Premier sous-marin allemand coulé par la Marine royale du Canada

Par Renaud Séguin

Le 10 septembre 1941, les équipages du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Chambly et du NCSM Moose Jaw, deux corvettes de la Marine royale du Canada (MRC), réussirent à détecter et à couler le U-Boot U-501 au large du Groenland, alors que ce dernier s’apprêtait à prendre en embuscade un convoi (SC-42) de navires alliés partis de Sydney, en Nouvelle-Écosse, pour ravitailler la Grande-Bretagne.

Les deux corvettes devaient se livrer à des exercices en mer afin de permettre à leurs équipages largement formés de nouvelles recrues de se familiariser avec la lutte anti-sous-marine. Devant la menace grandissante des sous-marins allemands, les deux navires ont vite dû mettre un terme à leur entraînement pour venir en renfort au convoi allié.

Photographie en couleurs d’une corvette de la Marine royale du Canada voguant à plein régime. Une épaisse fumée noire s’échappe d’une cheminée. Sur le bateau de couleur grise, le numéro K145 est écrit en noir.

Le NCSM Arrowhead, une corvette de la même classe (Flower) que le NCSM Chambly et le NCSM Moose Jaw (MIKAN 4821042).

Un des experts de la MRC dans la lutte anti-sous-marine, le capitaine de frégate James D. « Chummy » Prentice, commandant du Chambly et du détachement, a vite décidé qu’il valait mieux aller patrouiller au-devant du convoi pour surprendre les sous-marins allemands. Grâce aux talents de navigateur du second maître A. F. Pickard, les deux corvettes purent rejoindre la zone choisie par Prentice en moins de six jours.

Vers 21 h 30, le Chambly détecta un contact sur son ASDIC (mieux connu aujourd’hui sous le terme de sonar, son appellation américaine). Rapidement, les marins du Chambly se mirent en branle pour lancer une salve de cinq grenades anti-sous-marines. Malgré quelques erreurs dues à l’inexpérience, les deux premiers projectiles endommagèrent suffisamment le sous-marin pour le forcer à faire surface près du Moose Jaw.

Photographie noir et blanc montrant deux hommes en uniforme de la marine posant devant la tourelle avant de leur corvette. Entre les deux hommes, une image peinte sur la tourelle représente un bulldog se tenant debout avec un chapeau de marin et des gants de boxe.

Le second maître A. F. Pickard et l’artificier en chef de la salle des machines W. Spence, à St. John’s (Terre-Neuve), en 1942. Les deux hommes ont joué un rôle clé lorsque la corvette NCSM Chambly a coulé le sous-marin allemand U-501, le 10 septembre 1941. (MIKAN 3576697)

Surpris par l’apparition du U-Boot, les marins du Moose Jaw ne furent pas en mesure de faire feu immédiatement avec leur canon à tir rapide et leurs mitrailleuses. Le lieutenant F. E. Grubb, commandant du Moose Jaw, donna l’ordre de foncer vers le sous-marin pour le percuter. Loin d’être entièrement improvisée, cette manœuvre fut souvent tentée par des corvettes canadiennes. À courte distance, c’était la meilleure option pour couler les minces cibles mouvantes offertes par les U-Boot allemands voguant dans une mer agitée en pleine nuit.

Avant la charge, le lieutenant Grubb fut surpris de voir le commandant allemand abandonner son sous-marin pour sauter sur le pont du Moose Jaw! Ce n’est toutefois qu’après avoir été percuté par la corvette, tout en essuyant le tir de son canon, que le U-Boot cessa sa course.

Photographie en noir et blanc montrant un sous-marin et une baleinière côte à côte. Des membres d’équipage du sous-marin se trouvent sur le pont. Les personnes à bord de la baleinière sont assises.

Une équipe d’abordage du NCSM Chilliwack dans une baleinière à côté du sous-marin allemand U-744, le 6 mars 1944 (MIKAN 3623255)

Une équipe d’abordage du Chambly commandée par le lieutenant E. T. Simmons tenta alors de prendre le contrôle du sous-marin. Le détachement dut abandonner la tentative puisque le U-Boot coulait rapidement. Un des marins du Chambly, William Irvin Brown, se noya au cours de l’opération. À l’instar de plus de deux cents membres d’équipage des quinze navires marchands du convoi SC-42 coulés par les sous-marins allemands, le Torontois, père d’une fillette d’à peine un an, sacrifia donc sa vie pour ravitailler la Grande-Bretagne et les forces armées qui la protégeaient. Plusieurs autres Canadiens perdirent ainsi la vie au cours de la Bataille de l’Atlantique.

Ressources connexes


Renaud Séguin est archiviste militaire au sein de la Division des archives gouvernementales à Bibliothèque et Archives Canada.

Images de cuisine maintenant sur Flickr

Saviez-vous que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a une riche collection de livres de cuisine? Notre culture et la technologie ont influé sur ces livres et les recettes au fil du temps, et cela a modifié nos rapports avec la nourriture et la cuisine au cours de notre histoire.

Nouvelles images numérisées de la construction du 395, rue Wellington

Par Andrew Elliott

Surplombant la rivière des Outaouais, l’édifice de Bibliothèque et Archives Canada qu’on surnomme « le 395, rue Wellington » est reconnaissable entre tous. Bien visible des deux côtés de la rivière, il abritait autrefois les Archives et la Bibliothèque nationales, d’où son ancienne appellation de PANL (de l’anglais Public Archives National Library). Il incarne la mémoire collective de notre pays, constituée de toutes les ressources documentaires que nous recueillons, préservons et diffusons.

Mais connaissez-vous la fascinante histoire entourant la conception et la construction de ce lieu patrimonial? En novembre 1952, un site est d’abord choisi près de l’intersection des rues Bank et Wellington. Cependant, à la Commission du district fédéral (l’ancêtre de la Commission de la capitale nationale), le comité chargé de la planification donne plutôt le feu vert pour le 395, rue Wellington. Les dés sont jetés : c’est à cet endroit que s’élèvera le nouvel édifice de la Bibliothèque et des Archives nationales.

Suivant une suggestion de Louis Saint-Laurent, premier ministre de l’époque, le Cabinet retient les services de la prestigieuse firme d’architectes Mathers & Haldenby, du nom de ses deux fondateurs : Alvan Sherlock Mathers (1895-1965), originaire d’Aberfoyle, en Ontario, et Eric Wilson Haldenby (1893-1971, originaire de Toronto. [Liens en anglais seulement] La firme aura pignon sur rue de 1921 à 1991.

Toutefois, la construction de l’édifice est reportée pendant presque une décennie : il faut d’abord démolir un bâtiment temporaire érigé sur le terrain. En 1958, nouveau délai : une gigantesque explosion due à une fuite de gaz détruit un édifice gouvernemental rue Slater, entraînant le déménagement de centaines de fonctionnaires dans les locaux restants du bâtiment temporaire.

En 1960, le contrat pour la construction de l’édifice est alloué à l’entreprise Ellis-Don. À l’automne 1963, les travaux commencent enfin; ils se prolongeront jusqu’en 1967. Le studio de photographie Van, basé à Ottawa, en immortalisera toutes les étapes.

BAC vient tout juste de numériser une remarquable série de photos illustrant ce chantier. Vous pouvez les voir dans les acquisitions du ministère des Travaux publics. En voici quelques-unes :

Photographie en noir et blanc d’un vaste chantier de construction avec de la machinerie lourde. On aperçoit au loin des arbres et des bâtiments.

Travaux d’excavation sur le chantier, 4 septembre 1963 (MIKAN 3600820)

Photographie en noir et blanc de la façade d’un édifice de dix étages en construction. On voit des panneaux de construction à la hauteur du rez-de-chaussée, des automobiles (y compris une Coccinelle de Volkswagen!) et des piétons.

Vue du côté nord de l’édifice en construction, 15 juillet 1965 (MIKAN 3600860)

Photographie en noir et blanc d’un édifice complètement entouré d’échafaudages.

Vue du côté sud-est de l’édifice en construction, 16 août 1965 (MIKAN 3600863)

Photographie en noir et blanc d’un édifice en construction.

Légende : Vue du côté nord-est de l’édifice, 26 novembre 1965 (MIKAN 3600869)

Photographie en noir et blanc d’une salle au plafond bas, avec des rangées de rayonnages superposés en cours d’aménagement.

Vue intérieure de l’édifice avec des rayonnages partiellement aménagés, 21 novembre 1966 (MIKAN 3600895)

Photographie en noir et blanc d’une grande salle avec un échafaudage et des matériaux de construction.

Salle de lecture partiellement aménagée et dotée de plafonds vitrés, 24 février 1967 (MIKAN 3600901)

Photographie noir et blanc d’une vaste salle partiellement aménagée, aux murs recouverts de marbre de Carrare (un marbre blanc aux nervures prononcées).

Magnifiques colonnes et murs de marbre dans l’entrée de l’édifice, 27 juin 1966
(MIKAN 3600882)

Le 10 mai 1965, le gouverneur général Georges Vanier pose la première pierre officielle du 395, rue Wellington. À l’intérieur de celle-ci, il a fait insérer un élégant coffret de cuivre renfermant des images et des descriptions de l’édifice, ainsi qu’un exemplaire des plus récentes publications de la Bibliothèque et des Archives nationales. L’inauguration a lieu le 20 juin 1967, juste à temps pour les célébrations du centenaire du Canada. Vous pouvez écouter ici les cérémonies d’ouverture :

Le 395, rue Wellington allie de façon unique fonctionnalité et esthétisme, comme en témoigne le rapport no 04-027 du Bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine : « C’est une réalisation de très grande qualité […] Sur le plan esthétique, le bâtiment amalgame avec élégance et raffinement le modernisme classique canadien et le nouveau modernisme, ce qui lui confère une apparence moderne, fonctionnelle et bien pensée […] Sur le plan pratique, il répond à une gamme variée d’usages, comme en témoigne la disposition des espaces publics, des services et des rayonnages». [traduction] Pour en savoir plus, consultez cette fiche sur les lieux patrimoniaux du Canada consacrée à l’édifice.

Bref, ni les efforts ni les investissements n’ont été ménagés dans la conception du 395, rue Wellington, un édifice qui demeure encore aujourd’hui un symbole au cœur d’Ottawa.


Andrew Elliott est archiviste à la Division Science, gouvernance et politique de Bibliothèque et Archives Canada.