Allons au Nord, Monsieur!

En 1894, le gouvernement du Canada commence à s’intéresser au Yukon. L’arrivée de citoyens américains dans la région inquiète, d’autant plus que la frontière est contestée à certains endroits. Le maintien de la loi et de l’ordre et le commerce de l’alcool chez les mineurs sont aussi de plus en plus préoccupants.

L’inspecteur Charles Constantine, de la Police à cheval du Nord-Ouest, est donc dépêché au Yukon. Sa mission : faire appliquer la loi, surveiller la frontière, contrôler les échanges commerciaux et déterminer l’effectif requis pour faire régner l’ordre dans la région.

Au bout de quatre semaines de travail, l’inspecteur Constantine retourne dans le Sud et présente son rapport au gouvernement. Il recommande l’envoi d’une plus grande force policière au Yukon : des hommes chevronnés, robustes, sobres et âgés de 22 à 32 ans. L’année suivante, en 1895, un contingent de 20 policiers quitte donc Regina sous son commandement. Direction : la frontière Yukon-Alaska. En juillet, les hommes atteignent la ville de Forty Mile, où ils érigent le fort Constantine. Défrichement, lutte contre les éléments et les insectes, construction de leurs quartiers : voilà les faits marquants de leur première année au Yukon. (Fait remarquable, les crimes sont rares à l’époque dans la région.)

Deux photos en noir et blanc apposées sur une page d’album, illustrant chacune un groupe de la Police à cheval du Nord-Ouest, dehors, dans la neige.

Le détachement du fort Constantine (maintenant Forty Mile) aux abords de la rivière Yukon, en 1895. C’est le premier groupe de la Police à cheval du Nord-Ouest établi au Yukon. (MIKAN 3715394)

En 1896, la situation change du tout au tout lorsqu’on découvre de l’or près de la rivière Klondike. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. La région, qui ne comptait jusque-là que 1 600 âmes, voit déferler jusqu’à l’été 1897 des dizaines de milliers de prospecteurs, de joueurs, de spéculateurs et d’individus ayant des intentions criminelles, la majorité en provenance des États-Unis.

La Police à cheval du Nord-Ouest, toujours sous le commandement de l’inspecteur Constantine, a fort à faire pour veiller au respect de la loi dans une région envahie par les chercheurs d’or. On installe des postes de douane aux cols Chilkoot et White, et on commence à réclamer des droits et à imposer des tarifs divers. Les prospecteurs qui n’ont pas assez d’argent pour se rendre à Dawson City et y passer l’hiver sont retournés chez eux.

En 1898, les 51 membres de la Police à cheval du Nord-Ouest et les 50 membres de la milice canadienne assurent la souveraineté du Canada sur le territoire du Yukon. Même s’ils sont en infériorité numérique, à court de matériel et de personnel, ils continuent de faire régner la loi et l’ordre aux passages frontaliers et dans les régions minières.

Trois officiers de la Police à cheval du Nord-Ouest au repos, en uniforme, les mains croisées sur l’extrémité de leurs fusils.

Police à cheval du Nord-Ouest au Yukon, 1898-1899 (MIKAN 3379433)

La ruée vers l’or au Klondike se poursuit jusqu’en 1899, année où l’on découvre aussi de l’or en Alaska. La route des prospecteurs bifurque alors vers cet État, plus précisément vers la région de Nome. L’épopée au Klondike laisse toutefois des traces : des infrastructures pour l’approvisionnement, les services de soutien et la gouvernance qui favoriseront le développement du Yukon, au point où il deviendra un territoire canadien le 13 juin 1898. La Police à cheval du Nord-Ouest, demeurée sur le territoire, continuera à y faire régner la paix et l’ordre.

Photo en noir et blanc de deux hommes en uniforme de la Police à cheval du Nord-Ouest, assis sur des lits de camp dans une tente.

La Police à cheval du Nord-Ouest au Yukon, 1898-1910 (MIKAN 3407658)

Bibliothèque et Archives Canada conserve une grande variété de documents en lien avec la Police à cheval du Nord-Ouest, sa présence sur le territoire du Yukon et la ruée vers l’or au Klondike. Cherchez d’abord dans le fonds Charles Constantine, en utilisant la fonction « Recherche de fonds d’archives ». En faisant une recherche de base à partir du nom de M. Constantine, vous trouverez aussi des documents du ministère de la Justice.

Lancez également des recherches avec les mots-clés suivants pour trouver d’autres documents de cette époque. (Pour obtenir le maximum de résultats, utilisez également les mots-clés anglais, car plusieurs documents n’existent que dans cette langue.)

Lac Bennett (Bennett Lake)
Chilkoot
Dawson City Yukon
Dyea
Forty Mile
Ruée vers l’or (Gold Rush)
Rivière Klondike (Klondike River)
Skagway
White Pass
Rivière Yukon (Yukon River)

Sites connexes

Des images du Canada aux Pays-Bas maintenant sur Flickr

Vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, c’est aux forces canadiennes qu’incomba la responsabilité de libérer les Pays-Bas de l’occupation nazie. Pendant les combats, les civils retenus derrière les lignes ennemies souffrirent de malnutrition, de famine et de mauvaises conditions de logement; environ 18 000 perdirent la vie. La libération des Pays-Bas coûta la vie à plus de 6 700 soldats canadiens.

1915 : Suivriez-vous cet exemple?

Les affiches de recrutement ci-dessous font partie d’une collection remarquable de plus de 4 000 affiches de nombreuses nations impliquées dans un conflit armé qui ont été acquises sous la direction de l’archiviste fédéral, M. Arthur Doughty, dans le cadre d’un effort plus large visant à documenter la Première Guerre mondiale.

Image de deux affiches côte à côte, l’une en anglais et l’autre en français. L’image montre un soldat debout, vu de profil, devant le drapeau Union Jack, le fusil sur l’épaule. Il porte l’uniforme et l’équipement du soldat canadien en 1915 : fusil Ross, sac à dos, casquette, bandes molletières et pelle MacAdam (appelée aussi pelle Hughes).

Une version anglaise et une version française d’une affiche utilisant la même image, mais avec un texte véhiculant des émotions très différentes. (MIKAN 3667198 et MIKAN 3635530)

Alors que la guerre meurtrière sans issue se poursuivait sur le front occidental en 1915, les nations impliquées dans le conflit armé furent forcées d’organiser des campagnes de recrutement dans le but de former de nouvelles divisions d’hommes pour les envoyer au combat. Les deux batailles mentionnées sur l’affiche ne furent certainement pas de grandes victoires pour le Corps expéditionnaire canadien qui venait tout juste de commencer ses opérations militaires. La défense désespérée à Saint-Julien, les opérations durant la Deuxième bataille d’Ypres de même que le résultat non concluant de la bataille de Festubert en mai 1915 étaient les seuls exemples dont les autorités disposaient afin de lever de nouvelles troupes pour le service outre-mer.

Le verset sentimental et l’image patriotique étaient d’usage conventionnel pour ce type d’affiche. Elle ferait appel aux Canadiens qui avaient des liens solides avec la Grande-Bretagne, mais offrirait peu d’encouragements aux Canadiens français, aux communautés des Premières Nations ou à d’autres groupes à s’enrôler. Il est intéressant de noter que le texte n’est pas une simple traduction : en anglais, le thème est le sacrifice héroïque alors qu’en français, il porte sur la fin du carnage et la restauration du « progrès ».

Ces affiches présentent un portrait réaliste d’un soldat au début de la guerre. Ce caporal suppléant est armé d’un fusil Ross dont les graves défauts ont été exposés dans les récits canadiens de la Première Guerre mondiale. Il porte des bottines basses et des bandes molletières (longue bande de tissu enroulée autour de ses mollets) qui étaient moins coûteuses à fabriquer que les bottes au genou, mais qui offraient moins de protection contre le froid et l’humidité. Les casques d’acier n’avaient pas encore été développés, laissant la tête et le haut du corps vulnérables aux éclats d’obus ou à tous les débris projetés.

Il est également alourdi par la pelle MacAdam (qui pend à sa hanche). Cette invention était le résultat d’une collaboration entre le ministre de la Milice et de la Défense, Sir Sam Hughes, et sa secrétaire, Ena MacAdam. Elle tentait de combiner un bouclier personnel et une pelle. La lame de la pelle était percée d’un petit trou qui devait permettre à un soldat couché sur le sol de viser avec son fusil et de faire feu à travers le trou tout en étant protégé par elle. Toutefois, la pelle était trop lourde et la terre passait à travers le trou. De plus, le bouclier était trop mince pour bloquer les balles allemandes! Heureusement, cet outil polyvalent raté a disparu petit à petit de l’équipement standard remis aux soldats avant que la première Division quitte l’Angleterre pour se rendre en France. Cette affiche est un artéfact important de son époque. Elle montre qu’en 1915, les soldats canadiens qui combattaient outre-mer avaient encore un très long chemin à parcourir.

Photographie noir et blanc montrant trois hommes dont deux sont clairement en uniforme. Un officier (le ministre de la Milice et de la Défense Sam Hughes) tient la pelle MacAdam, qui est une pièce de métal en forme de bêche avec un trou sur un côté, alors que l’autre officier est accroupi sur le sol et fait quelque chose qu’on ne peut discerner. Le troisième regarde la pelle.

Sam Hughes tenant la pelle McAdam (MIKAN 3195178)

Ressources connexes

100e anniversaire de l’écriture du poème iconique « In Flanders Fields »

Le poème « In Flanders Fields » de John McCrae, dont l’adaptation française s’intitule « Au champ d’honneur », est l’une des œuvres littéraires les plus connues à émerger de la Première Guerre mondiale. L’héritage le plus durable du poème est sa popularisation du coquelicot comme symbole du souvenir des personnes qui ont été tuées durant la guerre.

On pense que McCrae a écrit le poème durant la deuxième semaine de la seconde bataille d’Ypres, alors qu’il était stationné à l’endroit qui est devenu par la suite le poste de secours avancé de la ferme Essex, tout juste au nord de la vile d’Ypres. McCrae, qui était major et médecin militaire, était le commandant en second de la 1re brigade de l’Artillerie de campagne canadienne. Les circonstances exactes au cours desquelles le poème a été écrit relèvent toutefois de la légende. Les versions les plus citées de l’origine du poème sont centrées sur la peine ressentie par McCrae à la suite de la mort de son ami, le lieutenant Alexis Helmer, un officier de la 1re brigade de l’Artillerie de campagne canadienne, qui a été tué après avoir été frappé de plein fouet par un obus allemand le matin du 2 mai. Selon un témoignage, McCrae était tellement anéanti après les funérailles de son ami (pour lequel McCrae lui-même s’était occupé du service funèbre en l’absence d’un aumônier) qu’il a écrit le poème en une vingtaine de minutes pour se calmer. Une autre version veut que McCrae ait été vu en train d’écrire son poème le jour suivant, le 3 mai, assis sur le marchepied arrière d’une ambulance tout en regardant la tombe de Helmer et les coquelicots qui avaient poussé près du poste de secours. Son commandant, le lieutenant-colonel Morrison, propose une troisième version : McCrae a écrit son poème durant ses temps libres entre les arrivées de soldats blessés. Pour ajouter au mystère, l’Imperial War Museum en Angleterre possède une copie d’un texte olographe original (en anglais seulement) du poème écrit par McCrae pour le capitaine Tyndale-Lea, qui allègue que McCrae a écrit le poème le 29 avril 1915, trois jours avant la mort du lieutenant Helmer.

Le poème « In Flanders Fields »manuscrit sur du papier jauni avec une encre très décolorée.

Copie du poème « In Flanders Fields » écrit de la main de John McCrae. Morrison était l’ami et le commandant du poète, de même que médecin, 8 décembre 1915 (MIKAN179238)

Il existe également plusieurs hypothèses concernant la manière dont le poème a été soumis à un éditeur pour être publié. Selon un témoignage, McCrae a jeté le poème, mais un autre soldat l’a ramassé et l’a envoyé à un journal de Londres. Il est possible également que ce soit McCrae lui-même qui l’ait soumis puisqu’il a fait plusieurs copies manuscrites pour les donner à des amis peu après l’avoir écrit. Le poème a été publié par le magazine Punch le 8 décembre 1915. En quelques mois, il est devenu le poème le plus populaire de la guerre.

Bien qu’on ne connaisse aucune institution qui possède l’ébauche originale du poème de John McCrae, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) en possède deux versions manuscrites, toutes deux rédigées et signées par McCrae. L’une est datée du 8 décembre 1915 et fait partie de la collection donnée à BAC par le major-général Sir Edward W.B. Morrison qui était l’ami et le compagnon d’armes de McCrae. L’autre est dactylographiée sur du papier et fait partie d’une collection de documents donnée par James Edward Hervey McDonald, un peintre et un membre fondateur du Groupe des Sept. BAC possède également une collection exhaustive et très détaillée de lettres et de journaux personnels de John McCrae couvrant une grande partie de sa vie, de l’enfance jusqu’à peu avant sa mort à la suite d’une pneumonie, en janvier 1918.

Photographie en noir et blanc montrant un homme en uniforme militaire assis sur des marches avec un chien à ses côtés.

Le lieutenant-colonel John McCrae et son chien Bonneau, vers 1914 (MIKAN 3192003)

Si vous désirez en apprendre davantage au sujet du poème, écoutez le baladodiffusion In Flanders Fields : un siècle de coquelicots.

Ressources

Hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria : capitaine Francis Alexander Caron Scrimger, VC

Aujourd’hui, notre série Centenaire de la Première Guerre mondiale  hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria rappelle à notre mémoire le quatrième médaillé de la Croix de Victoria du Canada de la Première Guerre mondiale, le capitaine Francis Alexander Caron Scrimger, VC.

Il y a cent ans, le 25 avril 1915, le capitaine Francis Alexander Caron Scrimger était le médecin qui supervisait les traitements pour la 2e Ambulance de campagne dans une maison de ferme près de Wiltje, en Belgique, sur la route St. Julien-Ypres. Cela faisait trois jours que les Allemands avaient percé une brèche importante dans le front allié. L’artillerie allemande bombardait avec intensité le secteur et on pouvait voir l’infanterie ennemie du poste de secours. Le capitaine Scrimger, qui a mérité une Croix de Victoria pour les actions qu’il a posées ce jour-là, est resté, malgré le feu nourri, pour diriger l’évacuation des blessés du poste de secours. Dernier à partir, il a transporté un homme gravement blessé, le capitaine Macdonald, de la maison de ferme jusqu’à la route, où les bombardements l’ont obligé à s’arrêter et à protéger avec son propre corps le capitaine Macdonald en attendant une accalmie.

Photographie en noir et blanc montrant un jeune homme, en uniforme militaire, avec une moustache et des lunettes, regardant directement le photographe.

Capt F.A.C. Scrimger, VC (SSAC) (MIKAN 3220991)

La citation du capitaine Scrimger parue dans le London Gazette relate le reste de l’histoire :

Lorsque [le capitaine Scrimger] ne peut aller plus loin avec [le capitaine Macdonald], il reste avec lui, sous la pluie de tirs, jusqu’à l’arrivée des renforts. Au cours des combats très violents qui se sont déroulés entre le 22 et le 25 avril, le capitaine Scrimger a fait preuve jour et nuit d’un grand sens du devoir auprès des blessés, au front. (London Gazette, no 29202, le 23 juin 1915) [traduction].

Le capitaine Francis Alexander Caron Scrimger est né à Montréal (Québec), le 10 février 1881 et a obtenu son doctorat en médecine de l’Université McGill en 1905. Durant la Première Guerre mondiale, il a servi comme médecin-capitaine au sein du Corps de santé royal canadien (CSRC), 14e Bataillon, Royal Montreal Regiment. Le capitaine Scrimger a survécu à la guerre et, plus tard, a œuvré comme aide-chirurgien, puis comme chirurgien en chef à l’hôpital Royal Victoria de Montréal. Il meurt à Montréal le 13 février 1937.

Photographie en noir et blanc montrant quatre hommes debout devant la porte d’un édifice. À l’arrière-plan, on voit une infirmière et un homme regardant la scène.

Un groupe de délégués participant au Clinical Congress of Surgeons of America (dont le colonel Scrimger, VC, deuxième à partir de la gauche, en avant-plan), 1920 (MIKAN 3260187)

Bibliothèque et Archives Canada a la garde du dossier de service du Corps expéditionnaire canadien pour le capitaine Francis Alexander Caron Scrimger.

Autres ressources

 

Hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria : lieutenant Edward Donald Bellew et sergent-major de compagnie Frederick William Hall

Le second épisode dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale : la série Hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria rappelle les actions du lieutenant Edward Donald Bellew et du sergent-major de compagnie Frederick William Hall.

Lieutenant Edward Donald Bellew, VC

Le 24 avril 1915, le lieutenant Edward Donald Bellew, un officier âgé de 32 ans faisant partie du 7e (1st British Columbia) Bataillon, combattait près de Keerselaere, en Belgique, sur le saillant d’Ypres pour repousser les assauts des Allemands contre le front allié après que l’armée allemande ait utilisé le gaz toxique pour la première fois avec succès.

Alors que ses frères d’armes tombaient tout autour, soit tués soit blessés, et sans l’espoir d’une relève, le lieutenant Bellew opérait une des deux mitraillettes du bataillon. Lui et le sergent Hugh Pearless sont restés aux commandes de leur mitraillette, positionnés en hauteur et surplombant les troupes allemandes qui avançaient, même s’ils étaient presque complètement encerclés par l’ennemi.

La citation visant à décerner la croix de Victoria au lieutenant Bellew parue dans le London Gazette décrit que même si le sergent Pearless était tombé au combat et que le lieutenant Bellew était blessé, ce dernier « a soutenu le tir jusqu’à épuisement des munitions et que l’ennemi se rue sur sa position. Le lieutenant Bellew s’est alors emparé d’un fusil, a détruit la mitraillette et s’est battu jusqu’à la fin, avant d’être fait prisonnier » [traduction] (London Gazette, no 31340, le 15 mai 1919) (en anglais seulement). Pour ses actions, on a décerné au sergent Pearless la Médaille de conduite distinguée à titre posthume.

Reproduction en noir et blanc d’un compte rendu dactylographié du 7e Bataillon d’infanterie du Canada durant la période à laquelle le lieutenant Bellew a posé les actions qui lui ont mérité la croix de Victoria.

Extrait du journal de guerre – 7e Bataillon d’infanterie du Canada (MIKAN 1883213)

Le lieutenant Bellew sera prisonnier de guerre en Allemagne jusqu’en décembre 1917, lorsque, à cause des effets permanents du gaz à Ypres, il sera transféré en Suisse. Peu de temps après la fin de la guerre, en décembre 1918, il sera rapatrié en Angleterre, où il restera deux mois dans un hôpital avant de revenir au Canada. Il retourne en Colombie‑Britannique et œuvre comme ingénieur civil. Il meurt à Kamloops le 1er février 1961.

Sergent-major de compagnie Frederick William Hall, VC

Dans la nuit du 23 avril, au cœur des combats féroces qui se déroulent sur le saillant d’Ypres, le sergent-major de compagnie Hall du 8e Bataillon, Corps expéditionnaire canadien, comprend que plusieurs hommes de sa compagnie manquent à l’appel. Deux fois cette nuit-là, alerté par les plaintes des blessés, il s’avance dans le « no man’s land » afin de récupérer les blessés. Tôt le matin du 24, lorsqu’un soldat blessé appelle à l’aide à 15 verges de sa tranchée, le lieutenant Hall et deux autres personnes, le caporal suppléant John Arthur Kenneth Payne et le soldat John Rogerson, rampent jusqu’à sa hauteur. Lorsque les militaires Payne et Rogerson sont tous deux blessés, le sergent-major de compagnie Hall persévère afin de sauver les blessés.

Photographie en noir et blanc d’un jeune soldat, en uniforme militaire, arborant une moustache et assis sur une chaise.

Sergent-major Frederick W. Hall, VC (MIKAN 3216472)

La citation du sergent-major de compagnie Hall parue dans le London Gazette (en anglais seulement) relate qu’après l’échec de sa première tentative, « le sergent-major de compagnie Hall s’est repris une seconde fois faisant preuve d’une grande bravoure et, alors qu’il soulevait l’homme blessé pour le ramener, Hall s’est effondré, frappé mortellement à la tête » [traduction]. Le soldat que Hall tentait de sauver a aussi été tué.

Dessin d’une carte des tranchées où le 8e Bataillon d’infanterie du Canada s’était engagé lors de la première bataille d’Ypres.

Carte tirée du journal de guerre du 8e Bataillon d’infanterie du Canada. (MIKAN 1883215)

Frederick William Hall et les deux autres médaillés de la croix de Victoria, Leo Clarke et Robert Shankland, vivaient sur la rue Pine à Winnipeg (Manitoba) avant la guerre. En 1925, la rue Pine est renommée « Valour Road » pour honorer les trois hommes.

Bibliothèque et Archives Canada a la garde du dossier des états de service du Corps expéditionnaire canadien pour le lieutenant Edward Donald Bellew et le sergent-major de compagnie Frederick William Hall.

 

Centenaire de la Première guerre mondiale – hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria : caporal suppléant Frederick Fisher, VC

Le premier profil de la série Centenaire de la Première guerre mondiale – hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria rend hommage au caporal suppléant Frederick Fisher, de St. Catharines (Ontario).

Coupure de journal d’une photographie à l’aspect granuleux du caporal suppléant Fisher accompagnée de la légende suivante : « Le caporal suppléant F. Fisher (13e Bataillon du Canada) qui a reçu la VC. Sa bravoure lui a coûté la vie. Deux de ses frères sont dans l’Armée » [TRADUCTION LIBRE].

Caporal suppléant F. Fisher, V.C. (MIKAN 3215642)

À l’âge de 20 ans, le caporal suppléant Fisher était affecté à la section de mitrailleuses du 13e Bataillon, Royal Highlanders of Canada, lorsque la seconde bataille d’Ypres a débuté le 22 avril 1915.

Affiche en couleur de l’Union Jack (drapeau de l’Union royale) présenté de côté et accompagné d’un avis de recrutement pour les 13e, 42e  et 73e bataillons, connus comme le Royal Highlanders of Canada et alliés avec la Black Watch.

Affiche servant à recruter des membres du Royal Highlanders (MIKAN 3635556)

Ce jour-là, l’armée allemande avait répandu du chlore gazeux sur un front de plus de 6,5 kilomètres, surtout dans une portion tenue par des troupes françaises coloniales et territoriales. Lors de cette attaque, les Français, qui étaient sur le flanc gauche des Canadiens, ont essuyé 6 000 pertes en 10 minutes et bon nombre des militaires qui n’avaient pas été importunés sur le fait se sont enfuis. Les troupes canadiennes de la 1re Division se sont déplacées pour refermer l’immense brèche qui s’était ainsi formée sur le front.

Reproduction d’une page dactylographiée décrivant les activités des troupes durant la période du 22 avril au 30 avril 1915.

Extrait des journaux de guerre du 13e Bataillon d’infanterie du Canada entre le 22 avril et le 30 avril 1915 (MIKAN 1883219)

Le jour suivant, alors que les mesures de défense autour de lui avaient été anéanties, le caporal suppléant Fisher et six autres hommes ont foncé avec une mitrailleuse et ont empêché l’infanterie allemande d’avancer en les maintenant sous un feu nourri. Ce faisant, on a pu retirer les canons de campagne canadiens de 18 livres. Quatre des défenseurs sont morts durant cette opération. Plus tard le même jour, le caporal suppléant Fisher et quatre hommes du 14e Bataillon sont encore sortis pour faire feu sur les troupes allemandes qui avançaient. Le médaillé sera le seul homme à survivre à l’engagement. Il mourra plus tard le même jour, alors qu’il tentait une fois de plus de repousser l’attaque allemande.

La citation dans le London Gazette, parue le 23 juin 1915, relate que le caporal suppléant Fisher « a avec beaucoup de chevalerie aidé à couvrir la retraite d’une batterie » [TRADUCTION LIBRE] (London Gazette, no 29202) [en anglais seulement]. Tout comme de nombreux soldats canadiens qui sont morts dans les premiers jours de la seconde bataille d’Ypres, le corps du caporal suppléant n’a jamais été récupéré. Son nom figure sur le mémorial de la Porte de Ménin rendant hommage aux disparus à Ypres, aux côtés du nom de plus de 54 000 autres soldats de la Bretagne, de l’Australie, du Canada et de l’Inde qui n’ont pas de sépulture connue. Sa croix de Victoria est conservée au Canadian Black Watch Museum (en anglais seulement), à Montréal.

Bibliothèque et Archives Canada a la garde du dossier des états de service du Corps expéditionnaire canadien pour le caporal suppléant Frederick Fisher.

Images du Canada à Ypres maintenant sur Flickr

Ypres, la dernière grande ville belge contrôlée par les Alliés pendant la Première Guerre mondiale, protège les ports français sur la Manche et doit à ce titre être défendue à tout prix. Les Forces canadiennes jouent un rôle crucial au cours de nombreux combats qui se déroulent dans la ville et les environs.

Centenaire de la Première guerre mondiale – hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria : la deuxième bataille d’Ypres

Au cours de la première semaine d’avril 1915, des membres de la 1re Division canadienne, qui comprend bon nombre des tout premiers volontaires de la guerre, quittent Béthune (France) pour se déployer plus au nord, sur la partie active du front, près d’Ypres. Cette ville belge fondée au Moyen‑Âge est le théâtre de l’une des premières et des plus sanglantes batailles de 1914 en raison de sa grande importance stratégique. Quand le front se stabilise en novembre 1914, les Alliés progressent autour de la ville et forment dans les lignes allemandes un saillant entouré de terrains surélevés de trois côtés.

Le 22 avril 1915, les Allemands, déterminés à éliminer le saillant, utilisent les premières armes chimiques de l’histoire lorsqu’ils lancent 160 tonnes de chlore gazeux sur le front allié. Les membres de la 1re Division canadienne, arrivés dans leur tranchée il y a à peine une semaine, tentent désespérément de défendre un trou de 6,5 kilomètres dans les lignes alliées, car la division française située à leur gauche succombe devant la nouvelle arme allemande. Le chlore gazeux s’imprègne dans le sol et remplit les tranchées, obligeant les troupes à faire une sortie et à s’exposer au feu des mitrailleuses et de l’artillerie.

Photo noir et blanc d’une ville ravagée par la guerre. Une colonne de troupes composée majoritairement d’hommes à cheval traverse la ville.

Photo de la ville d’Ypres détruite, avec la cathédrale, les Halles aux Draps et des troupes canadiennes qui circulent, en novembre 1917 (MIKAN 3194491)

Photo noir et blanc d’un édifice gothique richement décoré et des édifices adjacents.

La cathédrale et les Halles aux Draps à Ypres avant la Grande Guerre (MIKAN 3329077)

Les troupes allemandes progressent, mais elles n’ont prévu qu’une offensive limitée et ne sont pas assez protégées contre leurs propres armes chimiques pour profiter de la percée réalisée sur le front. Tout au long de la nuit et pendant plusieurs jours, les troupes canadiennes et britanniques combattent pour tenir le front. Les Canadiens organisent une contre‑attaque à Bois‑des‑Cuisinières et participent à de terribles combats à Saint‑Julien : leurs fusils fabriqués au Canada s’enrayent dans la boue, et les soldats, très malades, manquent d’air. Ils réussissent pourtant à résister jusqu’à l’arrivée des renforts, le 28 avril. Les pertes sont épouvantables : la 1re Division canadienne perd 6 035 soldats, soit le tiers de son effectif, avant l’arrivée de la relève. Presque tous étaient des civils quelques mois auparavant.

C’est à la deuxième bataille d’Ypres que les Canadiens font connaissance avec les horreurs de la guerre moderne. Ils continueront pourtant à se développer au point de gagner l’admiration des Forces alliées.

Du 23 au 25 avril, dans le cadre de la série Centenaire de la Première guerre mondiale – hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, nous raconterons les histoires du caporal suppléant Frederick Fisher, du lieutenant Edward Donald Bellew, du sergent‑major de compagnie Frederick William Hall et du capitaine Francis Alexander Caron Scrimger.

Explorer l’album Flickr – Canada à Ypres

Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria

Dans le cadre de la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, nous présenterons, au cours des trois prochaines années, un profil de chacun des récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria. Nous publierons le profil des récipiendaires 100 ans, jour pour jour, après qu’ils aient réalisé l’action à la source de la distinction.

Photographie en couleur d’une médaille. Le ruban est cramoisi. La médaille cruciforme en bronze arbore un lion surplombant une couronne et une bannière, où l’on peut lire For Valour (pour bravoure).

Croix de Victoria (MIKAN 3640361)

La Croix de Victoria (VC) est la décoration militaire la plus prestigieuse du Commonwealth et a préséance sur l’ensemble des médailles, décorations et ordres. Reconnaissance de la bravoure devant l’ennemi, la VC peut être décernée à une personne, peu importe son grade militaire, et à des civils sous commandement militaire. Jusqu’à maintenant, 98 Canadiens ont reçu la Croix de Victoria , le premier étant Alexander Roberts Dunn qui, en 1854, a participé à la bataille de Balaclava durant la guerre de Crimée. Des Croix de Victoria ont été décernées à 71 soldats canadiens durant la Première Guerre mondiale, et à 16 durant la Seconde Guerre mondiale. Les autres médailles ont été remises à des Canadiens par suite de la Rébellion indienne de 1857 (au cours de laquelle William Hall de la Nouvelle-Écosse est devenu le tout premier noir à mériter la VC) et de la guerre d’Afrique du Sud (1899–1902).

En 1993, la Croix de Victoria canadienne a été adoptée en remplacement de la VC britannique. La médaille est identique à la VC britannique, mais l’inscription est en latin — Pro Valore —, une langue à l’origine du français et de l’anglais. Aucune Croix de Victoria canadienne n’a encore été attribuée.

La série de profils renfermera aussi des liens vers des photographies, des états de service militaire, des journaux de guerre et d’autres artefacts numérisés que l’on retrouve dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. Ces collections aident à raconter les récits des Canadiens qui ont connu la Première Guerre mondiale sur de nombreux fronts, y compris le front intérieur, et dont les actions et les souvenirs influencent les Canadiens d’aujourd’hui, de même que leur vision et leur compréhension du premier véritable conflit mondial.

Nous amorcerons la présentation des profils des récipiendaires de la Croix de Victoria en lien avec la Première Guerre mondiale avec le caporal suppléant Frederick Fisher.