Étiquette, savoir-vivre, bonnes manières et compagnie : publications rétrospectives de Bibliothèque et Archives Canada

Par Euphrasie Mujawamungu

Photo noir et blanc de personnes en costume d’apparat assises autour d’une longue table ovale. La table comporte des couverts et des centres de table décoratifs.

Un groupe de personnes montrant leurs bonnes manières (a029856)

Qui cherche dans la collection de BAC ne peut partir les mains vides. Avide de savoir, je me suis intéressée à la collection de BAC sur l’étiquette. Ma fébrilité était si grande que je m’y suis préparée comme pour un grand voyage vers la destination que j’avais définie : les monographies sur l’étiquette publiées au Canada avant 1953.

Nous avons les gênes de nos ancêtres, et nous bénéficions des chemins qu’ils nous ont tracés en éloignant les obstacles qui rendaient leur quotidien intenable. Qui plus est, ils nous ont transmis le savoir-faire et le savoir-vivre.

En effet, le but de l’étiquette semble être de construire une société ordonnée, bienveillante et bien soignée. Grâce aux codes de l’étiquette, les gens se réunissant pour un événement, joyeux ou triste, vivent des moments sans heurts, car elles observent en quelque sorte des règles communes. Par ailleurs, la fréquentation et la cohabitation des peuples de différentes cultures ont eu de l’influence sur l’étiquette des uns et des autres. Ainsi, les manuels sur l’étiquette et les écoles spécialisées dans le domaine ont élargi leur champ d’expertise au fur et à mesure que différentes civilisations se sont côtoyées.

La collection sur l’étiquette est riche et très diversifiée. Loin d’être désuète, elle pourrait en intéresser plusieurs. En effet, des écrivains ou des cinéastes peuvent trouver de l’inspiration dans ces ouvrages, pour des scénarios qui se passent à l’époque susmentionnée. Certains humoristes s’intéressent aux publications rétrospectives pour produire des numéros mettant en évidence les contrastes entre les mœurs contemporaines et celles de l’époque. Cette documentation leur est donc indispensable! Même des étudiants qui effectuent des travaux de recherche sur les styles de vie de l’époque seront comblés.

De quoi il s’agit

En général, les termes étiquette et bonnes manières se distinguent en ce que l’étiquette est définie comme un ensemble de codes permettant d’avoir de bonnes manières. L’étiquette est très exhaustive et touche tous les aspects de la vie humaine. Elle s’applique aux comportements, aux gestes et aux expressions dites et non dites.

Il s’est publié beaucoup de monographies sur l’étiquette, et ce mot n’apparaît pas nécessairement sur les pages titres. Néanmoins, les termes ou mots-clés suivants font allusion aux usages exemplaires attendus en société : le savoir-vivre; l’art de vivre; l’art de se vêtir; les bonnes manières; l’art de la présentation; l’art de la correspondance; l’économie domestique; la politesse à table, dans les transports, dans les loisirs, en voyage…

L’étendue

Ce ne sont pas seulement les publications qui traitent des bonnes manières. Les écoles spécialisées, autrefois plus nombreuses, étaient souvent destinées aux jeunes femmes de l’élite bien nantie. Les Finishing Schools, ou écoles de bonnes manières, dispensent une formation intégrale sur l’étiquette.

En outre, certaines carrières exigent que les employés soient diplômés de certaines écoles, comme celles du protocole ou des majordomes.

La collection de BAC

Les publications d’époque sur l’étiquette nous donnent immensément d’informations. Elles nous renseignent entre autres sur des transformations dont notre société a été témoin. Ainsi, un manuel sur la bonne conduite des adolescents nous enseigne ce que les parents, les enseignants et toute la société attendaient des jeunes gens de cette génération. Dans certaines monographies, il est question du code vestimentaire. Par exemple, à une certaine époque, les femmes ne devaient pas sortir sans chapeau, surtout à l’église. Par contre, les hommes devaient se découvrir à l’église.

Évolution de l’étiquette

Au fil du temps, certaines pratiques ou règles de la société ont été modifiées ou abandonnées pour répondre aux nouveaux besoins ou s’adapter à une nouvelle réalité. L’étiquette s’est aussi adaptée aux changements dans le monde du travail, comme l’industrialisation et l’arrivée de la main-d’œuvre féminine. Lorsque les outils de communication ou de correspondance ont évolué, des codes sur la correspondance dactylographiée, l’art de parler au téléphone, et plus encore, ont été proposés.

Un sociologue qui s’intéresse à l’évolution de la société, des mœurs, des relations entre hommes et femmes ou de la place des jeunes gens et des enfants dans la famille, aura de la matière pour satisfaire ses recherches. Par ailleurs, quand un historien décrit un grand personnage de l’histoire, il met en relief ses habitudes, son style vestimentaire, ses conquêtes ainsi que son rapport à l’étiquette de son temps. Certains personnages menaient une vie libertine, tandis que d’autres étaient plus vertueux. Dans certains cas, ce qui était considéré comme libertin autrefois ne l’est plus de nos jours.

Photo noir et blanc d’une femme mettant la table dans une cuisine

Une femme qui met la table, 1945 (e010862357)

Quelques trouvailles dans la collection

Mille questions d’étiquette discutées, résolues et classées, par madame M. Sauvalle. Montréal : Éditions Beauchemin, 1907. OCLC 300069021

Ce livre de style encyclopédique traite différents sujets avant de fournir une liste de questions et réponses sur les bonnes manières dans une situation donnée.

Par exemple, au sujet de la maladie :

« Question — Quelle conduite doit-on tenir à l’égard d’amis intimes malades, d’une affection légère mais contagieuse et auxquels on veut prouver ses sympathies?

Réponse — Beaucoup de personnes en cas de maladie légère mais contagieuse ferment leur porte à leurs meilleurs amis. [Ainsi,] les amis ne sont pas exposés à contracter le mal : ces derniers doivent avoir dans ce cas la bonne pensée de glisser leur carte, sous la porte ou dans la boite […] »

D’autres manuels sont du style moraliste :

Traits caractéristiques d’une mauvaise éducation, ou actions et discours contraires à la politesse, et désignés comme tels par les moralistes tant anciens que modernes. L. Gaultier. Québec : Librairie de W. Cowan et fils, 1839. OCLC 49023922

Ce recueil donne 555 exemples de traits contraires à la politesse et aux bonnes manières, expliquant ce qu’une jeune personne sensée ne devrait pas faire (en ce qui concerne la tenue, la propreté, les conversations et les relations avec autrui).

Enfin, on dit que certains styles et modes de vie sont indémodables. Je dirais pour ma part que les bonnes idées sont intemporelles. Dans la publication suivante, il est question de savoir recevoir.

Manuel de l’étiquette courante parmi la bonne société canadienne-française. Evelyn Bolduc. [Ottawa] : [1937?]. OCLC 1015541211

« L’hôtesse qui doit recevoir à dîner […]

Passons maintenant au menu que l’hôtesse aura composé en tenant compte des ressources locales et de la saison. Ainsi, au mois de novembre, on se procure plus facilement du gibier qu’en avril ; le raisin est alors plus beau et meilleur que les fraises, les huîtres sont abondantes.

À cette époque, on pourrait servir les plats suivants : des huîtres, un consommé, un poisson (pas un crustacé, puisqu’il y a déjà des huîtres), une entrée, un rôti ; de grâce, que ce rôti ne soit pas invariablement du poulet ou de la dinde ; une salade, un dessert, glace ou gelée, des fruits. Le café se sert d’ordinaire au salon. »

Consommer des produits locaux et de saison : un style de vie que les nutritionnistes recommandent encore de nos jours! De plus, cela correspond à nos principes de consommation responsable.

Voici une autre publication sur l’étiquette, antérieure à 1953, qui est conservée à BAC :

Précis de bienséances à l’usage des jeunes gens et des jeunes filles d’aujourd’hui. Trois-Rivières [Québec] : Société trifluvienne de bienséances, [190-?]. OCLC 1007490729

Toute publication est unique, et l’information fournie dans ces textes est précieuse. Certains stylistes et dessinateurs de mode, rétro et contemporains, disent avoir trouvé leur créneau grâce à l’inspiration trouvée dans des bouquins d’époque ou dans les styles et les manières de leurs grands-parents. Il en est de même pour plusieurs autres métiers.

Quoi qu’il en soit, les publications dont il est question dans cet article ont quelque chose d’accrocheur. Difficile de s’arrêter quand on a commencé!


Euphrasie Mujawamungu est bibliothécaire d’acquisitions rétrospectives au sein de l’équipe des acquisitions à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

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