Comprendre les documents sur les externats à Bibliothèque et Archives Canada

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Par Marc St. Dennis

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique qui pourraient être considérés comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde – terminologie historique.

Le projet sur les externats de Bibliothèque et Archives Canada vise à repérer, numériser et décrire les documents sur le système des externats indiens fédéraux, afin de les rendre plus accessibles aux survivants, à leurs familles et aux chercheurs. De nombreux enfants inuit, des Premières Nations et de la Nation Métisse ont fréquenté ces écoles, qui s’inscrivaient dans un ensemble de politiques d’assimilation coloniales. Les premiers externats financés par le gouvernement fédéral ont vu le jour dans les années 1870; les derniers ont fermé leurs portes (ou ont été cédés à des communautés) au début des années 2000. Quant au projet sur les externats, il a commencé en 2022 et devrait se conclure en 2026.

Une carte, un plan technique et cinq photos noir et blanc sur du papier jauni.

Plan du site, plan technique et photographies de l’externat d’Aiyansh, près de Terrace (Colombie-Britannique), 1967. RG22, boîte no 10, dossier no 2909. (e011814153)

En tant qu’archiviste affecté à ce projet, j’ai passé des journées à éplucher des documents historiques, certains banals, d’autres fascinants, et d’autres encore portant le poids du passé. Si vous vous demandez ce qu’ils contiennent, vous êtes au bon endroit.

La recherche sur les externats est en quelque sorte un travail de détective. On ouvre un dossier en espérant trouver une réponse claire, mais on se retrouve avec des rapports administratifs, des documents financiers ou des dossiers médicaux. Il y a souvent des surprises, comme le plan d’une école dessiné à la main au dos d’une vieille note de service. Pour s’y retrouver, il faut absolument savoir ce que les divers types de documents peuvent nous apprendre.

À la recherche des injustices

Même les documents courants peuvent révéler de profondes injustices. Les externats faisaient partie d’un système visant à assimiler les enfants inuit, des Premières Nations et de la Nation Métisse. Une discipline sévère, des ressources insuffisantes et une indifférence pour le bien-être des élèves étaient monnaie courante. Contrairement aux élèves des pensionnats, ceux des externats quittaient l’école le soir (pour aller chez leurs parents ou ailleurs), mais ils n’échappaient pas aux mauvais traitements, à la négligence et aux abus.

Six enfants debout dans la neige, vêtus d’un parka bleu, blanc ou rouge, regardent une scène de la Nativité en bois devant une maquette de bâtiment.

Enfants inuit devant une scène de la Nativité, externat de Pangnirtung, Nunavut, entre 1950 et 1960. Fonds Joseph Vincent Jacobson et famille. (e011864991)

De nombreux élèves se rappellent avoir subi des abus physiques, émotionnels et même sexuels. Certains dossiers contiennent des preuves de ces sévices, comme des plaintes de parents, des documents sur les châtiments infligés ou des rapports internes sur des cas de mauvaise conduite. En outre, il ne faut pas oublier que les documents témoignent des préjugés institutionnels du personnel et du gouvernement fédéral. En général, les administrateurs des écoles, les enseignants et les fonctionnaires documentaient les mesures disciplinaires pour justifier leur propre comportement et non pour reconnaître les torts infligés aux élèves. Certains rapports diminuent ou nient carrément les abus allégués. Les termes employés dans les documents officiels reflètent souvent les préjugés de l’époque. Les élèves autochtones n’étaient alors pas considérés comme des victimes de maltraitance systémique, mais comme des cas problématiques ou difficiles.

Les événements et les politiques pouvaient eux aussi être présentés sous un jour avantageux pour le gouvernement, faisant l’impasse sur les véritables expériences des élèves. Par exemple, on pouvait dire qu’il suffisait d’améliorer les conditions de vie dans les écoles pour remédier à une négligence systémique, même si les élèves continuaient de souffrir. Les chercheurs doivent faire preuve d’esprit critique et se rappeler que les mots ne correspondent pas toujours à la réalité. Le contexte est essentiel; il faut lire entre les lignes, comparer les sources et écouter les survivants pour avoir une meilleure idée des injustices de l’époque.

Page noire sur laquelle sont collées deux rangées de quatre photographies noir et blanc. Il y a une légende tapuscrite sous chaque photo.

Photographies prises à Tetl’it Zheh (anciennement Fort McPherson), à Tsiigehtchic (anciennement Arctic Red River) et dans les environs de Thunder River, dans les Territoires du Nord-Ouest. Ancien ministère des Affaires indiennes, R216, RG85, volume 14980, album 37, page 95. (e010983667)

Contenu des documents

Nous travaillons avec des documents provenant de ministères, d’administrateurs d’écoles et d’autres fonctionnaires impliqués dans l’exploitation des externats au Canada. Les dossiers brossent un portrait détaillé des écoles, de leur fonctionnement, des élèves et des défis auxquels ceux-ci sont confrontés.

Feuille lignée jaunie sur laquelle sont collées huit photos noir et blanc en trois rangées. Un plan architectural est dessiné à la main à la fin de la troisième rangée. Une légende écrite à l’encre bleue se trouve sous chaque photographie.

Externat de Big Eddy, The Pas (Manitoba), vers l’été 1947. Ancien ministère des Affaires indiennes et du Nord. (e011078102)

Les documents montrent la complexité de la vie quotidienne dans les externats. Les rapports sur les présences et les plans de cours donnent une idée de la vie en classe, alors que les bulletins montrent les progrès réalisés par les élèves, ainsi que les biais du système. Les dossiers médicaux et les documents sanitaires décrivent les conditions de vie souvent difficiles des enfants. Quant aux grands livres sur les finances, ils nous apprennent comment les ressources étaient attribuées (ou non), influençant ainsi la qualité des soins et de l’éducation.

Les lettres et les notes de service témoignent de relations tendues entre le personnel des écoles, les représentants du gouvernement et les familles. Les accords entre les gouvernements et les directeurs des écoles montrent la fluctuation des responsabilités et l’absence d’imputabilité. Quant aux lettres de démission, elles laissent imaginer un roulement élevé au sein du personnel enseignant. Enfin, les rapports d’entretien documentent la détérioration des bâtiments, et les documents sur la fréquentation scolaire expliquent comment les élèves étaient surveillés et punis, souvent sévèrement.

Précisons que le dossier d’un élève en particulier ne comprend pas nécessairement tous ces types de documents.

L’ensemble de ces documents décrit le contexte qu’il faut absolument connaître pour comprendre les expériences et la réalité quotidienne des élèves inuit, des Premières Nations et de la Nation Métisse, ainsi que les injustices systémiques.

Des documents qui favorisent la vérité et la réconciliation

Pour mener à bien la réconciliation, il faut absolument comprendre ce qui s’est passé dans les externats. Les survivants ont raconté leur histoire, et les documents prouvent leurs dires. Les dossiers sont essentiels à plus d’un titre :

  • Réclamations : Les survivants qui ont fait des réclamations dans le cadre du recours collectif concernant les externats indiens fédéraux ont utilisé ces documents pour confirmer leur présence dans un externat particulier et leurs expériences.
  • Histoire familiale : Les descendants des élèves apprennent beaucoup de choses sur l’éducation donnée à leurs parents et sur leurs expériences dans les externats.
  • Recherche : Les chercheurs et les historiens qui étudient les répercussions de ces écoles sur les communautés autochtones consultent les documents pour découvrir des politiques, des écarts de financement et des exemples de maltraitance systémique.
  • Sensibilisation : L’accessibilité des documents évite que le public canadien oublie ce chapitre douloureux de son histoire, et accroît la compréhension et la responsabilisation.

Si vous effectuez des recherches sur les externats pour l’une ou l’autre des raisons ci-dessus, ces documents sont irremplaçables. Cependant, la recherche dans les archives demande beaucoup de patience. Certains documents sont incomplets, les notes manuscrites ne sont pas toujours faciles à déchiffrer et le jargon gouvernemental n’était pas plus facile à comprendre à l’époque.

Mais nous pouvons vous aider! L’équipe du projet sur les externats s’emploie à décrire les dossiers pour en faciliter l’accès. Les lois sur la protection de la vie privée nous empêchent d’inclure les noms des élèves ou du personnel de l’école dans les descriptions. Toutefois, lorsque les dossiers comprennent des noms, nous le précisons dans une note à l’intention des chercheurs. Les descriptions donnent les noms des écoles et des communautés, énumèrent les types de documents et indiquent s’il y a des photographies, des dessins, des cartes ou des plans. Toute l’information est interrogeable. Notre priorité est que les chercheurs connaissent le contenu des documents et puissent utiliser ceux-ci.

Alors si vous vous retrouvez empêtrés dans la correspondance sur la réparation d’une chaudière, ne vous inquiétez pas. Vous êtes sur la bonne voie!

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Ressources à l’extérieur de Bibliothèque et Archives Canada


Marc St. Dennis a travaillé comme archiviste pour le projet sur les externats à Bibliothèque et Archives Canada, de janvier 2024 à mars 2025.

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