Miroirs riches en souvenirs : conservation de daguerréotypes dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada – Partie I

Par Tania Passafiume et Jennifer Roger

Le daguerréotype, un type de photographie unique en son genre, a été très populaire de 1839 à 1864. Il s’agit du premier procédé photographique accessible au public et son succès découle de la clarté des images qu’il permet d’obtenir.

Les photographies produites sont très susceptibles à la perte d’image, à l’accumulation de corrosion et à d’autres formes de détérioration causées par la manipulation et par l’environnement.

Pour protéger l’image, la plaque photographique était délicatement placée sous du verre dont elle était séparée par un intercalaire protecteur. Elle était ensuite scellée avec du ruban adhésif et recouverte d’une feuille de laiton appelée préservateur. L’ensemble était mis dans un petit boîtier, souvent décoratif, fait de cuir, de bois, de papier mâché ou de plastique moulé, avec un revêtement intérieur en soie ou en velours.

Marques des daguerréotypes

Les marques d’origine ou marques de plaque sont des marques poinçonnées que l’on trouve sur beaucoup de daguerréotypes, sans pour autant en trouver sur tous. Quand elles sont présentes, les marques sont souvent en bordure de la plaque et, par le fait même, invisibles lorsque le daguerréotype est scellé. Il s’agit habituellement d’initiales, de symboles et de chiffres. Le nombre le plus couramment utilisé était « 40 » et celui-ci indiquait la composition physique de la plaque, soit un ratio d’une part d’argent pour 39 parts de cuivre. Les marques de plaque peuvent fournir des indices quant à l’endroit où les plaques de cuivre ont été fabriquées et où le photographe a obtenu son matériel. Elles peuvent parfois aussi aider à dater une image.

Lors de la préparation des daguerréotypes en vue de l’exposition au Musée des beaux-arts du Canada, on a découvert plusieurs marques de plaque.

Un exemple particulièrement intéressant a été trouvé sur le daguerréotype Les trois dames de Saint-Ours, produit entre 1850 et 1860. Il s’agit du portrait de trois sœurs de la famille Saint-Ours, une des plus grandes familles seigneuriales québécoises. Sur la photo : Caroline-Virginie (1835–1894), Josephte-Hermine (1834–1900) et Henriette-Amélie (1837–1916).

Daguerréotype coloré à la main. Image de trois jeunes femmes; celle du milieu est debout entre les deux autres, assises.

Les trois dames de Saint-Ours (Caroline-Virginie, Josephte-Hermine et Henriette-Amélie), v. 1850–1860 (MIKAN : 3325162)

Une marque de plaque partielle et à l’envers a été trouvée sur le bord inférieur de la plaque, du côté gauche. C’est un emplacement inhabituel comme les marques sont généralement dans les coins supérieurs ou inférieurs des daguerréotypes. Ici, on trouve l’inscription « C,C, », le symbole d’une balance et le nom « CHRISTOFLE ». Ce nom est aussi indiqué sous l’image.

Gros plan des marques de plaque trouvées sur le portrait intitulé Les trois dames de Saint-Ours.

Marques de plaque; Les trois dames de Saint-Ours (Caroline-Virginie, Josephte-Hermine et Henriette-Amélie), v. 1850–1860.

Les marques confirment que la plaque a été fabriquée par Charles Christofle et Cie, une entreprise de Paris, en France, qui vendait des plaques de daguerréotypes au 19e siècle. Ces plaques ont principalement été utilisées de 1845 à 1862, ce qui correspond à la date approximative à laquelle aurait été pris le portrait intitulé Les trois dames de Saint-Ours. La marque comprend l’inscription « C,C, », qui signifie Christofle et Compagnie, ainsi qu’une balance, symbole représentatif du métier d’orfèvre depuis le Moyen Age.

Gros plan d’une marque de plaque complète du fabricant français de daguerréotypes CHRISTOFLE.

Exemple d’une marque de plaque complète du fabricant français de daguerréotypes CHRISTOFLE.

Bien qu’elles ne donnent pas le nom du photographe, les marques de plaque offrent un aperçu fascinant du monde des daguerréotypes et permettent d’identifier le fabricant ainsi que d’établir la date de création approximative.

Pour obtenir plus d’information sur la collection de daguerréotypes de Bibliothèque et Archives Canada, consultez notre album sur Flickr ou écoutez le balado Miroirs riches en souvenirs. Pour en apprendre davantage sur les activités de conservation de Bibliothèque et Archives Canada, jetez un coup d’œil à la section Dossiers d’enquête de la conservation de notre page Facebook.


Tania Passafiume est restauratrice en chef des documents photographiques à la Division Gestion des collections de Bibliothèque et Archives Canada.

Jennifer Roger est conservatrice à la Division Expositions et Contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

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