Les archives, une ressource précieuse pour la revitalisation des langues des Premières Nations

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Karyne Holmes

La préservation des langues des Premières Nations est essentielle à la survie de l’identité propre à chacune des communautés. La capacité de parler notre langue renforce le lien qui nous unit à notre patrimoine ancestral, à notre communauté, à la terre et à la nature. En effet, la connaissance de la langue inspire un fort sentiment de fierté et de confiance en notre identité, et elle est intimement associée au bien-être psychique et émotionnel.

Depuis les premiers contacts coloniaux, des politiques gouvernementales ont fait en sorte que nos gens ont été déplacés, séparés de leur famille et de leur communauté, et dépossédés de leurs terres et de leur langue. Des tentatives d’assimilation comme l’établissement de pensionnats, et la rafle du millénaire qui se poursuit, ont éloigné plusieurs générations d’Autochtones de leur langue et de leur culture. Comme les seules langues officielles du Canada sont le français et l’anglais, les communautés des Premières Nations ont pris l’initiative d’assurer la préservation de leurs langues. En réaction au déclin de la transmission naturelle de la langue en milieu familial, elles ont mis sur pied des projets de revitalisation et de préservation des langues.

En plus d’aider leurs membres à retrouver leur langue maternelle, les collectivités se prennent en main en rétablissant collectivement les noms d’origine des lieux situés sur les territoires qu’elles occupent. Ces noms riches en enseignements témoignent de l’histoire de la région. Ils sont très descriptifs, reflètent les caractéristiques physiques des plans d’eau et du terrain, ou rappellent des événements marquants, des histoires ou des activités associés aux lieux. Certains noms révèlent des connaissances écologiques ou communiquent des informations sur les voyages ou la navigation.

Ces savoirs ont progressivement disparu en raison de l’imposition des cartes dessinées par les colons, qui ont créé et officialisé leurs propres toponymes. Dans le cadre du mouvement visant à décoloniser les espaces, les cartes sont redessinées, et les toponymes autochtones des territoires traditionnels et des organismes qui s’y trouvent sont rétablis.

Carte dessinée à la main montrant une rivière et des plans d’eau, avec des noms de lieux et des points cardinaux. Une règle à mesurer blanche, servant à illustrer l’échelle, est située à la droite de la page.

Un dessin, daté de 1896, montre une voie canotable entre les lacs Waswanipi et Mistassini ainsi que des noms de lieux cris (n0117726)

Les archives peuvent appuyer les processus de revitalisation et de préservation des langues autochtones. La recherche dans les archives contribue grandement à la réalisation de projets, car les chercheurs y trouvent de nombreux types de renseignements sur ces langues.

Les journaux, les cartes et les dictionnaires présentent un intérêt particulier, bien qu’ils aient été créés par des explorateurs, des missionnaires ou des anthropologues non autochtones, car ils révèlent souvent ce que leurs créateurs ont appris au contact des Premières Nations. Les enregistrements de chants et d’histoires sont particulièrement utiles, tout comme les documents historiques qui permettent de retrouver des noms de lieux traditionnels et d’anciens mots de vocabulaire, avec des indications sur les origines et les savoirs associés à ces noms.

Une page dactylographiée montrant une colonne de mots en anglais et une autre de mots en nakoda.

Transcription d’une page d’un dictionnaire anglais-nakoda rédigé entre 1883 et 1886 (e011055392)

 

Document manuscrit montrant deux colonnes listant respectivement des mots en anglais et des mots en innu-aimun.

Page d’un carnet où sont notés des mots en innu-aimun appris dans le cadre d’échanges commerciaux, vers 1805 (e011211380)

Les archives aident à découvrir le passé, mais elles peuvent aussi contribuer au maintien et à la protection des langues. Elles peuvent servir à préserver et rendre accessibles aux générations futures de nouvelles ressources qui témoignent de la connaissance actuelle d’une langue par les personnes qui la parlent couramment.

Les archives sont des centres de ressources physiques ou numériques pour ceux et celles qui apprennent une langue; elles donnent accès à de nombreux documents de nature linguistique. La collaboration entre les responsables des projets de revitalisation, les gardiens de la langue et les archivistes garantit que nos petits-enfants seront fiers de leur identité et s’épanouiront grâce à elle, non seulement en parlant leur langue traditionnelle, mais aussi en écoutant leurs ancêtres la parler.

Ne manquez pas les prochains blogues sur les ressources accessibles à Bibliothèque et Archives Canada concernant les langues des Premières Nations, des Inuits et de la Nation métisse.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Karyne Holmes est archiviste pour le projet Nous sommes là : Voici nos histoires, visant à numériser les documents relatifs aux Autochtones conservés à Bibliothèque et Archives Canada.