Abonnez-vous à la saison théâtrale 1815-1816 de la Société des Jeunes Artistes

Au tournant du 19e siècle, l’activité théâtrale n’est pas des plus florissantes au Canada. Certaines pièces connaissent bien un vif succès, comme Colas et Colinette, jouée entre 1790 et 1807 et écrite par Joseph Quesnel, l’un des premiers dramaturges du pays; mais les coûts sont souvent trop élevés pour maintenir des troupes de théâtre de façon permanente. De surcroît, ces dernières font face à la réprobation de l’Église, qui n’aime guère ce genre de représentations.

Le plus souvent, ce sont des amateurs – membres de l’élite sociale composée de Canadiens français, de militaires et de marchands britanniques – qui aménagent des salles et y présentent des spectacles. Des comédiens américains en tournée font aussi vibrer les planches des grandes villes canadiennes. L’ouverture du Théâtre Royal à Montréal, en novembre 1825, donne un nouvel élan à l’art dramatique au Bas-Canada.

Cette aquarelle d’une scène de rue montre un édifice de quatre étages de style néo-classique. Au loin, on voit des édifices plus modestes.

L’hôtel Mansion House (le Théâtre Royal), rue Saint-Paul, à Montréal, par Henry Bunnett (1888). (MIKAN 2878039)

Un appui à la Société des Jeunes Artistes

C’est dans cette ambiance, peu après la guerre de 1812, qu’une troupe va se former sous le nom de Société des Jeunes Artistes. Dynamisée par le regain d’activité théâtrale et le départ aux États-Unis du « Théâtre Anglois », elle lancera sa première saison à l’automne 1815, présentant ses spectacles surtout à Montréal. Elle en fait la promotion en publiant une affiche imprimée bilingue annonçant d’abord une pièce de Voltaire : La mort de César.

Cette affiche vise surtout à demander l’aide financière du public au moyen d’une souscription. En gros, ce mode de financement ressemble à un abonnement par lequel le souscripteur s’engage à payer ses billets chaque mois. De son côté, la troupe s’engage à jouer quatre représentations par mois, dans les meilleures conditions possible, du 15 novembre 1815 au 15 mai 1816. Le prix du billet est fixé à une piastre, pour un total mensuel d’un louis (ou une livre sterling d’Halifax).

Les journaux canadiens de l’époque, comme le Spectateur Canadien du 20 novembre 1815, feront aussi la promotion des spectacles de la Société.

Un imprimé en français explique les conditions de la souscription et l’engagement de la troupe envers son public.

Souscription en français pour la saison théâtrale 1815-1816 de la Société des Jeunes Artistes. (MIKAN 4814815)

Un imprimé en anglais explique les conditions de la souscription et l’engagement de la troupe envers son public.

Souscription en anglais pour la saison théâtrale 1815-1816 de la Société des Jeunes Artistes. (MIKAN 4814828)

Une liste intrigante

Fait intéressant : une liste d’objets a été écrite au dos de l’imprimé anglais. D’une valeur de 25 livres (cours d’Halifax), ces objets ont pu servir tant sur scène que pour les besoins de la Société. La liste est très difficile à lire, mais on peut y déchiffrer les éléments suivants : des ouvrages de menuiserie, de la toile, une poulie, de la corde, de la flanelle verte, du fer-blanc et des costumes – bref, les accessoires nécessaires aux activités de la troupe.

Liste d’objets écrite à l’encre et très difficile à déchiffrer.

Liste d’articles au dos de la souscription anglaise de la saison théâtrale 1815-1816 (MIKAN 4814828)

Le répertoire : Molière, Shakespeare et compagnie

Malheureusement, nous ne connaissons pas toutes les pièces jouées par la Société des Jeunes Artistes. Dans son livre L’activité théâtrale au Québec (1765-1825), Baudoin Burger donne néanmoins une idée du répertoire de la scène francophone de l’époque. Entre 1814 et 1819, les spectateurs de Montréal et de Québec peuvent ainsi assister à des pièces de Molière, Beaumarchais, Voltaire, Regnard, Bruyes et Dancourt. Sur la scène anglophone, on joue Molière, James Kenney, et bien sûr Shakespeare, qui demeure le plus populaire.

Un témoignage unique

Il reste très peu de documents d’archives témoignant des débuts du théâtre canadien sous le Régime anglais. Nos imprimés de la Société des Jeunes Artistes sont donc des pièces d’archives importantes, voire uniques, du patrimoine théâtral. Ils témoignent aussi de l’amour de l’art qui a poussé ces personnes à monter sur les planches malgré les difficultés financières et l’assiduité inégale du public : ce sont en quelque sorte des pionniers qui ont cru au développement artistique au Canada.

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