Les Amis de BAC et les trésors trouvés à la librairie Le Recoin/Cubby

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Par Evan Dalrymple

Nombreux sont ceux qui connaissent l’Association des amis de la Bibliothèque publique d’Ottawa et ses librairies à Ottawa, mais les Amis de Bibliothèque et Archives Canada et leur librairie Le Recoin sont l’un des secrets les mieux gardés du 395, rue Wellington. Pour ceux qui connaissent, c’est un vrai trésor!

Deux fois l’image d’un livre représentant une personne. Le livre ouvert constitue la tête, et deux mains tiennent les coins inférieurs de la couverture. Au-dessus de l’image de gauche, on peut lire « The Cubby Friends of LAC BOOKSTORE gently used books ». Sous l’image de droite, on peut lire « Le Recoin LIBRAIRIE Les Amis de BAC livres légèrement usagés ».

Le logo de la librairie des Amis de Bibliothèque et Archives Canada, dérivé de la murale d’Alfred Pellan intitulée La Connaissance/Knowledge. La fresque originale se trouve dans la salle Pellan de l’édifice des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale, au 395, rue Wellington, à Ottawa (MIKAN 4932244).

La librairie Le Recoin est ouverte tous les mardis de 10 h à 15 h dans la salle 185 au rez-de-chaussée de l’édifice des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale. Je vous invite à visiter Le Recoin en personne ou en ligne pour trouver la prochaine perle à ajouter à votre bibliothèque personnelle.

Histoire des « Amis » à Ottawa

Du début des années 1980 jusqu’au milieu des années 1990, les associations d’amis prolifèrent dans les bibliothèques, les archives et les musées du Canada. À Ottawa en particulier, des associations d’amis voient le jour au Musée des beaux-arts du Canada (1958), au Musée canadien de la guerre (1988) et à la succursale principale de la Bibliothèque publique d’Ottawa (1982), laquelle est sans doute la plus connue de ces associations.

L’association des Amis de la Bibliothèque nationale du Canada est fondée en 1991 par Marianne Scott, ancienne bibliothécaire nationale du Canada (de 1984 à 1999) et actuelle présidente des Amis de Bibliothèque et Archives Canada.

En 2003, les Amis de la Bibliothèque nationale du Canada et les Amis des Archives nationales du Canada fusionnent pour former une seule organisation – les Amis de Bibliothèque et Archives Canada ou Amis de BAC – en prévision de la fusion des Archives nationales avec la Bibliothèque nationale, qui s’est produite en mai 2004 avec la proclamation officielle de la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada.

Le bulletin des Amis de la Bibliothèque nationale du Canada, Entre Amis, publié de 1992 à 2008, montre clairement que les ventes de livres, les boutiques et les ventes aux enchères de livres anciens ont été des moyens extrêmement efficaces de communiquer avec le grand public et d’enrichir la collection de la Bibliothèque nationale.

Couvertures d’un bulletin et d’un dépliant comportant de l’écriture et un logo.

Le bulletin Entre Amis et le dépliant The Friends of the National Library of Canada (OCLC 1082162430 et OCLC 61127762).

La promotion des dons et des cadeaux de trésors et la collecte de fonds pour des acquisitions spéciales sont au cœur de la mission des Amis.

De son côté, l’association des Amis des Archives nationales est constituée en 1995, alors sous la direction de Jean-Pierre Wallot (de 1985 à 1997), et publie son propre bulletin aussi intitulé Entre Amis. Les Archives nationales disposent elles aussi d’une boutique, mais on en sait moins sur ses activités.

Les grandes ventes de livres et les ventes aux enchères de livres anciens des Amis de BAC

La vente gigantesque annuelle de livres de la Bibliothèque publique d’Ottawa est bien connue, mais saviez-vous que les Amis de Bibliothèque et Archives Canada organisaient jadis leur propre « grande vente de livres », qui connaissait un énorme succès? Ces ventes de livres, en plus de celles des associations d’amis de la Bibliothèque publique de Nepean, de la Bibliothèque publique de Kanata, de la Bibliothèque publique de Cumberland et de libraires locales, attirent les foules à Ottawa depuis plus d’une décennie. Même avant leur regroupement en 2003 pour créer l’Association des amis de la Bibliothèque publique d’Ottawa, les associations d’amis étaient florissantes dans plusieurs bibliothèques publiques du Grand Ottawa.

Photographie de personnes feuilletant des livres placés sur des tables dans un centre commercial.

La première vente de livres au centre commercial St. Laurent, photo tirée de la publication Entre Amis, volume 4, no 1, hiver 1995 (OCLC 1082162430).

La première grande vente de livres se déroule du 23 au 25 septembre 1995 au centre commercial St. Laurent. Selon le comité de vente de livres, l’événement connaît un succès retentissant à tous points de vue. Il permet de récolter 17 164,49 $, et 423 livres sont donnés à la Bibliothèque nationale. Les années suivantes, les Amis parviennent souvent à doubler, voire à tripler cette somme.

Les Amis de Bibliothèque et Archives Canada lancent leur première vente aux enchères de livres anciens à l’hiver 2000 et poursuivent cette activité jusqu’aux environs de 2008. Comme c’est le cas aujourd’hui, tous les dons de livres canadiens sont mis de côté et examinés par un membre du personnel de la Bibliothèque nationale avant d’être intégrés à la collection. Les Amis réservent leurs livres les plus rares pour les ventes aux enchères de livres anciens. Aujourd’hui, les Amis de BAC présentent une sélection de livres dans leur boutique en ligne. Les offres sont irrésistibles, alors, laissez-vous tenter!

L’histoire de la librairie Le Recoin

Initialement connue sous le nom de « Boutique des Amis », la librairie Le Recoin démarre en 1993 sous la forme d’une boutique éphémère dans le hall d’entrée de l’édifice des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale. Elle était ouverte de 11 h à 15 h tous les jours du 1er juin à la fin du mois d’août.

Page d’un catalogue portant le titre « Boutique des Amis », une photo qui montre de la marchandise en haut à droite, des descriptions de la marchandise et un formulaire de commande dans le bas.

Merci d’être un Ami! Le catalogue de l’automne 1996 présente la nouvelle Boutique des Amis qui vend des articles intéressants (OCLC 1082162430).

La boutique est tenue par deux bénévoles qui font également des visites guidées de la Bibliothèque nationale en anglais et en français. La boutique propose un choix remarquable d’articles, notamment des cartes postales, des affiches, des CD de musiciens canadiens célèbres, ainsi que des bandes magnétiques de la Division de la musique de la Bibliothèque nationale. Les t-shirts et les sweatshirts portant l’inscription « WOW », pour Wellington Street West, sont particulièrement recherchés. Un grand nombre de ces articles populaires sont encore vendus à la librairie Le Recoin. De plus, des cartes de membre des Amis de Bibliothèque et Archives Canada sont disponibles – n’hésitez pas à devenir membre dès aujourd’hui!

En 2014, la division des ventes de livres des Amis déménage dans la salle 185 du 395, rue Wellington, attenante à la salle de réunion Morley-Callaghan. Le sous-sol abrite désormais un vaste espace d’entreposage dédié au tri d’une vaste collection de livres, ainsi qu’un bureau où le personnel de Bibliothèque et Archives Canada peut évaluer méticuleusement chaque don.

En 2017, la librairie des Amis de Bibliothèque et Archives Canada, affectueusement appelée Le Recoin, fait ses débuts. Le Recoin propose des livres d’occasion, et les recettes servent à financer l’acquisition de documents sur le Canada pour BAC. Le magasin, ouvert trois jours par semaine, renforce sa renommée en organisant une grande vente annuelle de livres et en ouvrant ses portes au public lors d’occasions spéciales, notamment la fête du Canada.

En 2019, la librairie Le Recoin dispose de plus de dix bénévoles et d’un fonds de 3 000 $, qui lui permet d’acheter des ouvrages importants comme l’édition rare du livre Adventures of a Field Mouse, de Catharine Parr Traill, et l’ouvrage le plus connu de Stephen Leacock, Sunshine Sketches of a Little Town, dans son édition américaine avec la jaquette d’origine.

En 2020, la pandémie de COVID-19 entraîne la fermeture de la librairie Le Recoin, mais qu’à cela ne tienne, les Amis de BAC se tournent vers la vente en ligne de livres anciens. Alors, soumettez vos offres!

Trésors trouvés à la librairie Le Recoin

Dans la salle principale de la librairie Le Recoin se trouve une section dédiée au Canada français, y compris un espace consacré à l’histoire du Canada français, dont une grande partie des ouvrages provient de Jean-Pierre Wallot, ancien archiviste national du Canada, de 1985 à 1997. Jean-Pierre Wallot était un bibliophile passionné qui avait lui-même constitué une impressionnante collection de livres.

À ma deuxième journée de travail à Bibliothèque et Archives Canada, j’ai découvert par hasard le livre Les imprimés dans le Bas-Canada, 1801-1810, par John Ellis Hare et Jean-Pierre Wallot (OCLC 231788329) à la librairie Le Recoin. L’exemplaire est même signé par Jean-Pierre Wallot! Cette trouvaille revêt pour moi une importance particulière, car elle s’ajoute à une autre édition que j’ai chez moi, annotée par John Ellis Hare.

Vous pouvez acheter un exemplaire du livre Les imprimés dans le Bas-Canada dès aujourd’hui à la boutique en ligne de la librairie Le Recoin.

Découverte incroyable, sur un chariot à l’extérieur de la librairie Le Recoin, j’ai trouvé Dollard est-il un mythe? autographié par le chanoine Lionel Groulx et dédicacé à Jean-Pierre Wallot (OCLC 299866171)! Cela a ajouté une nouvelle couche à ma compréhension de l’histoire du Canada français.

Couverture de livre portant le nom de l’auteur, « Chanoine Lionel Groulx », le titre Dollard est-il un mythe? et l’image du buste d’un homme aux cheveux longs.

Dollard est-il un mythe? autographié par le chanoine Lionel Groulx et dédicacé à Jean-Pierre Wallot (OCLC 299866171).

Les travaux de Jean-Pierre Wallot ont été fortement influencés par l’École historique de Montréal, et l’idéologie de Lionel Groulx témoigne de la richesse du discours historique de l’époque.

Enfin, dans la section de Jean-Pierre Wallot, j’ai depuis recueilli des livres de l’École historique de Montréal, des ouvrages de Michel Brunet, Maurice Séguin et Guy Frégault, qui tous portent la signature de Jean-Pierre Wallot et contiennent ses remarques et corrections personnelles.

Les imprimés dans le Bas-Canada a valu au duo Hare et Wallow la Médaille Marie-Tremaine de la Société bibliographique du Canada en 1973. Les deux historiens sont ainsi les premiers à avoir reçu ce prix prestigieux après celle qui lui a donné son nom, Marie Tremaine elle-même.

Photographie d’étagères remplies de livres.

La section Jean-Pierre Wallot, ancien archiviste national du Canada, dans la librairie Le Recoin. Photo gracieuseté de l’auteur, Evan Dalrymple.

Il existe des fonds d’archives à BAC portant sur John Ellis Hare et Jean-Pierre Wallot, ainsi que sur la conceptrice de la médaille Marie-Tremaine, Dora de Pédery-Hunt (MIKAN 4699607 / MIKAN 192150).

John Ellis Hare et Jean-Pierre Wallot n’étaient pas seulement de grands lecteurs et d’éminents collectionneurs de livres, mais aussi des historiens qui ont défendu l’idée que les imprimés, les journaux et les livres devaient être considérés comme des sources historiques primaires (se reporter aux articles « Reflexions on Making a Bibliography » et « Society and Imprints » [en anglais]).

Certains ouvrages de littérature canadienne-française de ma collection personnelle ne font pas partie des collections de BAC et ne sont pas disponibles dans d’autres librairies ou bibliothèques. Beaucoup de livres de ma collection sont des exemplaires idéaux; ils sont souvent signés ou marqués par l’auteur et sont en excellent état, souvent avec la jaquette d’origine ou une reliure de qualité.

Au Recoin, je trouve souvent des livres parfaits pour enrichir ma collection personnelle. La majeure partie des documents de ma collection d’histoire canadienne-française comprend des ex-libris de John Ellis Hare ou de Jean-Pierre Wallot.

Dons aux Amis de Bibliothèque et Archives Canada

Au fil des ans, j’ai fait don de livres à des bibliothèques de collections spéciales comme Archives et collections spéciales à l’Université d’Ottawa, et j’ai préservé ma collection avec l’aide de certains membres de Bibliothèque et archives Jean-Léon-Allie et de catalogueurs de l’Université d’Ottawa. De fait, de nombreux trésors de la salle des livres rares de Bibliothèque et Archives Jean-Léon-Allie contiennent également des ex-libris de John Ellis Hare.

J’achève le catalogage de ma collection et j’envisage de faire un don important à la Bibliothèque nationale et à la librairie Le Recoin des Amis de Bibliothèque et Archives Canada.

Le prochain chapitre de la librairie Le Recoin/Cubby

À Ādisōke, une installation partagée par la Bibliothèque publique d’Ottawa et Bibliothèque et Archives Canada, la construction avance à grands pas. Ādisōke est un mot anishinaabemowin qui signifie « raconter des histoires », et l’endroit promet d’être une plaque tournante pour notre communauté. La question est de savoir ce qu’il adviendra de notre librairie Le Recoin.

S’agira-t-il d’une charmante boutique éphémère comme elle l’a été autrefois, avec ses « grandes ventes de livre » et ses ventes aux enchères, ou tracera-t-on une nouvelle voie? Le regroupement de la Bibliothèque publique d’Ottawa et de Bibliothèque et Archives Canada pourrait voir renaître l’esprit de collaboration dont nous nous souvenons bien.

Alors qu’un nouveau chapitre s’ouvre pour les Amis de BAC et que nous découvrons le nouvel espace de rassemblement qui verra le jour à Ādisōke, nous avons hâte de découvrir les nouveaux trésors qui nous attendent.

Pour conclure, trouvez vos propres trésors lors de la grande vente de livres de la librairie Le Recoin qui aura lieu à BAC pendant l’événement Portes ouvertes Ottawa, les 1er et 2 juin 2024. Cela marquera également 31 ans de vente de livres – alors, rendez-vous au Recoin!

Pour communiquer avec la librairie Le Recoin, envoyez un courriel à amis-friends@bac-lac.gc.ca ou composez le 613-992-8304.

Pour en savoir plus


Evan Dalrymple est bibliothécaire de référence à la Direction générale de l’accès et des services de Bibliothèque et Archives Canada, au 395, rue Wellington, à Ottawa.

À la découverte de mon grand-père, Robert Roy Greenhorn : sa vie au Canada (partie 4)

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Groupe de garçons travaillant dans un champ à la ferme école de la Philanthropic Society

Par Beth Greenhorn

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde – terminologie historique.

J’ai conclu la troisième partie de cette série sur mon grand-père, Robert Roy Greenhorn, en évoquant son départ pour la maison Fairknowe à Brockville, en Ontario, au printemps 1889. Il s’agit du foyer, exploité par le philanthrope écossais William Quarrier, qui assurait la répartition des enfants au Canada.

Feuille de papier à en-tête en noir et blanc comportant deux rangées de texte anglais en lettres majuscules noires dans la partie supérieure indiquant : « Maison de répartition pour les enfants écossais et orphelinat canadien, Fairknowe, Brockville (Ontario) ». Il y a une illustration d’une maison à deux étages avec une grande véranda au milieu. L’image est encadrée par un texte dactylographié en noir en écriture cursive. Un cachet indiquant la date de réception de la lettre est apposé dans le coin supérieur droit. La date d’envoi de la lettre figure en bas à droite.

En-tête de lettre de la maison Fairknowe, Brockville, Ontario, Direction de l’immigration, RG 76, vol. 46, dossier 1381, partie 6, Dossiers du service central, 1892-1950. Source : Immigration Program : Headquarters central registry files – Image 378 – Héritage (canadiana.ca).

Avant que les groupes de jeunes ne quittent l’Écosse, des familles de l’Ontario faisaient une demande pour obtenir un enfant aux orphelinats de Quarrier. Lors de la cérémonie d’adieu organisée à l’occasion du départ de mon grand-père, à Glasgow, William Quarrier a assuré aux personnes présentes que l’on avait pris soin de « choisir des foyers convenables pour [les enfants] dans le nouveau pays. Les garçons et les filles étaient encadrés jusqu’à leurs 18 ans. » (sans titre [iriss.org.uk], p. 23, 15 mars 1889, North British Daily Mail (en anglais)).

Sur le formulaire de demande (en anglais), les familles avaient la possibilité de choisir un garçon ou une fille, ainsi qu’une tranche d’âge. Si la demande concernait un garçon, une section était consacrée à des informations comme le type d’exploitation agricole de la famille, le nombre d’heures de travail par jour, la superficie de la terre ainsi que le nombre de vaches à traire. En outre, chaque demandeur devait fournir les noms de cinq personnes de référence : son ministre du culte, son préfet, son médecin et deux autres personnes influentes.

Le placement des enfants était régi par des contrats d’engagement juridiquement contraignants. Selon une exposition en ligne du Musée canadien de l’histoire, les formulaires d’engagement :

… établissaient clairement les responsabilités du foyer d’accueil, de l’enfant, du maître et de la maîtresse. Pour un enfant de moins de dix ans, le maître ou la maîtresse recevait 5 $ par mois de l’agence pour loger, nourrir, scolariser et habiller l’enfant, qui devait effectuer de menus travaux à la maison et à la ferme. De 11 à 14 ans, les enfants ne recevaient en échange de leur travail que le gîte, le couvert et un peu d’éducation. De 14 ans à la fin de l’engagement, soit 18 ans, les enfants étaient censés effectuer le travail d’un adulte à temps plein et avaient donc droit à une rémunération. (Civilisations.ca – À la croisée des cultures – Instruments de musique (museedelhistoire.ca)).

Feuille de papier blanche avec du texte anglais dactylographié en noir. Sur le côté gauche supérieur de la lettre se trouve un cachet noir indiquant la date de sa réception.

Formulaire d’engagement, estampillé par le ministère de l’Intérieur, 24 mars 1900, Direction de l’immigration, RG 76, vol. 46, dossier 1532, partie 1. Source : Immigration Program : Headquarters central registry file – Image 379 – Héritage (canadiana.ca).

Mon grand-père, comme la majorité des enfants du foyer, venait d’une zone urbaine industrielle du Royaume-Uni. Il avait sans doute effectué quelques tâches quotidiennes pendant son séjour à l’orphelinat situé à Bridge of Weir. Cependant, cela ne l’avait sûrement pas préparé à la vie sur une ferme de l’Ontario ni aux rudes hivers canadiens (Société historique de l’immigration canadienne [cihs-shic.ca] (en anglais)). Si certains ont vécu des expériences positives et ont été traités comme des membres de la famille, d’autres ont connu de grandes souffrances, notamment des abus physiques et sexuels et de la négligence (Compensation offered for surviving British Home Children and Child Migrants | Ups and Downs – British Home Children in Canada [wordpress.com] (en anglais)). Les organismes d’émigration, y compris les orphelinats de William Quarrier, devaient effectuer des visites annuelles pour s’assurer que les enfants recevaient des soins adéquats. Selon un livret souvenir de 1907 publié par l’organisation de Quarrier, les enfants qui émigraient au Canada étaient « sous une supervision attentive [leur permettant] de devenir de dignes citoyens de la grande colonie » (William Quarrier – Brockville, Ont., 7,200 immigrated – BRITISH HOME CHILDREN IN CANADA [weebly.com], diapositive 2 (en anglais)).

Mais, comme l’a fait remarquer la regrettée Sandra Joyce, auteure et cofondatrice du British Home Child Group International :

C’est à ce moment-là que le système commençait à s’effondrer. Les frères et sœurs étaient séparés dès leur arrivée et, bien que certains fermiers se souciaient sincèrement des enfants, beaucoup les considéraient simplement comme une main-d’œuvre bon marché. D’autres leur faisaient subir des sévices atroces. Le suivi des enfants placés était généralement laissé au hasard (British Home Children – SANDRA JOYCE (en anglais)).

Chaque année, des inspecteurs de l’enfance étaient chargés de vérifier la situation de plus de 2 000 enfants dans le sud de l’Ontario, une tâche pratiquement impossible. (Société historique de l’immigration canadienne [cihs-shic.ca] (en anglais)).

À leur arrivée au Canada, mon grand-père et son frère ont été confiés à deux familles d’agriculteurs différentes. Le recensement du Canada de 1891 indique que mon grand-oncle, John, âgé de 15 ans, travaillait comme domestique pour Robert et Mary Parker dans une ferme près de Brockville, en Ontario. Selon ma tante Anna, Robert a ensuite perdu la trace de John, qui est parti vers le nord et s’est finalement installé dans l’Ouest canadien. J’ai trouvé sur Ancestry la notice nécrologique d’un certain John Greenhorn, né vers 1877 en Écosse, et décédé le 31 mars 1961 à l’âge de 84 ans à Victoria, en Colombie-Britannique. Je crois qu’il s’agit de mon grand-oncle.

Comme je l’ai fait remarquer dans la troisième partie de la série, j’espérais trouver des documents concernant mon grand-père après son arrivée à la maison Fairknowe, à Brockville. Malheureusement, ces documents ont été détruits. En discutant avec mon père, Ralph, j’ai appris que son père avait d’abord vécu chez une famille habitant près du hameau de Philipsville, en Ontario, à environ 46 kilomètres de Brockville. Je ne sais pas combien de temps mon grand-père a vécu avec cette famille. J’ai cependant cru comprendre qu’il y avait été maltraité, avant d’être recueilli par les King, qui habitaient sur une ferme voisine. En 1891, mon grand-père, âgé de 12 ans, était enregistré comme domestique et vivait avec Aulga (sic) [Auldjo] et Mary (Ann) King ainsi que leurs enfants adultes, William et Christine (Recensement du Canada de 1891). Lors du recensement du Canada de 1901, Robert vivait toujours avec Anldfo (sic) [Auldjo] et Mary Ann King, ainsi que leur petite-fille, Gladys Marshall. J’ai été soulagée de savoir que sa relation avec les King avait changé : il n’était plus un domestique, mais avait été adopté par la famille King. Ma tante Anna se souvient que Robert parlait en termes élogieux des King qui, selon lui, « ont toujours été bons avec [lui] ». (conversation, 22 août 2023) Les données du recensement du Canada de 1901, combinées aux souvenirs de ma tante, laissent penser que le sort de mon grand-père s’est amélioré et qu’il a vécu dans une famille bienveillante.

La partie suivante peut sembler hors sujet, mais je vous assure qu’elle concerne aussi l’histoire de mon grand-père. J’ai vécu ma plus belle expérience d’emploi étudiant durant deux étés, au début des années 1980. J’ai notamment eu l’occasion de participer à un projet de recherche historique sur les bâtiments patrimoniaux et les familles des cantons de Bastard et de South Burgess, qui comprennent le hameau de Philipsville. Le projet, mené par l’historienne Diane Haskins, a abouti à la publication de My Own Four Walls: heritage buildings and the family histories in Bastard and South Burgess Township (en anglais), en 1985. Cet emploi m’a permis de passer une semaine aux Archives nationales du Canada, aujourd’hui Bibliothèque et Archives Canada (BAC), pour effectuer des recherches sur les documents de recensement de l’Ontario conservés sur microfilms. Je ne me doutais pas alors que je travaillerais à BAC un jour, mais je m’écarte du sujet. Revenons à l’histoire de mon grand-père.

En août 2023, ma tante Anna m’a montré son exemplaire de My Own Four Walls. Le chapitre consacré à Philipsville comprend une photographie de la meunerie et scierie de Reuben Haskin, prise vers 1900. L’homme en haut à gauche, agenouillé sur une poutre avec une hache à la main, est identifié comme étant Bill Greenhorn. Je me souvenais avoir vu cette photographie lors de mes recherches en tant qu’étudiante, mais je n’avais pas fait le lien. J’avais supposé que la personne qui avait inscrit les noms des personnes sur cette photographie avait mal identifié l’homme tenant la hache et s’était trompée de nom de famille. À ma connaissance, il n’y avait que trois personnes dénommées Greenhorn dans le Sud-Est de l’Ontario au début du siècle : mon grand-père, Robert, et ses frères, John et Norval. En fait, avant 2018, je n’avais jamais vu de portrait de jeune homme de mon grand-père. C’est ma cousine Joyce Madsen, la fille de ma tante Jenny, qui m’avait alors montré une photo lors d’une visite. Lorsque j’ai commencé à travailler sur l’histoire de notre grand-père, Joyce m’a généreusement donné le portrait de Robert pris au début de sa vingtaine (voir partie 1).

Groupe composé de sept hommes, de deux femmes et de deux enfants posant sur le sol, sur une poutre et sur une échelle devant un bâtiment ouvert en bois.

Meunerie et scierie de Reuben Haskin, Philipsville (Ontario), vers 1900. Dernière rangée, de gauche à droite : Robert Greenhorn et deux autres hommes non identifiés. Rangée centrale, de gauche à droite : Joe Halladay, Kenneth Haskin, un enfant non identifié, Allan Haskin et Philo Haskin. Première rangée, de gauche à droite : Helen Haskin, Bertha Haskin, Miss Shire et M. McCollum. Fournie gracieusement par Bruce Haskins. (OCLC 16752352, p. 96)

En travaillant sur la présente série, j’ai appris, grâce aux données du recensement du Canada de 1911, que mon grand-père était employé comme ouvrier dans une scierie et qu’il logeait chez Reuben et Bertha Haskin à Philipsville. Je n’aurais jamais fait le lien si ma tante Anna ne m’avait pas remis en mémoire cette photographie publiée dans My Own Four Walls.

Le 14 juillet 1916, les registres d’accès au cadastre de l’Ontario pour le comté de Leeds indiquent qu’Auldjo et Mary Ann King ont concédé à Robert des parties des lots 21 et 22, les terres voisines de leur ferme, pour 10 $, selon certaines conditions non spécifiées liées à l’espérance de vie de Mary Ann. Deux mois plus tard, le 16 septembre 1916, Robert a épousé ma grand-mère, Blanche Carr (Ancestry.ca -Mariages, Ontario, Canada, 1826 à 1939). Née en mai 1898, elle était de 19 ans la cadette de mon grand-père, mais elle l’avait connu toute sa vie, puisqu’elle avait grandi juste à côté de la ferme des King.

Mes grands-parents possédaient une ferme laitière et bovine ainsi qu’une érablière, que ma famille appelle affectueusement « la ferme ». Ils ont eu huit enfants, dont sept ont survécu jusqu’à l’âge adulte : Jennie, Roy, Josephine (Jo), John, Jean, Arnold et mon père, Ralph. Nellie, née en 1924, est décédée l’année suivante. Elle est enterrée avec mes grands-parents au cimetière Halladay à Elgin, en Ontario.

Un groupe composé d’hommes, de femmes et d’enfants, sur deux rangées, debout sur la neige en tenue d’intérieur devant un bâtiment à ossature en bois, à droite, et un arbre, à gauche.

Devant la maison de ferme, à Philipsville (Ontario), vers 1940. Première rangée, de gauche à droite : mon oncle Arnold, Alex Morrison (le mari de ma tante Jo), ma grand-mère Blanche, ma tante Jo, ma tante Jean, mon grand-père Robert et mon oncle John. Deuxième rangée, de gauche à droite : mon oncle Roy, Mary et Hugh (les enfants de ma tante Jo) et mon père, Ralph. Fournie gracieusement par l’auteure du billet de blogue, Beth Greenhorn.

La vie de mes grands-parents n’était pas facile, surtout durant les premières années de leur mariage. Leur première maison, située à quelques propriétés de la ferme familiale des King, présentait son lot de défis. Ma tante Anna se souvient que la sage-femme de Blanche a décrit leur maison comme étant « une pauvre cabane », dans laquelle des seaux recueillaient les eaux de pluie qui traversaient le toit (courriel d’Anna Greenhorn à Beth Greenhorn, 19 janvier 2024). Après avoir reçu le courriel de ma tante, j’ai relu les mémoires non publiés de mon père. Il y évoque brièvement Margaret (Meg) Nolan, la sage-femme qui a mis au monde tous les enfants de Blanche. Au moment du recensement du Canada de 1931, Margaret Nolan, âgée de 62 ans, était employée comme infirmière auxiliaire et vivait toujours à Philipsville.

Le recensement du Canada de 1921 indique que Blanche et Robert Greenham (sic) avaient acheté un terrain à côté de celui de la famille King, où ils ont finalement construit leur maison. Robert était agriculteur. Le couple avait trois enfants : Jennie, âgée de cinq ans, Roy, âgé de trois ans et Jo, âgée de deux ans à l’époque.

Lors d’une conversation avec tante Anna en août dernier, elle m’a raconté la façon dont mes grands-parents ont d’abord construit la grange pour loger la famille pendant la construction de la maison. La priorité était de subvenir à leurs besoins et il leur fallait un abri pour traire les vaches. Dès que la construction de la maison le permit, ma grand-mère et mes tantes, Jennie et Jo, et peut-être Nellie et Jean, s’y sont installées. Mon grand-père et mes oncles, Roy et John, ont continué à dormir dans la grange jusqu’à ce que la maison ait des cloisons intérieures offrant plus d’intimité. Mon père m’a dit que la famille n’a pas eu d’électricité avant qu’il soit en dixième ou onzième année, c’est-à-dire au milieu des années 1940.

L’agriculture était, et est toujours, un travail difficile, nécessitant de longues heures de travail 365 jours par an. La famille entière était mise à contribution. Bien qu’il n’y ait jamais eu d’argent pour s’offrir du luxe, mon père disait qu’il y avait toujours de la nourriture en abondance sur la table, le repas du midi étant le plus copieux de la journée. Il se composait généralement de purée de pommes de terre et de sauce, de plusieurs sortes de légumes et de rôti de bœuf ou de jambon, et il se terminait toujours par une grosse part de tarte aux fruits. La plupart des aliments étaient cultivés à « la ferme » (mémoires non publiés, p. 7 et 8).

Formulaire de recensement comportant 17 colonnes et montrant les noms de 11 personnes écrits à la main à l’encre noire sur des lignes individuelles.

Recensement de 1931, Robert et Blanche et leurs sept enfants. Ils vivaient à proximité de William King, le fils d’Auldjo et de Mary Ann King. Daniel Beach, le père âgé de Mary Ann King, logeait chez la famille. Source : Recensement de 1931 (bac-lac.gc.ca), compté de Leeds, sous district Bastard et Burgess, no 4, page 2 de 13.

La quête de l’histoire de mon grand-père, Robert Roy Greenhorn, a été une belle expérience teintée d’amertume par moments. Je ne peux qu’imaginer à quel point il a dû être terrifiant d’arriver dans un nouveau pays à l’âge de 9 ans et d’être séparé de son frère aîné. J’ai été bouleversée d’apprendre que mon grand-père avait été maltraité par sa première famille d’accueil. J’ai cependant pu trouver du réconfort dans le fait qu’il a ensuite été recueilli par un couple bienveillant, à qui il témoignait de l’affection.

Portrait réalisé en studio d’un jeune homme présenté dans un cadre ovale sur panneau rectangulaire noir. Le jeune homme porte un costume trois pièces et un chapeau melon, tient un document roulé et appuie son coude sur le dossier d’une chaise.

Robert Roy Greenhorn, photographe et lieu inconnus, vers la fin des années 1890. Photo offerte gracieusement par Pat Greenhorn.

Cette photo de mon grand-père a probablement été prise alors qu’il avait une vingtaine d’années. Se faire tirer le portrait à la fin du XIXe siècle était un événement important. Mon grand-père est vêtu de son plus beau costume, probablement le seul qu’il possède. Son gilet semble être rendu un peu trop petit pour lui. Il tient un document roulé, un accessoire indiquant qu’il sait lire et écrire. Son regard franc traduit la confiance en soi. Son langage corporel est empreint d’assurance. Bien que mon grand-père n’ait pas connu une ascension sociale fulgurante, son histoire est marquée par la résilience et la détermination.

Ressources complémentaires


Beth Greenhorn est gestionnaire de contenu en ligne à la Direction générale de la diffusion et de l’engagement de Bibliothèque et Archives Canada.

Bibliothèque et Archives Canada fait l’acquisition d’un livre ancien

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Par Meaghan Scanlon

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a récemment fait l’acquisition d’un exemplaire du livre Relation de ce qvi s’est passé en la mission des pères de la Compagnie de lésvs aux Hurons, pays de la Nouuelle France, és années 1648. & 1649, grâce au soutien de la Fondation de Bibliothèque et Archives Canada.

Publié à Paris en 1650, ce livre fait partie d’une série de publications connues sous le nom de Relations des jésuites. Il s’agit de rapports écrits par des missionnaires jésuites établis en Nouvelle-France. Publiés annuellement de 1632 à 1673, ces rapports renseignaient les supérieurs des missionnaires, en France, sur les progrès des missions. Les Relations ainsi publiées ont rejoint un vaste lectorat et ont contribué à renforcer l’appui de la population française aux efforts des jésuites en Nouvelle‑France. Même si les Relations doivent être interprétées dans le contexte colonial de l’époque, elles n’en demeurent pas moins des documents importants qui relatent l’histoire de la Nouvelle-France. Elles constituent une source d’information précieuse – bien que partiale et revue en profondeur – sur les peuples autochtones qui vivaient dans la région alors appelée la Nouvelle‑France, ainsi que sur leurs premières interactions avec les missionnaires colonisateurs venus d’Europe.

L’ouvrage acheté par BAC est la première édition de la Relation de ce qui s’est passé en 1648 et 1649. On attribue sa rédaction à Paul Ragueneau, le supérieur de la mission jésuite dans le territoire du peuple huron-wendat. Le rapport traite d’événements historiques notables, notamment le conflit entre les Haudenosaunee (Iroquois) et les Hurons, qui a entraîné la destruction de la mission des jésuites sur le territoire huron (Wendake) par les Haudenosaunee, ainsi que de la mort des jésuites Jean de Brébeuf et Gabriel Lalemant, par la suite canonisés par l’Église catholique.

La collection de livres rares de BAC est principalement constituée d’ouvrages Canadiana publiés avant 1867. (BAC définit Canadiana comme des publications produites au Canada, portant sur le Canada ou créées par des personnes originaires du Canada ou ayant des liens avec le Canada.) La collection de livres rares de BAC comprend une collection exceptionnelle d’environ 65 numéros des Relations des jésuites. Bien que BAC n’ait pas d’exemplaire du premier rapport, publié en 1632, il possède au moins un exemplaire de chaque édition pour presque chacune des années qui ont suivi.

Les Relations des jésuites sont aujourd’hui considérées comme des livres rares « importants ». Toutefois, lors de leur publication, ils relevaient probablement davantage de la littérature de masse. Cette perception historique découle de la façon dont les exemplaires de la collection de BAC sont reliés. La reliure de plusieurs livres est en vélin souple . Contrairement à la reliure à couverture rigide qui est collée sur un carton, la reliure souple ne contient pas de carton. Le livre ancien à reliure souple est en quelque sorte l’ancêtre du livre de poche, à la différence que sa couverture est généralement faite de peau d’animal plutôt que de papier. La plupart des exemplaires des Relations des jésuites que BAC possède ont une couverture faite de peau de vélin, d’où le terme vélin souple.

Tout comme les livres de poche modernes coûtent habituellement moins cher que ceux à couverture rigide, les reliures souples constituaient une option plus modique pour les acheteurs de livres du XVIIe siècle. La plupart des exemplaires des Relations des jésuites de la collection de BAC sont également modestes et dénués de décoration, outre le titre écrit à la main à l’encre sur le dos, un autre détail qui laisse penser qu’ils étaient peu coûteux. De plus, ils étaient généralement très petits, mesurant quelque 20 centimètres de hauteur.

En fait, la nouvelle acquisition est si légère que la personne qui l’a livrée à BAC avait l’impression que la boîte était vide! Sa reliure est elle aussi faite de vélin souple. Fait intéressant à souligner, la couverture en vélin a été fabriquée à partir d’une ancienne partition qui semble dater du XVIe ou du XVIIe siècle. À l’époque, il était courant pour les relieurs d’utiliser des matériaux mis au rebut, comme des pages de vieux manuscrits. Bien sûr, le recyclage permet de réduire les coûts, et une couverture faite de vélin réutilisé est un autre signe que le livre en question était considéré comme un article « bon marché ».

Certains signes laissent toutefois croire que cette reliure ne date pas de l’époque de la publication du livre. En effet, les pages de garde sont faites d’un papier différent et plus récent que celui utilisé pour le cahier (pages du texte). Les marges des pages sont également très étroites, ce qui indique que les pages ont été rognées, vraisemblablement lorsque le livre a été relié de nouveau.

Les modifications précises qui ont été apportées à ce livre au fil du temps sont un mystère que les restaurateurs de livres de BAC tenteront d’élucider. Cependant, si le livre a été relié à neuf à un certain moment au cours des quelque 400 ans qui se sont écoulés depuis sa publication, comme cela semble être le cas, la personne qui a fait le travail s’est efforcée d’utiliser des matériaux et des techniques fidèles à ceux qui étaient en usage lorsque le livre a été initialement publié.

Photographie montrant un petit livre relié avec un morceau de vélin sur lequel sont écrites des notes de musique à l’encre rouge et noire dans un style calligraphique. Le vélin semble dater du XVIe ou du XVIIe siècle.

Couverture du deuxième exemplaire détenu par BAC du livre Relation de ce qvi s’est passé en la mission des pères de la Compagnie de lésvs aux Hurons, pays de la Nouuelle France, és années 1648. & 1649, publié à Paris par l’éditeur Sébastien Cramoisy en 1650 (OCLC 1007175731).

Ressources complémentaires


Meaghan Scanlon est bibliothécaire principale des collections spéciales à la Division des acquisitions publiées de Bibliothèque et Archives Canada.

À la découverte de mon grand-père Robert Roy Greenhorn : sa vie dans les Orphan Homes of Scotland (partie 3)

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Groupe de garçons travaillant dans un champ à la ferme école de la Philanthropic SocietyPar Beth Greenhorn

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde – terminologie historique.

Je tiens à remercier Mary Munk (collègue à la retraite du secteur de la généalogie et de l’histoire familiale de Bibliothèque et Archives Canada), ma tante Anna Greenhorn, ma cousine Pat Greenhorn et Steven Schwinghamer (Quai 21) pour l’aide qu’ils m’ont apportée dans la rédaction des parties 3 et 4 de cette série.

Au moment d’écrire ce troisième article sur mon grand-père Robert Roy Greenhorn, je n’avais toujours trouvé aucun document relatif à son émigration au Canada. J’ai contacté Quarriers Records Enquiry, mais selon le site British Home Children in Canada, les rapports conservés par Quarrier Orphan Homes of Scotland sur les progrès des enfants dans leurs foyers canadiens ont été détruits, semble-t-il à la suite d’une erreur de communication lors de la fermeture de l’établissement canadien en 1938. J’espérais également retrouver des documents concernant son placement dans les deux familles d’accueil avec lesquelles il a vécu après son arrivée à la maison de répartition Fairknowe, à Brockville, en Ontario, en 1889, mais je n’ai pas eu cette chance jusqu’à présent.

À ce jour, je n’ai pu mettre la main que sur deux documents se rapportant expressément à mon grand-père.

Le premier est ce portrait de groupe pris en mars 1889, peu après son arrivée à la maison Fairknowe. Robert et son frère John figurent tous deux sur cette photo. Tous les garçons sont nommés sous l’image, dans l’ordre alphabétique de leurs prénoms. Comme je n’ai jamais vu de photo de mon grand-père lorsqu’il était enfant, je suis incapable de le reconnaître. Selon ma tante Anna Greenhorn (la femme de mon oncle John), mon grand-père était très petit pour son âge. Je sais que, d’après la liste de passagers sur laquelle il figure, il était l’un des plus jeunes garçons de son groupe. Je me demande s’il ne fait pas partie des plus petits, au premier rang.

Photo en noir et blanc d’un grand groupe de garçons et de plusieurs hommes et femmes se tenant debout sur le parterre, l’escalier et la galerie d’un bâtiment en stuc blanc.

Le groupe d’arrivants du navire Siberian, 26 mars 1889, maison Fairknowe, Brockville, Ontario. Photo : William Quarrier – Brockville, Ont. 7 200 immigrés – « BRITISH HOME CHILDREN IN CANADA » (weebly.com)

La deuxième référence est une brève déclaration figurant à la page 43 du document Narrative of Facts, le rapport annuel de William Quarrier pour 1894. On peut y lire : [traduction] « […] un garçon de neuf ans, frère des deux enfants amenés au Canada précédemment, qui se portent bien. Celui-ci habitait avec une sœur mariée, mais il devenait incontrôlable et, malgré son jeune âge, il a volé, etc. » [Source : sans titre (iriss.org.uk)] Le garçon de neuf ans est Norval, le plus jeune frère de mon grand-père, et Jeanie, alors mariée, est sa sœur. Norval a quitté l’Écosse le 29 mars 1894. Il est arrivé à Halifax, en Nouvelle-Écosse, le 16 avril 1894, avant de rejoindre la maison Fairknowe à Brockville, en Ontario.

À la fin de la partie 2 de cette série, j’ai interrompu mon récit au moment où mon grand-père et son frère John ont été transférés du City Orphan Home, à Glasgow, à l’Orphan Homes of Scotland, situé à Bridge of Weir, à environ 25 kilomètres. Ils ont déménagé lorsque des lits se sont libérés à la suite de l’émigration annuelle de garçons vers le Canada. C’était le 11 juin 1886. L’Orphan Homes of Scotland allait héberger Robert et John pendant près de trois ans.

Lorsque mon grand-père et son frère arrivent à l’Orphan Homes of Scotland, cet orphelinat, d’abord constitué de deux maisons de campagne pouvant accueillir chacune de 20 à 30 enfants, est devenu une communauté autonome comptant près de 600 enfants (source, p. 37). Appelée « The Village », la communauté se compose de 16 maisons de campagne, d’une blanchisserie, d’ateliers et de fournils, d’un magasin et d’un bureau de poste, d’une écurie et d’une étable, d’un poulailler, d’une serre, de l’église Mount Zion, de salles de classe et d’une maison destinée au surintendant de l’établissement. Le bâtiment central abrite la salle principale, les salles de classe et les logements des enseignants. Il y a aussi le James Arthur, un navire enclavé destiné à l’entraînement des garçons qui allaient travailler dans la marine.

Le 14 mars 1889, une réunion spéciale est tenue au Village pour dire adieu aux garçons qui partent pour le Canada. Robert et John, ainsi que 128 autres garçons, quittent l’Écosse dès le lendemain. Des résidents de Glasgow et de Paisley sont invités à la réception. Selon un article paru dans le Glasgow Herald intitulé « Orphan Homes of Scotland: Departure of Children for Canada » (15 mars 1889, p. 8), plusieurs centaines de véhicules ont convergé vers la gare de Bridge of Weir, transportant des gens venus dire adieu aux petits immigrés. Je ne saurai jamais si la sœur aînée de Robert et John, Jeanie, qui travaillait à Paisley en 1885, faisait partie des invités. Si elle était présente, j’espère qu’elle a eu l’occasion de voir ses jeunes frères une dernière fois et de les serrer tous les deux dans ses bras.

Chaque garçon et fille qui émigrait au Canada recevait un coffre en bois portant l’initiale de son prénom et son nom de famille. Ma cousine Pat Greenhorn a hérité du coffre de notre grand-père, seul souvenir de son enfance. Comme je l’ai mentionné dans la partie 1 de cette série, chaque enfant était appelé à travailler. Les filles étaient généralement employées comme domestiques, et les garçons, comme ouvriers agricoles. Les coffres contenaient donc des vêtements de travail adaptés aux saisons canadiennes, une tenue pour la messe, des articles de toilette, du nécessaire pour recoudre les chaussettes et les vêtements, ainsi qu’une bible. En outre, les enfants recevaient un exemplaire du livre The Pilgrim’s Progress (le voyage du pèlerin) de John Bunyan, une allégorie religieuse racontant l’histoire d’un homme nommé Christian. Honteux et habité par le péché, Christian quitte la Cité de la destruction pour la Cité céleste en quête de la rédemption. Ce livre populaire a sans aucun doute été choisi pour les enseignements religieux et moraux qu’il renferme, afin d’encourager les enfants dans leur parcours et leur nouvelle vie au Canada.

Photo d’un coffre en bois marron. Un nom est inscrit au pochoir en lettres majuscules blanches du côté droit, et un autre nom en petites majuscules noires est visible dans le coin inférieur gauche.

Le coffre de Robert Greenhorn fourni par Quarrier Orphan Homes of Scotland. Photo : gracieuseté de Pat Greenhorn.

Robert et John ont voyagé sur le navire à vapeur S.S. Siberian, exploité par la compagnie de transport maritime Allan Line. Bibliothèque et Archives Canada (BAC) ne possède pas d’images numérisées de ce navire, mais détient une carte postale du S.S. Sardinian, qui a amené de petits immigrés au Canada à partir de 1875. Il est semblable au navire sur lequel mon grand-père a voyagé. Le Sardinian figure également sur le timbre-poste canadien de 2010 commémorant les petits immigrés anglais (voir la partie 1).

Photo en couleur d’un navire aux flancs noirs avec une bande rouge dans la partie inférieure et une cheminée rouge, noir et blanc. Un plus petit bateau blanc avec quatre rames et une cheminée qui fume est ancré à tribord, devant. Le nom du navire est écrit en lettres rouges dans le coin supérieur droit de l’image.

Le S.S. Sardinian, exploité par Allan Line, vers 1875-1917 (a212769k).

BAC possède la liste des passagers, y compris les garçons des orphelinats Quarrier et le reste des passagers de cabine, qui sont partis de Glasgow et de Liverpool pour se diriger vers le Canada sur le Siberian en mars 1889. Mon grand-père, inscrit sous le nom de Rob Greenhorn, figure parmi les garçons âgés de neuf ans.

À l’instar de tous les groupes d’émigrants des orphelinats Quarrier, mon grand-père a voyagé vers le Canada dans l’entrepont. Il s’agissait des places les moins chères sur les longs voyages en bateau à vapeur. Si l’on en croit les descriptions, ces quartiers d’habitation et de couchage étaient misérables. Installés dans la partie la plus basse du navire, l’espace contenant les machines, les passagers de l’entrepont étaient entassés et disposaient de peu d’air frais, ce qui provoquait une puanteur insupportable (Entrepont – Wikipédia). Dans son rapport annuel de 1889, William Quarrier remercie Allan Line pour la commodité et le confort des installations, qui étaient (traduction) « comme d’habitude très généreuses et satisfaisantes » [1889, p. 24, sans titre (iriss.org.uk)]. Les souvenirs qu’a conservés mon grand-père de ce voyage diffèrent de ceux de William Quarrier. L’été dernier, ma tante Anna m’a raconté l’expérience de Robert sur le Siberian. D’après mon grand-père, les garçons étaient entassés comme des sardines. Ils étaient 14 dans une cabine où l’air était lourd et nauséabond (source : Conversation entre Anna Greenhorn et Beth Greenhorn, 22 août 2023).

Mon grand-père est arrivé à Halifax, en Nouvelle-Écosse, le 26 mars 1889, neuf jours après son départ. Une fois débarqués du navire, les garçons étaient pris en charge par des fonctionnaires de l’immigration dans l’entrepôt du quai 2. Cette photo des archives de la Nouvelle-Écosse montre cet entrepôt avant qu’un incendie ne le détruise en 1895.

Photo en noir et blanc d’un long bâtiment en brique d’un étage sur un quai en bois. Plusieurs voiliers se trouvent devant le quai, et un grand bâtiment en brique portant le nom de l’entreprise en lettres blanches se trouve derrière, du côté gauche.

L’entrepôt du Quai 2 avec l’élévateur à grains de l’Intercolonial Railway à l’arrière-plan, port d’Halifax, avant 1895. Photo : fonds Harry et Rachel Morton, numéro d’acquisition 2005-004/004, album Longley, partie 1, numéro 40, Archives de la Nouvelle-Écosse.

Avant 1892, la Direction de l’immigration relevait du ministère de l’Agriculture. Les installations d’Halifax vouées aux immigrants étaient rudimentaires. En janvier 1889, trois mois avant l’arrivée de mon grand-père, le sous-ministre de l’agriculture, John Lowe, a inspecté l’entrepôt du quai 2. Il a conclu que celui-ci n’était pas adéquat. Dans une note datée du 23 avril 1889, il écrit :

[Traduction]
À l’heure actuelle, les immigrants sont reçus dans le hangar à marchandises du Chemin de fer Intercolonial, dans le port en eau profonde. Une petite pièce située à l’angle de ce bâtiment est destinée à abriter les femmes et les enfants, mais sa capacité d’accueil est tout à fait insuffisante compte tenu du nombre d’immigrants qui arrivent. Des désagréments importants surviennent […] dans le hangar à marchandises, et lorsqu’un grand nombre de personnes arrivent et doivent attendre pendant plusieurs heures […] les épreuves que subissent les immigrants sont très dures, et dans certains cas, des enfants fragiles tombent gravement malades. Pour les raisons mentionnées ci-dessus, il est absolument nécessaire et urgent de mettre à la disposition des immigrants arrivant à Halifax des locaux adéquats. Il ne faudrait pas qu’un autre hiver se passe sans que l’on érige de telles structures d’accueil. [RG17, vol. 610, dossier 69092]

Après l’inspection faite par les agents d’immigration, mon grand-père et son groupe sont montés à bord d’un train du Chemin de fer Intercolonial à destination de la maison Fairknowe, située à Brockville, en Ontario. La distance entre Halifax et Brockville est de 1 730 kilomètres (1 074 milles). Cela a dû être un autre voyage épuisant, d’une durée de plusieurs jours.

Dans le quatrième et dernier article de cette série, l’histoire de Robert Roy Greenhorn nous mènera au Canada, plus précisément à la maison Fairknowe à Brockville, en Ontario, et plus tard à Philipsville, en Ontario, où il vivra jusqu’à la fin de sa vie.

Ressources complémentaires


Beth Greenhorn est gestionnaire de l’équipe du contenu en ligne à la Direction générale de la diffusion et de l’engagement de Bibliothèque et Archives Canada.

 

Cinquante ans après l’Enquête sur le pipeline de la vallée du Mackenzie : écouter les voix (partie 2)

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Par Elizabeth Kawenaa Montour

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde – terminologie historique.

L’Enquête sur le pipeline de la vallée du Mackenzie (EPVM), également appelée commission Berger, est ouverte il y a cinquante ans, en 1974, par le gouvernement du Canada. Elle consiste à faire enquête sur les répercussions possibles du pipeline et à présenter des conclusions, pour orienter la prise de mesures appropriées. Le rapport final (volume un et volume deux) est publié en 1977. Bibliothèque et Archives Canada (BAC) conserve la collection des documents originaux de l’enquête, qui sont gérés par la Division des archives gouvernementales.

Voici le deuxième de trois billets de blogue sur l’EPVM. Il met en lumière deux personnes qui ont joué un rôle central dans l’exécution rigoureuse du processus d’enquête, et propose des méthodes supplémentaires pour trouver des documents sur l’enquête.

La première partie décrivait les populations et les terres du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest touchées par le projet de pipeline de la vallée du Mackenzie, et les événements qui ont conduit le gouvernement du Canada à réclamer une enquête. La troisième et dernière partie présentera des techniques de recherche approfondies permettant de trouver des documents sur l’EPVM.

Le commissaire Thomas R. Berger et l’interprète et animateur inuit Abraham Okpik

L’enquête chargée d’étudier les incidences environnementales et socioéconomiques potentielles du projet de pipeline est menée par le juge Thomas R. Berger. Ancien juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, il possède une expérience juridique des questions relatives aux Premières Nations. Il vient de représenter les Nisga’a dans Calder et al. c. Procureur général de la Colombie-Britannique, [1973] R.C.S. 313. Cette affaire conduit à l’arrêt Calder de 1973 de la Cour suprême du Canada, qui reconnaît que les titres ancestraux sur des terres existaient avant la colonisation et que ceux des Nisga’a n’ont jamais été abolis.

Abraham « Abe » Okpik, né dans le delta du fleuve Mackenzie, sert d’interprète pendant l’enquête, en 1974. Il agit également à titre de représentant linguistique auprès de la CBC (le pendant anglophone de la Société Radio-Canada) pour qu’elle puisse rendre compte des audiences de l’enquête. Grâce aux compétences linguistiques et à l’expérience de vie de M. Okpik, la commission d’enquête arrive à établir une communication avec les différentes communautés de l’Arctique et à favoriser la compréhension.

En 1965, M. Okpik est le premier Inuit à siéger au Conseil des Territoires du Nord-Ouest. À l’époque, son nom de famille légal est « W3-554 », car le gouvernement du Canada identifie les résidents du Nord par des numéros de disque. M. Okpik finit par choisir son nouveau nom de famille et est chargé de diriger le projet « Noms de famille » en 1970. Il se rend alors dans des campements et des communautés inuit du nord du Québec et des Territoires du Nord-Ouest pour enregistrer les noms de famille qui remplaceront les numéros d’identification. En 1976, M. Okpik est nommé membre de l’Ordre du Canada en reconnaissance de sa contribution à la préservation du mode de vie inuit et de son travail dans le cadre de la commission Berger.

Photographie en couleur d’Abe Okpik, debout à l’intérieur, et vêtu d’un parka inuit noir avec broderie florale rouge, jaune et vert sur un empiècement blanc avec frange rouge. Il porte des gants noirs en fourrure.

Abe Okpik, 1962 (e011212361).

Conclusions de la commission Berger

Le commissaire Berger résume ses réflexions dans son article de novembre 1978 sur l’EPVM (en anglais), qui inclut des commentaires sur l’industrialisation, le gaspillage énergétique, la création de parcs naturels et de sanctuaires pour les baleines, et la nécessité pour l’humanité de réfléchir à l’exploitation des ressources. Il reconnaît que le Nord constitue la dernière frontière et que ses territoires vierges et inhabités constituent un habitat essentiel pour de nombreuses créatures et leur survie. Il explique que son rapport sur l’EPVM fait état de deux ensembles d’attitudes et de valeurs contradictoires : « le pouvoir croissant des innovations techniques, l’exploitation des ressources naturelles et les répercussions des transformations rapides », opposés à « l’intensification de la conscience écologique et une préoccupation grandissante pour la nature sauvage, les ressources fauniques et la législation environnementale » (traduction).

L’enquête conclut qu’un pipeline longeant la vallée du Mackenzie jusqu’à l’Alberta est réalisable, mais qu’il faut d’abord mener une étude plus approfondie et régler les revendications territoriales autochtones. Par conséquent, un moratoire de dix ans est décrété sur la construction.

Des voix s’élèvent pour défendre la terre et la vie

La commission Berger adopte une approche des plus avant-gardistes en consultant directement la population, notamment en invitant les communautés touchées par le projet à participer à des audiences. Elles comprennent que le pipeline apportera des changements et perturbera leur relation avec les animaux et la terre. Elles parlent de leur mode de vie et des connaissances qui leur ont été transmises. Les enregistrements audio de ces témoignages oraux ont une valeur culturelle inestimable. Les connaissances de l’époque sont préservées et mises à la disposition des générations futures.

Photographie en noir et blanc d’un troupeau de caribous se déplaçant sur une rivière gelée dans un paysage enneigé.

Des caribous visés par le projet canadien sur les caribous traversent le fleuve Mackenzie, 1936 (a135777).

Fred Betsina, un Déné de 35 ans du village de Detah, dans les Territoires du Nord-Ouest, explique lors de l’audience tenue dans la communauté de Detah pourquoi il s’oppose à la construction d’un pipeline. Il sait, pour avoir piégé et chassé le caribou, que ce dernier est incapable de sauter par-dessus un conduit de 48 pouces, car il ne peut sauter plus haut que 12 pouces, et qu’il doit donc contourner tout obstacle lui barrant la route. Il dit souhaiter que les revendications territoriales soient réglées avant la construction d’un pipeline. En conclusion, il dit ceci : « … nous, les Indiens. Nous n’avons pas d’argent à la banque… Notre argent à la banque, c’est ce qu’on tire de la nature… C’est là que nous trouvons notre viande, et le poisson, c’est notre argent… c’est ce qu’on appelle une banque ici… » Il défend la faune, son peuple et les besoins de sa famille.

Le rassemblement de personnes issues de communautés éloignées les unes des autres permet également de nouer de nouvelles amitiés et de renforcer les alliances. La commission Berger offre un espace de discussion informelle sur des sujets économiques et politiques.

Découvrir le matériel de la collection de l’EPVM

Les documents de l’EPVM ont été transférés aux archives publiques du Canada en février 1978. Tous les documents de l’EPVM sont accessibles au public à des fins de recherche, mais ils ne sont pas tous disponibles sous forme numérique.

Capture d’écran de la page d’information sur les documents – Recherche dans la collection montrant trois barres horizontales foncées contenant du texte : Notice descriptive – Brève, Notice descriptive – Détails et Pour réserver ou commander des documents.

Enquête sur le pipeline de la vallée du Mackenzie (supports multiples) R216-165-X-F, RG126. Date : 1970-1977 (MIKAN 799).

Autres sources et conseils pour la recherche de documents

Voici des conseils pratiques pour trouver des documents sur l’EPVM avec l’outil Recherche dans la collection.

La page d’information sur les documents Enquête sur le pipeline de la vallée du Mackenzie (référence : R216-165-X-F, RG126) comporte trois sections : Note descriptive – Brève, Note descriptive – Détails et Pour réserver ou commander des documents.

Si vous ouvrez la deuxième section (Note descriptive – Détails), vous trouverez un lien intitulé « Voir description(s) de niveau inférieur ». En cliquant sur ce lien, vous ouvrirez les trois principales séries de documents : Transcriptions des séances et des témoignages, Pièces justificatives présentées lors de l’enquête et Dossiers de travail et d’administration

En ouvrant l’une des trois séries de documents ci-dessus, vous accéderez à la page d’information sur les documents de la série en question. Pour consulter les notices de niveau inférieur de chaque série, ouvrez la section « Notice descriptive – Détails » et cliquez sur le lien « Voir description(s) de niveau inférieur ».

Dans le document Transcriptions des séances et des témoignages (R216-3841-6-F, RG126), vous trouverez deux descriptions de niveau inférieur :

Dans le document Pièces justificatives présentées lors de l’enquête (R216-3840-4-F, RG126), vous trouverez quatre descriptions de niveau inférieur :

Dans le document Dossiers de travail et d’administration (R216-174-0-F, RG126), vous trouverez six descriptions de niveau inférieur :

* Veuillez noter que certains documents de l’EPVM ne sont pas disponibles en ligne sous forme numérique. Les dossiers de l’EPVM qui ne sont pas accessibles numériquement en ligne doivent être demandés et consultés sur place à BAC. Dans le cas d’un document accessible numériquement, l’image numérisée du document s’affiche en haut de la page d’information connexe.

La troisième partie de cette série proposera des stratégies précises sur la recherche de documents.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste à la Division des archives gouvernementales de la Direction générale des documents gouvernementaux de Bibliothèque et Archives Canada.