Le conditionnement physique au sein du Corps expéditionnaire canadien pendant la Première Guerre mondiale

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Par Dylan Roy

Nous sommes en 1914. Le monde est en guerre, et nous avons besoin de jeunes recrues comme vous pour défendre la liberté et la Couronne! Êtes-vous assez en forme pour vous joindre au Corps expéditionnaire canadien (CEC)?

Avant de combattre, vous devez vous préparer aux rigueurs du champ de bataille! Ce n’est pas une tâche à prendre à la légère. Pourrez-vous relever le défi?

Pour vous mettre en forme, vous devrez vous entraîner régulièrement. Toutefois, comme le mentionne le document Special tables : Physical training, certains exercices mal exécutés peuvent être nuisibles. Pour renforcer et stimuler toutes les parties du corps, il est nécessaire de s’entraîner correctement et d’adopter les bonnes postures.

Voici les exercices à effectuer pour vous amener au niveau nécessaire.

Il faut d’abord apprendre à rester au garde-à-vous, même si ça peut sembler évident. Évitez d’être trop détendu ou de vous projeter vers l’avant. Restez droit comme un chêne et gardez les pieds rapprochés. Une fois que vous maîtriserez le garde-à-vous, vous serez en voie de devenir un soldat discipliné. Voyez l’image ci-dessous :

Guide montrant deux hommes de profil dans une position de garde-à-vous incorrecte, ainsi que deux hommes, un de profil et un de face, dans la bonne position.

Guide pour rester au garde-à-vous (MIKAN 3831498).

Tout soldat digne de ce nom est en mesure de bien marcher. Il ne s’agit pas de déambuler n’importe comment; le soldat doit adopter une démarche bien précise. L’image ci-dessous décrit les principes pour bien marcher et sauter au sein du CEC :

Dessin d’un homme en marche au pas ralenti, d’un second en marche au pas cadencé et d’un troisième qui saute sur place.

Guide pour marcher et sauter correctement, selon les principes du CEC (MIKAN 3831498).

Maintenant que les bases sont en place, nous allons faire de vous de véritables soldats, capables de surmonter les obstacles qui vous attendent sur le Vieux Continent. Vous devrez accomplir de nombreux exercices pour acquérir la force, l’agilité et la souplesse nécessaires.

« Sur les mains » est un exercice pour se relever quand on est couché sur le ventre. Sur le champ de bataille, il est souvent nécessaire de se mettre à couvert et de se relever. Cette aptitude peut faire toute la différence entre la vie et la mort.

L’élévation des jambes fait travailler les muscles centraux, le haut du corps et les jambes. Tous ces muscles se coordonnent pour faciliter le mouvement du corps entier. Un bon soldat est capable de se contorsionner et de maîtriser son corps pour effectuer des actions simples ou complexes.

Il existe plusieurs exercices de soulèvement des jambes : soulever une jambe de côté en prenant appui sur une seule main; pousser la jambe vers le haut en s’appuyant sur les deux mains, le visage tourné vers le sol; et soulever une jambe, en position sur le dos. N’oubliez pas que le tronc relie les bras et les jambes. Il doit être à la fois fort et souple!

L’image suivante donne des exemples de mouvements à accomplir avec les mains sur le sol et d’exercices de soulèvement des jambes. Il y a aussi un étirement du tronc vers l’arrière pour gagner en souplesse. Tous ces exercices vous aideront à vous protéger, vous et vos camarades, sur le champ de bataille!

Dessins de cinq exercices : 1) les mains au sol, en position pour faire une pompe; 2) soulèvement de la jambe droite de côté pendant que seuls la main gauche et le côté du pied gauche sont appuyés au sol; 3) soulèvement de la jambe droite en position pour faire une pompe; 4) en position debout, mouvement de la tête et du cou vers l’arrière, la poitrine projetée vers l’avant; 5) soulèvement d’une jambe en position sur le dos, les deux bras étirés vers l’arrière.

Exercices de soulèvement des jambes et d’étirement du tronc vers l’arrière (MIKAN 3831498).

La rapidité et l’agilité des soldats sont une grande force du CEC. Solidifier vos jambes vous aidera à gagner en vitesse. Pour fortifier le bas du corps, il faut le faire travailler! Des exercices comme le soulèvement des talons et la flexion des genoux sollicitent les multiples muscles des jambes nécessaires pour courir, sprinter, marcher, sauter, plonger, se pencher ou changer de direction rapidement, ou se jeter au sol. Entraînez ces muscles pour fortifier l’ensemble du corps! Voici deux exercices essentiels :

Trois images montrant chacune deux pieds dont les talons sont joints, avec les bouts des pieds qui s’éloignent graduellement pour former un V. Un dessin d’un homme montre le soulèvement des talons, et un autre, la flexion des jambes.

Guide pour renforcer les jambes (MIKAN 3831498).

Les bras ne sont pas à négliger non plus. Nous avons besoin de soldats forts, capables de soulever des charges et de supporter les rigueurs du combat. Les exercices de traction comptent parmi les plus efficaces pour développer les membres supérieurs. Comme l’explique notre manuel de conditionnement physique, ces exercices consistent à se suspendre par les mains à un objet quelconque en s’appuyant légèrement sur les pieds, ou sans appui du tout. L’image ci-dessous donne quelques exemples.

Huit dessins montrant un homme effectuant correctement une traction. Un neuvième dessin montre une traction incorrecte.

Guide pour améliorer la force des bras grâce à des exercices de traction (MIKAN 3831502).

En résumé, nous avons besoin de soldats capables d’affronter les rigueurs du combat, mais aussi de les surmonter. Pour y arriver, la discipline, l’obéissance et le respect d’une structure rigide sont essentiels. Avez-vous ce qu’il faut pour vous joindre au CEC?


Dylan Roy est archiviste de référence à la Direction générale de l’accès et des services à Bibliothèque et Archives Canada.

À la découverte de mon grand-père Robert Roy Greenhorn : le « petit immigré anglais » (partie 1)

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Groupe de garçons travaillant dans un champ à la ferme école de la Philanthropic SocietyPar Beth Greenhorn

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde – terminologie historique.

Robert Roy Greenhorn (1879-1962), mon grand-père paternel, est un des milliers d’enfants envoyés au Canada par les orphelinats de William Quarrier, en Écosse. Il est ainsi devenu un « petit immigré anglais », un terme que j’ai entendu pour la première fois quand j’ai commencé à travailler à Bibliothèque et Archives Canada (BAC), en 2003. Je n’ai appris qu’en 2012 que mon grand-père et ses deux frères, John et Norval, étaient de petits immigrés anglais. L’été dernier, c’est-à-dire onze ans plus tard, je me suis dit qu’il était temps d’écrire l’histoire de mon aïeul.

Le présent billet de blogue est la première partie d’une série de quatre qui veut rendre hommage à mon grand-père Robert Roy Greenhorn. Il est publié le 20 novembre pour souligner la Journée nationale de l’enfant au Canada.

Portrait sur lin dans un cadre ovale du buste d’un jeune homme portant une chemise à col boutonné, une cravate, une veste et un veston.

Robert Roy Greenhorn, lieu inconnu, début des années 1900. Courtoisie de l’auteure, Beth Greenhorn.

Comme de nombreux Canadiens, je n’ai pas entendu parler des petits immigrés anglais à l’école. En fait, je ne connaissais même pas le terme. Jamais mon père ou d’autres membres plus âgés de la famille ne m’en ont parlé. Ce n’est qu’en cherchant des images pour le balado de BAC sur les petits immigrés anglais, en 2012, que j’ai appris l’existence des anciens réseaux d’émigration d’enfants. Ça a piqué ma curiosité : pourquoi mon grand-père avait-il émigré au Canada, et dans quelles circonstances? C’est comme ça que ma recherche a commencé.

Des années 1860 au milieu du 20e siècle, plus de 100 000 enfants pauvres, sans-abri et orphelins de Grande-Bretagne ont été relogés au Canada et dans d’autres colonies britanniques. Ils travaillaient dans des familles rurales canadiennes jusqu’à l’âge de 18 ans, généralement en tant que domestiques ou agriculteurs. On les appelle petits immigrés anglais parce que ces enfants quittaient la Grande-Bretagne pour le Canada grâce au travail d’organismes d’émigration.

L’industrialisation de la Grande-Bretagne au 19e siècle a provoqué des souffrances inimaginables pour des centaines de milliers de personnes. La pollution, la pauvreté, les taudis et les inégalités sociales explosent (voir l’article en anglais de Patrick Stewart The Home Children, p. 1). La vie est particulièrement difficile pour les enfants dans les foyers frappés par la pauvreté. Une recherche dans les grands titres des journaux britanniques de l’époque victorienne permet de relever des termes très durs pour désigner ces malheureux : enfants abandonnés (waifs and strays), indigents (paupers), délinquants (delinquents) et galopins (street urchins), pour ne nommer que ceux-là. Aucun système d’aide sociale ne prend en charge le nombre croissant d’enfants pauvres, négligés et orphelins.

Patricia Roberts-Pichette décrit ainsi les conditions de travail lamentables de la classe ouvrière démunie dans les industries de Grande-Bretagne (About Home Children, p. 7) :

La plupart des petits immigrés anglais viennent des familles ouvrières les plus pauvres, qui vivent dans les pires taudis des grandes villes industrielles. Les familles se trouvant dans un état d’extrême pauvreté à cause de la perte d’un emploi, d’une maladie, d’un handicap ou du décès du soutien de famille. […] Les travailleurs sociaux, les ecclésiastiques et les fonctionnaires craignent que ces enfants sombrent dans la délinquance et la criminalité pour survivre. [Traduction]

Comme l’explique Susan Elizabeth Brazeau, des organismes philanthropiques, caritatifs et religieux sont convaincus que le retrait des enfants aiderait à régler les problèmes socioéconomiques (They Were But Children: The Immigration of British Home Children to Canada, p. 1) :

Le réseau d’émigration a pour but de sortir les enfants britanniques de leurs conditions de vie jugées malsaines et inacceptables d’un point de vue social et moral. Dans les familles, les fermes et les foyers canadiens, les enfants devraient acquérir les compétences nécessaires pour devenir des membres productifs de la classe ouvrière. […] Ces enfants ont été appelés « petits immigrés anglais ». [Traduction]

Le programme avait donc un double objectif : réduire le fardeau que constituaient les enfants démunis en Grande-Bretagne, tout en offrant à la population croissante des colonies une main-d’œuvre bon marché pour travailler à la ferme.

Timbre orné d’une photo sépia d’un garçon vêtu d’un long manteau avec une valise à ses pieds. Cette photo est superposée sur une photo sépia d’un garçon labourant un champ à l’aide de deux chevaux. La photo d’un navire se trouve sous ces deux photos.

Timbre canadien émis le 1er septembre 2010 en l’honneur des petits immigrés anglais (e011047381).

L’orphelinat de Quarrier, en Écosse, est un des nombreux organismes fondés au 19e siècle qui s’occupe de la migration des enfants. C’est cet organisme privé, fondé par le fabricant de chaussures et philanthrope William Quarrier (1829-1903) (biographie en anglais), qui a envoyé mon grand-père et ses frères au Canada. De 1870 à 1938, Quarrier et plus tard ses filles ont organisé l’émigration de 7 000 enfants au Canada. La plupart d’entre eux ont abouti en Ontario.

Malheureusement, mon grand-père paternel, Robert Roy Greenhorn, est décédé avant ma naissance. Tout ce que je sais de lui vient des souvenirs racontés par mon père et de quelques photographies. Mon père, le cadet de la famille, était très lié à sa mère Blanche (née Carr, 1898-1970). En tant que « bébé de la famille » ayant grandi à une époque où les rôles des genres étaient bien définis, il a probablement passé plus de temps avec sa mère et ses sœurs, donc dans la maison et le potager, qu’avec son père. En plus, mon grand-père avait 51 ans quand mon père est né. La différence d’âge a probablement affaibli le lien entre eux. Par conséquent, les souvenirs d’enfance de mon père concernaient plus sa mère et sa fratrie, notamment son frère le plus jeune, Arnold, né seulement trois ans avant lui.

Trois femmes accroupies devant cinq hommes et une femme debout.

Première rangée, de gauche à droite : mes tantes Jo (Josephine), Jean et Jennie; deuxième rangée : mes oncles Roy et Arnold, mes grands-parents Robert et Blanche, mon oncle John et mon père Ralph. Philipsville (Ontario), 1947. Courtoisie de l’auteure, Beth Greenhorn.

Je sais très peu de choses sur l’enfance de mon grand-père Robert. Lui et ses frères John et Norval sont nés près de Glasgow, en Écosse, et ont émigré au Canada pendant leur enfance. Je sais aussi qu’ils sont venus sans leurs parents et qu’ils sont devenus orphelins très jeunes. J’ai toujours pensé que les trois frères avaient fait la traversée ensemble, mais des recherches ont montré que Robert et John sont partis pour le Canada en mars 1889, et que leur frère Norval les a suivis cinq ans plus tard, en 1894.

Dans ses mémoires non publiés écrits en 2015, mon père transmet un de ses rares souvenirs de mon grand-père :

Mon père était travaillant, c’était sa force. Il avait le sens de l’humour et jouait très bien au hockey, selon ce que j’ai compris. La meilleure façon de le décrire serait de dire que l’environnement a laissé sur lui des traces et qu’il était couvert de cicatrices. […] Si seulement je lui avais posé plus de questions sur son enfance, je l’aurais mieux compris. [Traduction]

Au début, les Canadiens appuient les organismes d’émigration et accueillent les enfants à bras ouverts. Toutefois, comme le mentionne Susan Elizabeth Brazeau dans l’article They Were But Children (p. 5 et 6), le vent tourne quand des histoires sordides commencent à circuler : des enfants s’enfuient, s’attaquent à leurs hôtes, volent de la nourriture ou souffrent de la faim. Il y en a même un qui est mort. Dans l’opinion publique, l’acceptation fait place à la méfiance. Les gens se demandent si « la Grande-Bretagne se débarrasse de ses pires éléments : les va-nu-pieds, les idiots, les malades et les criminels » [Traduction].

Je ne saurai jamais comment mon grand-père Robert a supporté l’épreuve d’être orphelin. Compte tenu des étiquettes péjoratives attribuées aux enfants de milieux défavorisés, je n’ai aucun mal à croire que la honte associée au statut de petit immigré a pu laisser de nombreuses cicatrices. J’aurais aimé en savoir plus sur la vie de mon grand-père et sur ce que cachait sa carapace. Qu’est-il arrivé à ses parents? Dans quelles circonstances les trois frères sont-ils devenus des pensionnaires d’un orphelinat en Écosse?

Je continuerai de raconter l’histoire de Robert Roy Greenhorn dans le deuxième article de la série. Ce périple vers les origines nous mènera à Gartsherrie et à Falkirk, en Écosse.

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Beth Greenhorn est gestionnaire de l’équipe du contenu en ligne à la Direction générale de la diffusion et de l’engagement à Bibliothèque et Archives Canada.

Loin des yeux, près du cœur : La question épineuse des sépultures de guerre canadiennes

Par Ariane Gauthier

Un grand nombre de tombes et de cimetières militaires canadiens ont été aménagés à travers le monde à la suite des conflits auxquels le Canada a participé depuis la Confédération (1867), de la guerre des Boers (1899-1902) en Afrique du Sud à celle d’Afghanistan (2001-2014).

Trois tombes de soldats canadiens ayant péri pendant la guerre des Boers (1899-1902).

Tombes des soldats Elliott, Laming et Devereaux, tués lors du conflit en Afrique du Sud (e006610211).

Une photo de tombes militaires à Ottawa, en Ontario, prise le 13 août 1934 par le célèbre photographe Yousuf Karsh.

Colonel H.C. Osborne, cimetière militaire (e010679418_s1).

Le cimetière canadien à Bény-sur-Mer, en France, où sont enterrés des soldats canadiens ayant participé au débarquement et à la bataille de Normandie en 1944.

Cimetière militaire canadien à Bény-sur-Mer, en France (e011176110).

Le cimetière canadien à Agira, en Italie, où sont enterrés des soldats canadiens ayant péri lors de la campagne de Sicile en 1943.

Cimetière canadien à Agira, en Sicile (e010786150).

Vue d’un cimetière de guerre au Japon, où sont enterrés des soldats canadiens tombés pendant la guerre de Corée (1950-1953).

Mme Renwick dépose une couronne au nom des mères et épouses canadiennes dans un cimetière japonais à l’occasion du jour du Souvenir (a133383).

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi autant de familles canadiennes ont laissé leurs êtres chers prendre leur dernier repos là où ils sont tombés au combat?

C’est tout simplement parce que c’était la seule option possible, du moins, à l’origine.

Pour comprendre, il faut se plonger dans le contexte de la Première Guerre mondiale – la première guerre industrielle de masse. Les progrès technologiques et militaires de l’ère moderne ont immédiatement fait exploser les taux de mortalité. Par conséquent, l’Empire britannique devait gérer le recrutement rapide de renforts en plus des milliers de décès dans un contexte de guerre où le rapatriement des corps était quasi impossible. Non seulement était-il périlleux de chercher une dépouille dans une zone active de combat, mais déplacer autant de cadavres aurait facilement pu entrainer des épidémies de maladies à l’échelle mondiale. Ceci étant dit, la porte demeurait ouverte à un changement du statu quo une fois les hostilités terminées. Le 10 mai 1917, la Imperial War Graves Commission fut créée en vertu d’une charte royale, avec le mandat de se pencher sur les enjeux des décès de soldats et des cimetières de guerre pour l’ensemble du Commonwealth britannique.

Document textuel datant du 10 mai 1917, rédigé par J.C. Ledlie, du bulletin Au palais de Buckingham, où est présent Sa Très Excellente Majesté le Roi en conseil.

War Office (Royaume-Uni) – Imperial War Graves Commission – Charte (MIKAN 1825922).

La question des cimetières entretenus à perpétuité ne faisait pas l’unanimité parmi les familles. De vifs débats sur la question des sépultures de guerre se sont déroulés dans maintes institutions parlementaires. Les orateurs faisaient appel à l’humanité et à la compassion des politiciens afin que les familles des militaires morts au combat puissent faire à la maison le deuil de leurs frères, pères, fils ou maris, et même, dans certains cas, de leurs filles et de leurs sœurs. Par contre, aucune pétition ne pouvait changer le verdict émis par la Imperial War Graves Commission :

Document textuel de 2 pages expliquant que le rapatriement des corps des soldats n’est pas permis.

War Office (Royaume-Uni) – Imperial War Graves Commission – Refus d’autoriser la sortie des corps des pays où ils sont enterrés (MIKAN 1825922).

 « Autoriser le rapatriement [des corps des soldats] à certains demandeurs (soit seulement ceux qui peuvent se permettent d’assumer de tels frais) serait contraire aux principes d’égalité de traitement; vider quelque 400 000 tombes identifiées représenterait un travail colossal et irait à l’encontre de l’esprit dans lequel l’Empire avait accepté avec gratitude les offres de prêts de terres à perpétuité des gouvernements de la France, de la Belgique, de l’Italie et la Grèce, pour y aménager des cimetières et « adopter » nos défunts. La Commission voyait dans ces cimetières militaires en terres étrangères un hommage plus significatif qu’un enterrement privé chez soi. Ceux qui ont combattu et qui sont tombés ensemble, officiers et hommes, côte à côte, y sont enterrés ensemble dans leur dernier lieu de repos, face aux lignes qu’ils ont défendues au péril de leurs vies. La Commission avait la certitude (et les preuves le confirmant) que les morts eux-mêmes, frères d’armes qu’ils étaient, auraient voulu demeurer avec leurs camarades. Ces cimetières britanniques dans des pays étrangers se voulaient un symbole pour les générations futures : celui d’un objectif commun, d’un dévouement partagé et du sacrifice consenti par des militaires de tout grade pour l’unité de l’Empire. […] » (traduction libre)

Cette décision fit en sorte que les Canadiens morts outre-mer pendant la Première Guerre mondiale sont demeurés aux champs d’honneur. Les cimetières aménagés à leur mémoire peuvent être visités encore aujourd’hui et sont toujours entretenus par la Imperial War Graves Commission, maintenant la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth. Le 15 juillet 1970, la politique du Canada sur le rapatriement des soldats décédés outre-mer changea. Le décret du conseil privé 1967-1894 stipulait que la famille d’un soldat mort au combat à partir de cette date pouvait demander son rapatriement pour ses funérailles. Les proches des militaires morts en service peuvent maintenant se recueillir auprès d’eux au pays.

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Ariane Gauthier est archiviste de référence au sein de la Direction générale des accès et services à Bibliothèque et Archives Canada.

Commémoration de la bataille de Beaumont-Hamel

Par Ethan M. Coudenys

Le 1er juillet 1916 à 7 h 20, une redoute allemande installée sur Hawthorne Ridge explose. Dix minutes plus tard, l’assaut britannique est lancé. La bataille de la Somme commence, après des préparatifs beaucoup plus longs que prévu. L’objectif est de soulager les forces françaises sous pression à Verdun.

À l’origine, la bataille devait se dérouler à la fin de juin. Le mauvais temps ayant repoussé l’attaque, les hommes du First Newfoundland Regiment (qui deviendra le Royal Newfoundland Regiment) ont dû ronger leur frein.

Pendant 45 minutes (de 9 h à 9 h 45), les hommes du régiment sortent de la tranchée Saint John’s Road et se précipitent dans le no man’s land. Malheureusement, les importantes pertes subies pendant les premières vagues de l’assaut obligent les soldats terre-neuviens à sortir des tranchées relativement sécuritaires qui relient la tranchée secondaire aux tranchées de première ligne et d’observation. Près de 85 % de l’effectif est tué, blessé, ou disparu pendant cette heure fatidique, si bien que le lendemain, à peine 65 des quelque 900 hommes du régiment répondent à l’appel.

La bataille de Beaumont-Hamel demeure la plus sanglante de l’histoire de Terre-Neuve, et de la Première Guerre mondiale. Elle est si coûteuse pour le Dominion de Terre-Neuve que celui-ci doit reprendre le statut de colonie britannique dans les années 1920, avant de se joindre à la Confédération canadienne en 1949. L’histoire particulièrement émouvante de cette bataille mériterait beaucoup plus d’attention.

Groupe de soldats debout sur une colline, devant un monument représentant un caribou. Au pied de la colline, une foule devant des plaques de bronze observe la scène.

Cérémonie en l’honneur du Royal Newfoundland Regiment, au monument de Beaumont-Hamel (e010751150).

Le parc du Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel a été aménagé sur le lieu de cette bataille. Il est actuellement géré par Anciens Combattants Canada. Tous les jours, des guides étudiants canadiens racontent l’histoire des Terre-Neuviens qui ont sacrifié leur vie pour la nation pendant la Grande Guerre. Le parc est tout simplement magnifique avec ses arbres géants, ses jardins enchanteurs et le centre pour les visiteurs. Le paysage, toutefois, témoigne des conséquences effroyables que la bataille de Beaumont-Hamel a eues sur le Dominion de Terre-Neuve et de la terrifiante vie au front pour le régiment.

Le monument a été dévoilé le 7 juin 1925. L’objectif était que les soldats tués pendant cette bataille soient comme chez eux. Dans ce but, l’architecte paysagiste Basil Gotto a planté plus de 5 000 arbres venus de Terre-Neuve. La principale sculpture est le monument du Caribou, situé tout près de la ligne de front britannique. Cette grande statue de bronze regarde dans la direction où le régiment avançait le 1er juillet 1916. Sa bouche ouverte semble appeler ses frères disparus pour qu’ils reviennent à la maison. Sept monuments comme celui du Caribou se trouvent en France, en Belgique, en Turquie et à Terre-Neuve-et-Labrador pour rappeler les grandes étapes de l’épopée du Royal Newfoundland Regiment pendant la Première Guerre mondiale.

Au pied du vaste monticule sur lequel se dresse le caribou, trois plaques de bronze donnent les noms de 823 soldats, marins et matelots de la marine marchande tués pendant la guerre qui n’ont pas de sépulture connue. Le plus jeune d’entre eux est mort à 14 ans, et le plus vieux, à 60 ans. Les plaques sont là depuis l’ouverture du site; elles ont survécu à la Deuxième Guerre mondiale et à plusieurs événements météorologiques. Seuls les lions de bronze qui avaient été installés près du monument de la 51e Division d’infanterie, à l’arrière du parc, ont été perdus pendant le conflit de 1939-1945.

Monument du Caribou sur une colline parsemée de rochers, dans le brouillard.

Le monument du Caribou à Beaumont-Hamel, vers décembre 2022. Image courtoisie de l’auteur, Ethan M. Coudenys.

Le parc du Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel compte parmi les plus touchants et les mieux préservés des monuments commémorant les sacrifices consentis pendant la Première Guerre mondiale. Des étudiants canadiens y offrent des visites guidées gratuites. L’atmosphère qui y règne donne une bonne idée de l’horreur de la bataille de Beaumont-Hamel et des pertes inimaginables subies par le Royal Newfoundland Regiment.

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Ethan M. Coudenys est conseiller en généalogie à Bibliothèque et Archives Canada et ancien guide étudiant au Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel.

Soldats autochtones de la Première Guerre mondiale : à la recherche d’anciens combattants oubliés

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Ethan M. Coudenys

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certaines personnes pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde – terminologie historique.

Pour de nombreux chercheurs autochtones, dont je fais partie, il est essentiel de comprendre le point de vue des premiers habitants du territoire sur la Première Guerre mondiale. Il faut parfois chercher des heures et des heures pour savoir si un ancien combattant de la Grande Guerre était bel et bien autochtone. Nous avons d’excellentes ressources sur quelques militaires bien connus des Premières Nations, des Inuit et de la Nation Métisse, mais ce domaine de la recherche historique cache encore bien des mystères.

Le présent blogue ne vise pas à raconter l’histoire générale des Autochtones qui ont servi pendant la Première Guerre mondiale. Je ne tenterai pas non plus de synthétiser l’expérience de ces militaires dans un seul billet de blogue. Je vais plutôt raconter les histoires de deux personnes fort différentes et présenter des méthodes de recherche pour trouver de l’information sur les Autochtones qui ont servi pendant la Grande Guerre.

L’histoire de John Shiwak

Deux photos du même homme assis en uniforme militaire.

John Shiwak du Royal Newfoundland Regiment, no 1735. The Rooms, Item E 29-45.

John Shiwak est né en 1889 à Rigolet, au Labrador. Membre d’une communauté inuite, il est un chasseur-trappeur expérimenté lorsqu’il se joint au First Newfoundland Regiment (qui deviendra le Royal Newfoundland Regiment) le 24 juillet 1915. Il est encore à l’entraînement lorsque le régiment sort de la tranchée Saint John’s Road à Beaumont-Hamel, le 1er juillet 1916, pour lancer la bataille de la Somme. Quand Shiwak rejoint le régiment en France trois semaines plus tard, le 24 juillet, il constate, comme bien d’autres, à quel point le régiment a été ravagé pendant les 45 minutes de son combat sur la Somme. En avril 1917, Shiwak est promu au grade de caporal suppléant. Malheureusement, en novembre, soit moins d’un an avant la fin des combats, John Shiwak est atteint par un obus pendant la bataille de Masnières (dans le cadre de la première bataille de Cambrai). Il y trouve la mort avec six compagnons de son unité.

Groupe de cinq hommes assis ou debout.

Membres de la Légion des pionniers (avant 1915); John Shiwak est debout à gauche. The Rooms, Item IGA 10-25.

De telles histoires sont courantes pendant la Première Guerre mondiale. L’homme inuk a été tué dans l’exercice de ses fonctions, au milieu de ses frères d’armes. Ce qui ajoute à la tristesse de la tragédie, c’est que le lieu de sépulture de ces sept courageux hommes n’a jamais été retrouvé. Une hypothèse veut qu’une école ait été construite alors que l’on ignorait la présence des corps de sept soldats de la Grande Guerre à cet endroit. Cependant, comme tous les hommes tués dont le lieu de sépulture demeure inconnu, Shiwak ne tombera pas dans l’oubli. Son nom restera à jamais gravé sur les plaques de bronze au Mémorial terre-neuvien à Beaumont-Hamel, en France, et sur un monument semblable à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador.

L’histoire d’Angus Edwardson

Le soldat Angus Edwardson m’intéresse particulièrement, car il est mon arrière-arrière-grand-père. Il a combattu à Passchendaele. Il est né en 1894 à Lac-Barrière, environ 300 kilomètres au nord-ouest d’Ottawa, dans une communauté nordique en grande partie algonquine anishinaabe. Selon son formulaire d’enrôlement, Edwardson et sa famille vivaient à Oskélanéo, au Québec. Pendant très longtemps, notre famille ignorait qu’il était Autochtone et ne connaissait pas les détails de son séjour dans les tranchées.

Heureusement, mon domaine de travail m’amène à faire des découvertes extrêmement intéressantes. Le recensement de 1921 m’a appris qu’il était un ancien soldat. J’ai ensuite pu trouver ses feuilles d’engagement.

L’histoire d’Edwardson n’est pas aussi remarquable que celle de Shiwak, mais elle donne une idée des difficultés que doivent surmonter les chercheurs qui s’intéressent à des Autochtones ayant fait partie du Corps expéditionnaire canadien (CEC) ou des Forces armées britanniques en général.

Feuilles d’engagement d’Angus Edwardson, sur deux pages.

Feuilles d’engagement d’Angus Edwardson (matricule 1090307).

Selon l’agent de recrutement qui remplit les feuilles d’engagement, Edwardson a le teint pâle, les yeux bleus et les cheveux foncés, une description qui ne correspond pas à l’idée qu’on se fait généralement d’un Autochtone. Il ne dit pas non plus qu’Edwardson fait partie des Premières Nations en écrivant le mot « Indien », fréquemment employé à l’époque, dans la section réservée aux marques distinctives, aux particularités congénitales et aux signes d’anciennes maladies.

Son dossier nous apprend qu’Edwardson est membre du 253e bataillon d’infanterie (Université Queen’s), mais qu’il sert dans plusieurs bataillons et régiments pendant son passage au front. Le 28 août 1918, alors membre du 213e Bataillon, il est blessé à la main gauche par une balle.

Difficultés pour les chercheurs

Comme je l’ai mentionné, ne pas savoir si un membre du CEC est Autochtone constitue un sérieux obstacle pour les chercheurs. Les dossiers d’engagement demeurent parfois entièrement muets à ce sujet. C’est même très courant pendant les dernières années de la Première Guerre mondiale. Aucun des deux hommes dont j’ai parlé n’est désigné comme un « Indien » sur son formulaire d’engagement. Nous devons donc nous fier à d’autres sources pour savoir s’ils étaient bien Autochtones.

Les recensements, souvent négligés, constituent la première de ces sources. Ils procurent des renseignements essentiels sur les personnes recherchées. Et les renseignements personnels améliorent considérablement les chances de réussite lorsqu’on cherche des Autochtones ayant fait partie du CEC ou du Royal Newfoundland Regiment. J’ai découvert qu’Edwardson était Autochtone parce qu’il est inscrit comme tel dans le recensement de 1921. Dans le cas de Shiwak, j’ai dû suivre un tout autre chemin, parsemé d’embûches. J’ai fini par trouver ses origines ethniques dans les mémoires de Sydney Frost, un capitaine du Royal Newfoundland Regiment, intitulés A Blue Puttee at War. Il existe encore d’autres sources confirmant que Shiwak était Autochtone.

Liste de noms dans le recensement de 1921, avec le sexe, l’âge et l’origine de chacun.

Déclaration de recensement d’Angus Edwardson et de sa famille, 1921 (e003065155).

Les sources secondaires sur la Première Guerre mondiale sont innombrables. Il suffit de chercher le nom de Shiwak pour en trouver plusieurs. Mais quand il s’agit de membres autochtones du CEC moins connus, ce n’est pas si simple. L’excellent livre For King and Kanata: Canadian Indians and the First World War, par Timothy Winegard, explique comment nous pourrions améliorer nos techniques pour chercher des individus et des groupes autochtones au sein du CEC. L’auteur souligne implicitement le rôle des communautés, qui décidaient d’envoyer des hommes s’enrôler. Cependant, cette piste n’est pas facile à suivre. Ça vaut la peine de communiquer avec des sociétés de généalogie locales ou des communautés autochtones pour qu’elles nous aident à trouver des listes de noms. Elles peuvent aussi nous donner une petite idée du nombre d’hommes de cette communauté qui ont servi dans l’armée.

Les dernières sources d’information très utiles pour des recherches de cette nature sont ce qu’on appelait les « Registres des Indiens ». Ces archives dressent des listes de membres de nombreuses bandes. Il s’agit d’une excellente source si vos recherches portent sur une bande précise et si vous pouvez vous rendre dans les locaux de Bibliothèque et Archives Canada, à Ottawa. Par contre, la difficulté reste entière pour les chercheurs qui ne connaissent pas le nom de la bande et qui ignorent si le sujet est mort pendant la guerre. Chercher un Inuk ou un Métis est encore plus difficile, car très peu de sources primaires ont été produites durant les années qui ont immédiatement suivi la Grande Guerre. Il est parfois possible de trouver un Inuk ou un Métis ayant fait partie du CEC ou du Royal Newfoundland Regiment grâce à des sources secondaires, mais c’est un processus long et ardu.

Conclusion

Le caporal suppléant John Shiwak (Inuk) et le soldat Angus Edwardson (Premières Nations) ont tous deux combattu pendant la Première Guerre mondiale. Les deux exemples montrent les obstacles à surmonter pour trouver de l’information sur des Autochtones qui ont fait partie du CEC ou du Royal Newfoundland Regiment. Les multiples défis peuvent poser des difficultés considérables. Il existe néanmoins des ressources, comme les archives (notamment les recensements), les communautés autochtones locales et les sources propres à certains peuples autochtones conservées à Bibliothèque et Archives Canada. Ces solutions possibles ne permettent cependant pas de résoudre tous les problèmes pour les chercheurs qui s’intéressent aux Autochtones ayant participé à la Première Guerre mondiale.

Autres ressources


Ethan M. Coudenys est conseiller en généalogie à Bibliothèque et Archives Canada. Fier de ses origines innues, il est aussi le descendant d’une personne ayant survécu aux pensionnats autochtones.