Les lieutenants George Fraser Kerr et Graham Thomson Lyall, VC

Par Ashley Dunk

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria canadienne, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes de bravoure de soldats posés il y a exactement 100 ans sur un champ de bataille. Aujourd’hui, nous rendons hommage à deux récipiendaires de la Croix de Victoria pour les gestes héroïques accomplis le 27 septembre 1918 lors de la campagne du canal du Nord et du bois de Bourlon, en France.

Le Corps canadien passe à l’offensive dans la bataille de la Scarpe le 26 août 1918 et réussit enfin à enfoncer la ligne Drocourt-Quéant, solidement fortifiée, le 2 septembre. Les quelque huit kilomètres gagnés par le Corps se soldent par la mort de nombreux officiers et soldats. À la suite de cet assaut, la stratégie change : les Canadiens, avec l’aide d’autres bataillons alliés, tentent de capturer le canal du Nord et d’ouvrir les routes menant à Cambrai. Battant en retraite, les Allemands font sauter plusieurs ponts le long du canal, n’en conservant que quelques-uns fortement défendus pour leur propre usage. Les forces canadiennes n’ont aucune possibilité d’établir des avant-postes de l’autre côté du canal.

Après un mois de planification et de reconstruction des ponts, le Corps canadien est prêt à se lancer à la conquête de ses prochains objectifs : le canal du Nord et le bois de Bourlon.

C’est durant cette bataille du canal du Nord que deux soldats canadiens vont accomplir des actes héroïques pour lesquels ils recevront l’une des décorations militaires les plus prestigieuses.

Carte en noir et blanc montrant des frontières et l’emplacement de bâtiments et de structures.

Journal de guerre du 102e Bataillon d’infanterie du Canada décrivant les opérations du 1er et du 2 septembre 1918, p. 48 (en anglais) (e001123533)

Le lieutenant George Fraser Kerr

Né le 8 juin 1894 à Deseronto, en Ontario, George Fraser Kerr est chimiste avant la guerre. Le 22 septembre 1914, alors âgé de 20 ans, il s’enrôle à Valcartier, au Québec, et se joint au 3e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien comme soldat. Après avoir fait ses preuves à maintes reprises sur les champs de bataille, il est nommé officier le 1er juillet 1917 et obtiendra éventuellement le grade de capitaine.

Photo d’un soldat extraite d’un journal non identifié.

Le lieutenant George Fraser Kerr, VC, sans date (a007193)

Kerr est un militaire maintes fois décoré : la Médaille militaire le 23 août 1916 pour son intrépidité au mont Sorrel; la Croix militaire le 2 décembre 1918; et une barrette ajoutée à sa Croix militaire le 2 janvier 1919 pour la bravoure et l’esprit d’initiative dont il fait preuve pendant l’attaque menée sur la ligne Drocourt-Quéant le 2 et le 3 septembre 1918.

Le 27 septembre 1918, à 5 h 20, l’artillerie canadienne bombarde les positions allemandes en prévision de l’attaque sur le canal du Nord, dont l’objectif est de franchir la ligne allemande. À 6 h Kerr, au sein du 3e Bataillon, dirige la compagnie d’appui du flanc gauche. En route vers le bois de Bourlon et sous les tirs nourris des mitrailleuses, il use d’adresse pour contourner une mitrailleuse qui ralentissait son avancée.

Après avoir traversé le canal du Nord, la compagnie est arrêtée par une fortification allemande se trouvant près de la route Arras-Cambrai. Kerr, devançant ses hommes, se rue vers la position allemande. Seul, il capture 4 mitrailleuses et 31 prisonniers, permettant à sa compagnie de continuer sa marche avant d’être ralentie de nouveau derrière le bois de Bourlon.

Par deux fois, il est blessé sur le champ de bataille, et il tombe de son cheval après l’Armistice. Il obtiendra son congé de l’armée pour raisons médicales le 16 juillet 1919.

Kerr s’éteint le 8 décembre 1929. De nos jours, sa Croix de Victoria est exposée au Musée canadien de la guerre.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du lieutenant George Fraser Kerr.

Le lieutenant Graham Thomson Lyall

Né à Manchester, en Angleterre, le 8 mars 1892, Lyall immigre au Canada et s’établit dans la région de Niagara, où il travaille comme mécanicien. Il se joint au 19e Régiment de la milice britannique avant de s’enrôler avec le 81e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien le 24 septembre 1915, à St. Catharines, en Ontario. Il est plus tard muté au 102e Bataillon d’infanterie du Canada.

Photo noir et blanc d’un soldat debout, la main droite dans la poche de son pantalon.

Le lieutenant Graham Thomson Lyall, VC, à sa sortie du palais de Buckingham le 15 mars 1919 (a006698)

Le jour même où George Fraser Kerr dirige sa compagnie vers le bois de Bourlon, Lyall commande son peloton du 102e Bataillon. La compagnie envoyée en éclaireur est arrêtée par un poste de résistance allemand, qui la mitraille sans arrêt. Avec l’aide de Kerr et de son peloton, Lyall et sa compagnie s’emparent de la position ennemie par un mouvement de débordement. Il demeure à l’arrière pour attaquer les forces ennemies là où leur défense est moindre. Grâce à cette manœuvre, il fait 13 prisonniers et saisit un canon de campagne et 4 mitrailleuses.

Affaibli par de nombreuses pertes, son peloton est arrêté un peu plus loin par des mitrailleuses se trouvant à l’extrémité sud du bois de Bourlon. Avec le reste de ses hommes, Lyall s’approche du poste de résistance. Se lançant seul à l’assaut de la position, il réussit à tuer l’officier responsable. Son geste de bravoure mène à la capture de 45 prisonniers et de 5 mitrailleuses.

Photo noir et blanc de quatre femmes et de quatre hommes vêtus de manteaux chauds et coiffés de chapeaux devant le palais de Buckingham. L’homme au centre porte un uniforme militaire et s’appuie sur une canne.

Le lieutenant Graham Thomson Lyall, VC, et sa famille devant le palais de Buckingham, le 15 mars 1919 (a006708)

Lyall, ayant réalisé son objectif et fait 47 autres prisonniers, reprend la position et protège le reste de la compagnie. Plus tard, le 1er octobre 1918, alors qu’il se trouve aux alentours de Belcourt à la tête de sa compagnie affaiblie, il capture une position fortement défendue. Il y fait 80 prisonniers et saisit 17 mitrailleuses.

Deux mois plus tard, la London Gazette résume ses hauts faits ainsi :

En deux jours d’opérations, le lieutenant Lyall s’est emparé au total de 3 officiers, 182 militaires de rang, 26 mitrailleuses et 1 canon de campagne, sans oublier les nombreuses pertes infligées. Tout au long de cette période, il a fait preuve d’une bravoure hors du commun et d’excellentes qualités de commandement. [traduction de Défense nationale et les Forces canadiennes]

London Gazette, no 31067, 13 décembre 1918 (en anglais)

Le Corps canadien réalise et même surpasse ses objectifs en ce 2 septembre 1918, connaissant une progression plus importante que prévu malgré les tirs nourris des mitrailleuses et les terribles pertes subies. À la fin de la journée, il avait repris le bois de Bourlon après en avoir capturé les lignes rouge, bleue et verte.

Après l’Armistice, Lyall retourne en Angleterre en 1919 pour s’enrôler dans l’armée britannique.

Il meurt le 28 novembre 1941, pendant la Deuxième Guerre mondiale, lors d’une opération menée en Égypte.

Une plaque commémore ses exploits de guerre dans le jardin commémoratif du Lincoln and Welland Regiment à St. Catharines, en Ontario.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du lieutenant Graham Thomson Lyall.


Ashley Dunk est assistante de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

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