« Je veux rouler à vélo! » : Le cyclisme dans le Corps expéditionnaire canadien durant la Première Guerre mondiale

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Par Dylan Roy

« Enfourche ton vélo et vas-y! »

Ces mots, ma mère me les répétait souvent dans ma jeunesse lorsque je lui demandais de me conduire quelque part. Avec le recul, même si je lui en voulais parfois de m’obliger à rester actif (enfant un peu paresseux que j’étais), je suis reconnaissant d’avoir sillonné toutes ces rues à vélo pendant mon adolescence. En plus de m’offrir une bonne dose d’exercice, le vélo m’apportait une certaine autonomie et me permettait de tisser des liens sociaux dont j’avais grandement besoin.

À bien y penser, le vélo est un phénomène humain quasi universel. J’ai été surpris d’apprendre que même l’Armée canadienne y avait recours. Je n’avais jamais réfléchi aux raisons qui pouvaient en justifier l’usage. Le vélo me semblait être une activité trop éloignée de la réalité militaire, une activité réservée aux civils. Pourtant, l’Armée canadienne a intégré l’usage du vélo dans ses rangs pendant une grande partie de son histoire.

Les bicyclettes ont en effet joué un rôle central dans l’accomplissement des missions de certaines unités militaires. Cette série mettra en lumière les fonctions de ces unités cyclistes. Le premier volet portera spécifiquement sur les divisions ayant servi pendant la Première Guerre mondiale. Alors enfilez votre casque et pédalez vers les paragraphes qui suivent pour découvrir l’histoire des courageux cyclistes qui ont servi notre armée pendant la Grande Guerre.

Photographie panoramique montrant des dizaines de soldats au garde-à-vous à côté de leur vélo.

Photographie panoramique du 2e Bataillon de cyclistes du Corps canadien, Force expéditionnaire canadienne. (e010932293)

Commençons par souligner que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) propose de nombreuses ressources sur les divisions, compagnies et corps de cyclistes ayant servi durant la Première Guerre mondiale. L’une des plus précieuses est le Guide des sources pour les unités du Corps expéditionnaire canadien : Cyclistes. Ce guide est une mine d’informations pour les chercheurs sur de nombreux aspects de ces unités cyclistes. Il faut toutefois faire preuve de vigilance, car certaines des références archivistiques de ce guide comportent des erreurs de transcription. Malgré cela, ces outils restent d’une grande valeur pour la recherche.

Outre les ressources de BAC, l’Histoire officielle de l’Armée canadienne dans la Grande Guerre 1914-1919, Tome 1, Partie 1 constitue une source précieuse d’informations sur les unités cyclistes.

Cela dit, à quoi ressemblaient les missions des unités cyclistes durant la guerre? L’Encyclopédie canadienne résume leur rôle comme suit : « Pendant la Première Guerre mondiale, on encourage les jeunes hommes adeptes de la bicyclette à devenir membre du Canadian Corps Cyclists’ Battalion. Plus de 1000 hommes le font. Leurs tâches vont de la livraison des messages, de la lecture des cartes aux activités de reconnaissance et au véritable combat. »

Grâce à leur équipement particulier, les unités cyclistes bénéficiaient d’une mobilité supérieure à celle des unités d’infanterie, ce qui les classait parmi les troupes « montées », au même titre que le Canadian Light Horse Regiment (avec l’avantage que les freins étaient plus faciles à vérifier, comme dirait Lambert Jeffries). Vous pouvez d’ailleurs constater leur position hiérarchique dans l’Organigramme du Corps expéditionnaire canadien (CEC) de 1918 ci-dessous :

Deux captures d’écran d’un schéma représentant l’organisation de la Force expéditionnaire canadienne en 1918. La première illustre la hiérarchie de la Force expéditionnaire canadienne en détaillant les différentes chaînes de commandement. La seconde, tirée du même schéma, met en évidence la position hiérarchique du Bataillon de cyclistes du Corps canadien.

Deux images représentant un organigramme de la Force expéditionnaire canadienne en 1918. La première capture d’écran montre le schéma complet, alors que la seconde met en évidence la position du Bataillon de cyclistes du Corps canadien. (Organigramme du Corps expéditionnaire canadien de 1918)

Bien que les unités cyclistes aient joué un rôle actif pendant la guerre, elles ont d’abord dû suivre un entraînement rigoureux. BAC propose sur sa chaîne YouTube plusieurs vidéos sur l’Armée canadienne, dont une montrant une journée typique pour les membres des unités cyclistes en 1916. Ce film, un bien patrimonial de BAC, est offert en anglais seulement.

La vidéo montre l’importance de nombreux aspects, allant des tâches plus ordinaires de la vie militaire, comme la lessive, aux éléments cruciaux de la formation, tels que les exercices, la signalisation et la reconnaissance.

Quatre scènes du film The Divisional Cyclists : A Glimpse of a Day’s Training (1916). En haut à gauche, des hommes effectuent des exercices de signalisation synchronisés avec des drapeaux. En haut à droite, des soldats exécutent des exercices aérobiques légers. En bas à gauche, des soldats pédalent de manière coordonnée, côte à côte. En bas à droite, deux hommes participent à un exercice de reconnaissance à vélo en forêt.

Quatre scènes tirées de la vidéo The Divisional Cyclists : A Glimpse of a Day’s Training (1916) illustrant des exercices de signalisation, des entraînements et des initiatives de reconnaissance. (ISN 285582)

Une fois leur formation achevée, les unités cyclistes prenaient directement part aux efforts de guerre. Ces infatigables hommes à vélo avaient l’expérience du combat, participant à certaines des batailles les plus marquantes de la Première Guerre mondiale, telles qu’Ypres et Vimy. L’extrait suivant, tiré du journal de guerre de la 1re Compagnie divisionnaire canadienne de cyclistes, décrit les terribles événements de la bataille d’Ypres et le rôle de la division le 22 avril 1915, près d’Elverdinghe :

À 16 h 30, un bombardement intense a débuté sur le front, immédiatement à l’est de notre position. Toute la ligne semblait enveloppée d’un nuage de fumée verdâtre. À 18 h 30, on a signalé l’arrivée de nombreux soldats des troupes sud-africaines, déroutés, venant des tranchées de première ligne. Tous au bord de l’effondrement, ils se plaignaient d’un nouveau gaz mortel transporté par un léger vent du nord-est depuis les tranchées ennemies. On a donné l’ordre à la D.M.T. de se tenir prête.

À 19 h 15, des instructions en provenance du quartier général de la division ont été reçues, ordonnant un déplacement immédiat au Château des trois tours. Les cyclistes ont été positionnés en attente sur l’avenue menant à la route Elverdinghe – Ypres. La communication étant interrompue avec les différentes unités d’infanterie et d’artillerie, le quartier général de la division a demandé par moments aux cyclistes d’agir comme messagers auprès des quartiers généraux des différentes brigades. À 22 h 10, le lieutenant Chadwick et le 1er peloton ont été envoyés en patrouille profonde sur le front immédiat, au-delà du canal. Le caporal Wingfield et sa section ont été dépêchés pour une patrouille profonde derrière les lignes de tranchées sur notre flanc gauche. [traduction]

Capture d’écran du journal de guerre présenté ci-dessus.

Capture d’écran du journal de guerre de la 1re Compagnie divisionnaire canadienne de cyclistes. (e001131804, image 53)

Cet extrait illustre le chaos de la guerre et les épreuves endurées par de nombreux soldats lors de cette journée fatidique d’avril 1915. Il évoque également certains des aspects les plus marquants de la Première Guerre mondiale, notamment l’utilisation de gaz, décrits comme des nuages de fumée verdâtre. En outre, il offre un aperçu des principales missions accomplies par les cyclistes, notamment en matière de communications, de transport de messages et de patrouilles de reconnaissance.

Durant la guerre, les divisions cyclistes ont pris de l’ampleur. Puis, comme mentionné précédemment, un bataillon entier, le Bataillon de cyclistes du Corps expéditionnaire canadien, a été mis sur pied. BAC consacre une sous-série entière à ce bataillon. Des détails supplémentaires expliquant sa formation et sa dissolution sont fournis dans la section Biographie/Histoire administrative. En voici un extrait :

« Le Bataillon de cyclistes du Corps d’armée canadien [Canadian Corps Cyclist Battalion] a été constitué à Abeele en mai 1916 sous le commandement du major A. McMillan et a été formé en fusionnant la 1re, la 2e et la 3e compagnies de cyclistes de la Division canadienne. Le bataillon a été démobilisé à Toronto en avril 1919 et a été démantelé en vertu de l’ordonnance générale 208 du 15 novembre 1920. Au Canada, les compagnies de cyclistes faisaient appel à des recrues « disposant d’une intelligence supérieure à la moyenne et d’un bon niveau d’études » ». (n° MIKAN 190737)

En consultant les descriptions de niveau inférieur de cette sous-série, on découvre des documents relatifs au bataillon. La sous-série couvre une variété de sujets, notamment le programme d’entraînement de la compagnie de réserve des cyclistes et des témoignages de prisonniers de guerre canadiens, entre autres.

Treize officiers en uniforme ayant servi dans le Bataillon de cyclistes du Corps expéditionnaire canadien, janvier 1919. Sept hommes sont assis sur des chaises et six autres hommes se tiennent debout derrière eux.

Photographie des officiers du Bataillon de cyclistes du Corps expéditionnaire canadien, prise en janvier 1919. (PA-003928)

Les unités cyclistes canadiennes n’étaient pas en reste. Elles ont eu un impact significatif sur l’effort de guerre grâce à leurs missions en matière de reconnaissance, de communications, de signalisation et de combat actif. Il est impressionnant de penser que ces hommes, équipés de bicyclettes rudimentaires, ont parcouru les terrains hostiles de l’Europe pendant la Première Guerre mondiale pour accomplir leurs missions. Cela relativise bien mes propres plaintes lorsque je peine à gravir une colline en chemin vers le boulot, pourtant équipé d’une monture nettement plus moderne et performante. La détermination et le courage dont ont fait preuve les membres des unités cyclistes de l’Armée canadienne durant cette période sont une grande source d’inspiration.

Sources supplémentaires


Dylan Roy est archiviste de référence à la Direction générale de l’accès et des services à Bibliothèque et Archives Canada.

Visite au Mémorial de Vimy : la boucle est bouclée (troisième partie)

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Par Rebecca Murray

En 2022, j’ai parlé de la recherche que j’ai faite pour déterminer si mon arrière-grand-père avait été présent à l’inauguration du Mémorial de Vimy, en 1936. L’année suivante, j’ai écrit la suite de l’histoire. Aujourd’hui, je conclus (probablement) cette trilogie sur mon histoire familiale.

Nous nous sommes laissés après avoir fait une formidable découverte : Thomas C. Phillips était effectivement tout près du Mémorial de Vimy en juillet 1936. Cependant, un point important demeurait à éclaircir : comment s’était-il rendu en France?

À l’époque, la traversée de l’Atlantique se faisait généralement par la mer. Selon un document familial, Thomas serait embarqué à bord du navire à vapeur Alaunia. Une recherche en ligne confirme que ce bateau a quitté Montréal le 20 juillet 1936. Thomas aurait donc pu arriver à temps (de justesse!) pour l’inauguration du 26 juillet. C’est donc ici que nous reprendrons notre recherche.

J’ai porté mon attention sur des listes de passagers et des documents semblables. Mon premier arrêt fut au comptoir de généalogie. J’ai en effet appris deux choses : un problème partagé est à moitié résolu, et mes collègues de la généalogie sont formidables! Je leur ai donc posé une question (vous le pouvez aussi) et j’ai appris que les listes de passagers ultérieures à 1935 sont conservées par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Une demande d’accès à l’information est nécessaire pour les consulter. Quant aux documents antérieurs, ils font partie d’ensembles de données consultables sur le site de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Il faut utiliser des mots-clés comme « passager », « immigration » ou « frontière ».

J’ai longtemps tergiversé. Les passionnés de recherche parmi vous comprendront sans peine que je préférais ne pas céder les rênes de mon enquête. Pour éviter d’être entièrement dépendante, j’ai choisi une nouvelle approche toute simple : je suis allée voir de l’autre côté de l’océan et, plutôt que de chercher des documents sur les arrivées, j’ai cherché des départs (autrement dit, le voyage de retour de Thomas). Cette idée m’a menée aux Archives nationales du Royaume-Uni. Dans leurs archives numériques sur Findmypast, j’ai découvert non pas un, mais deux Thomas Phillips partis vers Montréal à l’été 1936. Je remercie de nouveau mes précieux collègues de la généalogie, dont l’expertise s’est avérée essentielle à cette étape de ma recherche.

Pour filtrer les résultats, j’ai cherché une date de départ à la fin de l’été et indiqué l’année de naissance de Thomas (1877). J’ai rapidement trouvé ce que je cherchais : une liste de passagers du navire à vapeur Antonia, de la compagnie Cunard, construit dans les années 1920. Quand j’y ai vu le nom de Thomas, j’ai eu envie de crier et de partager ma découverte avec quelqu’un, comme on le fait quand on est dans la salle de référence, mais quand on travaille de la maison, on obtient seulement les grommellements du chien dérangé pendant sa sieste.

La liste nous renseigne sur le voyage et sur Thomas. L’Antonia a quitté Liverpool le 28 août 1936 à destination de Québec et de Montréal. La plupart des données n’ont rien d’inhabituel, mais la colonne 8 (le dernier pays de résidence permanente) est particulièrement intéressante. On y trouve des régions du Royaume-Uni, d’autres parties de l’Empire britannique et des pays étrangers. Sans surprise, la plupart des passagers provenaient d’autres parties de l’Empire britannique. Peut-être que d’autres pèlerins canadiens étaient allés en France le mois précédent pour assister à l’inauguration du Mémorial de Vimy.

Page jaunie dressant la liste de quelques dizaines de passagers d’un paquebot.

Liste de passagers de l’Antonia, un navire de la compagnie de navigation Cunard White Star, qui a quitté Liverpool, en Angleterre, le 28 août 1936. L’information sur Thomas Phillips est encerclée en rouge. Source : Archives nationales du Royaume-Uni.

Nous y apprenons que la dernière adresse de Thomas au Royaume-Uni était « c/o 88 Leadenhall St, London ». Vous vous doutez bien que je me suis demandé ce qu’il y avait au 88, rue Leadenhall en 1936. Une petite recherche sur le Web a révélé qu’il s’agissait de la Cunard House, un édifice à huit étages où se trouvaient les bureaux de la compagnie de navigation Cunard et de ses succursales. J’ai aussi appris que les passagers donnaient souvent une adresse avec la mention « aux soins de » (care of, ou c/o), probablement pour faciliter la correspondance pendant leur voyage.

Armée de ces renseignements nouveaux, j’ai pu retourner dans les archives de BAC pour voir ce que je pourrais trouver au sujet de l’Antonia et du voyage de Thomas. Les collections d’archives à BAC donnent beaucoup d’information sur le navire, de ses origines en tant que paquebot de ligne à ses fonctions de transporteur de troupes pendant la Deuxième Guerre mondiale. Évidemment, je me suis surtout intéressée aux documents sur le pèlerinage à Vimy!

BAC possède aussi des images de l’Antonia, dont cette magnifique photo prise pendant sa traversée vers l’Europe plus tôt cet été-là.

Le paquebot bicolore Antonia en mer. Le pont Jacques-Cartier et plusieurs navires à quai se trouvent à l’arrière-plan.

Pèlerins pour Vimy à bord de l’Antonia en partance de Montréal (Québec), 1936. Source : Clifford M. Johnston/Bibliothèque et Archives Canada/PA-056952.

J’ai ensuite épluché les journaux montréalais du début septembre pour voir si le retour de Thomas était mentionné dans les nouvelles maritimes. L’arrivée de l’Antonia est bel et bien documentée, mais mon arrière-grand-père n’est pas nommé. J’ai alors une fois de plus constaté que le plus difficile, dans une recherche archivistique, est parfois de savoir quand s’arrêter.

Je voulais d’abord savoir si mon arrière-grand-père avait assisté à l’inauguration du Mémorial de Vimy, et j’ai fini par me renseigner sur son voyage à l’aller et au retour. La recherche a été ponctuée de grandes découvertes et d’amères déceptions, ce qui est courant lorsqu’on fouille dans les archives. En plus d’obtenir de l’information, j’ai acquis de précieuses aptitudes en recherche, ce qui n’est vraiment pas à dédaigner. Bien loin de me décourager, je suis déjà prête à m’attaquer au prochain mystère familial! Vive les défis!


Rebecca Murray est conseillère en programmes littéraires au sein de la Direction générale de la diffusion et de l’engagement à Bibliothèque et Archives Canada.

Le camp d’internement de Kapuskasing

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Par Ariane Gauthier

Nous établissons des liens surprenants tout le long de notre vie. Des choses que nous pensions confinées à notre travail ou à nos cercles sociaux surviennent de manière inattendue dans d’autres sphères. De mon côté, plusieurs longs voyages en voiture avec mon mari en direction du nord de l’Ontario m’ont menée à en apprendre plus sur le camp d’internement de Kapuskasing. Peu de personnes savent qu’il y avait des camps d’internement au Canada pendant les deux guerres mondiales. Et peu encore savent que ces camps n’étaient pas tous destinés aux prisonniers de guerre : plusieurs d’entre eux séquestraient des civils canadiens de nationalité dite « ennemie ».

Le camp de Kapuskasing a été actif du début de la Première Guerre mondiale, en 1914, jusqu’en 1920. On y confinait surtout des civils de nationalité ukrainienne. Ceux-ci étaient condamnés aux travaux forcés, construisant entre autres des bâtiments et rasant plusieurs hectares de forêts environnantes afin que le gouvernement puisse y établir une ferme expérimentale.

Photographie en noir et blanc du camp d’internement de Kapuskasing en juillet 1916. On y voit une enfilade de cabanes en bois devant lesquelles se tiennent des rangées de prisonniers et les gardes du camp.

Le camp d’internement de Kapuskasing. (e011196906)

Mon travail comme archiviste de référence m’a permis de creuser un peu plus dans les ressources de Bibliothèque et Archives Canada afin d’en apprendre davantage sur cette période sordide de l’histoire canadienne. J’ai ainsi retrouvé les documents de William Doskoch, né le 5 avril 1893 à Laza, en Galicie, un territoire de l’empire austro-hongrois qui appartient aujourd’hui à l’Ukraine.

En 1910, à l’âge de 17 ans, William Doskoch rejoint son frère au Canada pour travailler dans les mines de charbon de Nanaimo, en Colombie-Britannique. Alors qu’il est de passage à Vancouver en 1915, il se fait arrêter, étant considéré comme un ennemi de la nation. Il sera enfermé dans plusieurs camps d’internement : d’abord au camp de Morrissey, puis à celui de Mara Lake, et ensuite au camp de Vernon, avant d’être finalement transféré à Kapuskasing. C’est de là qu’il fut libéré cinq ans plus tard, le 9 janvier 1920.

Le fonds d’archives de William Doskoch est riche en ressources qui nous permettent de comprendre les camps d’internement selon la perspective d’une personne internée. Bien qu’on y trouve de l’information sur plusieurs camps, je m’intéressais surtout à ses notes sur Kapuskasing. Selon ces écrits, les conditions y étaient similaires à celles du camp de Vernon : maltraitance des prisonniers, exécutions aléatoires, plusieurs cas de tuberculose, et conditions d’internement inadéquates pour les températures froides.

Portrait studio d’un homme assis. Il tient dans sa main un journal.

Portrait de William Doskoch. (No MIKAN 107187)

J’ai aussi retrouvé une lettre écrite par George Macoun, garde au camp de Kapuskasing, qui relatait des événements survenus au camp entre novembre 1917 et l’été 1919. Bien que de moindre ampleur que le fonds William Doskoch, elle nous offre un aperçu assez rare de l’expérience d’un garde dans un camp d’internement.

Première page d’une lettre écrite à la main.

Lettre de George Macoun, garde au camp d’internement de Kapuskasing. (No MIKAN 102082)

Originaire d’Irlande, George Macoun immigre au Canada, où il se joint à la milice en février 1915. C’est ainsi qu’il en vient à prendre part aux opérations au camp d’internement de Kapuskasing. Il rédige cette lettre quelque temps après la fin de la guerre, après avoir été démis de ses fonctions comme garde. Un peu comme il le ferait dans des mémoires, il se remémore les expériences marquantes de son temps à Kapuskasing, entre autres les conflits et les tensions qui régnaient parmi les gardes en raison d’abus de pouvoir. Il raconte :

« Un petit incident est survenu en mars 1918 qui a soulevé la colère de l’ensemble du bataillon contre ce commandant, en raison de la manière absolument irrégulière, selon les procédures militaires, dont un cas fut géré. Lors d’une soirée dans la salle de loisirs, quelque temps pendant la dernière semaine de février 1918, un certain caporal, un des hommes les plus populaires de la garde, a eu le malheur de se saouler et de faire du tapage pendant la nuit, non seulement dans sa chambre, mais aussi dans une autre chambre. Cette information a été transmise par un mouchard à l’O.C. [officier commandant] bien connu, à peu près deux semaines plus tard, quand des accusations ont été portées contre le caporal. »

Le fonds du Secrétariat d’État du Canada regorge également d’information. On y trouve notamment une sous-série intitulée Documents touchant le Bureau du séquestre des biens ennemis et les opérations d’internement, couvrant la période de 1914 à 1951 (R174-59-6-F, RG6-H-1). Pendant les deux guerres mondiales, le Secrétariat d’État s’occupait entre autres des affaires découlant des opérations d’internement. Toutefois, certaines activités, comme celles touchant la gestion des propriétés des internés confisquées par l’État, ont éventuellement été transférées à d’autres ministères au fil des années. On y retrouve quand même de la documentation sur les certificats de libération des camps d’internement, ainsi que sur l’administration des camps. Les boîtes 760 à 765 inclusivement contiennent des documents relatifs aux opérations du camp de Kapuskasing.

Puisque l’information abonde, je m’attarderai seulement à quelques éléments intéressants pour Kapuskasing. Par exemple :

  • Selon la correspondance du directeur des opérations d’internement, la ferme expérimentale construite par les prisonniers de Kapuskasing a été achevée au début décembre 1917.
  • Selon les statistiques de décembre 1918, le camp détenait les prisonniers suivants : 607 Allemands, 371 Autrichiens, 7 Turcs, 5 Bulgares et 6 prisonniers « autres ». Une note suggère que la classification « autres » servait à désigner des prisonniers de guerre, mais ce n’est pas clair.
  • Plusieurs lettres écrites par des prisonniers à des membres de leur famille étaient censurées. C’est le cas des missives qu’Adolf Hundt envoyait à sa femme. Découragé par l’ampleur de la censure, il a renoncé à lui écrire, menant son épouse à s’inquiéter pour sa santé.

Ce billet de blogue vous a présenté un aperçu des renseignements qu’on peut dénicher sur le camp de Kapuskasing dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada. Celle-ci offre un immense potentiel pour mieux comprendre ce moment sordide de l’histoire canadienne. Nous avons donc créé un guide de recherche sur les camps d’internement au Canada pendant les deux guerres mondiales, qui m’a beaucoup servi dans la rédaction de ce billet de blogue.

Pour consulter le guide, suivez ce lien :


Ariane Gauthier est archiviste de référence au sein de la Direction générale de l’accès et des services à Bibliothèque et Archives Canada.

Les scénarios multimédias d’Oliver Hockenhull

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Par Brian Virostek

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique qui pourraient bouleverser certaines personnes, dont une illustration d’une pendaison publique. Pour en savoir plus, veuillez consulter notre Mise en garde – terminologie historique.

Que se passe-t-il dans la tête d’un cinéaste expérimental confronté aux enjeux du contrôle et de la résistance, et qui souhaite par-dessus tout montrer cela à l’écran de façon à faire réfléchir son public?

Sur quels types d’archives peut-on compter pour comprendre un film qui n’a jamais eu de scénario et dont le réalisateur a rejeté les méthodes traditionnelles? Espérant obtenir réponse à ces questions, j’ai demandé à l’artiste multimédia Oliver Hockenhull s’il avait songé à faire don d’images ou de documents en même temps que ses films Determinations (1988, mis à jour en 2022) et Entre la langue et l’océan (1991). En réponse, il a généreusement donné un lot fascinant de documents qui, quoique peu volumineux, offre un aperçu de son processus créatif.

Parmi les documents clés, mentionnons une copie de la demande de subvention présentée par Hockenhull au Conseil des arts du Canada pour son film Determinations. Elle offre une description détaillée des thèmes abordés dans le film, ce qui nous permet de mesurer la démarche et l’engagement profond de l’artiste.

Un formulaire du gouvernement rempli à la machine à écrire.

Première page de la demande de subvention présentée par Hockenhull pour son film Determinations. (No MIKAN 6652053)

Cette demande de subvention jette aussi un éclairage sur le montage du film, réalisé sous forme de collage polyvalent. Hockenhull s’est inspiré de multiples facettes de son expérience, pleinement conscient que la réalisation du film serait en même temps une démarche de compréhension. Avant le tournage, il avait assisté aux procès des membres de Direct Action (The Squamish Five) et écrit à chacun. De toute évidence, il ne se contentait pas de suivre l’actualité : il voulait être là, en personne, ouvert au dialogue. Le film traduit bien la franchise qu’on dénote dans sa correspondance.

Les premières lignes d’une lettre manuscrite.

Lettre adressée à John Oliver Hockenhull par Doug Stewart, 4 janvier 1986. (No MIKAN 6652053)

Dans la lettre qui suit, on voit une étoile à cinq branches griffonnée dans la marge. On dirait cinq « A » majuscules, reliés à la base. On ignore à quel moment ce symbole a été apposé sur la lettre.

Lettre dactylographiée comportant une étoile dessinée à la main dans le coin supérieur gauche.

Lettre adressée à John Oliver Hockenhull par Ann Hansen. (No MIKAN 6652053)

Dernier détail (mais non le moindre) de cette demande de subvention : elle semble avoir été obtenue à la suite d’une demande d’accès aux renseignements personnels, un processus qui permet aux personnes de demander l’accès aux renseignements détenus à leur sujet par le gouvernement du Canada. Fidèle au sujet de son film Determinations, Oliver Hockenhull a exploré et mis à profit les rouages d’un système, nous invitant à prendre part à son enquête.

Les photographies et les diapositives contenues dans ce fonds d’archives révèlent que le film n’a pas pris naissance par écrit, dans un logiciel de traitement de texte, mais bien dans un atelier d’artiste où des photographies et des publicités pour des armes ont été fixées aux murs, mises en collage, combinées et recouvertes de peinture. Le collage ci-après illustre la rencontre entre l’image personnelle (représentée par la photo de famille) et la version créée par des procédés techniques, illustrée par les détails de la télécopie.

Copies d’une photo de famille et d’une télécopie assemblées en collage et recouvertes d’un vernis coloré.

Un collage réalisé sur les murs de l’atelier où une partie du film Determinations a été tournée. (No MIKAN 6652053)

Ici, on voit que des danseurs et des acteurs se sont retrouvés dans l’atelier aux côtés d’artistes visuels, et se sont intégrés au collage. Dans l’image ci-dessous, une publicité pour des armes a été copiée sur une diapositive puis projetée dans l’atelier, par-dessus un acteur.

Au premier plan, une personne brandit une arme à feu. À l’arrière-plan, on voit une publicité pour des armes, avec des ogives ornées d’étoiles et de rayures.

Un exemple de collage multimédia tiré du film Determinations : médias imprimés, projection de diapositive et performance d’acteur. (No MIKAN 6652053)

Sur la photo suivante, le caméraman et la preneuse de son tournent une scène dans une cuisine. Le réalisateur a opté pour un lieu étroit, mais réellement habité. L’espace étant trop exigu pour inclure les deux acteurs dans le cadre ou pour tourner depuis deux angles (comme dans un champ-contrechamp traditionnel), le réalisateur a choisi de filmer la conversation en écran partagé : il montre les deux personnages dans le même espace physique, mais dans des champs visuels distincts. Voilà un autre exemple où le cinéaste s’impose des contraintes matérielles tout en confrontant ses personnages à des questions difficiles. Chaque solution ajoute une pièce à la mosaïque de la compréhension.

Une femme debout sur un réfrigérateur tient un microphone, tandis qu’un homme filme à l’aide d’une caméra. Un projecteur placé à l’arrière éclaire la scène.

Tournage du film Determinations. (No MIKAN 6652053)

Dans l’exemple suivant, Hockenhull adopte une approche à la fois sculpturale et picturale, présentant une image altérée d’un visage reflété dans un miroir déformant : on voit une personne déchirée en deux, le regard d’un troisième œil suggérant un état méditatif. En continuant d’explorer son thème par divers médiums plastiques et performatifs, le réalisateur aboutit à une image emblématique, qui représentera d’ailleurs le film dans des photographies et des communiqués de presse.

Image déformée d’un visage d’homme.

Une personne déchirée en deux, le regard d’un troisième œil suggérant un état méditatif. (No MIKAN 6652053)

Bibliothèque et Archives Canada possède une copie du film Determinations dans sa version originale de 1988, ainsi que dans sa version de 2022 (accompagnée de la musique de Gerry Hannah, un ancien membre des Squamish Five).

Pour son film suivant, Entre la langue et l’océan, Oliver Hockenhull a commencé ses recherches à Bibliothèque et Archives Canada. Il s’est inspiré de la version publiée du Journal d’un patriote exilé en Australie, 1839-1845, de François-Maurice Lepailleur, ainsi que de textes et d’illustrations connexes. Les reproductions qu’il a obtenues ont alimenté son processus créatif.

Texte dactylographié.

Extrait du Journal d’un patriote exilé en Australie, 1839-1845, par François-Maurice Lepailleur. (No MIKAN 6652066)

Après l’idéalisme révolutionnaire qui se dégage du texte ci-dessus, nous découvrons ensuite la correspondance de fonctionnaires de la période coloniale immergés dans un univers d’intrigues et de violences. Ci-dessous, l’auteur de la lettre avertit le destinataire de l’existence de complots visant à l’assassiner, par exemple en l’empoisonnant.

Lettre manuscrite.

Lettre adressée au lieutenant-général Jim John Colborne, New York, 15 décembre 1838. (No MIKAN 6652066)

Les recherches du réalisateur révèlent en outre que les patriotes révolutionnaires (comme Lepailleur) furent confrontés à une autre forme de violence, comme en témoigne l’illustration ci-dessous. La prison des Patriotes-au-Pied-du-Courant, qu’on voit à l’arrière-plan, est aujourd’hui un petit musée montréalais qui vaut le détour.

Dessin d’Henri Julien représentant une exécution devant une prison à Montréal.

Un sentiment de violente oppression imprègne le film, transmis de manière symbolique plutôt que littérale. (No MIKAN 6652066)

Comme dans son film précédent, Determinations, Hockenhull cherche une voix authentique, s’appuyant sur des journaux et de la correspondance pour raconter son histoire. L’écriture et les illustrations plus longues et fluides se reflètent dans la production, non seulement dans les costumes et les décors, mais aussi par une mise en scène plus somptueuse et maîtrisée. On peut le voir sur cette diapositive de photographie prise sur le plateau :

Deux silhouettes devant un rideau éclairé de teintes rouge orangé émanant d’une boule de feu crachée par un artiste de cirque à l’arrière-plan.

Mise en scène théâtrale tirée d’Entre la langue et l’océan et intégrant des éléments non diégétiques, comme un artiste de cirque en arrière-plan. (No MIKAN 6652066)

L’image suivante présente un collage assemblé par Hockenhull à partir d’instantanés Polaroid annotés de codes temporels. Sur les images où Lepailleur est assis sur une chaise, on voit en arrière-plan une ancienne carte de l’Australie. Comme dans son travail précédent sur le film Determinations, le réalisateur a rassemblé des documents visuels durant sa phase de recherche, a reproduit les images sur des diapositives et les a projetées dans la scène. Mais on note ici une certaine sophistication : en continuité à la mise en scène, l’image est intégrée au moyen de la projection frontale, une technique d’effets spéciaux qui permet aux images projetées de remplir l’arrière-plan de manière homogène, sans masquer les acteurs.

Une grille de six images, dont cinq illustrant chacune une personne différente, et une affichant les années « 1837 » et « 1838 ». Chaque image comporte un code temporel dans le coin inférieur droit.

Collage d’instantanés Polaroid réalisé par Oliver Hockenhull. (No MIKAN 6652066)

C’est une expression de l’histoire en fractions de seconde, composé d’impressions Polaroid et d’illustrations recadrées, comme un scénarimage après coup. Le cinéaste relie ces événements disjoints en laissant leurs contours se frôler, pour reconstruire à partir de ces fragments un monde cohérent.


Brian Virostek est archiviste à la Direction générale des archives et du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Salade à l’ananas et au fromage des années 1950

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Bannière Cuisinez avec Bibliothèque et Archives Canada

Par Ariane Gauthier

Les années 1950 ont été une décennie déterminante pour le consumérisme dans le monde occidental, en particulier dans les Amériques. La croissance économique, les progrès technologiques et les médias de masse ont joué un rôle central dans la formation d’une culture axée sur la consommation qui s’est imposée dans l’après-guerre. Cette transformation a jeté les bases de la société de consommation moderne et de l’économie mondiale qui allaient continuer d’évoluer au cours des décennies suivantes.

Dans les années 1950, l’essor des conserves aux États-Unis a marqué un changement clé dans la culture alimentaire américaine et, par extension, canadienne. À mesure que de plus en plus de femmes entraient sur le marché du travail et que les horaires familiaux chargés devenaient la norme, les produits en conserve comme les légumes, les soupes et les viandes offraient une solution rapide et fiable pour la préparation des repas. Ce boum a été alimenté par les progrès des technologies de conservation des aliments, qui ont rendu les produits en conserve abordables et accessibles au ménage moyen. Avec l’avantage supplémentaire d’une longue durée de conservation, ces produits ont contribué à redéfinir la cuisine maison, pour la rendre plus simple et plus efficace, tout en répondant à l’appétit croissant des consommateurs pour des produits pratiques.

C’est dans ce contexte historique que la Kraft Foods Limited a publié le livret 40 famous menus from O.K. Economy & Shop-rite (Quarante menus populaires des magasins O.K. Economy et Shop-rite), une recette duquel fera l’objet de cet article de blogue.

La couverture de 40 famous menus from O.K. Economy & Shop-rite. On y voit des images de certains plats préparés suivant les recettes du livret.

40 famous menus from O.K. Economy & Shop-rite. (OCLC 1006679567)

On y trouve une multitude de recettes mettant en valeur les divers produits Krafts. Mais je m’intéressais surtout aux recettes à base d’aspic ou de gélatine. Ce qui me fascinait, entre autres, c’était que le but premier de plusieurs recettes avec de la gélatine n’était pas tant d’être appétissantes que de vouloir impressionner. À la base, les recettes avec gélatine cherchaient surtout à mettre en valeur la beauté des moules qu’on pouvait se procurer et l’art esthétique d’y figer des crudités. Dans les années 1950, les choses ont changé un peu, il y avait un désir de manger de l’aspic pour le plaisir de son goût, mais l’idée d’impressionner demeurait, comme on peut le voir avec la recette que j’ai choisie.

La recette comprend des images des étapes de cuisson à la droite et une suggestion de menu au haut de la page.

Recette de salade à l’ananas et au fromage. (OCLC 1006679567)

Les ingrédients témoignent d’une volonté sincère de vouloir créer un plat goûteux. En théorie, les saveurs devraient bien se mélanger. Le seul intrus, quelque peu suspect, est le fromage cheddar râpé. Cela dit, on remarque, dans l’avant-dernière phrase de la première étape, le désir d’impressionner que j’ai soulevé plus tôt : Add to lime jelly, then pour a small amount (enough to make a thin layer on the bottom) into a 6-cup star mold, or other fancy-shaped mold. qu’on peut traduire par « Ajouter à la gelée à la lime, ensuite verser une petite quantité (assez pour former une fine couche) dans un moule en forme d’étoile de 6 tasses, ou tout autre moule de forme de fantaisie. »

La précision au sujet du style du moule trahit, à un certain degré, l’intention de créer quelque chose d’impressionnant.

Sur ce, je me suis lancée dans la confection de cette recette en espérant avoir trouvé là quelque chose qui serait savoureux.

Les ingrédients sont les ananas broyés en conserve, le paquet de poudre de gelée à la lime, la brique de fromage à la crème, et le bloc de fromage cheddar.

Les ingrédients pour la recette de salade à l’ananas et au fromage, avec le moule. (Photo par Ariane Gauthier)

Une fois les ingrédients réunis, la recette se fait assez rapidement. Pour commencer, il fallait dissoudre le jello à la lime dans une tasse d’eau chaude, ensuite le mélanger avec le jus d’ananas, puis verser une fine couche du liquide dans le moule. Une fois fait, il fallait laisser reposer le moule au réfrigérateur pour que la gelée fige un peu.

Il faut commencer par égoutter les ananas broyés pour en tirer le jus. Ensuite, mélanger le sachet de poudre de gelée dans une tasse d’eau chaude et y ajouter le jus réservé.

La première étape de la recette, soit la préparation du jello à la lime. (Photos par Ariane Gauthier)

Une fois la première étape accomplie, il faut verser une fine couche du jello liquide dans le moule et laisser figer au réfrigérateur.

Versage à la louche de la première couche de jello dans le moule. (Photo par Ariane Gauthier)

En attendant, j’ai passé à la prochaine étape. J’ai combiné le reste du mélange liquide de jello à la lime et jus d’ananas avec le fromage à la crème. J’ai malaxé le tout jusqu’à ce que ce soit bien lisse et j’ai ensuite mis le bol au réfrigérateur pour une trentaine de minutes.

Il faut combiner le restant du mélange liquide jello-jus avec le fromage à la crème. Une fois bien incorporé, le laisser dans son bol et l’envoyer au frigo pour qu’il épaississe.

La deuxième étape de la recette de salade à l’ananas et au fromage. (Photos par Ariane Gauthier)

Ceci a permis d’épaissir le liquide et de pouvoir intégrer les ananas broyés et le fromage cheddar râpé de manière homogène. Après, il était question d’ajouter ce mélange dans le moule puis qu’il repose au frigo quelques heures.

Une fois le mélange épaissi, il faut intégrer l’ananas et le cheddar râpé avant de tout déposer dans le moule.

La quatrième étape de la recette de salade à l’ananas et au fromage. (Photos par Ariane Gauthier)

Le lendemain, j’ai apporté le produit fini au travail et j’ai eu le plaisir de révéler le plat à mes collègues. Voici le résultat :

La salade à l’ananas et au fromage en trois temps.

Salade à l’ananas et au fromage. (Photos par Mélanie Gauthier)

Au moment de retourner le moule dans une assiette, la révélation s’est faite au son de « oh! » et de « ah! » inquiets, voire quelque peu dégoûtés. Je ne sais pas pourquoi, mais je m’attendais à ce que le produit fini soit plutôt jaunâtre et non vert. Sous le regard de mes collègues, j’ai pris la première bouchée et j’ai été en mesure d’en encourager un autre à essayer ladite « salade ». Son commentaire englobe bien mes propres impressions. Il a dit : « C’est la trinité maudite : température, texture et saveur écœurantes. »

À la fin, nous n’étions que cinq à avoir osé essayer le plat. Les autres se sont contentés de l’odeur intense du fromage à la crème et de l’expérience émétique de trancher la gélatine.

C’est la première recette que je ne vous recommande pas d’essayer. Cependant, je continue à croire malgré cet échec qu’il est possible de créer une recette de gélatine ou d’aspic savoureuse.

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Autres ressources


Recette – Salade à l’ananas et au fromage

1 paquet de gelée en poudre à saveur de lime
1 tasse d’eau chaude
1 tasse d’ananas broyés en conserve
1 paquet de 8 oz de fromage à la crème Philadelphia
1 paquet de 8 oz de fromage cheddar fort de marque Cracker Barrel
Chicorée frisée ou laitue

  1. Dissoudre la gelée en poudre à la lime dans l’eau chaude. Égoutter l’ananas; mesurer le jus et ajouter de l’eau froide pour obtenir 1 tasse. Ajouter à la gelée à la lime, puis verser une petite quantité (assez pour faire une fine couche au fond) dans un moule en étoile de 6 tasses, ou tout autre moule de forme de fantaisie. Laisser refroidir au réfrigérateur.
  2. Pendant ce temps, ramollir le fromage à la crème. Ajouter graduellement le reste du mélange de gelée au fromage à la crème, en mélangeant jusqu’à l’obtention d’une consistance lisse. Réfrigérer jusqu’à ce que le mélange épaississe légèrement.
  3. Râper le fromage cheddar de marque Cracker Barrel.
  4. Intégrer le fromage râpé et l’ananas broyé au mélange de fromage à la crème légèrement épaissi. Verser sur la couche de gelée ferme dans le moule. Laisser refroidir au réfrigérateur jusqu’à ce que la gelée soit ferme.
  5. Démouler sur un plat de service. Garnir avec de la chicorée frisée ou de la laitue.

Donne 6 portions.


Ariane Gauthier est archiviste de référence à la Direction générale de l’accès et des services à Bibliothèque et Archives Canada.