Transcription du rapport Coltman – Externalisation à Bibliothèque et Archives Canada

Par Beth Greenhorn

Au printemps de 2016, nous avons, à Bibliothèque et Archives Canada (BAC), numérisé A General Statement and Report relative to the Disturbances in the Indian Territories of British North America [un énoncé général et un rapport qui porte sur les perturbations dans les terres autochtones de l’Amérique du Nord britannique], communément désigné comme le « rapport Coltman ». Cette numérisation avait pour but d’appuyer les activités commémoratives liées au 200e anniversaire de la bataille de la Grenouillère organisées par la Fédération des Métis du Manitoba, en juin 2016.

Moitié supérieure de la première page du rapport de William Batchelor Coltman concernant la bataille de la Grenouillère. Pâlis, les mots ont été rédigés à la main à l’encre noire sur du papier de couleur crème. L’écriture commence à gauche de la feuille, avant la ligne rouge verticale délimitant la marge, et elle se poursuit à droite de celle-ci.

Instantané d’écran de la première page du rapport Coltman, 1818 (MIKAN 114974)

Afin de signifier le soutien de BAC, nous avons lancé un outil de transcription aux fins d’externalisation et nous avons retenu le rapport Coltman comme premier document à transcrire.

Événements ayant mené à la bataille de la Grenouillère, livrée le 19 juin 1816

Thomas Douglas, le 5e comte de Selkirk, ou Lord Selkirk, était un pair du royaume écossais à qui la Compagnie de la Baie d’Hudson a accordé un vaste territoire (appelé « Selkirk Concession »), comprenant des parties de la Terre de Rupert, ou le bassin versant de la baie d’Hudson. À l’époque, le territoire s’étendait dans des régions aujourd’hui connues comme appartenant au Manitoba, à la Saskatchewan, à l’Ontario, au Dakota du Nord, au Dakota du Sud et au Minnesota. Son établissement était situé à la confluence des rivières Rouge et Assiniboine, dans la vallée de la rivière Rouge.

Lord Selkirk planifiait d’amener des colons écossais dans la région pour cultiver le sol. Leur arrivée a menacé les Métis, qui craignaient que la colonisation ait des conséquences négatives sur leur mode de vie. Même si les Métis occupaient le territoire, ils ne détenaient aucun « titre valable en droit » et ils avaient peur de perdre leurs terres et leur moyen de subsistance.

De nombreux Métis travaillaient pour la Compagnie-du-Nord-Ouest et la Compagnie de la Baie d’Hudson (HBC). Certains avaient comme tâche d’approvisionner le commerce de la fourrure en pemmican. En 1814, par suite d’une pénurie de vivres dans le district de la rivière Rouge, le gouverneur de la nouvelle colonie de la rivière Rouge, Miles MacDonell, a publié la « proclamation sur le pemmican » qui s’adressait à la population de la région.

Selon la proclamation, personne ne devait « faire sortir de victuailles, que ce soit de la chair, de la viande séchée, du grain ou des légumes » [traduction]. C’est ainsi que le gouverneur a tenté de garantir à la HBC un approvisionnement suffisant en nourriture et d’éviter que les Métis exportent du pemmican hors du district. La HBC voulait empêcher les Métis de vendre du pemmican à son concurrent, la Compagnie-du-Nord-Ouest. Quant aux colons, ils essayaient de bloquer le commerce d’exportation du pemmican exercé par les Métis parce qu’ils voulaient garder cette denrée pour eux.

La proclamation a eu d’énormes incidences sur les moyens de subsistance des Métis. Selon eux, il s’agissait d’un stratagème pour octroyer à certains groupes le monopole du commerce des fourrures, car la proclamation interdisait aux Métis de vendre leur pemmican aux brigades des pelleteries. Dirigés par Cuthbert Grant, les Métis ont fait fi de la nouvelle loi, ce qui a attisé le conflit entre les Métis et les colons.

Bataille de la Grenouillère et émergence de la nation métisse

La dispute entourant l’approvisionnement du pemmican a atteint son point culminant lors de la bataille de la Grenouillère (aussi connue sous le terme « bataille de Seven Oaks »). Elle s’est déroulée le 19 juin 1816, le long de la rivière Rouge, juste au nord du fort Douglas, propriété de la HBC. Ce fut un combat expéditif, mais féroce, qui s’est soldé par 21 décès chez les employés de la HBC et les colons. Un Métis y trouvera la mort.

La bataille est commémorée grâce à un monument érigé sur le site de la bataille à Winnipeg, à l’intersection de la rue Main et du boulevard Rupert’s Land.

Une carte illustrant les rivières Assiniboine et Rouge, à leur point de confluence, ainsi que des lots de ferme, le tout reproduit sur du papier de couleur crème. Les rivières sont dessinées à l’encre bleue, les renseignements généraux sont notés à l’encre noire et la légende et une remarque sont rédigées à l’encre rouge.

Une carte illustrant la région où s’est déroulée la bataille de la Grenouillère, William Sax, arpenteur, avril 1818 (MIKAN 4149343)

Après la bataille de la Grenouillère, William Coltman est mandaté par le gouverneur du Bas-Canada (aujourd’hui la province de Québec) pour mener une enquête. Après avoir recueilli les dépositions des Métis et des colons, M. Coltman, dans son rapport, montre de l’empathie envers la position de la Compagnie-du-Nord-Ouest, tout en condamnant le recours à la violence, d’un côté comme de l’autre. Il établit que les Métis n’ont pas fait feu les premiers, mais qu’ils ont riposté, par légitime défense. Aux pages 193 et 194 du rapport, M. Coltman conclut comme suit :

Les éléments de preuve sont tels que l’énoncé selon lequel les premiers coups de feu auraient été tirés par les pionniers est toujours valide; des personnes présentes le [19 juin 1816], cinq témoins affirment bien [sic] que c’est le cas, et personne, hormis M. Hayden, ne déclare le contraire, ne serait-ce que par conviction, et tous les autres qui se sont exprimés sur la question s’entendent sur le compte rendu général; tandis que la déclaration contradictoire de M. Hayden demeure infondée, sans aucun élément de preuve, direct ou indirect [traduction]. (Page 193 et page 194)

La bataille a marqué l’émergence d’une nouvelle nation, la nation métisse. C’était aussi la première fois que les Métis déployaient leur drapeau bleu avec le symbole de l’infini, qui a contribué à façonner leur identité. De nos jours, le rapport Coltman constitue l’une des meilleures sources de référence sur la guerre liée au commerce des fourrures et est un document clé relatant l’histoire de la nation métisse.

L’outil de transcription connaît du succès

La transcription de ce rapport de 521 pages rédigé à la main a remporté un vif succès. L’outil de transcription a été annoncé le 16 juin 2016 et, grâce à l’enthousiasme du public, le rapport au complet était transcrit moins d’un mois plus tard. Outre la transcription, chaque page comporte des mots-clés se rattachant aux personnes, aux dates, aux lieux et à des événements précis liés à l’enquête menée par M. Coltman. On trouve dans la base de données un fichier en format PDF du rapport Coltman (en anglais seulement) entièrement consultable. Chaque entrée est accompagnée d’un lien menant vers la page du rapport numérisée correspondante.

Instantané d’écran de la transcription de la page couverture et de son contreplat, et de la première page du rapport Coltman. La page est divisée en cinq colonnes, dont le contenu est organisé selon le numéro de l’image, le texte décrivant l’image (texte transcrit), les notes, les mots-clés et le lien menant vers l’image. La couleur de fond des sections horizontales de chaque page alterne entre le bleu pâle et le blanc.

Instantané d’écran de la transcription du rapport Coltman (MIKAN 114974)

BAC possède le seul exemplaire de ce rapport. Avant la numérisation et la transcription, les chercheurs devaient planifier un rendez-vous avec un archiviste au Centre de préservation de BAC à  Gatineau afin de consulter le rapport. Pour bien des chercheurs, il n’est pas possible de se rendre dans les bureaux de BAC. En conséquence, certains historiens ont perpétué l’information véhiculée dans de nombreuses sources secondaires où l’on décrivait la confrontation comme un massacre amorcé par les Métis. Grâce à la numérisation et à l’aide du public qui a transcrit cet important document, des inexactitudes historiques ont été corrigées.


Beth Greenhorn est gestionnaire de projet au sein de l’équipe du Contenu en ligne, Direction générale des services au public à Bibliothèque et Archives Canada.

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