La Haute-Ville d’Ottawa : redécouverte d’un quartier oublié

Par Andrew Elliott

Photographie en noir et blanc d’une intersection de deux artères.

Intersection des rues Wellington et Bank, vers 1900 (MIKAN 4620431)

Le 27 février 1912, à l’issue de discussions en coulisse qui auraient duré des années, le gouvernement fédéral décide d’exproprier toutes les propriétés situées dans la Haute-Ville, un secteur délimité par les rues Bank, Wellington et Bay et la falaise longeant la rivière des Outaouais. Le 9 mars 1912, le Bureau d’enregistrement de la Ville d’Ottawa émet l’avis d’expropriation (on peut voir ce secteur sur les plans d’assurance incendie, direction est et direction ouest (MIKAN 4620431).

L’expropriation a pour but d’ériger dans ce secteur un nouvel édifice pour abriter la Cour suprême et d’autres édifices fédéraux. En 1913, le gouvernement lance un concours de design auquel répondront plusieurs grands architectes de l’époque en proposant des plans pour le futur complexe immobilier. La collection de BAC contient 11 plans d’emplacement et de conception d’édifices gouvernementaux. Plusieurs faits marquants surviendront peu après : la Première Guerre mondiale éclate, un incendie détruit les édifices du Parlement, on les reconstruit, le gouvernement subit plusieurs changements. C’est ainsi que ces plans ne déboucheront sur aucune initiative concrète avant le début des années 1930.

Avant l’expropriation, le secteur était à vocation commerciale et résidentielle. Au fil du temps, le tronçon de la rue Wellington compris entre les rues Bank et Bay a pris des allures de grand boulevard, flanqué de grandioses structures iconiques à l’usage du gouvernement et de vastes espaces verts. Ces aménagements sont pourtant relativement récents. En effet, les édifices de la Confédération et de la Justice ont été construits dans les années 1930, puis ont suivi ceux abritant la Cour suprême et, enfin, la Bibliothèque nationale (devenue Bibliothèque et Archives Canada), érigé en 1967, année du centenaire du Canada.

Avant 1900, ce lieu fourmillait de riches magnats du bois d’œuvre qui côtoyaient de près les banquiers et les brasseurs, de même que les avocats, les pourvoyeurs de fourrures et les politiciens. Trois des Pères de la Confédération — George-Étienne Cartier, Alexander Campbell et Jean-Charles Chapais — vivaient dans le quartier, à l’instar du second premier ministre du Canada, Alexander Mackenzie. On y trouvait des manoirs, dont plusieurs des plus luxueuses résidences de la ville. La rue était aussi bordée de nombreux établissements comme des hôtels, des brasseries et des maisons de chambres, mais aussi des refuges pour les sans-abris et pour les personnes socialement défavorisées.

Photographie en noir et blanc d’une grande maison de brique perchée au sommet d’une falaise.

Résidence de R. J. Devlin (41, rue Cliff), juin 1894 (MIKAN 3422971)

Au 395 de la rue Wellington se dressaient autrefois la résidence Perley, la résidence pour femmes esseulées (Home for Friendless Women) et la brasserie Capital (Capital Brewing Company).

Le quartier de la Haute-Ville se distinguait des autres quartiers d’Ottawa qui ont par la suite été sujets aux expropriations et aux démolitions de masse, en ce sens que ces derniers étaient habités en majorité par la classe ouvrière. À quelques pas de la colline du Parlement et du district industriel de la Chaudière, la Haute-Ville abritait une communauté dynamique et formée de diverses classes socioéconomiques, aux diverses utilisations urbanistiques.

Tôt au printemps 1912, un photographe du ministère des Travaux publics doté d’un grand souci du détail a photographié et décrit tous les édifices de la Haute-Ville.

Plusieurs albums photo conservés dans le fonds du ministère des Travaux publics (numéro d’acquisition 1959-084 NPC) ont à ce jour été numérisés. Grâce à ces albums, nous pouvons parcourir une vaste partie de la Haute-Ville de l’époque. Voici une sélection de photos qui ont été numérisées récemment :

Et voici d’autres images d’édifices ayant eu pignon sur les rues Vittoria et Kent :

Il est possible de découvrir d’autres photos numérisées en consultant le dossier 1959-084 NPC. Grâce à ces archives photographiques, un quartier oublié d’Ottawa peut reprendre vie sous les yeux des habitants d’aujourd’hui qui ne savent pas de quoi il était fait par le passé.


Andrew Elliott est archiviste dans la section Science, environnement et économie dans la division des Archives Privées.

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