur les territoires traditionnels des Premières Nations signataires du Traité no 8, l’aérodrome fait partie d’un parcours passant par Grande Prairie, Fort St. John, Fort Nelson, Watson Lake et Whitehorse.

Lorsque les États-Unis entrent dans la Seconde Guerre mondiale, en 1941, cette route offre un emplacement stratégique pour les transports vers l’Alaska et la construction de la route de l’Alaska. Par conséquent, en 1943, l’armée de l’air américaine reconstruit entièrement l’aéroport de Fort St. John, rénovant les pistes et aménageant des entrepôts de carburant, des hangars, des casernes et d’autres bâtiments.

Photographie en noir et blanc du bâtiment administratif de l’ARC à Fort St. John, en Colombie-Britannique. Plusieurs personnes sont au garde-à-vous tandis que des hommes hissent un drapeau. Plusieurs bâtiments se trouvent à l’arrière-plan.

Bâtiment administratif de l’Aviation royale du Canada à Fort St. John, en Colombie-Britannique (e011309348)

L’aéroport de l’Aviation royale du Canada (ARC) à Fort St. John amorce ses activités en 1943. Le personnel entretient les pistes et les bâtiments, assiste les aviateurs entrants et sortants et surveille les conditions météorologiques. En 1949, le personnel du détachement effectue des vols pour aider la Première Nation de Halfway River lors d’une éclosion de diphtérie. Il parachute des fournitures d’antitoxine et transporte par avion des malades vers des centres médicaux.

Le personnel participe également à des activités de plein air populaires dans la région : pique-niques, natation, chasse et pêche. En outre, il forme des équipes de sport amateur pour des ligues locales, notamment de baseball et de hockey. Cependant, au cours de l’été 1948, une épidémie de polio dans la région contraint la station à annuler bon nombre de ces activités. Certaines parties de l’aéroport sont même mises en quarantaine de juillet à septembre, en raison d’éclosions parmi le personnel.

Une page d’un registre de l’Aviation royale canadienne, avec des colonnes indiquant le lieu, la date, l’heure et la référence aux annexes. Les entrées sur la page concernent l’aéroport de l’ARC à Fort St. John; elles datent du 9 au 20 juin 1948.

Une page des registres de l’ARC. Une note signale l’annulation de la Journée de l’aviation en raison d’une épidémie de polio. (RG24-E-7; image trouvée sur Héritage Canadiana)

En 1950, les activités diminuent. Le 1er octobre, l’aéroport est officiellement abandonné. L’ARC financera son entretien jusqu’au 31 mars 1951. En avril, elle en transfère la responsabilité au ministère des Transports. Aujourd’hui, l’aéroport régional de North Peace est une plaque tournante pour les affaires et le tourisme dans la région.

Pour en savoir plus sur l’aéroport de l’ARC à Fort St. John, consultez les registres de l’Aviation royale du Canada, qui contiennent des détails sur les tâches quotidiennes, les vols, les événements et les activités sociales de diverses unités. Des microfilms de ces documents sont en ligne, y compris les entrées concernant l’aéroport sur les bobines C-12185 et C-12399.

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Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Découvrir le 2e Bataillon de construction

English version

Par Andrew Horrall

Note sur les termes utilisés dans les documents

De nombreux documents relatifs à la 2e Compagnie de construction contiennent des termes qui étaient couramment utilisés pendant la Première Guerre mondiale, mais qui ne sont plus acceptables aujourd’hui. L’utilisation de ces termes par les autorités militaires est une preuve du racisme subi par les hommes de l’unité.

Comme il est décrit dans le billet de blogue, « Servir malgré la ségrégation », le 2e Bataillon de construction a été la première et la seule unité ségrégée du Corps expéditionnaire canadien (CEC) pendant la Première Guerre mondiale. Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a répertorié et numérisé les documents relatifs à l’unité afin de faciliter l’exploration et la compréhension de son histoire et des histoires individuelles des hommes qui en faisaient partie.

Formulaire imprimé rempli par les hommes s’engageant dans le Corps expéditionnaire canadien. Le formulaire comprend 12 questions sur la personne, y compris son nom, sa date de naissance et son plus proche parent. En bas, on trouve une déclaration et un serment prêtés et signés par l’homme, ainsi que la déclaration et la signature d’un magistrat confirmant son engagement.

Page d’attestation pour Arthur Bright, RG 150, versement 1992-93/166, boîte 1066 – 39

Expériences individuelles

Les documents d’archives contiennent des détails sur les personnes ayant servi dans le 2e Bataillon de construction. Chaque histoire est unique et évocatrice.

Vous pouvez trouver les dossiers individuels des hommes en recherchant leur nom, ou en entrant « No. 2 Construction Battalion » (note : il faut insérer les mots-clés en anglais) dans le champ « Unité » de notre base de données, dans le menu déroulant Afficher les options de recherche avancées. Chaque dossier a été entièrement numérisé et comprend des renseignements détaillés sur la vie de la personne, sa famille et son service militaire.

Des amis et des familles servant ensemble

Les dossiers du personnel peuvent également raconter des histoires collectives. Nous savons que les hommes se sont souvent engagés en petits groupes de famille, d’amis ou de collègues de travail dans l’espoir de servir ensemble.

Voici deux stratégies pour trouver et explorer ces petits groupes au sein de l’unité. Commencez par déterminer l’identité de tous les hommes, en entrant « No. 2 Construction Battalion » (note : il faut insérer les mots-clés en anglais) dans le champ « Unité » de notre Base de données, dans le menu déroulant Afficher les options de recherche avancées. Par la suite :

  • Trier la liste par ordre alphabétique. Vous verrez que de nombreux noms de famille apparaissent plus d’une fois. Ouvrez les dossiers individuels des hommes portant le même nom et examinez leur lieu de naissance, leur adresse et leur parent le plus proche (souvent un parent) pour déterminer leur lien de parenté, le cas échéant.

Par exemple, nous pouvons voir que ces deux hommes étaient frères :

Tableau répertoriant 2 soldats avec le nom de famille Bright.

  • Trier la liste par matricule. Ces numéros ont été attribués aux hommes dans l’ordre numérique. En triant la liste de cette façon, on peut recréer les lignes d’hommes au moment de leur enrôlement dans une station de recrutement. Ouvrez les dossiers individuels pour voir si un homme s’est engagé seul ou avec un groupe.

Par exemple, nous savons que les frères Bright se sont engagés ensemble parce qu’on leur a attribué des matricules séquentiels. Nous découvrons également que les hommes portant les matricules précédents et suivants — qui se seraient trouvés à côté d’eux dans le bureau de recrutement en 1916 — avaient tous à peu près le même âge, exerçaient des métiers similaires et vivaient à moins d’un kilomètre les uns des autres à St. Catharines. Comment se connaissaient-ils?

Tableau répertoriant 5 soldats avec des numéros de régiment allant de 931537-931541Suivez les hommes dans la vie civile

Pour explorer plus largement l’histoire des Canadiens noirs, vous pouvez également découvrir la vie civile de bon nombre de ces hommes en entrant leurs noms dans d’autres bases de données de BAC dans la section « Recherche d’ancêtres » de notre site Web :

  • Les Recensements canadiens de 1911, 1916 et 1921. Par exemple, le recensement de 1921 indique qu’Arthur et Norman Bright vivent ensemble comme locataires au 3 Brown’s Lane, dans le centre-ville de Toronto. Ni l’un ni l’autre n’est alors marié, et tous deux travaillent comme ouvriers.
  • Les Listes de passagers montrent quand, où et avec qui les personnes ont immigré au Canada.
  • Les Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale peuvent ouvrir la voie à l’exploration de la communauté noire du Canada du début du 20esiècle et de ce que signifiait servir dans le 2e Bataillon de construction.
Deux pages d’un journal personnel. La date est imprimée en haut de chaque page, les 30 et 31 octobre. En dessous, le capitaine White a écrit des observations générales sur le temps, les lettres qu’il a écrites et reçues, et la vie au camp.

Deux pages du journal personnel du capitaine William « Andrew » White, l’aumônier de l’unité (e011183038)

La vie quotidienne au sein de l’unité

Deux documents numérisés vous permettent d’explorer les activités quotidiennes de l’unité :

  • Journal personnel de William « Andrew » White; l’aumônier du 2eBataillon de construction; nous pensons qu’il s’agit du seul récit personnel et témoignage direct écrit par un membre de l’unité.
  • Journal de guerre; les unités en service actif devaient tenir un compte rendu quotidien de leurs activités. Bien que les journaux de guerre ne se concentrent pas sur les personnes, ils décrivent les événements qui se sont déroulés chaque jour.

Comment l’armée canadienne a géré l’unité

BAC a numérisé environ la moitié des documents administratifs, organisationnels et historiques relatifs au 2e Bataillon de construction. Ces documents donnent une idée de la façon dont l’armée canadienne gérait l’unité et les hommes qui en faisaient partie.

Ressources numérisées documentant la 2e Compagnie de construction conservées à BAC

Renseignements de base sur l’unité

Autres photographies représentant des soldats noirs

Notez que BAC détient de nombreuses autres photos montrant des soldats noirs. Ces photos ne peuvent toutefois pas être trouvées lors d’une simple recherche, car cette information n’était pas incluse dans le titre original.

Affiche de recrutement

Documents textuels

Cour martiale

Les dossiers numérisés des cours martiales impliquant des membres de la Compagnie de construction no 2 et d’autres hommes noirs sont disponibles sur Canadiana.org (Veuillez noter que la liste ci-dessous peut ne pas être complète).


Andrew Horrall, archiviste à Bibliothèque et Archives Canada, a rédigé le billet de blogue. Il a aussi recensé les documents relatifs au bataillon, avec l’aide d’Alexander Comber et de Mary Margaret Johnston-Miller.

Servir malgré la ségrégation : 2e Bataillon de construction

English version

Par Andrew Horrall

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) détient la plus grande collection de documents sur le 2e Bataillon de construction, une unité ségrégée du Corps expéditionnaire canadien (CEC). Ils veulent alors se battre, mais les attitudes racistes des dirigeants politiques et militaires – ainsi que de la société en général – les empêchent de servir en première ligne. Au lieu de cela, le 2e Bataillon de construction est affecté au Corps forestier canadien. Les hommes passent la guerre dans les Alpes françaises, où ils abattent des arbres, transforment des troncs bruts en bois fini et transportent le bois jusqu’au chemin de fer. À l’époque, le travail est vital, puisque d’énormes quantités de bois sont nécessaires pour construire et renforcer les défenses de première ligne, mais il est loin du type de service que les hommes avaient espéré.

Dessin noir et blanc d’un insigne en forme de bouclier. Au sommet se trouvent une couronne royale et une bannière indiquant « Canada Overseas ». En dessous se trouvent les mots « No. 2 » au-dessus d’une autre bannière avec le mot « Construction ». Des feuilles d’érable ornent les côtés de l’insigne. Un pont en bois sous la couronne et un outil sous la deuxième bannière symbolisent que les membres de l’unité étaient des bâtisseurs.

Le badge de casquette du 2e Bataillon de construction (e011395922)

Dossiers de service du Corps expéditionnaire canadien – Les membres sont identifiés par la mention « No. 2 Construction Battalion » (2e Bataillon de construction) dans le champ Unité de la base de données. Les dossiers de service de plus de 800 militaires donnent la 2e Compagnie de construction comme unité. Cependant, bon nombre de ces hommes ont plutôt servi au sein d’autres unités du Corps expéditionnaire canadien. Les raisons expliquant les écarts entre les dossiers du personnel et ceux des unités ne sont pas claires. Il est possible que des besoins pressants aient forcé les autorités militaires canadiennes à envoyer des hommes dans d’autres unités, même si elles avaient l’intention de les affecter à la 2e Compagnie de construction au départ. Il est également possible que la guerre se soit terminée avant que certains hommes n’aient le temps de se joindre à la compagnie.

C’est en juillet 1916 que l’unité est mobilisée à Truro, en Nouvelle-Écosse. Elle recrute alors dans les communautés noires établies dans les Maritimes et le sud-ouest de l’Ontario, ainsi qu’ailleurs au Canada, dans les Caraïbes et aux États-Unis. Au moins deux membres viennent de beaucoup plus loin, soit Cowasjee Karachi (matricule 931759), originaire de l’actuel Yémen, et Valdo Schita (matricule 931643), né près de Johannesburg, en Afrique du Sud.

Photo noir et blanc montrant 21 soldats posant en toute décontraction, en plein air, assis ou debout sur une pile de longues planches de bois. Huit des hommes semblent porter des uniformes russes, et les autres – dont deux Noirs – sont des Canadiens.

Le lieutenant F. N.  Ritchie, le lieutenant Courtney et quelques-uns des hommes enrôlés du Corps forestier canadien en France. Il s’agit de la seule photo de l’unité conservée dans la collection à BAC (a022752).

Si l’unité est composée d’hommes noirs, les officiers sont Blancs, à l’exception de l’aumônier, le capitaine William « Andrew » White.

L’unité est désignée à la fois par les termes « bataillon » et « compagnie » dans les documents d’archives et les sources publiées. Créée à l’origine comme un bataillon dans le Corps expéditionnaire canadien, elle est composée d’environ 1 000 hommes. Lorsque seulement quelque 600 hommes arrivent en Angleterre en 1917, les autorités militaires la renomme « compagnie », ce qui reflète mieux sa taille.

L’unité rentre au Canada à la fin de la guerre et est officiellement dissoute en septembre 1920. Au fil du temps, l’histoire du 2e Bataillon de construction s’estompe jusqu’à ce que les familles, les membres de la communauté et les historiens commencent à la faire renaître au début des années 1980. Il ne reste alors plus qu’une poignée de membres survivants.

Note sur les termes utilisés dans les documents

De nombreux documents relatifs à la 2e Compagnie de construction contiennent des termes qui étaient couramment utilisés pendant la Première Guerre mondiale, mais qui ne sont plus acceptables aujourd’hui. BAC a remplacé ces termes dans les descriptions, mais on les trouve encore dans de nombreux documents originaux. L’utilisation de ces termes par les autorités militaires est une preuve du racisme subi par les hommes de l’unité.


Andrew Horrall, archiviste à Bibliothèque et Archives Canada, a rédigé le billet de blogue. Il a aussi recensé les documents relatifs au 2e Bataillon de construction, avec l’aide d’Alexander Comber et de Mary Margaret Johnston-Miller.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région du nord-ouest : La ligne télégraphique du Yukon du Service télégraphique du gouvernement fédéral

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Lorsque la Colombie-Britannique négocie son adhésion à la Confédération, l’une des conditions est l’établissement du télégraphe. Le Service télégraphique du gouvernement fédéral du Canada, qui fait partie du ministère des Travaux publics, est chargé de fournir ce service. Il gère des lignes télégraphiques dans des zones éloignées non couvertes par les systèmes télégraphiques ferroviaires ou les entreprises privées. En Colombie-Britannique, le gouvernement fédéral exploite des lignes dans le sud et sur l’île de Vancouver. Lorsqu’il étend sa présence dans le nord de la Colombie-Britannique et au Yukon, dans les années 1890, il lance les travaux de la ligne télégraphique du Yukon.

En 1899, le Bureau du Conseil privé approuve la construction d’une ligne télégraphique entre Dawson City, dans ce qui est maintenant le Yukon, et Bennett, en Colombie-Britannique. Aujourd’hui une ville fantôme, Bennett était autrefois un centre prospère grâce à la ruée vers l’or du Klondike.

En 1899, le Bureau du Conseil privé approuve la construction d’une ligne télégraphique entre Dawson City, dans ce qui est maintenant le Yukon, et Bennett, en Colombie-Britannique. Aujourd’hui une ville fantôme, Bennett était autrefois un centre prospère grâce à la ruée vers l’or du Klondike.

Photographie en noir et blanc de la ville de Bennett, en Colombie-Britannique, au bord du lac Bennett. Il y a des bâtiments et des structures temporaires le long du rivage, avec un flanc de montagne en arrière-plan et un pont en bois au premier plan.

Une partie de Bennett, en Colombie-Britannique (a016295-v8)

Peu après l’achèvement de la ligne jusqu’à Bennett, les travaux commencent sur une ligne secondaire vers Atlin, puis sur une extension d’Atlin à la ligne transcontinentale, à Quesnel. Ces travaux se terminent en 1901, mais la construction de plusieurs lignes secondaires se poursuit au cours de la décennie suivante. Pendant que les travaux progressent, le ministère des Travaux publics construit des bureaux et des stations télégraphiques à intervalles réguliers le long de la ligne. Les stations situées dans les villes et les établissements abritent souvent d’autres services du gouvernement fédéral, tels que les bureaux de poste et les douanes. Les exploitants de ces stations travaillent aux heures normales de bureau pour que les clients puissent envoyer et recevoir des télégrammes.

Photographie en noir et blanc du bureau de poste à trois étages d’Atlin, en Colombie-Britannique. Un panneau sur le bâtiment porte la mention « Dominion Government Telegraph Office ».

Bureau de poste d’Atlin, en Colombie-Britannique (a046672-v8)

Afin que la tension soit suffisante pour transmettre les télégrammes entre les stations, les équipes construisent également des stations de répéteurs le long des tronçons les plus isolés. Au début, ces « stations de brousse » étaient de simples cabanes à une pièce, abritant à la fois le télégraphiste et le monteur de lignes. Comme ces sites reçoivent rarement des clients voulant envoyer des télégrammes, les télégraphistes et les monteurs de lignes s’emploient à maintenir les fils télégraphiques en bon état. Au cours de l’été 1905, les équipes construisent des cabanes secondaires dans ces stations isolées afin de rendre un peu plus agréable la vie dans un espace aussi restreint.

Photographie en noir et blanc d’un jeune homme assis avec son chien devant une cabane en bois rond d’une pièce.

Cabane télégraphique du gouvernement fédéral, au nord de Hazelton. Le télégraphiste Jack Wrathall est assis avec son chien devant la cabane. (a095734-v8)

Les refuges, où les monteurs de lignes passent la nuit en cas de mauvais temps, sont encore plus petits. Espacées d’environ 16 kilomètres, ces petites cabanes de 2,4 x 3 mètres contiennent un poêle, une couchette et des réserves de nourriture limitées.

Les lignes télégraphiques perturbent les Premières Nations locales : Lhtako Dene, Nazko, Lhoosk’uz Dene et ?Esdilagh, près de Quesnel, et la Nation Taku River Tlingit, à Atlin. Les premiers travaux sur les lignes télégraphiques, au 19e siècle, sont souvent réalisés sans leur accord. Des confrontations surgissent lorsque des équipes de travail entrent sans autorisation sur leurs terres.

De nombreuses Premières Nations se serviront des matériaux laissés sur les lignes télégraphiques abandonnées, utilisant le fil pour faire des ponts ou des pièges. Certains Autochtones travaillent sur les lignes télégraphiques, en tant que travailleurs de la construction, monteurs de lignes et chefs de trains.

Le plus célèbre d’entre eux, Simon Peter Gunanoot, participe à la construction de la ligne avant de devenir livreur dans les stations de brousse. Accusé de meurtre en 1906, il échappe aux recherches pendant 13 ans avant de se rendre. À l’issue de son procès, en 1919, le jury l’acquitte en seulement 15 minutes. Sa remarquable histoire a depuis inspiré des livres, des documentaires et des courts métrages.

Dans les années 1920 et 1930, le gouvernement fédéral commence à remplacer le télégraphe par la radio et le téléphone. Parallèlement, l’intérêt pour la ligne en tant que sentier de randonnée d’aventure s’accroît. Bien que le gouvernement fédéral ait vendu ou abandonné les dernières portions de la ligne télégraphique du Yukon en 1951, les guides en utilisent encore certaines parties de nos jours.

Pour en savoir plus sur la ligne télégraphique du Yukon, consultez les ressources suivantes :

  • « A socio-cultural case study of the Canadian Government’s telegraph service in western Canada, 1870–1904 », thèse de John Rowlandson, 1991 (OCLC 721242422)
  • Wires in the Wilderness: The Story of the Yukon Telegraph, Bill Miller, 2004 (OCLC 54500962)
  • Pinkerton’s and the Hunt for Simon Gunanoot: Double Murder, Secret Agents and an Elusive Outlaw, Geoff Mynett, 2021 (OCLC 1224118570)

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Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Une page de l’histoire du Canada: les bibliothèques Carnegie

Par Sara Chatfield

Photo noir et blanc d’un édifice en pierres de deux étages comportant un portique flanqué de colonnes. Du lierre pousse sur les côtés.

La Bibliothèque publique d’Ottawa a ouvert ses portes en 1905, grâce à une subvention de Carnegie. (a044774-v8)

Depuis toujours, les bibliothèques sont des endroits spéciaux pour moi. Lorsque j’étais jeune, ma grand-mère travaillait comme bibliothécaire de référence à la bibliothèque de mon quartier; mes visites y étaient donc très mémorables. J’adore encore l’étendue de ce que l’on peut trouver au sein des murs d’une bibliothèque, entre autres : livres, magazines, discussions avec les bibliothécaires au sujet des récentes acquisitions. Cependant, ce que j’aime le plus encore aujourd’hui au sujet des bibliothèques, ce sont les bâtiments qui abritent les fonds documentaires, tout particulièrement les bibliothèques Carnegie historiques, ces bâtiments distinctifs construits à la fin des années 1800 et au début des années 1900 par Andrew Carnegie, afin de faire la promotion d’un accès gratuit aux bibliothèques en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde.

Photo couleur d’un bâtiment à un étage, aux murs extérieurs en briques brunes et au toit vert. Un petit escalier et une rampe mènent à l’entrée.

La Bibliothèque publique de Renfrew, construite en 1919-1920, grâce à une subvention de Carnegie. Photo : Sara Chatfield

Je trouve que les bibliothèques Carnegie ont une apparence à la fois majestueuse et accueillante. Construits de 1901 à 1905, les premiers bâtiments ne sont pas conçus selon des plans normalisés. Les architectes viennent alors du Canada et des États-Unis et peuvent laisser libre cours à leur imagination. Les bâtiments conçus plus tard affichent des éléments de conception semblables, comme des fenêtres en arc, des coupoles, des portiques et des colonnes symétriques.

Photo noir et blanc d’un édifice de deux étages comportant un portique flanqué de colonnes. Devant l’édifice, on peut voir des lignes électriques et un homme qui marche.

La Bibliothèque publique de Galt a été construite en 1903, grâce à une subvention Carnegie octroyée en 1902. (a031832)

Je ne suis pas la seule à adorer les bibliothèques Carnegie. Une ancienne ministre de la Citoyenneté et de la Culture de l’Ontario a déjà écrit que les bibliothèques Carnegie représentent un aspect considérable de l’histoire culturelle et du patrimoine architectural en Ontario.

Les bibliothèques Carnegie n’auraient jamais vu le jour sans Andrew Carnegie et son amour indéfectible des bibliothèques et de l’apprentissage. Né en Écosse, Andrew Carnegie (1835-1919) immigre aux États-Unis en 1848, en compagnie de sa famille. Au fil des ans, il amasse une fortune en fondant son entreprise Carnegie Steel Company, qu’il vend en 1901. Il investit alors le fruit de la vente dans une fiducie à des fins philanthropiques, ce qui devient sa principale occupation. En tout, le mécène octroiera des subventions pour la construction de 2 509 bibliothèques publiques gratuites à des collectivités anglophones partout dans le monde. Tout au long de sa vie, Andrew Carnegie reste convaincu que le meilleur moyen de permettre l’accès gratuit à l’éducation et d’encourager les collectivités en pleine expansion réside dans la construction de bibliothèques publiques.

Photo noir et blanc de deux édifices ornementaux, dont un est doté d’un portique flanqué de colonnes et d’une coupole. Au premier plan, on peut voir des marcheurs, un tramway et des lignes électriques.

La Bibliothèque publique de Vancouver (à droite) a ouvert ses portes en 1903, grâce à une subvention de Carnegie. Depuis 1980, cet édifice est le Carnegie Community Centre, qui héberge une succursale de la bibliothèque à l’étage principal. (a009531)

Carnegie accorde une subvention pour la construction de chacune de ces bibliothèques, mais ne fournit pas de fonds pour l’achat de livres ou le versement des salaires du personnel. Pour obtenir une subvention Carnegie pour une bibliothèque, les villes et villages doivent alors respecter la « formule Carnegie », dont l’un des critères est l’obligation de fournir un emplacement, de garantir un budget annuel et d’assurer un accès public gratuit. De nombreuses demandes de subvention sont refusées au fil des ans, p. ex. lorsqu’une ville ou un village dispose déjà de services de bibliothèque adéquats ou n’est pas en mesure de garantir les fonds annuels requis pour assurer l’entretien des installations. Certaines collectivités ne présentent pas de demande à la fondation Carnegie ni n’acceptent de sommes de celles-ci, car elles considèrent Andrew Carnegie comme un requin de la finance et désapprouvent ses méthodes opérationnelles.

Au début des années 1900, 125 des 2 509 bibliothèques Carnegie sont construites au Canada, dont 111 en Ontario. La majorité des bibliothèques sont construites aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Irlande. D’autres sont également construites en Afrique du Sud, en Australie, en Serbie, en Nouvelle-Zélande, aux Fidji, à Maurice, à la Barbade et en Guyane, entre autres.

Photo couleur d’un édifice en briques brunes doté de nombreuses colonnes décoratives beiges, de frontons et de fenêtres en arc. À l’avant-plan gauche, on aperçoit des fleurs rouges.

L’ancienne bibliothèque Carnegie de Perth, portant maintenant le nom d’édifice Macmillan. La bibliothèque à deux étages de style Beaux-Arts a été conçue par l’architecte de renom, Frank Darling. Fortement endommagé par un incendie en 1980, l’édifice a été restauré en 1982. Photo : Emily Tregunno

J’ai toujours trouvé intéressant que la fondation Carnegie ait accordé des subventions pour la construction de bibliothèques dans les petits villages et les grandes villes. Par exemple, en 1901, une subvention est octroyée à la communauté d’Ayr, en Ontario, qui compte alors 807 résidents. Au moment de la construction de sa bibliothèque Carnegie, la ville de Perth, en Ontario, compte un peu plus de 3 500 résidents.

Édifice en briques brunes de deux étages doté de fenêtres en arc à l’étage supérieur. L’entrée est en verre. On peut voir une borne-fontaine jaune au premier plan.

Succursale Rosemount de la Bibliothèque publique d’Ottawa, construite en 1918. D’importantes rénovations pour mettre à niveau la succursale ont récemment été réalisées. Photo : Sara Chatfield

De nombreuses collections de bibliothèques sont devenues beaucoup trop imposantes pour les édifices Carnegie originaux. Certains édifices ont été démolis, d’autres ont été endommagés par un incendie. Différents édifices ont été transformés; certaines municipalités ont choisi de les agrandir et de les rénover. À l’origine connue sous le nom de succursale Ouest de la Bibliothèque d’Ottawa, la succursale Rosemount est un exemple d’édifice Carnegie ayant fait l’objet de rénovations considérables. Fait intéressant à souligner, la subvention de 1917 pour la construction de la succursale Ouest/Rosemount, à Ottawa, est la dernière de ce type accordée au Canada.

Photo noir et blanc d’un édifice carré à deux étages doté d’un grand nombre de fenêtres à frontons, d’un portique flanqué de colonnes et d’un petit balcon. Au bas, on peut lire « HJW, 1788, Dawson Yukon, Carnegie Library July 1907 ».

La Bibliothèque Carnegie de Dawson, au Yukon, a été conçue par Robert Montcrieff. La subvention pour ce bâtiment a été octroyée en 1903. La construction a été achevée en 1904. (a016721-v8)

Malheureusement, certaines collectivités ne peuvent composer avec le fardeau financier que représente l’entretien d’une bibliothèque à l’époque. Construite en 1903-1904, la bibliothèque de Dawson est populaire et fortement fréquentée. Cependant, en 1920, ne comptant plus qu’un peu moins de mille habitants, la ville est incapable de continuer à financer la bibliothèque et décide de vendre l’édifice à la Loge maçonnique.

Photo noir et blanc d’un édifice carré à deux étages dotés de nombreuses fenêtres, dont certaines en forme d’arc, d’une entrée en arc et de colonnes. L’édifice est entouré d’une barrière métallique décorative. On peut lire la mention « Carnegie Library » au bas de la photo.

Bibliothèque Carnegie de Winnipeg, construite en 1904-1905. Il s’agissait de la première bibliothèque publique de la ville. Elle a servi de succursale principale jusqu’en 1977. (a031593)

De 1995 à 2013, la Bibliothèque Carnegie de Winnipeg héberge les archives de la Ville de Winnipeg. Selon un rapport publié en 2019 par l’Association manitobaine des archives, les travaux pour transformer l’ancienne Bibliothèque Carnegie en des installations de pointe pour les archives municipales se déroulent en 2013, lorsque de fortes pluies endommagent le toit. Le personnel et les fonds archivistiques sont alors hébergés temporairement dans un entrepôt.

Quelque 20 des 125 bibliothèques Carnegie construites au Canada de 1904 à 1922 ont été démolies. Plusieurs édifices servent encore de bibliothèques, comme prévu au départ.

  • Photo couleur d’un édifice en briques brunes avec entrée incurvée. Deux petits escaliers mènent à l’entrée de l’édifice.
  • Photo couleur de l’intérieur d’une bibliothèque. On peut apercevoir dans la salle un grand puits de lumière, des étagères et des terminaux informatiques. On compte quatre fenêtres à l’arrière-plan.
  • Photo couleur d’un édifice beige doté d’une entrée flanquée de colonnes et d’un fronton surplombant la porte d’entrée. Un seul escalier mène au bâtiment. Les mots « Public Library » sont gravés au-dessus de l’entrée.
  • Photo couleur d’une grande salle où l’on voit trois fenêtres, deux luminaires suspendus, un tapis noir et des étagères.

Restez à l’affût : vous pourriez voir un de ces bâtiments historiques dans une petite ville près de chez vous!

Ressources additionnelles :

  • Local Library, Global Passport: The Evolution of a Carnegie Library; J. Patrick Boyer (OCLC 191759655)
  • The Man Who Loved Libraries: The Story of Andrew Carnegie; Andrew Larsen et Katty Maurey (OCLC 970404908)
  • The Best Gift: A Record of the Carnegie Libraries in Ontario; Margaret Beckman, Stephen Langmead et John Black (OCLC 11546081)
  • Bibliothèque Carnegie d’Ottawa – Demande de documents d’État (RG2, Bureau du Conseil privé, Séries A-1-a, vol. 964)

Sara Chatfield est chef de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne, à Bibliothèque et Archives Canada.

Les femmes à la guerre : un défi Co-Lab

Rebecca Murray

Les Canadiennes sont bien présentes dans les archives photographiques de la Deuxième Guerre mondiale, et notamment dans le fonds du ministère de la Défense nationale (RG 24/R112). Celui-ci comprend plus de deux millions de photos prises à divers endroits sur le globe, de Comox, en Colombie-Britannique, jusqu’à Naples, en Italie. On peut y voir nos arrière-grands-mères, nos grands-mères, nos mères, nos tantes, nos sœurs, nos cousines et nos amies en uniforme.

Le défi Co-Lab Les femmes à la guerre vous invite à identifier sur des photos d’archives des femmes et des infirmières militaires qui ont servi au Canada et à l’étranger de 1942 à 1945. On y trouve autant des portraits individuels que des photos de groupe, prises dans diverses situations : au travail, dans les loisirs, sur des navires, dans des cuisines ou des bibliothèques, sur un terrain de sport ou une piste de danse.

Les femmes y sont rarement identifiées, comme en témoigne la mention « unidentified » dans les titres. Or, connaître leurs noms est essentiel pour mieux comprendre le rôle qu’elles ont joué pendant la Deuxième Guerre mondiale. Jumelé à d’autres efforts pour identifier des femmes et des infirmières militaires dans les archives, ce défi Co-Lab nous aidera à raconter une histoire plus complète.

Voici quelques-unes des photos du défi. Pouvez-vous nous aider à trouver qui sont ces femmes?

Photo noir et blanc d’une femme en uniforme militaire regardant l’objectif. Elle est assise derrière un bureau et tient un stylo dans sa main droite. Un téléphone de type chandelier est posé sur le bureau, à sa gauche.

Membre non identifiée du Service féminin de l’Armée canadienne, Angleterre, 19 juillet 1944. Photo : Jack H. Smith, capitaine (a162428-v6)

Photo noir et blanc d’un groupe de femmes en uniforme souriant à l’objectif. Deux des femmes portent un costume plus sombre. Celles au premier rang sont assises et se tiennent par la main. Les autres sont debout derrière; plusieurs se tiennent par le bras.

Membres du Service féminin de la Marine royale du Canada, août 1943. (e011180809)

Photo noir et blanc d’un atelier avec trois grandes fenêtres. On y voit quatre femmes et un homme entourés d’outils, de tables et d’un établi. Un panneau au haut d’un mur indique « YMCA ».

Atelier de la Division féminine de l’Aviation royale du Canada, Rockcliffe (Ontario), 11 avril 1944. (a064867-v8)

Pour trouver d’autres photos de femmes et d’infirmières militaires dans les fonds de Bibliothèque et Archives Canada, utilisez l’outil Recherche dans la collection et explorez l’acquisition 1967-052. Les photos y sont classées par branches des Forces armées canadiennes. Vous pouvez aussi faire une recherche par mot-clé (p. ex. « 1967-052 Halifax Women Royal Canadian Naval Service », pour le Service féminin de la Marine royale du Canada à Halifax).

Pour plus de renseignements sur les divisions féminines dans les trois branches des Forces armées canadiennes pendant la Deuxième Guerre mondiale, lisez ces articles de blogue :

Ces photos ne montrent qu’un échantillon des multiples fonctions remplies par les militaires canadiennes pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il est important d’identifier ces femmes dans nos archives pour bâtir un récit plus représentatif. Ainsi, plusieurs générations de femmes militaires, leurs familles et tous les Canadiens pourront souligner leur rôle extraordinaire.

Utilisez notre outil Co-Lab pour transcrire, étiqueter, traduire et décrire les documents numérisés pour ce défi. Vous pouvez aussi faire de même avec n’importe quelle image numérisée de notre collection, grâce à notre outil Recherche dans la collection.


Rebecca Murray est archiviste de référence principale à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Fred Lambart au mont Logan : la périlleuse ascension du plus haut sommet au Canada en 1925 – un défi Co-Lab

Par Jill Delaney

Howard « Fred » Lambart (1880-1946) s’attendait à être fou de joie lorsqu’il poserait enfin ses pieds gelés et endoloris sur la terre ferme, le 4 juillet 1925. Après tout, lui et ses collègues alpinistes n’avaient pas touché autre chose que de la neige ou de la glace depuis 44 jours, pendant leur ascension du mont Logan, le plus haut sommet au Canada (5 959 m). Mais l’expédition les avait tous exténués, et Lambart était tout simplement soulagé d’être arrivé jusque-là. En plus, il restait encore un difficile chemin de 140 kilomètres à parcourir avant d’arriver à la ville de McCarthy, en Alaska.

Photo noir et blanc d’un groupe d’hommes avec le mont Logan en arrière-plan.

Photo du groupe prise par le capitaine Hubrick à McCarthy, en Alaska. De gauche à droite : N. H. Read, Alan Carpe, W. W. Foster, A. H. MacCarthy, H. S. Hall, Andy Taylor, R. M. Morgan et Howard « Fred » Lambart (e011313489_s1)

Lambart fait partie d’une équipe de huit alpinistes formée en 1925 par le Club alpin du Canada et l’American Alpine Club. L’expédition doit braver le mont Logan, situé dans le sud-ouest du Yukon, où se trouve aujourd’hui le Parc national et réserve de parc national Kluane. La montagne est située dans la région de Tachal, au sein du territoire traditionnel de la Première Nation Kluane, « A Si Keyi ». Les Lu’an Mun Ku Dan (peuple du lac Kluane) et les Premières Nations de Champagne et d’Aishihik y habitent depuis plusieurs générations.

La plupart des Lu’an Mun Ku Dan et des membres des Premières Nations de Champagne et d’Aishihik s’identifient comme descendants des Tuchtones du Sud. Les autres proviennent de nations comme les Tlingit, le Haut Tanana et les Tuchtones du Nord. Dans la langue des Tuchtones du Sud, les peuples autochtones de la région sont appelés « ceux qui vivent près des plus hautes montagnes ».

Lambart a déjà escaladé plusieurs sommets près du mont Logan, à titre d’arpenteur pour Levés géodésiques du Canada. Dans le cadre de ce métier, il a réalisé du travail de phototopographie à la frontière entre le Yukon et l’Alaska, en 1912-1913.

Aucun colon européen n’a jusqu’alors tenté de conquérir le géant qu’est le mont Logan, la plus intimidante montagne du monde. À l’époque (comme aujourd’hui d’ailleurs), cette montagne subarctique éloignée est réputée pour son mauvais temps, causé par sa proximité avec la côte ouest.

L’équipe d’alpinisme de 1925 comprend huit membres : le chef A. H. MacCarthy, son adjoint Fred Lambart, Alan Carpe, H. S. Hall, N. H. Read, R. M. Morgan, Andy Taylor et W. W. Foster. Tous parcourent 1 025 km en 63 jours. Ils portent des sacs pesant jusqu’à 38 kilos la plupart du temps, et doivent gravir un total de 24 292 mètres, soit plus de quatre fois la hauteur de la montagne, pour transporter leur matériel.

Grâce au fonds de la famille Lambart conservé à Bibliothèque et Archives Canada (BAC), qui contient le journal de Lambart et plus de 200 photos prises durant l’expédition, nous disposons d’un compte-rendu détaillé et personnel des moments excitants et des difficultés extrêmes vécus lors de cette incroyable ascension. Alan Carpe a également réalisé un film documentaire intitulé La conquête du mont Logan.

Le moment est idéal pour raconter leur exploit, car une équipe formée de Zac Robinson, Alison Criscitiello, Toby Harper-Merret et Rebecca Haspel, du Club alpin du Canada et de l’Université de l’Alberta, a récemment terminé la première de ses deux ascensions prévues en 2021 et 2022. Utilisant des photos de l’expédition de 1925, ces alpinistes mènent un projet de photographie répétitive et un projet sur les carottes de glace pour mieux comprendre le climat et les changements survenus sur le plus haut sommet au Canada.

Fred Lambart provient d’une famille aisée de la classe moyenne canado-britannique. Titulaire d’un baccalauréat en science de l’Université McGill, il commence par travailler comme arpenteur pour le Grand Trunk Pacific Railway, avant de devenir arpenteur des terres fédérales en 1905. Sa fille Evelyn aura une illustre carrière de réalisatrice à l’Office national du film tandis que sa fille Hyacinthe deviendra l’une des premières pilotes canadiennes. Tragiquement, ses deux fils, Edward et Arthur, seront tués lors de la Deuxième Guerre mondiale.

L’expédition du mont Logan de 1925 se déroule à une époque où l’alpinisme est très populaire. Les Européens considèrent la « conquête » des sommets comme des moments de gloire à l’échelle nationale, coloniale et impériale. Pendant cette période, plusieurs tentent d’escalader le mont Everest. En 1897, le duc des Abruzzes, un alpiniste italien, atteint le sommet du mont St. Elias, le deuxième plus haut sommet du Nord-Ouest canadien (on dit qu’il aurait fait porter son lit de cuivre au haut de la montagne). Quant à Lambart, il est le premier Européen à arriver au sommet du mont Natazhat (4 095 m), en 1913.

Les préparatifs de l’expédition, comme la collecte de fonds et la formation de l’équipe, commencent en 1922. Tous sont d’accord pour qu’A. H. MacCarthy mène l’équipe avec Lambart comme adjoint. Dans les années précédant l’expédition officielle, MacCarthy explore trois chemins différents. Il retourne à la montagne en février 1925 afin de répandre 8 600 kilos de matériel à différents endroits le long de la route.

Photo du mont Logan avec le nom des sommets et des routes.

Photographie annotée montrant le parcours de l’expédition de 1925 (e011313492)

L’équipe part de McCarthy, en Alaska, le 12 mai. L’ascension commence le 18. La majorité de l’expédition est accablante pour les membres de l’équipe. N’ayant pas de porteurs, ils doivent constamment monter et descendre pour transporter le matériel d’un camp à l’autre. Néanmoins, les alpinistes trouvent le temps d’admirer l’extraordinaire paysage qui les entoure. Le 6 juin, Lambart écrit : « Je n’oublierai jamais la lumière du matin qui, se reflétant sur les montagnes et les lacs au cours de la journée, se transforme en clarté parfaite ».

À compter du 11 juin, alors que le camp est situé au col King (5 090 m), les signes d’épuisement apparaissent. Certains alpinistes souffrent du mal des montagnes. Lambart respire difficilement, Morgan et Carpe vomissent pendant la nuit et MacCarthy a mal aux yeux. « Si Mac continue ainsi, certains n’arriveront pas jusqu’au bout, même s’ils en seraient capables en temps normal », écrit Lambart. L’équipe tente de convaincre MacCarthy de ralentir la cadence.

Les provisions commencent à devenir une obsession. Les calculs de Lambart prennent de plus en plus de place dans les pages de son journal. Lambart écrit également qu’ils prévoient de quitter le col King le lendemain pour tenter d’atteindre le sommet et de revenir en quatre jours.

Photo du mont Logan avec quatre alpinistes en avant-plan.

Les membres de l’équipe cheminent sur un mur de glace au sommet du col King, avec le pic King qui les surplombe (e011313500_s1)

En réalité, il leur faudra 10 autres jours d’ascension pénible avec des raquettes et des crampons pour atteindre le sommet, le 23 juin. L’équipe commence à utiliser des cordes pour rester en sécurité, car la météo empire et les membres doivent escalader une façade escarpée en luttant contre des chutes de glace, le froid extrême et une fatigue constante. Morgan, accompagné de Hall, fait demi-tour en raison de sa santé vacillante. Les six autres poursuivent l’ascension, sans savoir ce qui les attend. En montant vers ce qu’ils croient être le sommet, Logan écrit les lignes suivantes :

« […] nous avons vu, à environ 3 miles vers l’est, le vrai sommet du mont Logan qu’aucun d’entre nous n’avait vu jusque-là. C’était notre objectif, il était 16 h 30 et le temps était stable. »

Quelques montées et descentes, quelques zigzags pour gravir les dernières pentes de glace, et enfin…

« […] nous sommes au plus haut point du Dominion du Canada. […] Nous avons tous félicité Mac et nous nous sommes serré la main. […] Carpe a filmé quelques secondes avec la Bell and Howell, et Read a pris quelques photos, mais Andy nous a rappelé qu’une tempête arrivait […] »

Ils ne prennent que 25 minutes pour savourer leur exploit. Presque immédiatement, les conditions se détériorent et la température chute drastiquement. Un épais brouillard cache le soleil et dissimule le sentier menant au camp. « Nous sommes vraiment en danger », écrit par la suite Lambart dans son journal. Le temps s’aggrave si rapidement qu’ils décident de bivouaquer sur une plaque abrupte de neige dure. Tous « creusent comme des taupes » dans le but de faire un abri pour la nuit. Lambart partage son abri avec Read, et il donne son manteau épais à Taylor, qui est seul dans son propre trou.

Pour son plus grand malheur, Lambart surcompense en portant quatre paires de chaussettes dans ses bottes, coupant ainsi la circulation vers ses orteils. Il se réveille au milieu de la nuit pour tenter de raviver la sensation dans ses extrémités, mais il souffrira de cette erreur de calcul pour le reste de l’expédition, et même après. Plusieurs de ses orteils devront être amputés plus tard dans sa vie.

Photo de deux personnes côte à côte faisant dos à la caméra.

Deux membres de l’expédition sur la crête King regardent au loin (e011313497_s2)

Même si le sommet de la montagne est toujours couvert de brouillard le lendemain matin, les alpinistes n’ont pas le choix de partir et d’essayer de trouver le chemin du retour. Pendant le trajet, Taylor et Mac tombent de falaises qu’ils n’avaient pas vues, faisant une chute de plusieurs mètres. Heureusement, ils ne sont pas grièvement blessés. Ils finissent par apercevoir un des poteaux de saule qu’ils ont placés tous les 45 mètres comme repères lors de leur ascension. L’épreuve est cependant loin d’être terminée. À un moment, le premier groupe est désorienté et marche dans la mauvaise direction, ce qui lui fait prendre un retard de plusieurs heures pour le retour au camp. Lambart se met à halluciner :

« Mes lunettes étaient assombries, et devant moi se trouvaient deux silhouettes aux contours bien distincts qui se dressaient sur une blancheur totale, où le sol et le ciel ne faisaient qu’un. Pendant ce temps, j’étais aux prises avec des visions étranges que je ne pouvais repousser, et je voyais des clôtures, des champs et des fermes avec des habitations à gauche et à droite. »

S’ensuit un jour de repos bien mérité, mais la marche reprend le lendemain, ce que Lambart décrit comme « l’un des tests d’endurance et de souffrance les plus difficiles de tout le trajet ». Dans la notice nécrologique de Lambart, MacCarthy révélera que, ce jour-là (le 26 juin), Lambart, exténué par les intempéries, tombe face première lors de la descente à partir du camp en hauteur (5 640 m). Il supplie alors MacCarthy de le laisser derrière pour sauver les autres, une « proposition effroyable » aux yeux de MacCarthy. Taylor le soutient et ils retournent au camp en clopinant. Lambart ne garde aucun souvenir de cet épisode.

Le reste de la descente se déroule relativement sans heurts, car la température et la météo s’améliorent chaque jour, et les alpinistes ont moins d’équipement et de provisions à porter. Ils s’accordent des jours de repos de temps en temps. L’équipe abandonne du matériel le long de la route, y compris le journal de Read, qui ne sera jamais récupéré. Le 1er juillet, ils aperçoivent les premiers signes de vie avec joie : un oiseau au camp Cascade, des bourdons et des mouches au camp de base avancé plus bas.

Le 4 juillet, ils posent de nouveau les pieds sur la terre ferme. Leur soulagement se dissipe rapidement lorsqu’ils réalisent que des ours ont détruit deux des caches de nourriture que l’équipe avait préparées pour le retour. Par chance, ils trouvent le lendemain des provisions qu’un collègue leur a laissées sur une branche. Cette nuit-là, l’équipe célèbre.

Dès le lendemain, elle se remet à la tâche et construit des radeaux pour naviguer le long de la rivière Chitina et raccourcir le retour vers la ville. Le radeau de Lambart, Taylor et Read les transporte rapidement 72 km en aval, dans une prairie où ils entament la dernière longue randonnée de leur expédition. Le radeau de MacCarthy, Carpe et Foster les suit, mais Lambart raconte qu’ils « nous dépassèrent dans un canal meilleur et plus large à notre gauche. Mac leva triomphalement sa main quand ils passèrent près de nous. Ce fut la dernière fois qu’on les vit. »

Lambart, Taylor et Read arrivent en ville tard dans la nuit du 12 juillet. Dans leur hâte d’arriver, ils parcourent les derniers kilomètres à la course, malgré les pieds très endoloris de Lambart. Pendant plusieurs jours inquiétants, il n’y a aucun signe du deuxième radeau. MacCarthy, Carpe et Foster sont finalement localisés le 15 juillet. Ces derniers ont dépassé leur cible et leur radeau a chaviré. Alors qu’ils marchent en direction de la ville de McCarthy, ils croisent une équipe d’ouvriers de construction sur la route.

Lambart décrit cette expédition comme l’une des plus étranges aventures de sa vie. De retour chez eux, les hommes sont accueillis en héros. Le New York Times décrit Lambart comme l’un des plus grands alpinistes au monde. Les membres de l’expédition écrivent leur rapport et impriment leurs photos. Carpe développe son film et réalise le montage pour que les spectateurs puissent admirer son œuvre, confortablement assis dans les luxueux sièges des salles de cinéma chauffées.

Vingt-cinq ans s’écouleront avant qu’une autre équipe tente l’ascension du mont Logan. Aujourd’hui, les alpinistes peuvent voler jusqu’à l’un des glaciers pour éviter le long périple vers la base du massif. Son ascension demeure néanmoins l’une des plus difficiles au monde.

Avec notre plus récent défi Co-Lab, vous pouvez dès aujourd’hui étiqueter des images et transcrire ou traduire le journal de Lambert!

Autres ressources de BAC

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Jill Delaney est archiviste principale en photographie dans la Section des supports spécialisés de la Division des archives privées à Bibliothèque et Archives Canada. Merci à Angela Code, de l’initiative Écoutez pour entendre nos voix, pour son aide.

Les dinosaures de l’île St. George à Calgary

Par Richard Howe

Par une belle journée des années 1930, un groupe profite du soleil au parc de l’île St. George, au centre de Calgary. Hélas, son tranquille pique-nique est troublé par un homme ivre. Un agent du parc approche et l’homme, qui sent le danger, s’enfuit en chancelant. Poursuivi par l’agent, l’homme en état d’ébriété arrive à peine à traverser les chemins du parc. Puis, soudainement, il s’arrête. Il est sous le choc, obnubilé par le dinosaure vert qui se tient juste devant lui. Après une courte pause, l’homme se redresse et fait demi-tour pour se diriger vers la sortie du parc. En sortant, ses pas sont droits. L’agent abandonne sa poursuite, estimant que le choc a suffisamment dégrisé le fauteur de trouble.

Si vous doutez de l’authenticité de cette histoire, je vous comprends. Cependant, le journal The Calgary Daily Herald rapporte cet incident peu après le moment où il se serait déroulé. Les dinosaures de l’île St. George, eux, existent bel et bien. En effet, dans les années 1930, le parc héberge près de 20 créatures préhistoriques. Ce nombre s’élève à plus de 40 au cours des années 1970. Ces sculptures de béton grandeur nature font partie du parc d’histoire naturelle du zoo de Calgary. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une. Quand j’ai finalement eu l’âge de visiter le zoo de l’île St. George, je ne savais même pas qu’il y en avait eu d’autres.

Le récit de cet homme ivre se trouve à la une du journal du 28 août 1937, dans un article concernant l’aménagement des nouveaux jardins de dinosaures. Sur la photo qui accompagne l’article, trois figures humaines entourent les pattes d’une énorme sculpture de brontosaure, n’atteignant même pas son genou. Ce dinosaure de 120 tonnes qui mesure 10 mètres de haut et 32 mètres de long est rapidement nommé « Dinny ». C’est la seule sculpture de l’île St. George qui a survécu aux 80 dernières années.

Deux enfants courent vers une énorme sculpture de brontosaure située devant quelques grands arbres.Deux enfants courent vers une énorme sculpture de brontosaure située devant quelques grands arbres.

« Dinny » est le seul dinosaure toujours debout sur l’île St. George (e010973614)

Comme j’ai grandi à Calgary à la fin des années 1980 et au début des années 1990, je me souviens que Dinny avait une place spéciale dans le cœur de plusieurs Calgariens. Ceux-ci parlaient souvent avec tendresse de leurs visites au zoo alors qu’ils étaient encore des enfants, et du rite de passage qui consistait à grimper sur Dinny. Le paysage urbain changeait rapidement à Calgary. Les préparations pour les Olympiques de 1988 avaient récemment transformé une grande partie du centre-ville. Dinny était spécial parce qu’il était un dinosaure, bien sûr, mais aussi parce qu’il rappelait un passé lointain de la ville.

L’idée de construire un parc de dinosaures vient de Lars Willumsen, membre de la Société zoologique de Calgary (dont il sera le président de 1959 à 1965). Il avait visité un parc semblable au zoo Tierpark Hagenbeck, à Hambourg, en Allemagne, en 1934. Le premier parc de dinosaures au monde avait été créé en 1854, au parc Crystal Palace de Londres, en Angleterre. Au cours des décennies suivantes, d’autres parcs, comme celui en Allemagne, voient le jour. Un des objectifs est de faire connaître au public, de manière divertissante, les nouvelles découvertes dans la discipline émergente qu’est la paléontologie.

Les travaux au parc d’histoire naturelle de Calgary commencent en 1935, même si l’Alberta est particulièrement touchée par la crise économique des années 1930. Malgré un maigre budget, un groupe de personnes déterminées réussissent à construire quelque chose dont la ville sera fière pendant de nombreuses années.

Le sculpteur Charles A. Beil, un artiste bien connu de la ville de Banff, est recruté pour concevoir les premiers dinosaures, avec l’aide de l’ingénieur Aarne Koskeleinen et du sculpteur John Kanerva. Celui-ci trouve une méthode de construction adéquate et finit par faire la majorité du travail physique. Le gouvernement fédéral fait appel à Charles Mortram Sternberg, un paléontologue travaillant pour le Musée national du Canada (un précurseur du Musée canadien de la nature), afin qu’il donne des conseils, oriente le projet et s’assure que les représentations sont exactes. Omer H. Patrick, fondateur et président de la Société zoologique de Calgary depuis 1929, dirige le projet.

Lorsque M. Patrick présente le parc à la Ville, l’ancien premier ministre R. B. Bennett est invité à prononcer le discours d’inauguration. « C’est grâce à son initiative, à sa vision et à ses dépenses que le projet a vu le jour, mentionne M. Bennett en parlant de M. Patrick. Il a pris les choses en main. » [Traduction]

Une femme, un enfant et un homme sous l’imposante sculpture d’un dinosaure entourée d’arbres. Le groupe regarde un autre dinosaure.

Touristes admirant des sculptures de dinosaures à l’île St. George, Calgary (Alberta), 1961 (e010976082)

Le parc remporte un grand succès et devient une populaire attraction touristique. En 1952, l’un des premiers bulletins de nouvelles diffusés présente un reportage sur le parc d’histoire naturelle. Quand le paléontologue écossais William Elgin Swinton visite le parc en 1957, il raconte l’histoire de militaires écossais qui ont rapporté des cartes postales du parc de dinosaures, après avoir servi au Canada pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Une légende locale veut que Dinny fût l’objet le plus photographié à Calgary. Dinny devient donc le symbole officiel du zoo en 1959, apparaissant même sur la page couverture d’un numéro de la revue Maclean’s l’année suivante. Il est probablement l’attraction la plus connue de la ville jusqu’en 1967, année de la construction de la Husky Tower (renommée Calgary Tower quatre ans plus tard).

Aujourd’hui, près de Dinny, une plaque en bronze commémore le parc d’histoire naturelle et ses créateurs : MM. Patrick, Willumsen, Sternberg, Beil, Koskeleinen et Kanerva. La plaque est dévoilée en 1974, lors d’une petite cérémonie organisée près de l’entrée du parc. M. Patrick est décédé en 1947, mais les cinq autres hommes, pour la plupart octogénaires, sont présents.

Un homme dans un garage ou un atelier, près de trois sculptures de reptiles préhistoriques. Il tient dans ses mains une canne de peinture et un pinceau.

John Kanerva avec quelques-unes de ses créations. Photo prise par Jack De Lorme et publiée dans The Albertan le 14 novembre 1956. « John Kanerva, créateur de dinosaures, Calgary, Alberta », 1956-11 (CU1139955). Gracieuseté de la collection numérique des bibliothèques et des ressources culturelles de l’Université de Calgary.posing with some of his models of flesh-eating reptiles and dinosaurs.

C’est le nom de John Kanerva qui est le plus souvent mentionné. Après la construction du parc et des dinosaures, Kanerva poursuit son travail au zoo, créant de nouveaux dinosaures tout en préservant les originaux. Ils sont l’œuvre de sa vie. « C’est vrai, John a fait la majeure partie du travail », déclare M. Sternberg lors de la cérémonie. La longue association de Kanerva avec les dinosaures tant appréciés de Calgary, et surtout le rôle qu’il a joué dans la sculpture de Dinny, font de lui une sorte de célébrité locale. Assis dans son fauteuil roulant lors du dévoilement de la plaque, l’homme de 91 ans fume un cigare fin, entouré de sa famille, de ses amis et de ses anciens collègues qui applaudissent sous la musique des cornemuses. Nombreux sont ceux qui, pendant plusieurs années, ont incité la ville à honorer Kanerva et ses collègues en inaugurant un lieu d’intérêt permanent. Alderman Tom Priddle, qui dévoile la plaque, s’excuse d’ailleurs du retard.

En 1975, le zoo de Calgary annonce un plan décennal de grande envergure. Le zoo et sa réputation grandissent au même rythme que la ville. Dans le but d’améliorer les conditions de vie des animaux du zoo, on décide de faire de la place sur l’île St. George pour leur donner de plus grands habitats.

C’est la fin du parc d’histoire naturelle. Toutefois, en raison de sa popularité et de son histoire, un nouveau parc préhistorique est prévu juste au nord de l’île St. George, de l’autre côté de la rivière Bow. Le plan initial prévoit le déplacement de bon nombre des dinosaures d’origine vers le nouveau parc, ainsi que la création de quelques nouvelles sculptures. Or, plusieurs des dinosaures, y compris Dinny, commencent à prendre de l’âge et dépérissent.

Le nouveau parc ouvre en 1983. Bien que la majorité des plans aient été réalisés, les dinosaures ne sont pas déplacés et finissent par être détruits. De nouvelles sculptures en fibre de verre, plus faciles à entretenir, sont toutefois ajoutées au nouvel emplacement. Leur représentation plus moderne correspond mieux à l’image que le public se fait des dinosaures. De plus, il aurait été très coûteux de déplacer et de réparer les statues d’origine. Le climat économique difficile de l’époque exige des sacrifices pour assurer l’achèvement du parc. Les dinosaures sont assujettis au même cycle de prospérité et de récession que les autres résidents de Calgary; mais ils n’y survivent pas.

Heureusement, Dinny vit assez longtemps pour recevoir, à la demande du zoo, le statut de ressource historique provinciale en 1987, obtenant ainsi la protection accordée aux importants monuments historiques. En plus de son nouveau statut, la sculpture reçoit un peu d’amour cette année-là, certains dommages subis au cours des dernières décennies étant réparés.

Photographie noir et blanc de deux enfants grimpant sur la sculpture d’un imposant dinosaure.

Enfants grimpant sur un dinosaure au zoo de Calgary, Alberta (e010973689)

Depuis quelques années, le zoo de Calgary s’intéresse de nouveau à Dinny. Des travaux terminés en 2019 ont renforcé le cou et la patte arrière gauche de la statue. La restauration de la surface et les travaux de peinture ont commencé en juin 2021 pour se terminer à la fin de l’été.

À une certaine époque, John Kanerva repeignait régulièrement Dinny, à quelques années. J’ignore cependant quand il l’a fait pour la dernière fois. En fait, je crois que je n’ai jamais vu Dinny fraîchement peinturé. J’ai hâte! Dinny a été construit pour transporter les gens des millions d’années en arrière. Mais pour moi, les souvenirs seront beaucoup plus récents. En redevenant la fierté de Calgary, Dinny nous donnera un aperçu du passé de la ville, dont on parle encore aujourd’hui.


Richard Howe est technicien d’imagerie numérique à la Division des services de numérisation de Bibliothèque et Archives Canada.

Services de référence au-delà des frontières

Par Virtue Tran

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a une clientèle diversifiée aux besoins variés. Aux Services de référence, nous recevons de nombreuses demandes d’un peu partout dans le monde. Même si les services offerts à la communauté internationale ressemblent beaucoup à ceux que reçoivent les demandeurs canadiens, nos réponses doivent tenir compte des problèmes associés à l’accès à notre collection au-delà des frontières. Le présent blogue offre un aperçu de nos clients internationaux, des questions intéressantes que nous avons reçues et des techniques utilisées par nos spécialistes pour aider cette communauté d’usagers à consulter notre collection.

Nos clients

Nous avons des clients dans le monde entier! Entre 2018 et 2020, des demandes nous sont parvenues de nombreux pays et régions :

  • Afrique : Côte d’Ivoire, Djibouti, Maroc, Tunisie
  • Amériques : Brésil, États-Unis, Martinique, Trinité-et-Tobago
  • Asie : Inde, Japon, Taïwan
  • Europe : Allemagne, Belgique, France, Irlande, Italie, Portugal, Royaume-Uni, Russie, Suisse
  • Moyen-Orient : Émirats arabes unis, Israël
  • Océanie : Australie

Cette liste n’est qu’un petit échantillon des demandes que nous recevons de l’étranger. Nombre de demandeurs sont des professeurs et des étudiants réalisant des recherches sur un sujet canadien précis, ou sur un sujet comprenant un volet canadien (p. ex. des groupes ethniques ayant immigré au Canada, des politiques gouvernementales ou la culture canadienne). Les étudiants en science de l’information qui s’intéressent à BAC en tant qu’institution, ou à l’état de la bibliothéconomie et des archives au Canada, occupent une place particulière dans cette clientèle.

Bien entendu, il y a aussi des archivistes, des bibliothécaires et des généalogistes. Ces clients sont des spécialistes de l’information; ils possèdent habituellement des outils leur permettant d’effectuer des recherches très approfondies. Leurs questions portent donc surtout sur des recherches pour leurs propres clients ou pour des travaux personnels.

Récemment, par exemple, nous avons reçu des messages de la Bibliothèque du patrimoine naturel écossais et du Direção-Geral do Livro, dos Arquivos e das Bibliotecas (le ministère portugais des livres, des archives et des bibliothèques). Enfin, les demandes provenant du public peuvent être extrêmement variées. Elles sont souvent posées par curiosité, ou dans le cadre d’un passe-temps ou d’une recherche généalogique.

Voici trois exemples de sujets qui ont suscité l’intérêt de nos clients étrangers.

De la Martinique : Employés de maison de la Guadeloupe en 1910-1911

Un client a demandé de l’information sur le service d’immigration du Canada en 1910-1911, ainsi que les biographies de divers fonctionnaires de l’immigration ayant travaillé sur le dossier des employés de maison de la Guadeloupe. Ces renseignements se trouvent surtout dans des livres portant sur l’histoire des lois en matière d’immigration et sur les politiques canadiennes. À l’époque, c’est le ministère de l’Intérieur qui était responsable de l’immigration. Puisque l’immigration des Noirs n’était pas recommandée (tout comme celle d’autres groupes ethniques d’ailleurs), les agents d’immigration trouvaient des motifs pour les déporter en vertu de l’Acte d’immigration de 1910.

Sources supplémentaires :

Base de données de BAC : Immigrants pour le Canada, porteurs et domestiques, 1899-1949

Calliste, A. (1991). « Canada’s immigration policy and domestics from the Caribbean: The second domestic scheme ». Dans S. Brickey et E. Comack (directeurs de publication), The social basis of law: Critical readings in the sociology of law (2e édition, p. 95-121). Halifax : Garamond Press.   OCLC 24743137   Ce chapitre cite plusieurs sources d’archives disponibles à BAC.

Kelley, N. et J. T. Michael, 2010. The Making of the Mosaic: A History of Canadian Immigration Policy. 2e édition. Toronto : Presses de l’Université de Toronto. OCLC 531018353

Le chapitre 4 de ce livre porte sur l’industrialisation, l’immigration et les fondements de la politique d’immigration de 1896 à 1914. Les auteurs abordent la discrimination contre les immigrants asiatiques qui est pratiquée en vertu de l’admission sélective. Le traitement discriminatoire des immigrants noirs y est aussi discuté, mais dans une moindre mesure.

Macklin, A. (1992). Foreign domestic worker: Surrogate housewife or mail order servant. Revue de droit de McGill, 37(3), p. 681-760.  ISSN : 0024-9041 – OCLC 768130032

Yarhi, E. (2016). Décret C.P. 1911-1324, la proposition d’interdiction de l’immigration noire au Canada. L’Encyclopédie canadienne. Historica Canada.

Une page tapuscrite (formulaire B de l’Acte d’immigration de 1910, utilisé pour les expulsions).

Formulaire B — Ordonnance d’expulsion (bobine C-10411 sur Héritage).

De la France : La chanson Les belles-mères de La Bolduc

Nous avons reçu une demande d’information sur la chanson Les belles-mères de la célèbre chanteuse populaire surnommée La Bolduc. Cette chanson empruntait la mélodie de Red River Valley [Vallée de la rivière Rouge], comme le précise notre biographie de la chanteuse. Elle est disponible sur le Gramophone virtuel, avec d’autres chansons numérisées de La Bolduc, tandis que des livres, des articles et des partitions sont accessibles dans notre catalogue Aurora.

Photo couleur de l’étiquette de la chanson Les belles-mères, avec un lettrage doré sur un disque bleu marin.

Étiquette de la chanson Les belles-mères, publiée par la Compo Company Limited (OCLC 1007640213)

Du Royaume-Uni : Enregistrements de Stephen Leacock

Quelqu’un voulait obtenir une liste d’enregistrements sonores portant sur les œuvres écrites de Stephen Leacock. Plus précisément, le demandeur voulait connaître le nom des personnes qui parlaient dans les enregistrements. BAC possède de nombreux enregistrements sonores, accessibles dans son catalogue Aurora. L’information sur les lecteurs se trouve dans les notices bibliographiques, que ce soit dans la section des interprètes, dans les notes ou même dans le titre.

Photo noir et blanc de Christopher Plummer en complet, debout à gauche, avec les bras croisés. Une grande peinture encadrée, montrant une femme vêtue d’une robe et tenant un éventail, est accrochée sur la droite.

Le célèbre acteur Christopher Plummer a lu et adapté des écrits de Stephen Leacock. (a182414) pour un exemple, voir OCLC 3589995).

Accès à la collection : options de recherche

Nous orientons souvent les clients qui ne vivent pas près d’Ottawa, en Ontario, vers des institutions qui se trouvent à proximité de chez eux afin qu’ils puissent avoir accès aux documents pertinents. Si cela est impossible, nous avons recours à trois autres techniques :

1.Internet

Les ressources en ligne sont très nombreuses. Nous en présentons ici quelques-unes parmi les plus utilisées par les bibliothécaires de référence.

BAC tient à jour diverses ressources qui peuvent servir de point de départ pour des recherches. Elles sont accompagnées d’une page d’explication où figurent un résumé du sujet et, parfois, une liste de suggestions de lecture. Le portail des publications du gouvernement du Canada et les collections des bibliothèques canadiennes sur Internet Archive, qui hébergent une quantité impressionnante de publications officielles et les collections de bibliothèques ministérielles, sont également utiles. Enfin, le site Canadiana est idéal pour trouver du contenu canadien antérieur à 1921.

2. Prêts entre bibliothèques

BAC n’offre pas de service de prêts entre bibliothèques. Par conséquent, les bibliothécaires de référence comptent sur les bibliothèques locales pour offrir ce service qui permet aux clients d’obtenir les publications désirées. Aux États-Unis, de nombreuses universités détiennent des fonds canadiens, et certaines bibliothèques publiques offrent des prêts à leurs homologues canadiennes.

Les chances de trouver une publication dans une institution outremer sont nettement moins élevées, mais cela n’est pas impossible. On peut trouver des collections spécialisées dans les universités qui offrent des programmes d’études canadiennes et dans les bibliothèques et musées nationaux, entre autres.

Notons également que de nombreux organismes internationaux sont situés en Europe. Ceux-ci ont souvent des bibliothèques qui acquièrent du contenu canadien lié à leurs activités. Si elles ne font généralement pas de prêts, elles sont souvent ouvertes au public et aux chercheurs.

3. Services de copie

Les services de copie sont toujours une option. BAC peut fournir des copies de documents, d’images, etc., dans divers formats, y compris numériques (PDF ou JPEG). La plupart des institutions offrent ce service moyennant certains frais, mais le véritable défi consiste à découvrir où se trouvent les copies papier. C’est ici que les ouvrages de référence, les bibliographies et les catalogues collectifs entrent en jeu. Même ancienne, une ressource peut aider à déterminer l’exactitude de certaines références et à identifier les institutions qui détenaient des copies. Ces parcelles d’information sont utiles pour retracer des publications, surtout les vieux documents qui sont souvent jetés lorsqu’ils ne répondent plus aux besoins des utilisateurs.

Grâce à leurs compétences et à leur persévérance, et avec une petite dose de chance, les employés des Services de référence de BAC vous aideront à découvrir notre patrimoine canadien. N’hésitez donc pas à nous envoyer vos demandes au moyen du formulaire Posez-nous une question. C’est avec plaisir que nous vous aiderons dans vos recherches!


Virtue Tran est bibliothécaire de référence à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.