Conservatrice invitée : Arlene Gehmacher

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Bouquet de fleurs sauvages par Susanna Moodie, v. 1870

Un pissenlit jaune devant des fleurs sauvages bleues et roses mélangées à des feuilles, peint sur une carte sépia.

Bouquet de fleurs sauvages par Susanna Moodie, v. 1870 (MIKAN 2897949)

Susanna Moodie qualifiait les forêts canadiennes de prison. Peindre des fleurs était peut-être pour elle une façon de s’évader et d’instaurer un peu d’ordre et de raffinement dans la nature.


Parlez-nous de vous.

L’étude de la culture visuelle du Canada est un de mes intérêts depuis mon embauche pour faire des recherches sur les sources imprimées et archivistiques primaires en vue d’une exposition sur l’art historique produit au Canada. J’ai eu la piqûre — le matériel a comblé à la fois mon amour des beaux-arts et celui du contexte culturel. Je me sens privilégiée d’avoir pu en faire ma carrière.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Les aquarelles, comme Bouquet de fleurs sauvages, n’étaient pas pour Moodie un simple passe­temps pour créer des cadeaux pour les membres de sa famille et ses amis, mais il s’agissait également d’une marchandise qui pouvait générer un revenu ou faire du commerce. En demandant entre 3 $ et 5 $, elle pouvait payer sa servante. William Notman, le célèbre photographe canadien, est reconnu pour avoir accepté — à sa suggestion — une aquarelle autographiée comme mode de paiement de ses photographies. (Moodie a ainsi peint un ensemble de roses pourpres, blanches, jaunes et roses.)

Les fleurs sauvages du bouquet — dont la pervenche, le pissenlit et la clématite — peuvent très bien avoir été cueillies par Moodie elle-même, mais leur illustration en aquarelle faisait partie de son économie familiale.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Deux planches représentant des fleurs multicolores et des feuilles vertes. À gauche : lis de Philadelphie, campanule à feuilles rondes et cypripède royal. À droite : hépatique à lobes aigus, uvulaire grandiflore, anémone à cinq folioles et claytonie lancéolée.

Image de gauche : lis de Philadelphie, campanule à feuilles rondes et cypripède royal (MIKAN 2905466) Image de droite : hépatique à lobes aigus, uvulaire grandiflore, anémone à cinq folioles et claytonie lancéolée (MIKAN 2905471) Planches tirées de Canadian Wild Flowers par Agnes FitzGibbon, publié par John Lovell, Montréal, 1868 (AMICUS 49189)

Agnes FitzGibbon, fille de Susanna Moodie, a collaboré avec sa tante, Catharine Parr Traill (sœur de Susanna) à Canadian Wild Flowers, publié en 1868 et salué pour son exactitude scientifique. Le Bouquet de fleurs sauvages de Susanna Moodie exprime sa joie et sa passion pour la cueillette et l’arrangement esthétique des fleurs. Son talent artistique est immortalisé dans ses aquarelles. À l’opposé, les excellentes illustrations de FitzGibbon sont informatives; son tracé précis permet d’assurer la perceptibilité du spécimen.

Le projet de FitzGibbon était dès le départ une activité commerciale, chacun des 500 exemplaires contenait 10 plaques lithographiées, toutes peintes à la main (avec de l’aide!), auxquelles étaient jointes les descriptions à la fois poétiques et naturalistes de Parr Trail. Réalisé en 1867 et 1868, Canadian Wild Flowers, en raison de son sujet et de la date de publication, a sans aucun doute présenté un intérêt national.

Biographie

Photographie en couleur d'une femme debout devant un mur turquoiseArlene Gehmacher, Ph. D., est conservatrice (peintures, estampes et dessins canadiens) au Musée royal de l’Ontario (MRO) à Toronto, en Ontario, où elle organise des expositions et effectue des recherches fondées sur les collections. Elle enseigne également. Son cours « Collecting Canada » porte sur l’acquisition, l’interprétation et la présentation de la collection des œuvres du MRO. Il est offert par le biais du Département d’histoire de l’art de l’Université de Toronto. Ses publications traitent d’artistes du XIXe au XXIe siècle : Ozias Leduc (1996), Cornelius Krieghoff (2003), Naoko Matsubara (2003, 2016), Paul Kane (2010, 2014), Arthur Heming (2013) et William Blair Bruce (1999, 2014).

Ressources connexes

Les aquarelles d’Edith Fanny Kirk

Depuis les années 70, il y a un effort continu pour souligner la contribution artistique des femmes dans l’histoire. À cette fin, Musée et Archives Galt, à Lethbridge (Alberta), a préparé une exposition en hommage à l’artiste Edith Fanny Kirk. L’exposition intitulée : Edith Fanny Kirk : Un héritage d’art et d’aventure s’intéresse au sens de l’aventure de l’artiste et souligne ses accomplissements. Elle comprend quatre aquarelles de la collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) et sera présentée du 6 juin au 12 octobre 2015.

Mme Kirk naît en Angleterre en 1858 et immigre au Canada en 1905. Elle finit par s’installer à Lethbridge, où elle enseigne l’art et exerce une influence artistique fondamentale sur la communauté. Elle soumet des articles sur l’art au club Mathesis de Lethbridge et fonde le club de croquis de Lethbridge (qui est devenu le club des artistes de Lethbridge) dans les années 1930.

Reproduction en couleur d’une aquarelle illustrant un paysage dominé par un ciel légèrement enfumé. Une bande de terre verte sépare le ciel de la rivière.

Prairie au ciel assombri par les feux de forêt à Lethbridge (MIKAN 2948200)

Les quatre aquarelles de la collection de BAC montrent que Mme Kirk préfère l’aquarelle aux techniques traditionnelles comme la peinture à l’huile. L’aquarelle est idéale pour la définition de tons délicats et la gradation des couleurs pastel. L’efficacité de cette technique est particulièrement apparente dans le ciel brumeux du tableau « Prairie au ciel assombri par les feux de forêt à Lethbridge », sur lequel des oiseaux volent à travers un subtil nuage de fume.

 

Représentation en couleur d’une aquarelle montrant des montagnes enneigées et des prés couverts de forêts vertes.

Le mont Edith Cavell, à Jasper Park (Alberta) (MIKAN 4626658)

L’aquarelle est une technique de choix pour le travail à l’extérieur, car il est facile de se procurer le matériel nécessaire et de le transporter. En tant que membre du club Alpin du Canada (auquel elle se joint à l’âge vénérable de 60 ans), Mme Kirk fait de la randonnée en forêt et dans des parcs nationaux et en profite pour peindre. Son tableau du célèbre mont Edith Cavell, à Jasper Park (Alberta), illustre bien l’immensité du parc. Les montagnes dépassent de part et d’autre du tableau et donnent l’impression de s’étendre à l’infini. La densité de la forêt est représentée par le bleu, le mauve et le vert.

Mme Kirk peint ces tableaux à une époque où il est difficile pour une femme de subvenir à ses besoins en tant qu’artiste en raison des pressions sociales et des inégalités économiques. L’exposition donne l’opportunité d’étudier attentivement sa vie et son art pour ainsi mieux comprendre l’histoire de l’art canadien.

Ne manquez pas l’exposition sur Edith Kirk à Musée et Archives Galt. Vous pouvez aussi lire notre billet de blogue sur les autoportraits des artistes : Autoportraits de femmes dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada.